PRISE DE LUXEMBOURG
I>hdmoDty vendu^à Lemattre ^ et le dépoté Âùbry, membre da comité de la guerre, qai , parmi les nombreuses rictimes de sa haine contre les officiers patriotes , avait destitué Bonaparte, réduit presqa*à Findigence par cette criante injustice.
Le nom d'Aubry, odieux alors, nous rend au souvenir de nos armées -, elles n'occupaient plus la première place dans la pensée du gouyernement, comme au temps du comité de salut public^ elles n'étaient plus l'objet d'une incessante sollicitude et d'un intérêt immense. On aurait bienroulu qu'elles fissent encore des prodiges, mais on ne les leur commandait plus arec la puissante voix de la patrie, et surtout on ne veillait plus sur leurs besoins ainsi qu'à l'époque où Ton demandait tout pour elles au peuple qui ne refusait rien i^ elles étaient presque nues \ elles manqaaient du nécessaire, et se consumaient inutilement dans des sou£Grances qui ne semblaient pas même être aperçues on senties par le gouvernement, et peut-être par la France.
Nous avons déjà dit tout ce qu'avait eu à endurer l'arméede Pickegru pendant sa mémorable campagne d'hiver^ mm du moins elle avait retrouvé l'abondance en Hollande. Au contraire, c'était au milieu des privations de toute espèce, accrues par les rigueurs de la saison , que l'armée, aux ordres de lllichaud, poursuivait, avec Kléber, le siège de Mayence, que, dans un autre temps, ce dernier général avait défendu. Le 26 mars^ la garnison autrichienne tenta une attaqoe^imr la ligne française , qui la repoussa, ainsi quune autre insulte que l'ennemi hasarda quelques jours plus tard. Blichaud , blessé le 26, laissa toute l'autorité à Kléber, son lieutenant le plus habile. Sous le nouveau'chef, nos soldats, dont il soutenait l'énergie par ses paroles et ses exemples, resserraient de plus en phis la place attaquée. Vers les '^derniers jours d'avril, Kléber fat remplacé dans le commandement supérieur par le général Hatry» Dans le même temps , nos soldats resserraient aussi la
place de Laxembourg. Aussi, le i^r juin, le général Beoder envoya un parlementaire chargé de propositions d accommodement. Aussitôt Hatry fit part de cette nouvelle à Jourdan et au représentant Talot, qui signèrent avec te feld-maréchal Bender une capitulation portant que la garnison sortirait avec les honneurs de la guerre» qu'elle aurait la liberté de se retirer au-delà du Rhin, mais qu'elle s'engageait à ne servir contre la France qu'après avoir été échangée. L'armée de siège ne s'élevait guère à plus de 11,000 hommes , tandis que la garnison comptait près de 12,S00 baïonnettes. Nous trouvâmes des approvisionnemens immenses dans Luxetnbourg. La conquête de cette forteresse importante pour la Franco, sur l'ancien théâtre des succès de Jourdan et de Pichegru, fut presque le seul événement digne de mémoire dans le cours do la campagne de 1795.
Rellermann était devenu, comme nous Tavons rapporté, général en chef de Tarmée d'Italie. Pour concentrer ses forces, il avait pris une position un peu plus en arrière de celte qu'il occupait d'abord. Le 9 juillet, les Austro -Sardes, dont tous les efforts se portaient sur la gauche de notre armée, attaquèrentun de nos postes situé à la jonction de la Tinea avec le Bramafard, et l'enlevèrent. Mais ayant voulu poursuivre leur victoire, ils échouèrent devant St.-£tienne. Néanmoins, le il juillet, deux fortes colonnes ennemies attaquèrent les cols de Tende et de Fréjus. Le capitaine Gazan, à force de courage, parvint à repousser les assaiU laas avec une perte considérable. Au centre, nous faisions mieux que de garder une défensive victorieuse^ le général Dallemagne reprit le poste de Limone. Nous rempoirtâmes encore des avantages les 10 et 18 juillet. L'ennemi ne réussit pas dans l'attaque des postes de Saint-Bamonil et du Mont-Genis. Le 24, après avoir renforcé leur gauche, les Sardes s'installèrent dans le village de Sucarello^ le lendemain, ils furent plus heureux et parvinrent à enlever
ARMÉE d'iTALIE. 63
UD bataillon qui gardait les approches de rinferno. Ser^ rnrier, qui sentit tpute la gravité de cet échec, s'élança sur les vainqueurs, et leur reprit les positions dont ik s'étaient en^parés par surprise.
