CHAPITRE LX
Mise en activité de la constitution de l'an m. — Lci deux conseils se forment. — Nomination des directeurs. — Portrait des cinq directeurs.—Miiére publique.*- Joumaui. -^ Finances -*. Revers.— Alpet Vendée.— Pacification. — Angleterre.
Quoique le, terme 4es travaiiXide la Gonvention parût arriyé, cependant on peut dire qu'elle ae retiiait trop iàt peutrôtre. Ça effets Taotion révoIutioDiiairé , môdirée par des hommes qui avaient passé par tant d^prényes / était encore nécessaire^ indispensable sitme, podr prépara par degrés les esprits au règne des lois. Une constitation , lancée tout à coup au sortir d'une tempête politique , ne pouvait guàre parvenir en même temps à éteindre la réaction dans le Midi^ à pacifier la Vendée ainsi que la Bretagne y et à gouverner en France deux partis aussi divisés et aussi hostiles à l'autorité que les Jacobins et les royalistes. En effet, les premiers étaient mécontens do peu de fruit qu'on avait retiré de la journée de vendémiaire-, et si une partie d'entre eux se ralliait franchement au Directoire comme à une arche de salut, l'autre le repoussait comme une sorte de royauté , une dictature en cinq personnes, qu'ils appelaient une multiplication de la tyran-
LES DEUX CONSEILS SE OONSTJTUEIVT. 4ÊIIS^
nie ] lé» seconds» fiers de l'inipitoité dé' la féTolle de leurs amis deis «eetienà, attaquaient le Direistoîfe comme u» poaToir révolatioDiïaire , et se flattaient de trouTér dans les élections «ne majorité conforme à lédr» v<eux , ani«^ mée des sentimens de la Convention ^ avant les excès qui loi avaient enfin dessillé les jeux sur le bord de Tabîmew
Les élection* ne répondirent à l'attente d'auoun des deox partis : elles n'amenèrent piMit , au gré des patriotes^ de ces hommes ptlissans <pÀ s'emparent d'un fieuple et march^at k latêted^nne révolution ^ elles ne don^ lièrent pmi^ aux royalistes un renfort de ces tempéra^ mens de feu ^ 4e ces têtes voleamques qui , comme Isnard et quelques autres , mettent chaque jour le feu aux pou** dres, et ébranlent tout un édifice ^ au risque d'être écrasés avec lewrs ennemis sous ses ruines. Sauf quelques royalistes, placés en quelque soi^te dans les chambces comme des pierres d'attente / ou des signes de ralliement, les membres du nouveau tiers étaient des hommes modérés, calmes, attachés à la république, parce qu'elle existait , et à la nouvelle c<m5titution comme ils l'eussent été à tout autre qui auraiipcomis qiœlqiie stabilité»
Les deux camps opposés, qui formaient le fond de la législature et le tiers nouvellement élu , comprirent bien vite la nécessité de presser les op4r&tions immédiatement après la formation de l'assemblée en deux conseils. Dès que cette divkion fut opérée, les deux corps législatifs se constituèrent ) les anciens nommèrent pour leur président Laréveillère-Lépaux , et pour secrétaires Baudin, Lanjuinais, Bréard, Gh. Lacroix v lo Conseil des Cinq-Cents porta DaunBu au fauteuil, et désigna comme secrétaires Rewbell, Ghénier >. Cambacérès , et Thibaudeau, qui venait d'être réélu par trente -deux départcmens.
Le nouveau tiers avait voté séparément ^ cette hostilité eogagea les conventionnels, dailleurs éveillés par Taudace
84 RÉVOLUTION FAANÇ/USE.
des journaax royalistes , à s'entendre et à s'accorder sar le choix des candidats auxquels on devait confier les fonctions de directeurs. Dans ^ne réunion chez Yilletard , Tune de ces médiocrités actives et cauteleuses qui, après les grands chocs et la mort des premiers ehe& populaires, usurpent une certaine influence, on résolut de ne porter au pouvoir exécutif que des hommes éprouvés , et on réunit les suffrages sur Sieyes y Laréveillère- Lépaux, Beiebell, Letourneur et Barras. Le nouveau tiers acceptait volontiers Laréveîllère et Letourneur*, mais il repoussait de toutes ses forces' les autres choix, et voulait Barthélémy et Gambacérës : Tun que l'on croyait faible et facile à circonvenir^ ]*autre que, malgré ses antécédens révolutionnaires , on espérait trouver accessible à des ouvertures comme celles de Lemaître. Pour prévenir toute erreur et tonte divagation, on arrêta une liste de cinquante candidats, sur laquelle, après les cinq directeurs proposés , on ne porta que quarante -cinq noms exclus d'avance par leur obscurité. La veille de la séance décisive, Génissieux ayant aperçu, parmi les quarante-cinq nullités, le nom d'un aristocrate, lui substitua un autre candidat. On n'eut pas le temps d'instruire tous les votans de ce changement, et grâce à la division qui en fut la consé^ quence , le nouveau tiers parvint à glisser le nom de Gambacérës sur la listé.
