‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 11 sur 93 · ACCEPTATION DE LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

ACCEPTATION DE LA CONSTITUTION

par la GonYention, en vertu des décrets qui défendaient toute commanicatioii entre les sections. Cet acte de vigueu r rendit furieux les royalistes^ qui d'ailleurs avaient rencontré quelque résistance. Les patriotes furent expulsés ignominieusement du lieu où se réunissaient les sections *, et d'antre» furent avertis que s'ils se présentaient pour voter, on leur ferait un mauvais parti. Sous le coup de cette tyrannie^ les persécutés se rendirent à la Ck>nvention9 qui les plaignit sans avoir le courage de défendre en eux les droits d'une fraction du peuple placée injustement hors du droit commun et dépouillée des privilèges attachés au titre de citoyen. Les patriotes avaient redemandé leurs armes; et par une noble générosité^ oubliant les insultes .et les maux que la Convention elle-même leur avait faits, ils offrirent leurs vies pour défendre les représentans du peuple et la constitution. Le parti patriote , ombrageux de sa nature, souvent turbulent et difficile à conduire,, toujours exigeant en iàit de liberté , rachète ces défauts par un amour immense pour le pays^ amour qui le porte à immoler ses plus justes ressentimens quand il s'agit de l'intérêt général, et à se rallier au gouvernement toutes les fois qu'il le voit ou attaqué par les adversaires de la liberté, ou menacé par l'étranger. Cette remarque s'applique à toutes les époques de la révolution depuis cinquante ans.

Les sections de Paris , une seule exceptée , appron- Yèrent la constitution^ et rejetèrent les décrets de fructidor; mais la France adopta la constitution et les décrets. Nos armées^ qui, par une belle et sage exception à un principe conservateur , avaient été appelées aux fonctions de l'élection comme tous les citoyens, se rallièrent aux volontés delà Convention. Dès lors, forte de l'adhésion des'départemens, de l'assentiment des sddats et de l'appui des patriotes de PariS; qui pouvaient reprendre promptement leor influence en se mêlant de nouveau avec le peuple, la Convention put braver la colère des contre-révolutionnai^

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res de la capitale. Enfin , lorsque les dépotés earent reçu les procès- verbaux de chaque département , le président proclama le relevé des votes, le l«r vendémiaire (25 septembre 1798)^ époque anniversaire de la fondation de la république. La constitution avait obtenu la sanction presque unanime, les décrets avaient passés à une très grande majorité. Ce fait reconnu et constaté en face du peuple, la Convention décréta que le nouveau corps législatif se réor nirait le 13 frimaire;

Les opposans , poussés dans leurs derniers retranchemens, prétendirent alors que le compté des votés n'avait pas été fait exactement. L'Assemblée» comprenant qu'il ne fallait pas leur laisser ce moyen de critique et ce prétexte de résistance autorisa des commissaires nommés par les sections de Paris, à compulser les procès-verbaux du comité des décrets. Ils vérifièrent eux-mêmes les calculs, et se retirèrent n'ayant phis dans la pensée qu'un seul parti, violent, dangereux , téméraire, linsurrectiôn. Alors, comme tous les partis pensent et disent les mêmes choses quand les mêmes circonstances les inspirent, des hommes encore occupés à maudire les jacobins chaque jour, s'emportaient jusqu'à rappeler partout la fameuse formule de la théorie des révolutions rédigée par Saint- Just : Quand le goin^ernement viole les droits du peuple ^ etc. Ces imprudens ne voyaient pas que le peuple n'était ni pour, ni avec eux. Toutefois, ils auraient eu, comme nous le verrons bientôt, fies chances de succès sans la générosité des.palriotes que la Convention avait si cruellement persécutés.

Mais avant de poursuivre le récit, des événemens de vendémiaire, nous devons raconter ce qui s'était passé sur nos côtes de l'Oiiest après la déroute de Quiberon, due en grande partie à Timpéritie orgueilleuse de quelques émigrés.