Le 30 juillet, les Sardes occupèrent le poste d'Issando ^ mais ce triomphe fut de courte durée; le général Garnier parvint à les expulser dans une action des plus vives. Quelques jours après , l'armée des Alpes, ou plutôt Ut division qui portait ce nom, fut attaquée dans les positions qu'elle occupait sur le Mont-Cepis. Moulins recuit si brayement Tenncmi, que la victoire nous resta. Keltermann, qui attendait des renforts, résolut de prendre Toffensive à son tour. Mais il se vit retenu par une dépêche du général Hacquart, portant que tout semblait, de la part de Ten*nemi, annoncer une prochaine attaque sur notre division de droite. Aussitôt Kellern^ann envoya des secours à Laharpe. Celui-ci, abordant les Piémontais, occupés i se for^ t£er dans des positions avancées, les culbuta. Une entreprise tentée par des Croates du côté de Terrano n'ayant pas mieux réussi, Kellermanii , rassuré, reprit ses premiers
. Le 24^ les Sardes entrèrent dans notre camp de Limone, d'où Dallemagne les chassa ayec une perte considérable. Une attaque qu'ils tentèrent contre Saint^Barnouilne rémAi pas mieux. A notre extrême droite, ^ine division de l'escadre anglaise pénétra le 27 dans la rade d'Allessio pour essayer unedescentç^ Le député Chiappe, qni se trouvait dans cette partie du littoral, rassembla à la hâte quelques troupes» avec lesquelles il parvint à contenir renjQemi jus-. qu'au moment où Masséna^ à la tête de quelques bataillonsn, le contraignit de se réembarquer précipitamment. Dans les premiers jours de septembre , les Autro-Sardes renouvelèrent vainement leurs eptreprisescontre l'armée des Alpes. Alors ils restèrent dans une inaction complète quele feldmaréchal Dewins employait à préparer un coup d^cisîf. VI. 5
W névOLUtlON rilANÇAISE.
Ed ëlfei> It 10 septembre, l'année aastro -sarde aSBaillU iHie position que nous avions retranchée entre Borghetto et la droite du Tanaro, et que nos soldats avaient baptisée du nom de Petit-Gibraltar. Saint*Hilaire commandait ces reiranchemens, contre lesquels vinrent se briser tons les efforts du brave Devins. Kellermann proclama Saint-Hiiaire général de brigade sur le champ de bataille. Ce fut une des dernières récompenses accordées par lui à cette époque comme général en chef de Tarmée dltalie, car il fut bientôt remplacé dans le commandement de cette armée par le général Schérer, auquel, grftce aux renforts qui allaient arriver, il laissait une tftche plus facile à remplir. Pendant que Kellermann attendait à Nice l'arrivée de son successeur, le général Moulins fut encore attaqué par les Piémontais, qui enlevèrent les postes du col de la Croix. Cette nouvelle conquête fut arrachée aux ennemis par Chambaud, qui leur tua un grand nombre d'hommes. Le général Poujet repoussa l'ennemi au,delà de la Novalaise, et força ceux qu'il avait devant lui à mettre l^as les armes. Kléber campait toujours avec une armée souffrante et affamée devant Mayence , qu'on lui ordonnait de prendre sans lui en fournir les moyens. Pour les obtenir, le général républicain adressa un mémoire au comité de salut public \ mais son avis, combattu par Pichegru, déjà traître aux intérêts de la France, demeura presque sans réponse. A cette époque, le général, couronné des prétendus lauriers de germinal , convaincu qu'il ne pouvait exécuter avec succès ses perfides desseins qu'autant qu'il serait reyêtu du titre de général en chef sur la frontière , sollicita et obtint le commandement de l'armée de Rhin-ctl^oselle^ on lui subordonna encore l'armée de Sambreet-Meuse, que conduisait Jourdan, fidèle, mab tombé dans . QBe espèce de disgrftce , parce qu'il avait gémi sur le dé-* ^ment des braves soldats de Fleurus. Par cette disposition , les opérations du blocus se trouvaient sons la direc-
PIGHE6RU. 67
tioû de Pichegru« Le devoir le plas. pressant appelait le nouveau généralissime sur les bords du Rhin, oii, quoiqu'il arrivât tardivement , il fut accueilli avec enthousiasme j parce que Ton croyait qu'il frapperait des ^soups décisife ^ mais Pichegra^ trompant la plus légitime attente ^ resta dans l'inaction. Cependant il cherchait à excuser et à co» lorer cette conduite «n Tattribuant à Tespérance de poo* voir tout padfier sans avoir besoin de tirer un coup de fasil. Les comités ne tardèrent pas à être fatigués des vaines promesses du général infidèle et parjure, qui ne donnait que trop de prise aux soupçons ^ en conséquence, ils or* donnèrent aux armées de Rbin-et-Moselle et de Sambreet-Meuse de reprendre Toffensive. Dans le plan adopté par le gouvernement/ deux grandes attaques devaient avoir lieu : Tune, entre Hùningue et Brisach, par l'armée de Rhin-et-Mpselle qui avait été augmentée;^ l'autre, dans le duché de Berg, par l'armée de Sambre-et-Meuse.
