RÉSUMÉ DES TRAVAIJX DE LA CONVENTION
((Enfin cette France qjie Louis XIY a^ait réduite aux dernières extrémités , que Louis XY avait abaissée dcTant Bne puiâsance du second ordre , que Louis XYI allait ouvrir aux étrangers en courant le risque de la Toir foulée sous leurs pieds avec sa propre couronne , cette France qa'on espérait partager comme la malheureuse Pologne y Dous; la remettons entre yos mains, agrandie, triomphante , en paix .avec la plus grande partie des princes de TEurôpe, obligés de traiter avec elle et de reconnaître son gouyernement. Après avoir opéré toutes ces choses avecvqus» Français , nous nous retirons décimés , calomniés, en botte à des ressentimens qiii ne s'éteindront qu'avec notre vie, presque tous plus pauvres que nous n'étions venus , et peut-être réservés à des persécutions dans l'avenir. Pour toute récompense, nous vous demandons d*éteindre les divisions qui vous affaiblissent, de déposer sur l'autel de la patrie les haines qui vous tourmentent , et de vous rallier tous autour du pacte social que vous venez d'adopter \ embrassez -le comme larche du salut. Si vous oubliez nos services, nous pourrons en gémur tout bas-, mais on ne nous entendra pas nous plaindre, car nous avons travaillé pour la France, et non pour on salaire quelconque. Au reste , la postérité nous distinguera peut-être, parce que nous avons aimé le peuple par-dessus tout , et que ses vrais amis sont rares sur laterre. »
Tel est àpea près le langage que la Convention aurait pu tenir si, forte de la conscience de ses services, elle eilt plané de haut sur sa position , et osé parler au peuple en &ee des princes, ses vaincus, comnie elle l'aurait fait après les triomphes inouis de 1794. Mais cette assemblée, qui pourtant devait ressentir un légitime orgueil de la paix conclue avec ces mêmes princes humiliés par ses armées , A'était plus que Pbmbre d'elle-même . Les talens supérieurs de la tribune et les généreuses inspirations de l'cothou-
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siasme avaient péri ayec là Gironde^ les prodiges de Taudace réTolutionoaire , qui défie et sarmonte tous les obstacles , la force qai soulèye les masses et répand la terrear, étaient entrés dans la tombe avec Danton, héritier de la puissance de Mirabeau , moins habile que son maître à cacher la main qui remue le peuple, mais plus redoutable dans les jours d'action et de colère. Robespierre avait emporté avec lui la persévérance , Tesprit de conduite , la popularité inviolable , et cette dictature de Topinion qui donnait tant d autorité aux décrets de rassemblée ainsi qu'aux ordres du gouvernement. |)e cet ancien comité de salut public, dont. Robespierre était la jparole vivante et le représentant auprès du peuple et de rassemblée, il ne restait , après le supplice de ses trois principaux membres, que des exilés, des capti& et deux ou trois hommes réduits h rester dans Tombre comme si c'eût été un crime d'avoir, contribué de .tout son dévouement au grand œuvre du salut d'une nation. La proscription des députés de prairial avait glacé les courages qui survivaient encore. Le silence de la mort régnait à la commune dont lesxévoltes, souvent salutaires, avaient forcé les mandataires du peuple à tout tenter pour son salut, à tout immoler aux intérêts de la patrie. Enfin, le peuple lui-même n'était plus dans les mains de la Convention comme un instrument de prodiges. Après tant de pertes successives, après tant de mutilations cruelles, on ne saurait conserver la parole haute et affronter l'opinion avec les seules armes de la vérité*, on se tait, parce qu'on ne sait quel ton prendre, et qu'on n'ose pas se rendre témoignage, tandis qu'intérieurement on s'accuse et on se désavoue soi-même, comme si Ton tremblait devant le souvenir du passé.