Charette, prévenu au moment de l'expédition, avait ap* pelé toussesbraves pour recevoir avec lui le comte d'Artois,

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sor le petit rocher d'Huart. Après douzéjours perdus en poorparlers, pendant lesquels- il eut beaucoup depeine à établir, un plan d'opérations, on convint que le prince se rendrait à rile-Dieu, où il attendrait des renforts qui devaient incessamment lui arriver. En voguant de llle-d'Huart à Tlle- Dieu, Tescadre anglaise somma l'île de Noirmoutier de se rendre anx'annes de Louis X VHI *, mais le général Gambray ayant répondu qu'il se défendrait jusqu'à la mort , le pavillon britannique s'éloigna , et bientôt la flotte ennemie moailla devant l'Ile-Dieu, qui ne put faire aucune résistance. Le prince en prit^possession le 2 octobre , il descendit accompagné d une partie de ses affidés. Llle-Dieu devint en ce moment le foyer, où, suivant ces fanfarons de gaerre, allaient se préparer les armes qui devaient donner le coup de la mort à la république.

Redoutant Puisaye , que les courtisans affectaient de mépriser, tout en lui jurant qu'ils brûlaient de toucher la terre sacrée de l'insurrection vendéenne , le comte d'Artois trompait les hommes de cœur qui l'entouraient, et entretenait sans cesse Yauban , d'Autichamp , La Beraudière de ses projets de victoire. Mais lorsque ceux-ci le pressaient d'agir, le frère de Louis XVI , nouveau Fabius , mais d'une singulière espèce, cherchait à gagner du temps. Qaand on aime son pays , on rougit d'avouer qu'un prince français, en quittant Londres, avait laissé au duc d'Harcourt Tordre de solliciter son rappel. Le duc osa remplir son message, les ministres britanniques , indignés, refusèrent d'écouter le négociateur. A cette nouvelle , le comte d'Artois résolut de prendre sur lui la responsabilité d'une fuite tonteuse pour sa vie et mortelle pour son parti. Vers le IS novembre, le prince déclara que décidément il ne voulait pas aller chouanner. Il fit plus , le 17 au matin , 51 prétendit avoir reçu , dans la nuit, par un cutter arrivé ^Angleterre , l'ordre d'évacuer l'Ue-Dieu et de retourner à Londres. Le 18, le prince, suivi de sa cour, monta sur

U Jason et partit. Gharette regarda cette conduite comme la perte des YendéeDs et comme an arrftt de mort. Dans l'indignation de son cœur, il écriyit la lettre suivante à Louis XYIII.

a Sire f la tacheté de votre frère a tout perdu. Il ne powait paraître à la côtfi ^ue pour tout perdre ou tout sawer. Son retour en Angleterre a décidé de notre sort. Sous peu y il ne me restera plus qu'à périr inutilement pour votre service. Gharette. »

Pour achever de peindre d'un mot le caractère du comte d'Artois,, il suffira de dire que les prétendus ordres de rappel dont il s'autorisait étaient des ordres supposés. Quelques émigrés éprouvèrent la même indignation que Gharette 9 et M. de Yauban a écrit des mémoires em* preints du mépris et de la colère que méritait une con* duite si indigne d'un descendant de Henri lY. -

GflAPlTRE LTl.

Treize vendémiaiire. — Suites da ireiie Tendémiaire» -^ Affmée»^ -^ Prise deMayeace et de liiuctabourg* — Armée d'Italie. *— Pichegni* Tourdan» — Trahison de Pichegru. -— Késumé.

Tandis que les Vendéens se décourageaient à la vue de tant de Iftdieté, les royalistes de Paris, se confiant dans la puissance de Tintrigue, espéraient enfin triom^ pher de cette assemblée dont la tâche était finie, et qui ayait perdu son autorité pour avoir cherché la puissance là où die ne se trouvait pas. D'aiUeurSi si la Convention était forte avec le peuple dont elle tirait sa source^ elle ne pouvait être que faible dans une alliance passagère et discordante aveic les ennemis qu'elle avait tant combattus. Nous avons vu les sectionnaires décidés à casser, par une insurrection ^ les décrets de fructidor ; mais ce qui leur manquait, c'était une autorité centrale capable de tenir d'une main ferme Fétendard qu'ils voulaient lever comme un signal exposé à tous les regards. Les sections pensèrent que la réunion des électeurs , le 2Q vendémifldre, pouvait jouer ce rOle important. Mais» en attendant , inc^^'^bles de repos, ils agitèrent la population

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parisieiftie par les démonatrations d'ane foale de jeunes gens qai parcouraient de nouveau les ru^s de la grande cité en criant : A bas les deux tiers ! La masse du peuple sembla prendre peu de part à ces faibles mouvemens; mais, plus hardis et plus forts à Orléans, k Dreux et Chartres, les réacteurs causèrent de violentes émeutes, et dans la dernière de ces villes, le représentant Tellier, ayant vu son autorité méconnue , se brûla la cervelle.