Celle-ci se mit en mouvement*, lourdan attaqua la position d'Urdingen et le filage de Weisenthum^ mais Pichegrn , étant resté inmiobile sur tous les autres points, permit ainsi à l'armée autridiienne de porter de nombreux renforts sur la rive menacée par Jourdanqui dut se contenter d'enlever l^le deNeuwied , où il s'établit le l«r septembre sans que Clairfayt pût l'en déloger.
Excité par les conseils de Kléber^ Jourdan , malgré les obstacles que faisait naître devant ses pas l'inaction de Pichegru , résolut de tenter le passage du fleuve au-dessus de Dusseldorf ; en même temps , il. ordonna l'attaque de cette "dlle dont ta possession devait donner à notre armée la facilité de pouvoir traverser le Rhin sans être inquiétée. Toutes les dispositions étant terminées le tt septembre, Jourdan commanda à son aile gauche de franchir le fleuve au-dessus et en face de Dusseldorf. Le général Kléber, ayant sous ses ordres quarante mille hommes, commandés par Lefebvre, Grenier, Tilly et Championne!,
68 RÉVOLUTION PRilNÇAISE.
fut chargé de diriger les deux desccfntes. Le géHéral Lefebyre s'embarqua le premier , et sans obstacle , aborda avec trois mille hommes à Eichelkamp. A peine à terre , nos soldats se portèrent sur Augerbach, et bientôt, suivis de quelques renforts, ils se virent maîtres de toute cette partie du rivage. Ghampionnet avait une tâche encore plus difficile. Il passa en face do Dusseldorf avec quatorze compagnies de grenadiers, après avoir mis à Tordre du jour la peine de mort contre quiconque riposterait sans son commandement au feu de Tennemi. Mais la clarté de la lune trahit la présence de notre flottille , sur laquelle Tennani dirigea un feu des plus violens. Nos bàtleries répondirent à celles des Autrichiens; et protégèrent raVentoreusc expédition. Aussitôt que nous fûmes descendus au-delà du fleuve , le général Legrand culbuta tout ce qui se présentait, et parvint jusque sous les glacis de la place. Ghampionnet , débarqué à son tour, investit Dusseldorf qui, canonné et bombardé de Tautre rive, ouvrit ses portes. Tandis que le général Lefebvre, poursuivant ses succès, chassait les ennemis d'Haberkam, Tilly et Grenier étaient aussi parvenus sur la rive droite ; le général Warneck né crut pas pouvoir attaquer les Français, et se replia vers Ruttingen. Dès que ce passage, admirablement conduit et intrépidéùient exécuté, fut terminé , Jourdan ordonna à Dejean de jeter un pont de bateaux sur le Rhin à Urdingen. Ge travail achevé dans la journée du 7, notre cavalerie ainsi queVartillerie rejoignirent le corps d'armée qui, le ft, se porta en avant ; mais Joûrdan ayant appris que le corps du comte d'Erbach avait opéré sa jonction avec le prince de Wurtemberg , difEira tout projet d'attaque jusqu'au moment oà il aurait sous sa main toutes les foirces dont il pouvait disposer. En attendant , la prudence qui ordonne de tout prévoir, même le cas d'une défaite, lui fit établir deux nouveaux pontS; Tun vis-à-vis de Hajhro, Tautre à Gologue.