Lorsque les choix des Ginq-Gents furent présentés au Conseil des anciens, Dupont de Nemours découvrit la manœuvre des conventionnels-, mais comme leur conduite n'offrait rien d'illégal, et que, dans le conseil, les révolutionnaires avaient aussi la majorité, les cinq candidats furent adoptés Sur deux cent dix-huit votans, Laréveîllère obtint deux cent seize voix v Letourneur cent quatrevingt-dix-neuf ^ Bewbell, cent soixante et seize ^ Sieyes, cent cinquante-six ] Barras n'eut que cent vingt suffrages. ' On doutait beaucoup que le modeste et bon Laré-
NOMINATION DU DIRECTOIftE. QS
Teillère-Lépaux voulût accepter les fondions si giaves que Ton. confiait à sa< probité plos encore qa'à ses lumières. Mais dès qu'on lui eut dit que la patrie exigeait de lai ce dérouement* il se hâta de sacrifier son repos aux exigeances de la chose publique. La résistance de Sieyes, à laquelle on s'était bien attendu, mais que Ton ayait conservé l'espoir de vaincre , demeura- inébran* lâble. Ce publiciste célèbre boudait le pouvoir qui n'avait point été organisé d'après ses plans : il se regardait, avant tout, comme un législateur destiné à instituer la France, etl'injure &ite à son génie ne lui permettait pas d'accepter la puissance, qu'il craignait d'ailleurs comme un fardeau ou un danger, et surtout comme une source de travaux qui le distrairaiait deses^mé^tations habitudles^ Il fallut alors remplacer Siejes, et faire une nouvelle élection. Bien aurdèssus de la réputation, du timide et méticuleux Selon, s'élevait celle de Gftmot , dont peut-être on s'exagérait alors l'énergie républicaine , mais dont on ne pou-^ vait trop lou^ la haute probité. Les modérés et les royalistes le repoussaient avec colère , parce qull avait été col* lègue de Robespierre dans le grand comité , et qu'il avait osé défendre Billaud'Yarennes. Le nouveau tiers ap^ payait toujours la candidature de Cambacérès, qui fui' encore porté sur la liste, mais après Camot. Les anciens préférèrent le candidat des conventionnels, etCarnot, sur deux cent treize volans, obtint cent dix-sept suffrages. Cambacérès^ qui brûlait d'dtre nommé, ne se connaissait pas bien ; sa bonne étoile le préserva d^une élévation qui laurait perdu, parce que toute sa prudence n'aurait pu Vempêcher de laisser voir la faiblesse de son caractère , et de se compromettre gravement par ce défaut entre Carnol et Barras.
La première fois que les directeurs se réunirent au Luxembourg, il n'y avait pas un meuble : on trouva seulement dans un cabinet une petite table boiteuse, sur laquelle
S0 wjtvaumm fkamçaup.
ils déposèreatAB cahier de papieràiiettre^tHaeécritoire à cahûnel , qifte Tao d'eu atait eo rheiirevee pcécantioii de , prendre au Conûti de Salât public y c'esl là que siégeaDt $ur des chaises de paille^ .eu lace de guelfes bûches mal allumées y le tout enpnflfté an concierge , les noaTeaox membres 4u gonveroement, après arvoir exi|miné,les diffieullés de leur situation, s'arrêtèrent i la rdsolntion de fidra fiiee i tons les obstacles , d de pMr plulAt que de ne pas nétaUir ia France dans. un ^état fsoû^e et tranquille Ils riiUgèrent sur une femlie vofainte l'acte
par lequel ils se dédaraîent constitués, * et l'adreisëreDt aussitôt aux deux conseils légidatifr. De quelque manière que l'en juge l'ensendble de iaconduite du Directoire , il est impossible de Jie pas reconnaître dans les autours de* cette audacieuse résolution des^héntiecs de la dictature populaire, habitués à Twr s'iqiérerdes prodiges ; mais lesdireeteutane pouyaiani l'ignoier , tons les moyen» qui ayaieni produit 4ïes prodiges étaient i>nsés' d'avance entre, leurs, mains. Us se hitecept.de.se partager entre eux la grande U^chc^lb avaient* à aen^pyr.