Les royalistes , cachés derrière les sectionnaires, n'avaient pas encore osé descendre ouvertement dans l'arène où, leur présence prématurée eût révélé aux thermidoriens et à la Plaine le danger dans lequel leur imprudence et leurs fautes pouvaient nous précipiter; mais ils se tenaient prêts à paraître quand la guerre civile serait allumée. Malgré cette prudence des royalistes, les députés attentifs regardaient se former Forage , et prenaient , pour le conjurer, des mesures puisées dans Tesprit et dans le code de la révolution. Ainsi, ayant reconnu que les prêtres réfractaires rentrés servaient de prédicateurs de révolte, la Convention condamna au bannissement, sur la proposition d'Isabeau , tout ecclésiastique qui troublerait l'ordre public. Pour répondre à ce décret, et frapper le premier coup, il paraît qu'à cette époque les royalistes, soit quHls voulussent détourner les yeux qui étaient fixés sur eux, soit qu'ils cherchassent à ranimer les préventions de l'assemblée contre les patriotes, inventèrent une préfendue conspiration de la prison de la Bourbe. Cette misérable affaire fut facilement éclaircie , grâce au sangfroid du concierge La Yacquerie. On épargtia des poursuites aux auteurs d'une si coupable supposition, mais ils en eurent du moins toute la honte.

Le 22 septembre , la Convention , toujours alarmée et voulant tout prévoir, déclara, dans une adresse aux habitans de Paris, que s'il venait à être commis quelque attentat sur l'un de ses membres, le corps législatif se re*

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tirerait à GhftloDs-sar-Marne. Cette résolution , emprantée à la fameuse loi de police présentée par Sieyès pour comprimer le penple et les révolutionnaires, s'adressait aujourd'hui à leurs ennemis. En même tem((s , et encore pour combattre leurs manœuvres, l'assemblée rendit, le 26 septembre (5 Vendémiaire) un décret qui défendait aussi de disposer de la force armée sans Tordre des représentans chargés de sa direction.

La section de Bondi continuant sa permanence illégale, répondit à ce décret par un arrêté portant que , dans le cas de la plus légère violence faite à un citoyen pour fait de délibération, la générale serait battue, le peuple appelé aux armes, et le corps électoral entouré d'une force nationale prête à lui obéir. Les sections Lepelletier, de la Butte des-Moulins, du Contrat-Social, du Théâtre-Français , de Brutus, du Temple et plusieurs autres se concertèrent sous le prétexte apparent de protéger le corps électoral qui , excité par leurs chefs , s'était réuni avant l'époque fixée par la loi , et avaient formé une assemblée dite par eux centrale, que présidait le vieux duc de Nivernois. Le Théâtre-Français, où ils siégeaient, était entouré de bataillons sectionnaires qui prêchaient ouvertement l'in^ surrection contre la Convention usurpatrice. Celle-ci, placée dans cette position extrême, prononça la dissolution du corps électoral de la Seine. Le directoire du département fut chargé de la publication du décret ^ mais quand il voulut en faire lecture sur la place de l'Odéon, une foule de jeunes gens en cadenettes interrompirent le magistrat qui proclamait la volonté de la représentation nationale, injurièrent les agens du pouvoir et maltraitèrent Tescortc , qui fut vivement poursuivie par eux. Ce n'était rien que cette démonstration auprès de la colère que le décret rendu contré le corps électoral soulevait dans les sections, on eût dit que c'était la Convention qui avait violé la loi et menacé l'ordre public. Cependant cette assemblée ^

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bien plos indulgente envers les sectionnaires qu'elle ne l'avait été quelque temps auparavant envers les Jacobins, et voulant d'ailleurs, avec rûson, essayer «des moyens decon* ciliation pour ne pas en venir i ma lutte ouverte, offrit aux rebelles Toubli du passé , en invitant tons les citoyens à la concorde.

