SUITE DU TREIZE VENDÉMIAIHE
LayeiUe, à hait heures du soir, Merlin de Douai était venu annoncer à la Convention les succès de la journée. « Ge succès est ainer» dit-il d'une voix altérée , puisqu'il a c( coûté du sang français; mais au moins les amis de la patrie (( n'ont point à se reprocher d'avoir commencé le combat. » Une heure et demi après la déclaration de Merlin, que les députés accueillirent par des cris de joie, Barras vint rendre compte des événemens de la journée. Il obtint un véritable triomphe dans l'assemblée. Deux fois , disait-on avec enthousiasme , il avait sauvé la république et la liberté! On admirait sa figure noble, sa taille avantageuse , sa parole ferme et hardie.
Mais quel parti allait prendre la Convention après la défaite de ses ennemis? Oubliant la coupable et dangereuse tentative des sections, allait-elle continuer encore la réaction contre le9 patriotes? ou bien la verrait-on marcher entourée de ceuxqui t'avaient défendue si généreusement, et rentrer dans les voies révolutionnaires? Sans doute, le premier de ces partis aurait été aussi coupable que dangereux et ysensé *, le second n'était ni praticable, ni sûr. La Convention ne devait pas non plus laisser les patriotes victorieux ce venger de tous les mauvais traitemens, de toutes les insultes que leur avaient prodigués les royalistes et les réacteurs. En politique , rien de plus funeste que les représailles, car, en faisant de nouvelles victimes, elles sèment de nouveaux germes de discorde et de guerre civile. Dun autre côté, après avoir été si sévère envers les insurgés de prairial, pouvait-on pardonner aux insurgés de vendémiaire , non moins coupables? Les comités, qui avaisnt si long-temps penché pcMir les sections, dont ils s'étaient servis dans le but de réduire et de désarmer les révolutionnaires, se décidèrent pour la clémence*, la raison leur donnait ce conseil, mais ils choisirent malheureusement pour interprète un homme qui, quoique révobitionnaire luimfiune et auteur de la fameuse loi dessuspects»
^ EiVOLUTIOll FRANÇAISE.
s'était laissé entraîner au torrent. Cet homme était Merlin de Douai.
Dans son rapport , Merlin cherchait à pallier les torts des sections» et sembla justifier la Convention du reproche d*aToir armé les terroristes. Il y avait Iftcheté dans cette condescendance pour lesroyaUstes qui l'auniientinscrit Tnn des premiers sur leur liste de proscription*, il y avait aussi ingratitude à ne pas rendre anx patriotes les justes actions de grâces qu'ils avaient méritées en suivant Bonaparte pour défendre, au péril de leur vie, une assemblée si long-temps leur plus cruelle ennemie. Le rapporteur termina pourtant en demandant que la Convention déclarât que tous ceux qui avaient pris les armes pour elle avaient bien mérité de la patrie. Ce premier rapport fut mal reçu dans les deux partis. Les royalistes trouvèrent que Ton applaudissait trop les terroristes, tandis que ceuxci, indignés, s'éloignèrent d'un gouvernement qui n^était revenu vers «ux que par nécessité. Les Thermidoriens comprirent que Merlin les avait compromis -, pour réparer cette &ute, ils chargèrent Barras de faire un secvid rapport plus approprié aux convenances et aux besoins du moment. Voici des fragmens de ce discours, qui passa dans le temps pour être Touvrage du jeune général auquel Barras devait la victoire du IS vendémiaire, «c II &ut en convenir, disait le député, depuis le 9 thermidor, nous avons fait un pas rétrograde; toutes les lois qu'on vous a arrachées en faveur des émigrés, des prêtres, des amis de la tyrannie royale, la proscription des mdlleurs patriotes, les assassinats du midi impunis , la vengeance érigée en vertu civique , toutes les fonctions publiques confiées à des républicains d'un jour, devaient telever l'espoir des anus du despotisme, et leurfake tenter une conspiration pour>ous massacrer! »
Après avoir reconnu l'existence d'un comité correspondant de Paris avec l'étranger dans le but de rétablir rancien