JOUII0AN. 09
Plusieurs divisions frapcfairept cficore le fleuve^ cafia ,. le 15, rariuée s avança sur la Sieg/ Lefebvre chassa Ten^ Demi de Blankenberg v «près quelques charges brillantes, effectuées par la cavalerie aux ordres du général d*IIaupoult, rennemi se retira sur Altenkirchen. Le prince de Wurtemberg) le comte d'Erbach opérèrent leur jonction avec le prince de Wartenslebein. Instruit de cette circoastance., Jouridan appela promptement à lui son aîle droite commandée par le général Hatry, et marcha de nouveau en ayant Le 19, Tarmée était sur la Lahn que les Autri* chiens ne défendirent pas. Le S8 , nous campions aux bords du Mayn. Le 26 ^ Mayence fut investi sur la rive droite comme il Tétaitdepais long* temps sur la rivegauche» Pichegru ne pensait guère à suivre les nobles exemples deson rival *, étant venu à Paris pour y passer quelque temps, il avait vu de près la division des partis, le discrédit de la Convention, la décadence de la révolution et la faiblesse du gouvernement \ il pensa dès-lors que si Dumouriez n'avait pas eu affaire à plus forte partie, il aurait pu réussir dans ses projets -, cette réflexion le conduisit à se croire appelé au rôle et au succès de Mouck. De sou côté, TAn* gleterre , instruite de ses dispositions par le prince de Condé qu'elle avait à sa solde, se hâta de l'engager à tâcher de gagner le général républicain. M. de Montgaillard fut chargé de cette mission qu'il confia à M. Fauche-Borel, libraire de Neufchâtel.En ce moment, Pichegru se trouvait à Allkircb; l'envoyé du prince s'y rendit pour commencer les premières démarches toujours délicates et souvent pé* rilleuses. Le négociateur suivit d'abord le général à plusieurs revues, et parvint, par sa persévérante assiduité, autant que par l'expression de ses regards, à fixerl'attention de Pichegru qu'il ne craignit pas d'aborder enfin sous le yain prétexte d'une dédicace à lui présenter*. Le général , trop fin pour être dupe d'un semblable stratagème , ne larda pas à mettre le corrupteur plus a son avse< Celui-ci
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s'expliqaa, et le générar ayant demandé, avant de passer outre j une lettre écrite de la main dn prince de Gondé lai-méme, Faache-Borel retoumn faire part de cette première démarche à Montgatllard. Gelui-ci se rendît en toute hftte auprès du prince^ qui hésita d-abord^ et finit par doDoer une lettre de quelques ligne», scellée de ses armes, et à Fadresse du général. Avec cette pièce importante, Faacfae- Borel revint à AUkirch', où Piehegru entra en conférences avec lui. Les promesses da prince étaient magnifiques: H assurait à Piehegru, au nom du roi' Louis XYIH, legeuvemement de la riehe province d'Alsace, le grade de maréchal de France , la terre et le chftteau de Ghamborè, retraite illustrée jadis par la présence du vertueux Gatinat^ un million en argent, 200,000 liv. de rente, la terre d'Arbois qui prendrait le nom de Piehegru, et qui serait exempte de contributions pendant quinze ans \ If pièces de canon, et le grand cordon rouge de la croix de Saint-Louis. Les oflicîers de son armée devaient garder leurs côimmandèmens^, ainsi que les gouverneurs des places assez hardis pour en ouvrir les portes aux troupes qui marcheraient contre la capitale. Gondé exigeait que Tarmée républicaine arborât le drapeau blanc , qu'elle livrât an corps des émigrés l'une de nos forteresses sur le Rhin ; n'osant demander Strasbourg, il exigeait Huningue. ^ Ges demandes étaient folles, et pouvaient causer la perte de celui qui aurait tenté de répondre aux désirs dti prince. Le général républicain , avant de prendre un parti décisif, et de faire une première démarche , voulut qu'on le mît en rapport avec l'arméeaut richieune. Le prince/ irrité contre les alliés , qui avaient prodigué les humiliations aux siens et & lui-même y repoussait cette proposition d'une manière absolue. Outre la coopération de l'armée autrichienne,Pichegru réclamait de Targent^ et le prince n'en avait malheureusement pas. ff Je ne ferai rien d'incomplet, disait le général à Fauche -Borel*, je ne veux pas être le troisième ton>e
TBAUSON DB PICMSGRU. 71
de LafayeUe ou de Domouriez.. . Mes moyens soni grands tant i l'arniée qu'à Paris ; mais il faut^ en faisant crier vhe le roi au soldat français, lui donner du vin et lai mettre un ëcu dans la main ! » Fauche - Borel alla et vint plusieurs fois de la résidence du général français à celle du prince. Rien ne se terminait^ chacun tenait à sa pensée, et bientôt Pichegni^ inquiet, s'étant aperçu que les représentans qui le surveillaient commençaient à soupçonner ce qui se passait, interrompit une correspondance devenue aussi périlleuse que coupable.