En même temps, la tribnne nationale retoatissait d'appels aux vieux patriotes, deveinis l'unique providence de cette assemblée qui les avait naguère si crueltement décimés. (( Citoyens de toutes les classes, patriotes de 1780, réunissez^ v(His, s*écriait Tallien ,réunissez-v(Mis à la Convention^ il en est temps ! » Dannou dbait la même cbose au nom des comités. « Laissons, disait^l, anx royalistes rinitiative de la guerre civile; que la feule des citoyens accoure autour de la représentation nationale. Patriotes de 80, du 14 juillet, du 10 août, victimes du S| mai, libérateurs du 0 thermidor, placez * vous dans les rangs des vainqueurs de Fienrud : la patrie vousimplorei »

La voix de ce ï'qH^ésenteat devait 6tre entendue, car si dans quelques grandes journées il avait montré de la fiiiblesse, du moins il était pur de toute intrigue et de toute corruption-, d^ailleurs on ne l'avait jamais vu applaudir aux horribles excès de la réaction. ^

La section Lepelletier, centre du mouvement qui se pré» parait, avait organisé un comité ou conseil militaire que dirigeaient des royalistes avoués ainsi que des émigrés. Déji ils s^étaient emparés du dépôt des chevaux de la république, du magaôn des subsistances? déjà même un hussard d'ordonnance, traversant la rue Saint«Honoré, avaitététué. A la nouvelle de ces premières hostilités, les patriotes accoururent h la barre de la Convention pour y présenter une adresse de plus de deux mille républicains enfermés à la Bourbe qui offraient à la Convention de lui faice un rempart de leurs corps. L'assemblée n'hésita plus de s%n remettre à là foi de ces hommes généreux. En même temps, elle

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rapporta la loi du 21 germinal sur le désarmement des terroristes ^ le comité de sûreté' s'empressa de signer des ordres de mise en liberté , en sorte que les prisons furent yides de la plus grande partie des patriotes qu'elles contenaient; L'autorité eut soin de relâcher les anciens canonniers des sections. On savait ce que pouvaient, dans un jour de danger, ces hommes énergiques , entre les mains desquels la dernière raison du peuple avait toujoars fait triompher sa cause. Fidèles à la parole qu'ils avaient donnée dans les fetSy les patriotes vinrent tous se présenter aux comités^ demander des armes et s'enrégi-' menter pour la défense *de la Convention. Devenue plus hardie par Tarrivée de ce renfort , elle déclara coupid>les d'attentat à la sûreté générale tout président et secrétaire d assemblée électorale qui mettrait aux voix ou signerait aacun acte étranger à l'objet de la convocation. Irrités de cet acte de résolution, les sectionnàires tonnèrent contre la Convention, parce qu'elle avait réuni des troupes de ligne dans le jardin des Tuileries ^ celle-ci répondit que les troupes n'étaient rassemblées que pour maintenir la tranquillité publique que des malveillans voulaient cher-^ cher à troubler. Pendant que les députés prenaient toutes ces précautions , de fréquentes rixes s'engageaient dans les rues de Paris. Le triomphe delà jeunesse dorée n'était plus une chose si facile depuis que les révolutionnaires avaient été relâchés , qu'on leur avait rendu leurs armes^ et qu'ils se sentaient soutenus par l'autorité qui avait besoin d'eux. L'assemblée primaire du Bfont-Blanc se présentant à la Convention^ vint démander à être admise à la barre afin de se plaindre du réarmenpient des terroristes. La Convention refusa Tadiâission, motivant son refus sur la loi rendue.dans la séance précédente/ qui bornait aux senties élections les fonctions des assemblées primaires. Le lendemain , et par la même raison, Ids députés refusèrent d'admettre une députation qui voulait lire à la^barre de-

la Convention une adresse ayant pour titre : « Déclaration à la représentation nationale, au nom de la majorité des assemblées primaires de Paris, signée des commissaires de ces assemblées. » La section Lepelietier, poursuivant plus hardiment le but qu'elle s'était proposé, répandit à profusion un manifeste dans lequel eHe disait à la Convention : a Vous avez attenté à la souveraineté du peuple par les décrets des 5 et 15 fructidor-, vous nous avez in-> vestis de troupes pour nous effrayer-, vos comités ont revomi dans la société tous les agens et les suppôts de la terreur... Vous avez marqué des victimes; vous avez renouvelé les proscriptions de Marat et des Montagnards... Vous avez osé traiter d'intrigans et d'assassins les hommes que nous avons honorés de notre confiance... Jetez les yeux sur vous-mêmes : vos vêtemens sont teints du sang de Tinnocence ! Des milliers de vos commettans égorgés , des viUes détruites, le commerce anéanti , l'immoralité, Tathéisme et la faim organisés , le trésor public dilapidé : voilà votre ouvrage ! »