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ordneftcfaosesy Barras reprocha anx sectionnaires d'aToir accasé fanssement le peuple et tous les meilleurs patriotes sous l'imputation banale et insignifiante de terrorisme , puis il ajouta en s'âdressant à la Gouvention elle-même : (c Vous ayez fait appel aux patriotes de 1780. La Toix des pères de la patrie a été pour eux le cri de ralliement *, tous ces hommes y brûlans d'amour pour la liberté , se sont empressés d'accourir auprès- de tous ! Ah ! qu'il a été consolant de Toir en quelques heures la Gonyention nationale 9 entourée naguère d'assassins , devenir tout à coup le centre de réunion des vrais amis de la république! de voir au milieu de ce bataillon sacré les hommes du 14 juillet , du 10 août, les vainqueurs de la Bastille, et une légion d'officiers , porteurs d'honorables cicatrices ! tous destitués par l'intrigue et les complots de la contre-révolution. »
Barras blâma énergiquement le général Menou d'avoir appelé bandits cette troupe de patriotes , et d'avoir refusé de les commander. En remerciant la Convention de la confiance qn'dle avait montrée en lui , le rapporteur ne faisait que nommer Bonaparte , sans lui rendre la justice qu'il méritait^ Barras n'avait pas épuisé ce qu'il avait à dire : arrivant ft la peinture de l'état de la France, il attaqua avec mnportement ce s]fstème, prétendu modéré, qui avait livré la république aux contre-révolutionnaires^ et aux réacteurs. U parla de Marseille, où tout ce qui avait un coeur français gémissait sous le fer toujours levé dss émigrés et dés royalistes, oiiil s'était établi, sous le novfk de Comédie^Bourgeùise , un club contre-révolution^ Baire. « Pour pénétrer dans cette réunion, dit-il, il faut avoir une carte d'entrée qui porte aux quatre angles une fleur de lys, et sur les revers une croix de Saint*-Louis ! »
A la suite de ce discours, accudUli avec enthousiasme par les vainqueurs de vendémiaire , la Gonvration nomma dans son sein une commission eomposée deFlorent Guyot, de Dubois-Crancé ; de Roux de la Marne, deTallien et de
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Pons de Yerduii , qui furent charges de préparer des mesures de salut public.
Barras, en appelant la vengeance des lois sur les émigrés, avait obtenu lassentiment manifeste de la Conyention; aussi, Tallien, rapporteur de la commission des cinq , fut forcé de venir proposer contre les royalistes i peu près le même ensemble de lois qui les contenait avant le 9 thermidor. Il demanda Tesclusion des fonctions publiques , jusqu'à la paix , de tous les provocateurs des mesures séditieuses, des émigrés ainsi que de leurs parens, et en outre, Texécution des lois de 1792 et 1795 contre les prêtres. La commission ajoutait encore d'autres mesures sévères que la Convention adopta toutes presque sans délibération. Voilà Textrémitc à laquelle se trouvait réduit le héros de thermidor !
Cette conduite, dictée au partithermidorien par la nécessité, ne semble-t-ellepasjustiBer les mesures de la terreur? En effet, si après la leçon qu'ils avaient reçue, il fallait encore imposer aux contre-révolutionnaires un frein si dur« n'est-il pas évident que le peuple avait dû se montrer terribile lorsque la lutte s'était engagée la première fois avec eux ! Lakanal , qui ne s'était pas jeté à corps perdu , comme Tallien , dans la réaction, alla plus loin que le converti de vendémiaire. Suivant Laka*nal, il fallait proclamer, pour ceux qui ne voulaient pas le régime républicain, la liberté de se retira de France avec leurs propriétés, punir les écrivains royalistes, détruire le rendez- vous des agitateurs , le Palais-Boyal, confier le service de Paris à des volontaires nationaux ; enfin , bannir de la capitale tous les habitans qui n'y étaient pas domiciliés depuis 1789. Ces propositionis furent rejetées. Cependant , pour compléteir les mesures répressives proposées par Tallien , le comité de sûreté générale fot autorisé à décerner des mandats d'arrêt contre les auteurs des journées des 12^ 13 et 14 vendémiaire. £a