Mais, comme le foyer principal de toutes ces intrigues se trouvait à Paris, et que Pichegru, quoiqu'isolé, tendait au même but que les conspirateurs royalistes de Tintérieur, voyons dans quelle situation se trouvaient les partis dans la capitale. Tallien, à peine revenu de Quiberon , sembla comprendre qu'il n'y avait plus de refuge et de sûreté pour lui que dans la révolution. Le mouvement de vendémiaire lui montrant la gi:avité du péril que la république avait couru , acheva de le déterminer à quitter le côté droit.
Passant d'une extrëmité à l'autre, il vint s'asseoir au sommet de la Montagne qu'il avait, plus que tout autre, contribué à dépeupler. Ce changement effraya singulièrem^it les modérés de la Convention. Les uns prétendirent que le thermidorien visait à obtenir la dictature par le peuple-, les antres qu'il voulait ramener le temps où un homme d<miinant U Convention , lui demandait chaque jour la tête de quelques uns de ses membres. Aussi le^ soiiante et treize tonnaient- ik contre les thermidoriens , désormais ralliés complètement aux vieux débris de la Montagne. Les réacteurs royalistes continuaient de se réunir chez madame de Staël, qui avait épousé Tambassadeur de Suède à Paris. Dans ses salons , on ne cessait d attaquer la révolution, ses principes et son but populaire. C'était là que les-journalistes royalistes puisaient des inspirations et des conseils pour la guc»rc qu'ils faisaient aux
Tfi RÉVOLUTIOM FRANÇyifISe.
jacobins. Les imprudenees en vinrent au point qae, sur «ne insinoation da comité de satut public , madame dt? Staël fat obligée de se retirer dans une maison de campagne aux ényirons de J^aris. Cette marque d obéissance ne suffit pas au comité-, it insista pour que la fille de Neckerquittftt le territoire de la répubKque.M.deStaël se présenta devant le comité pour réclamer contre une résolution qui violait le droit dés gens. Soutenu par Boissy, l'ambassadeur obtint le rapport de Tarrêté. On décida que tout ce qui concernait cette affaire serait remis au comité des relations extérieures, qui entamerait à ce sujet une négociation avec la cour de Svède.
Les partis se contrebalançaient à la Convention , où les deux Oamps étaient à peu près d'égale force ; mais depuis leur victoire de vendémiaire, les patriotes semblaient ayoir, sinon la majorité , au B»oins, cette influence qui feit triompher la minorité, lorsqu'elle se montre énergique et prête à tout oser. Le midi ^e la France se trouvait toujours livré aux sanglantes fureofs des compagnies de Jésus, qui ne prenaient plus la peine de cacher leurs opinions royalistes. L'Ouest se calmait, tandis que le Nord, une partie de lEst et du centre de la France, ise montraient disposés à soutenir, sinon toutes les institutions révolu^ lionnaires, du moins la cause de la liberté. D*a[M[iès ce tableau fidèle de la situation , il était facile de prévoir que TAssembiée qui allait se former aurait plus d'un orage à «ssuyer, pins d'un péril à affronter.