Jamais, dans le cours orageux de la terreur, le peuple n'avait tenu un langage plus menaçant-, jamais laConvention entière n'avait reçu un plus sanglant outrage ! Quelle conduite avait donc tenue la représentation nationale pour être ainsi en butte aux insultes de ceux qui , hier encore, se trouvaient ses amis? La Convention nationale , poussée à la réaction par faiblesse et par esprit de vengeance, avait d'abord immolé avec nne imprudence incroyable , non seulement les révolutionnaires les plus coupables , mais ceux qui s'étaient montrés à la fois les plus énergiques, les plus irréprochables et les plus fortement empreints de ces convictions qui demeurent inébranlables au plus profond du cœur. Après cette imprudente persécution, la représentation nationale s'était trouvée impuissante pour résister aux exigences des sections , qui voulurent du sang de patriotes après les journées désastreuse» de ger-

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fmiial et de prairial. Alors les dépatés thennidoriens commencèrent à Yoir qu'en frappant quelques républicains gé^ nér^ux9:et surtout les dernières pures victimes qui fus^ sent sorties du sein de la Gonyention pour aller à la mort, ils n'avaient £adt qu'augmenter Taudace des sectionnaires, qui en voulaient presque. également à tous les membres de la représentation nationale. Reconnaissant donc leur faute et voyant leur faiblesse, les réacteurs résolurent d'implorer le concours des républicains , qu'ils connaissaient assez bien pour savoir qu'il&les trouveraient prêts à oublier leur juste ressentiment dès qu'on les appellerait au nom de la patrie. Il était temps, coname on va bientôt le yoir par le développement d'un mouvement qui se préparait contrit la révolution, et qui aurait réussi peut*être, sans le dévouement des patriotes et les sages et vigoureuses dispositions de l'homme que les circonstances devaient mettre en lumière, et que la fortune allait conduire par ce premier pas à la renommée du plus grand capitaine du siècle.

Les sections de la Butte^des-Moulins, du Gontrat*So^ cial, du Théâtre-Français, de la rue Poissonnière, de Brutus, du Temple , réunies k la section Lepelletier, ûrent battre la générale, en ordonnant à tous les chefs des batail* Ions sectionnaires de ise tenir prêts à marcher. La Gon^ vention, convaincue que toute retraite était impossible, enjoignit à ses comités de prendre les mesures propres à maintenir Tordre et la loi. Menou, chef delà force armée, tira des troupes du camp des Sablçns, et leur fit occuper la[^ce de TOdéon. Louvet, girondin révolutionnaire, proposait à ses amis de demander à la Convention le réarmement des faubourgs ^ il parlait même d'une nouvelle formation des jacobins. L'ami de Yergniaud oubliait généreusement que si la révolution eût repris son cours interrompu , peut-être le premier acte des vainqueurs aurait été de proscrire les membres de la Gironde, échappés au 31 mai, et les soixante et treize, dont plusieurs, à la vérité, VI. 4

50 nSTOLUnON FRAl«Ç4f9K.

s'étaient attiré TaDimadTersioB générale par les excès de leur farenr et de lenr vengeance. Ootre la troupe soldée qui se tenait prête adonner, on avait, comme nonsFavons dit, fourni des armes aux patriotes; ils furent enrégimentés et formèrent un bataillon sacré, que Ton mit sous les or* dres du général Berruyer. Cet acte de la Convention faillit lui coûter cher. Beaucoup de citoyens avaient refusé de marcher lorsque les agitateurs des sections les avaient harangués; mais dès qu'on leur eût dit que les rcprésentans organisaient deâ bandes de terroristes/ ils coururent aux sections. Les négocians, se rappelant leurs pertes et leurs souffrances, et attribuant aux hommes seuls le mal qui venait surtout des circonstances, voyaient dans les patriote» des ennemis personnels et se distinguaient par un zèle imprudent et coupable. Ce zèleinattendu accrut singulièrement les espérances des rebelles prêts à lever Tétendard. D'ailleurs, le général qui se trouvait k la tête des forces conventionnelles leur inspirait peu de crainte. Brave de sa personne, Menou s'était montré assez résolu contre les Vendéens*, mais on savait que la même fermeté ne le sou- ^ndrait ^as lorsqu'il aurait à combattre non plus des hommes marchant sous le drapeau blanc , mais toute la brillante jeunesse sur laquelle reposaient les espérances de la grande réaction, dont il partageait les principes avec une certaine modération qui tenait à la nature de son esprit et de son caractère. Cependant il n'y avait plus i tei^verser, il fallait que la Convention on se retirât, ou triomphât de la résistance qu'elle rencontrait dans Paris.

