MISÈRE PUBLIQUE. O
deux cent trente francs la livres de savon , et cent quarante francs lés seize onces de chandelle.
Au miliea de cette rame générale,, les fonctionnaires pnblics ne recevant pat mêmelear salaire en assignats, donnaient lenr* démission ; les soldats sans solde rentraient dans leurs foyers; beanconp d'ofBciers^ dégoûtés par la misère des volontaires auxquels ils commandaient, et ne les voulant voir ni mourir de fkim ni piller, demandaient k quitter iin service qu'ils croyaient trop mal apprécié : car les armées ne pouvaient se douter de la profonde misère de rintérieur, et attribuaient leurs privations i Ist mauvaise Tolonté 4es hommef placés à la tête des afTaires. Gomme on le voit, la grande source du mal se trou^ vait dans la vicieuse organisation des finances. Cepeu'dant le premier message du Directoire auprès des conseils réclama Tantorisation d'émettre trois milliards en assignats. Cette demande , qui ne souffrait pas de discussion , fut adoptée sans délai , et lé gouvernement chargea le trésorier de négocier ce nouveau papier qui ne devait guère produire en numéraire plâs de vingt millions, faible ressource pour lés besoins de cette époque !
Outre cette demande , les directeurs obtinrent encore le droit dé prélever dans les départemens voisins de la capitale deux cent cinquante mille quintaux de blés , à compte dé fe moitié de TimpOt foncier qui devait être soldé en nature. Tout en prenant ces mesures capables de satisfaire aux besoins des premiers moméns, le ' Directoire cherchait à rendre quelque énergie et quelque dévouement i l'opinion publique. Gamot et ses collègues se souvenaient de ce temps où l'on supportait sans se plaindre tant de misères, ou le peuple semblait acheter avec bonheur 1» liberté par les sacrifices les plus pénibles. « Vous, écrivaient-ils à leurs agens , vous , que nous appelons pour partager nos travaux , vous qui devez avec nous faire marcher cette constitution républicaine ; votre pfdmiève vertuv
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Yotre premier sfsnUmeat d<Ht ttre celte Virienlé bien pro-^ noneée» cette foi p^tnoUvic qiH « fait avasi ses heprenx entfiooaiastes , et pro4oit ses miraclei! Tost sera fait quand; par tos soîqs, ce sincère amoar delà liberté qai si^nctifie Tampiir 4e la r^TolvtioB viendra ranimep le ccnir de tous les Fran/gaîs. » • loste tribut payé par ra^nimstralion nouvelle w Çjentjinient profond de force, de résolution èl de grandeur qui ayait «anvé la patrie et la «anse plus sainte encore 4<9 la ci?ili9atioaet de 1^ liberté... MalbeurejDsepieii^t les premiers actes dn Directoire ne répondirent pas i q^ belles paroles d'one sage reconnsôssanee. U 7 avait en général, dws cette autorité» de la tiédeur pour les patriotes : Q.ewbel les tenait ponr suspects, Letourneur était indiffér<ent j Lareyi^lère avait des ombrages, Barras seul é^it prononcé m lavenr de ses amis de vendémiaire*, tamjiç que par un souvenir du rOle secondaire qu'il avait joué dans le grand comité de gonvememenH, et semblable à ces gens qui n'ont peur qi^e l<Hrsqn' ils sont sortis du péril, Carpot , dont le nom semblait nne garantie au parti de la révolution , ne le so.uten9ilt pas .comme il aurait dû le faire. D'un autre c6té, pendant que le Directoire organisait les élémei^ de l'antprit^, un nouveau parti se formait daps les 4^x conseils légialatife. Ses chefs étaient le qonyei|tîpnnel Thibaiijdeau , qui avait reçu dans la réaction le surnom 4c JB(arjre-4ç-fcr, et deuiK i^uveaux élus, Sifnéon et Portails, qui passèrent bientôt pour des royalistieis. Ce parti, suspect dès sa naissance, et ensuite entraîné à 4c déplorables ^irreurs, fit le plus grand mal en commençant par se séparer du Directoire; c'est à l'oppo- HtiojQi 4e ces hommes que Ton doit attribuer en partie, la nécessité du déplorable coup d'étalée fructidor* En ^dl , si \à Directoire i^i été sûr d'an 9ppui ferme et certaw dans le Corps-Législatif, il n'aurait pas été entraîné à décimer par la force les Glichiens. Mais toujours flottant , le parti conattiiitionnel par ses fréquentes bostilités contre
LIS JOOMAUX. 91
lesidicectenffs; kostililia^ont priofit«if atl^irQjalîfites, lança rauiorilë dans dea mesures île videnee qoi renfj^ulnfçront h sa propre perte.