Le terme des travaux de la Convention était arrivé^, elle voulût les couronner par des actes dignes de souye^ nirv elle abolit la peine de mort pour l'époque de la paix ^nérale, que l'on pouvait croire prochaine. Un décret, qui était oin conseil et un exemple, fit donner à la place de laRévolution le nom de place de la Concorde. Heureuse là France, si tous les partis avaient pu pratiquer co conçy&il! En même tcmpS; on proclama une amnistie généraler
RÉSOMÉ DBg TUA VAUX DE LA. CONVENTION. 9S
jioiir les hommes de vendémiaire; mais rarrêt de dépor*^ tatiqn lancé contre Goilôt-D'Herbois, Biliaud-Varenne et Barrëre fut maintenu. On ponvait ou devait pardonne)* anx rebelles des sections , dans le sein desquelles beaucoup d'hommes avaient cru soutenir des principes et conjurer le retour d'un régime effrayant ; mais en usant de cette indulgence envers des réelles qui avaient commencé la guerre civile dans Paris y en se cont^tant de retenir dans les fers un conspirateur envoyé par Louis XYIU et soldé par Tétranger > cotnment osait^on persévérer dans la pro»-^ cription de Urois hommes qu'on avait absous deux fois, et qui avaient tant contribué au salut de la France? Frappés de ce dernier décret> les tirois memk*es du grand comité allaient expier d'une manière cruelle le 9 thermidor, et surtout les conséqtiences de cette journée qui devait coûter tant de sang à la France et porter te cçup mortel à la république, abandonnée du génie de la révolution, seul capable de la maintenir après l'avoir sauvte.
Enfin, le 4 brumaireaniv (26 octobre 179^), à deux heures et demie, le président prononça la formule suivante : La Convention nationale déclare que sa mission est remplie et que sa session est terminée. Aussitôt les* membres se séparèrent. C'était disparaître de la scène politique sans éclat et sans grandeur-, jamais ni la brillance Gironde ni le grand comité de salut public n'auraient laissé la Ck>nvention s'efiEaicer ainsi elle-même et se précipiter dans l'abîme du néant ou de TouMi, avant d'illustrer les derniers mbmens dé son existence par le compte de ses travaux rendu au peuple, au siècle et à la postérité.
« Français, aurait pu dire cette mémorable assemblée, avec une franchise qui devait tout avouer sans détour, le mal comme lé bien y c'est avant le canon victorieux de Valmi et en présence des Prussiens campés dans les plaines^ 4e Champagne, que nous sommes -venus apporter nos
qu'elle va prondre dotera des décrets rendus par la ConveutioD y et témoignera ainsi de sa prévoyance et do sa soUicitadc. Au milieu des périls , des orages, des calamités , nous avons appelé le génie de la science à concourir au salut du pays *, nous Tavons excité à se rendre populairie pour vous éclairer et Toas doter dé tous les bienfaits de la civilisation ^ les beaux-arts, qui sont la plus innocente gloire d'un peuple, ont reçu de nous la fUlus éclatante protection, ils ont consolé Votre infortune el embelli les fôtes de vos triomphes; de là l'étabUssement du conservatoire de musique, destiné à répandre dans toutes les classes de la société le goût de cet art consolateur^ qui adoucit les mœurs et charme la vie des peuples qui le cultivent avec amour. Rien, pas môme la guerre générale:, pas même Tiusurrection furieuse et la mort présente •, n'ont pu nous détourner du devoir de vous préparer en silence un Gode hypothécaire» un Gode civil, et une foule de décrets qui règlent, les intérêts généraux et particuliers. Nous vous avons donné un conservatoire des arts et mé»tiers, c'est-à-dire «me école d'industrie ou les artisans deviendront des ouvriers habiles , appréciés enfin à leur juste valeur, et appelés à devenir un jour des chefs détablissemens qui contribueront à la gloire et à la prospérité de leur pays. Nous vous léguons tout un système d'instruction publique, des écoles de difTérens degrés, ube. école normale, destinée à réparer les ruines du professorat et à remettre en honneur renseignement publie *, à cMé de toutes ces créations s'élève une école polythecnique , qui sera une pépinière dhommes supérieurs dans toutes les parties du service militaire et de la haute admirastralioq. Nous avons couronné le &ite de l'édifice par un institut national, où toutes les sciences auront des représentans chargés de répandre les lumières sur le monde entier, par l'entremise de la France , désormais placée à la tête de la civilisation.