Le lit vendémiaire , Menou reçut Tordre de marcher sur le couvent des Filles-Saint^Thomas, où siégeait la section qui avait pris les armes avec plus d'audace. Menou mit ses colonnes en^marche quand déjà la journée était fort avancée; il traînait de l'artillerie après lui. Au lieu d'abor^ der vivement le lieu où délibérait la section, il amoncela

"TRfilïE VENDÊlfeUIRB. Si

^as troapes dans la rue Vivienne, et commença à parle»menter secrètement avec les ennemis. Ceux-ci continuaient à répandre des proclamations , à Cadre battre la générale. Reprenant enfin un peu d'énergie , Uenou plaça ses ^ïanoDs devant la porte du couvent ^ qui se trouvait bâti sur l'emplacement qu'oecupe aujourd'hui la Bourse. Le général» avec le député Laporte» entra dans la salle de réanion des membres de la section , qu'ils trouvèrent armés et rangés sur une ligne , ayant à leur tête le président Delaliot. Laporte somma les sectionnaires de rendre leurs armes-, ils refusèrent avec énergie. Menou, au lieu d'agir, faiblit encore y et une capitulation fut signée entre les rebelles et les chefe des forces de la Convention. On promit d'une part que les soldats se retireraient , et de l'autre que la séance de la section serait levée le soir même. À cette heure, la Convention put se croire perdue , car ses troupes reculaient devant les sections fières de ce premier succès qui, dans les laites civiles, entraîne presque toujours la victoire. En effet, la section Lepelletier, dès que Jtfenou eut replié ses colonnes, rentra en séance, et^ comme Ton devait s'y attendre, reprit le cours de ses déclamations et de sa révolte contre la représentation nationale. Celleci ayant été informée de la honteuse capitulation et de ses conséquences, plusieurs membres s'écrièrent que Meuou trahissait, et qu'il fallait le mander à la barre. On se contenta d'appeler les comités pour qu'ils eussent à rendre compte des événemens qui venaient de se passer, et «des moyens d'en prévenir les filcheux résultats. On voulut d'abord faire arrêter Menou ^ mais on pensa sagement qu'il serait toujours temps de prendre ce parti après la victoire, qu'il valait mieux pourvoir à la nomination d'un homme capable de faire triompher la cause de la loi. Les comités songèrent à Barras, qui, en acceptant la mission offerte, demanda pour second un jeune officier, général de brigade , maltraité par le réacteur Au-

ag RCVOLUTIOVFRANÇATSE.

bry. Cet officier était celui auquel on devait en grande partie ta reprise de Toulon.

Bonaparte^ que je vis monter à cbeyal dans la coar des Tuileries^ était d'une taille frêle et petite; son corps semblait raide et sans grâce ^ il avait la figure maigre » le teint pâle -, de longs cheveux pendant des deux côtés de son visage, lui donnaient un air inculte et négligé ; son front était pensif et sévère ; ses yeux , lorsqu'on le regardait attentivement^ lançaient de vifs éclairs que la vue avait peine à soutenir ^ quelque chose de mécontent ré* gnait dans toute sa personne , et rien de son extérieur n'annonçait le grand homme. Connu de Barras, qui Tavait vu dans la société de madame Tallien, il venait d'être remis en activité de service , et le 12 vendémiaire, il se trouvait chargé de la rédaction des dépêches du comité de la guerre. Les membres du gouvernement se présentèrent dans la nuit pour annoncer à la Convention les deux choix qu'ils avaient faits, et quelle se' hâta de sanctionner.