Les priadpaax ehefe âvt paiti viODWc}iiste aqx Giiiq- Cents étaieDt Lesierer, Henri Laririëre , Joçrdan des Bouches^u^Rhône, Job Aymé » Gilbert DesmoU^res, André; aux anciens y les iléputés Damas, Lebrun, PuponideNeme«ra.
L'altitade'de la nonreUe admioistration.à rc}|Lténe]ar ne conYinl point anx patriotes. habîtoiSs i la baqteçr da grand Goinité, parlant aoxrois.comme on sénateur. rpmain àun prince barbare. Pour les. satiabire, il fallut accorder quelques places.à leurs pc(^gés. Léonard Sourbon, bomme sanslalent, d'un lépnblicanisme fort. douteux, mais dédanatonr assez violent, reçut une. mission importaiite; ADtpnclle, le président d« yutj qui aya^t fsnvoyé d'Orléans à Técbafand, fut chargé do Journal officiel lefiédac" teur. Au.jniUeu.des déb^eme^s Jles joymau^, les directeurs avaient réeU^nent besoin d'un org^Ufs vQ^ais il lallait choisir autrement Vbomme que Ton voulait charger d'une tftchesi délicate. Antopelle^déplaisait aux membres de l'Assemblée nàtionale,et en j»utre il aViSit d^ opinionssi démocn^qnes et si tranchées, une telle indép^endance d'esprit, qu'il Jie pouarait seririr .d!in!terprète à un gouvernement. Les royalistes, opposaient au Itirqctoice ia. Quotidienne^ FEclaùr, le Fdridiquey le PostilUm^ le Mes^ager^ journaux écrits avec la passion de l'^rit 4e paili tout à la fois le plus perfide et le ^us violent. Les révolutionnaires émettaient leun i^nions dans Je Tribun da peuple , dans fjémiidupe^pley.dBB^ HEepai^eur du peuple^ dans/e Journal des Hommes libres. Comme Jes xoyaUstes, ils^ lançaient des diatribes contre Tautorité trop faible pour les^ réprimer, et indécise entre deux partis qu'elle ne voulail^ pas suivre* Chacun des actes du gouvernement , interprètepar ces deux opinions opposées, se répandait dans le peu-
OD AÉVOLUTIOfl FRANÇAISE.
pie avec des couleurs propres à dégrader le Directoire^ qui, regardant néaumoitis tes royalistes comme ses plus dangereux adversaires , s'égara au point dlnterdire la circulation de plusieurs journaux de cette couleur, et ordonna des poursuites non-seulement contre les auteurs de ces feuilles , mais encore contre les courriers ou messagers qui les porteraient. En France , il ne faut pas beaucoup d'actes de cette nature pour donner de la consistance à un parti. Les pamphlets remplacèrent les journaux défendus, etfirent un mal considérable \ tant la Toix des persécutés a de Tinfluence sar les esprits! Les Jacobins ne furent pas frappés dans leurs publications quotidiennes, parce qu'ils se réfugiaient derrière Barras et ses agens, pris presque tous dans leurs rangs. Barras ne (fiirigeait pas le Journal des Hommes libres y mais il ne cessait d'y entretenir des intelligences, au moyen desquelles il soutenait sa popularité, en répandant des nuages sur celle de Gamot. Quand un acte déplaisait aux patriotes, les agens de Barras leur Tenaient dire à Foreille : « Le directeur s'est opposé à cela de toutes ses forces, il a combattu long-temps; mais Gamot est toujours là pour entraîner le gouvernement dans la mauvaise voie. » Au milieu de ces discordes naissantes , l'état des finances exigeait encore de prompts remèdes. Les fournisseurs y non payés, suspendaient leurs envois aux armées. Les maîtres de poste, soldés parle gouvernement en assignats, déclaraient unanimement qu'ils allaient quitter un service deveno pour eux une source de ruine. Il nous restait un fecile moyen de débarrasser la France de la masse énorme d'assignats qui lui causait tant d'embarras : il fallait ne recevoir le papier monnaie que d'après la valeur de son cours , que l'on pouvait facilement relever par la vente de propriétés foncières, dont lé prix serait stipulé payable en assignats. Gette ressource de salut, s'élevait encore, y compris les biens de la Belgique, à la somme de sept milliards. Toutefois, la mesure hardie dont il était,