Larévejllère , Tami des Cîirondint lorsqu'ils aToient été nMilheureux , fut diargé . de l'instrufitioa publique , de» arts , des sciences et des >mftnnfefitures, un pe pouvait mieux . «»pl<qi[er un homme àe sasoîr , é'étude , ^ rempli de 4M»urage el de bonnes Ji^entions \ cependant, dès L*origine du Direetoinr, il Ait en butte^ a des sarcasmes qni avaientipen de convenance, sur sa laillecontr^fisiite , et sur le peu de dignité* de son extérieur. Letouisneur, officier do génie^qni avait adopta la ré^ohitioi^eiToté la mort du roi, s'étant pnucipalemeut occupé de travaux et de mission» militaires, fut d'abord chargé de la guerre, mais aussitôt après la nomination de Camot , Letoumeur se bcurna à ce qui regardait la marine. An premier coup d'odil, Carnot paraissait un des meilleurs choix que l'on pût faire -, cette ufiniqa était une erreur. Sans doute Carnot se recomman-
OlRECTEUnS. 87
dait p«r d«s cioiiowsanGes étendnies, il saTait la goecre et l>daii]DpstratiOiiîiQaî& né poar la c(mtra<fietî^ii» baHtaé à uiaraber Mul , jurasoible, sujet à d^ p)réveiiti(ms ii^îurable^^ craigiiaitil en /Mnei^C lea réTolatioonaires» ayant je ne sm quel ptechastf à pr^Kirbr aux généraux pttriote&et fidèltia les gé&ér9«x doitfeox et sospôcts aux jim% d^ l-^njon qui se WmpA nremmt h cet ;^f*rd , ineafial^lQ wfiif de sopporter Ifto M^wures de te j^esse, ce dii^^cteiir apportait au gduternanént des oauses de diyiaiQH et de rqiipe. IL allait d'aUletiu^ t^uver derSnt lui nH adversaire qui» quoique paresseux» ignorant, inappliquéiavaU dans l'esprit de no^nége et d'intr jgne , dans TapUtude h JQUisr un double rôle, ^911 Ï9fi do. fie ewcitier dës^an^saita et de se &ire des çr^tnro^) toq^ If^ UK^yens de ruinler ae^ rivaux. Barras^ céy^jltipnuaire et Montagnard, quoique noble» s*iStait signalé par des bariwies à Tou1(mi. Mîçnaeé par Robespierre, il ayiiit coirtribué tans Audace au 8 thermidor, et s'était fait réacteur eonime XaUjkâu, et avait dirigé avec Fréron , son ami , la jeunesse: dorée. iLéB journées du iS géruftiilal et d^ prairiâil rayaient yû ttiardier en entiemi contl*!^ les patriotes, Mais te 15 yendémiaire yenaîl d'ef&cer toujtea s« fauitei an^ yedxdes réyélutionnaires qti'ilparbt adoptier de nouveau et siuis retour. Tel était l'boidm.e que iCamol; allait ayqir à combattre , et qui prit soi|s sa direetioii le mouvement des armées et la police générale de la réptibUqpe. BaD'as avait de la prévoyance en se réser* vaut pes attributions spéciales & l'aide desqueileàilne larda point jSi se eréer une espèce de direction générale des affiùifes d'autant plus grande qu'elle était saiks Uttiiteâ précises:
Rewbel ayHKt ime iustruetion solide, surtbut dans le droit, w ef prit juste et cSapitble d'afibires, une volonté ferme ju$^u'| TeMêteinent, et uA «araétëre 3$ujet à Temperteoient, av^c toqtep les apparencés'du aang^froid , cml^a$^. dans ses aUribulions la joHtice, les finances et les relations extérieures.
88 RÉvoLirnmt française.
Ces hommes offraienl sans doute des garanties à la réyolatioD ; mais comme i^ n'y arait pas d'iiomogéDéité entre enx » on pouTait aisément prévoir que bientôt la discorde les dérânirait. La promièré chose qoe firent le» directenrs fat de composer le ministère. Fajpoalt, an^ eien agent diplomatique , (ut appelé aux finances*, Benesech, admimstrateur plein de talent, à Tintérieur*, Aobert Du Bayet , commandant de Tarmée des c6tes de Cherbourg, à hi guerre ^ MerHn^ de Douai k la justice; G. Lacroix, secrétaire de Turgot , aux aflEaires étrangères; Truguet h la marine.
Lorsque les directeurs et les nouTcaux ministre^ nommés par eux saisir^t le pourbir, bi famine régnait h Paris , et le discrédit du papier-monnaie laissait le gourernement sans ressources pour y mettre un terme. L'échelle de proportion, que l'on avait voulu établir sur les assignats, n'ad* mettait la baisse que d'un dnqnième de la valeur nominale, tandis que' la d^éciatidn réelle se trouvait Inen autrement considérable. Aussi , la çeule perception productive du trésor était la contribution foncière , dont le gouvernement recevait la moitié en nature. Pour subvenir aux dépenses, il avait donc fallu , dans le dernier temps de la Convention , émettre une quantité énorme d'assignat; et plus le papier-monnaie augmentait sur la place > plus, par une>fatale conséquence, ilbaissait de valeur. Lorsque le 9 thermidor arriva , on avaitcréé pour plus^de buil milliards d'assignats ; depuis cette époque, la valeur nominale des émissions s'était élevée à la somme eiorbitante de trente-huit millards. Les transports des approvisionne mens, l'équipement et l'armementide nos soldats, la nourriture de Paris- avaient absorbé la plus grande partie de cet énorme capital. On croit rêver en songeant à cette masse de papier; ceux qui Tout vue peuvent à peine y croire.Oo neconçoit pas^comment il était possible de vivre en France, lorsqu'on payait quatre cents francs la livre de sucre ^