Vers la pointe du jour, Fréron courut à la section des Quinze-Vingts, pour chercher à ranimer le zèle du faubourg Saint- Antoine, qui se montra assez disposé à oublier le passé. Bonaparte, instruit de cette bonne volonté, envoya sur-le-champ des caisses d -armes aux patriotes du faubourg , et prit toutes les autres dispositions nécessaires pour défendre victorieusement la représentation nationale. L'initiative des hostilités lui était interdite ; il devait attendre l'attaque , car, depuis la retraite si maladroite de Menou, les choses avaient, dans les sections, changé complètement d'aspect du côté des rebellas ; ils avaient pris de l'audace. Un comité central d'opérations militaires s'était formé. La section Lepelletier, présidée par le journaliste . Bicher - Serizy , avait osé mettre hors la loi les comités du gouvenement , et créer une sorte de tribunal révolutionnaire destiné à juger ceux qui s'opposeraient

TREIZE VENOÉUIAIRE. 55

au peuple dont on invoquait le nom. Le comte de Mauleyrier^ un émigré rentré y nommé Lafond , les généraux Duhoux et Danican, vinrent offrir de se mettre à la tête des bataillons sectionnaires ^ qui^ malheureusement pour leur cause^donnèrent la préférence à un étourdi comme Danican . Bonaparte , de son côté , après avoir reçu le décret de la Convention et les pleins pouvoirs de Barras , s'était hâté d appeler quelques forces au secours du petit nombre de défenseurs demeurés fidèles à l'assemblée. Par ses ordres , le chef d'escadron Murât était allé, avec trois cents cavaliers, au camp des Sablons, chercher le parc d'artillerie, qui aurait pu causer tant de mal entre les mains des révoltés. Le futur roi de Naples fit une diligence extrême, et déjà il était maître des pièces , lorsqu'un bataillon sectionnaire se présenta pour s'en saisir. Ua engagement aurait pu avoir lieu \ de part et d'autre, on s'évita : Murât conduisit le parc aux Tuileries, où se trouvaient déjà les quinze cents patriotes qui étaient venus prendre les armes pour la défense de la Convention»

Bonaparte plaça ses troupes et son canon à toutes les issues des Tuileries, au Pont-Neuf, au Pont-Boyal.au pont de la Bévolution^, à la place Vendôme, à l'Impasse Dauphin, dans les rues de l'Échelle et de Bohan. Il ordonna de s'emparer de tous les vivres qui se trouvaient chez les marchands de comestibles, et de les apporter aux Tuileries, li fit aussi établir une ambulance pour les blessés^ en même temps, on occupa la route de Saint-Germain pour intercepter toute l'artillerie qui pourrait arriver aux révoltés ', et les hauteurs de Meudon furent garnies de troupes qui devaient protéger la retraite de la Convention en cas de revers.

Les rebelles, de leur côté, se disposaient à prendre l'offensive -, ils étaient près de trente mille, et semblaient pouvoir compter sur une victoire facile et complète. Les sections de la rive gauche avaient Tordre d'enlever les-

{{4 RélFOLimON FRANÇAIR.

ponts et d'attaquer les Tuileries par les quais , tandis que les sections de la rive droite déboucheraient par toutes les issues qui mènent de la rue Saint-Honoré au Palais-National. Les forces conventionnelles ainsi enveloppées^ les insurgés ne doutaient pas do les voir poser les armes. Bonaparte fut heureux de-cette résolution de ses adversaires ; il craign«t , au lieu d'une attaque générale et par masse , une guerre de tirailleurs dans laquelle tout l'avantage eût été aux révoltés qui, de chaque coin de rue, de chaque maison , de chaque fenfitre, de chaque porte, auraient pu détruire sa petite armée presque sans courir ancun danger.

Dans la matinée du 15, les insurgés obtinrent quelque avantage. Des armes envoyées à la section des Quinze- Vingts furent enlevées par la section Poissonnière, tandis que le jeune Lafond s'emparait du Pont-Neuf, que le général Garteaux n'avait pas voulu défendre pour ne point engager la lutte. Ce chef s'était replié , avec ses quatre cents soldats et ses quatre pièces de canon, sur le quai du Louvre.

Danican, voulant éviter un combat, quoiqu'il en crût le succès assuré, essaya dé décider la Convention à capituler. A œt effet, wi parlementaire se présenta de sa part à Barras et à Bonaparte \ ceux-ci déclarèrent qu'il ne leur appartenait pas d'ouvrir des conférences, et renvoyèrent le sectionnaire devant les comités réunis. Le négociateur demanda le rapport des décrets de fructidor, cause apparente de tout le mouvement, et le désarmement des patriotes, ce qui équivalait, pour la Convention, i un arrêt de mort. C'était déjà un tort d'écouter de semblables propositions. Quoi qu'il en soit, les comités voulaient aussi faire preuve du désir d'éviter une collision^ et tout en repoussant les insolentes prétentions, ils envoyèrent vingt-quatre députés pour fraterniser avec les sections. On se rappelait que ce moyen avait déji tiré la

TAEIZE VENDÉMIAIRE* $k»

Gcoyention d'un grand péril , lorsque les faubourgs Saint- Antoine ci Saint-Marceau avaient, il y a quelques mois , paru en armes deyant les Tuileries.