Malgré toutes ses fautes, malgré ses crimes mêmes que nous n'avons jamais dissimulés, la Convention, à la juger par l'ensemble de ses travaux, mérite une
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distiDctioa particalière, et même beaucoup de reconnaissance. La Constituante aurait frémi i la seule pensée d'encourir une faible partie de la responsabilité que les membres de là Convention acceptèrent sans pâlir, et supportèrent avec courage pendant trois années d'épreu* Tes inouïes *, la L^jBlature recula d'effroi devant les conséquences d'un pareil dévouement, et ses cbefis les plus renommés, les Girondins , qui moururent avec tant d'héroïsme, aimèrent mieux s'exposer à monter sur Téchafaud que de partager ce terrible fardeau' avec les athlètes de la Montagne. L'histoire ne tarirait pas sur. les éloges d'un prince qui serait sorti victorieux de tous les obstacles que la Convention a surmontés. La plus impérieuse des fatalités avait ordonné de déchaîner le peuple pour l'opposer tout entier aux débordemens de l'Europe^ cependant la Convention parvint! contenir, à modérer, à conduire aux plus grandes choses ce peuple souvent rebelle et toujours orageux. Si elle a souffert, permis, autorisé même beaucoup d'excès, elle en a prévenu ou arrêté un bien plus grand nombre. Pour apprécier la force et l'utilité de soninfluence, il suffit de représenter tout ce qu'auraient pu faire vingt^cinq millions d'hommes sans frein, sans direction , et abandonnés au soufDe d'une révolution. A cette époque, gouverner les Français, c'était gouverner tous les jours une tempête. Que la fortune eût mis le plus grand des hommes à la place de la Convention, emporté par la première bourrasque populaire, où dévoré dès sies premiers pas par la révolution, il aurait eu le sort des victimes qui ne savai^it pas expliquer l'énigme du Sphynx de la fable. Une assemblée sortie du peuple, des chefs nés dans son sdn, grandis à ses côtés , placés à sa tête ainsi que des drapeaux dans les journées révolutionnaires, pouvaient seuls le comprendre, en être compris, et conquérir sa confiance, en combattant au. milieu. de lui comme un vaillant capitaine qiii commande encore même au mo-
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ment OÙ il se jette dans la mêlée pour reii4M>rter la victoire.
La Convention présente le plus étonnant deà spectacles : tandis que tous prendriez* son gouYernement pour une fournaise ardente où Ton forge des armes dé toute espèce qui doivent frapper sans examen , sans distinction, sans pitié les ennemis connus ou présumés du peuple^ et^ souvent blesser à mort ses propres amis ; tandis qu*elle même ressemble à une espèce de Sinaï qui lance, au milieu des éclairs et de la foudre, des arrêts non moins effrayans que les prodiges et le bruit qui les annoncent, on voit à côté d'elle une réunion d'hommes instruits, habiles, se retirer un moment de la tourmente pour élabofer en silence des lois dignes de ce nom sacré , des lois justes et populaires, des lois d'avenir, qu'elle-même discute ensuite avec calme , adopte ou modifie avec sagesse , des lois enfin qui servent de base à tous nos Godes^ et régissent encore des peuples violemment séparés de l'alliance de la république ou du faisceau de l-empire ! En relisant tous les discours prononcés depuis l'origine de la révolution , et particulier nement à la tribune de la Convention , pendant le. cours d'une époque tant méconnue, tant calomniée, on s'étonne de ce qu'ils contiennent de sage , d'utile , d'applicable à tous les tempis, de digne d'être consacré à l'enseignement moral et politique d'une nation. Ces discours respirent sur-tout un amour de la patrie, un dévouement à la cause du peuple , un désir de son affranchissement et de son bonheur, qui n'avaient jamais eu une pareille tribune dans le monde.
La guerre, conduite par la Convention et par son comité de salut public, surpasse peut-être à plusieurs égards la giierre de génie du plus grand des capitaines modernes; c'est la Convention qui lui a donné dessoMâts et des lieutenans avec lesquels on pouvjdttout entreprendre; Napoléon luimême est un élève ^et un fruit de la révolution; il a été frappé de son empreinte ineffaçable î il s'est senti gtandir