Danican n^ayant pas reçu la réponse qu*il espérait, résolut enfin d'agir, et bientôt les deux camps enn^nis commeocèrent à échanger quelques coups de fusil : il était quatre heures et demie. Alors Bonaparte fit apporter, dans la salle même de la Convention « huit cents fusils , des gibernes et des caisses de cartouches, pour servir aux députés, si le péril augmentait. Barras et lui montèrent à cheval dans la grande cour, et se précipitèrent au galop vers rimpasse Dauphin, situé en face de Saint -Roch. Ils avaient sous leurs ordres une troupe de patriotes tous résolus à mourir dans le combat,, car ils tenaient pour certain que les sectionnaires triomphans ne manqueraient pas de fusilier ou d'envoyer un certfiin nombre d'entre eux à Téchafaud.

En facedecette troupe courageuse, et surles degrés même de Téglise Saint-Rocfa, paraissait, dans une attitude menaçante, un bataillon sectionnairo, admirablementplacé pour fidre feu sur les canonniers de Tartillerie conventionnelle. Ce bataillon était soutenu par une masse considérable de rebelles occupant un grand espace des deux côtés de la rue Saint^-Honoré. Pourtant il n'y avait point à balancer ^ une attaque de vive force était d'autant plus nécessaire, que des secours pouvaient arriver de moment en moment aax ennemis. En conséquence , Bonaparte donne l'ordre d'ouvrir le feu.Le bataillon placé devant Saint-Rochrésiste d'abord avec courage-, des patriotes tombent blessés grièvement^ mais décimé par la mitraille, l'ennemi se débande. Aussitôt Bonaparte fait déboucher ses canons de l'impasse. La troupe de patriotes qui le suit repousse la tête des co* loones sectionnaires i on profite de cet avantage pour remettre les pièces en batterie, de manière à enfiler la rue Saint-Honoré. La mitraille vole de nouveau. Les section-

86 RÉTOtUTION FRANÇAISE.

iiaires se replient en désordre. A la vue d'une retraite de . si bon aogare, Bonaparte quitte ce champ de i>ataille pour un autre, après avoir oidonné à ses officiers de poursuivre la yictoire.

Dans le parti opposé , Danican va retrouyer, i la tête d'un bataillon rallié par lui, le jeune Lafond, qui occupait le Pont-Neuf, et tous deux, après avoir opéré leur jonction avec le comte Maulevrier, qui s'était mis k la tête d'une partie des sections du quartier SaintrGermain, se dirigent par le quai Voltaire sur le Pont-Royal, qu'ils veulent enlever pour pénétrer par là dans les Tuileries. Bonaparte fait avancer des pièces chargées à mitraille , qui> de l'angle du pont , prennent d&* front la colonne sectionnaire, tandis que d^autres pièces, placées sur le quai des Tuileries, la prennent en écharpe. En vain le jeune Lafond déploie autant de san{||-froid que de courage, en vain il reforme à plusieurs reprises les bataillons qu'il commande, tout fuit^ et, à six heures^ la victoire demeure à k Convention.

La représentation nationale, pendant ces scènes de carnage, était demeurée calme et silencieuse, comme en tous les jours de grands périls. Bonaparte poursuivit les vaincus, les contraignit d'évacuer la place Vendôme *, à la chute du jour, le Palais-Royal et le couvent des Filles-Saint-Thomas se trouvaient cernés. Le jeune général ne voulut pas livrer un combat de nuit , pensant , avec raison , que cette première défaite effraierait les sectionnaires, qui profiteraient de l'obscurité pour retourner chez eux. En effet, le lendemain, après quelques coups de fusil, les troupes de Bonaparte s'emparèrent du Palais-Royal et de la section Lepelletier, où les insurgés avaient formé le vain projet de se retrancher.

La tranquillité de Paris fiit rétablie dans la journée du 14^ Bonaparte se hftta de &ire enlever les cadavres, et d'efihcer ainsi les traces du combat.

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