FINANCES
question^ déplaisait aux patriotes qai la repoussaient avec colère comme une banqueroute véritable. En effet, il y avait bien de la part de l'état une faillite, puisqu'il avait émis des papiers qu'il ne pouvait rembourser au taux de rémission. Mais ce malheur était inévitable, et plus la situation financière se prolongeait, plus elle empirait, plus elle compromettait la nouvelle administration, héritière malheureuse des mesures dictées par la nécessité à la Convention.
Toutefois , quoique n'osant pas adopter des moyens aussi énergiques et seuls capables de remédier à tout le mal , le Directoire présentait à la commission du Conseil des Cinq- Cents le plan de finances dont voici les principales résolutions. Porter l'émission , non compris ce qui avait été brûlé à la somme totale de trente milliards, et briser ensuite, le 50 nivôse, la planche aux assignats ^ consacrer à l'extinction de cette dette nationale un milliard de biens nationaux , en accorder un autre témoignage comme de la gratitude nationale aux soldats de nos armées -, remplir ainsi la promesse de la Convention , et rester maîtres de cinq milliards de biens nationaux pour faire face à l'avenir.
Maintenant, pour liquider le papier-assignat et faciliter sa suppression, on proposait d'émettre des cédules hypothécaires en manière d'emprunt. Ces cédules accordaient un droit d'hypothèque sur tel ou tel bien, dont le cadastre avait préalablement estimé la valeur. Ainsi, comme sous la Législative, on en revenait à mettre en circulation la valeur des biens confisqués. C'était d'abord avec cette garantie que l'assignat avait paru ; aujourd'hui, c'était la même opération que l'on tentait sous un autre nom. En même temps , par une mesure de sagesse et de prudence qui réservait à l'état quelques fonds pour des circonstances imprévue^ on se proposait encore de n'établir aucune hypothèque sur les forêts dont les revenus en coupes réglées seraient seulement aliénés à des compagnies pour un certain nom-
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bre d'années. Ce plan fdt â^M^uéilti par les Ginq-<Geiita après de yiolentes discussions, dans lesquelles les ennemis do Directoire ne pdnssèrént que trop loin leurs mavhraises intentions, et monti'ireiif jiîSf^u'ft \k deflivère' étidehcà qu'ils feraient tout pÔufeMrayérlàclfOs^pabliqm.Qàmd le premier projet, approuvé par lèc(]insdldesGnkq4jenls, fot présenté à là sanction dés Anciéni^ , ceux^ ne crurent pas devoir Tadopter, et furent d'avis dé continuer le système des assignats. Ils disaient qu'ils ne voyaient rien de noo-« veau dans là proposition dâ Directoire , et aucune raison pour émettre nné masse nouvelle d'assigfnats sous une antre dénomination. Là résolâfioti du prétenda consdl del sages irrita grandement le Directoire qnty rédôit par elte à une détresse effroyable, résolut d'en sortir h quelque prix que ce fût par une mesuré éitraorAiiiatre. Il sollicita un emprunt forcé ei^ Valent véritable, «n nom'éraire^ ou en assignats au coure, c'ést-â-dire i'eent |icîar tlnr; La quotité <le l'emprunt s^élevait à irïx oentà millioni, d'après la baisse que l'on fai&àit subir âlix assigniats -, le tiers de cette somme devait sérviif S retirer de la en^caktiôn vingt milliards de papiers , et à relever ce qui en resterait sur U place^ le reste, nioùtktit àquatrô cents millions stoiffiriit, suivant les calculs du godirèrnement , aur besoins du service de Tétat, dans là terrible position titt se trouvait' la république. La législatui^ consacra ce» nottréllespropèntions du Dit^éétoire i elle déètéta, en dutrd,< la niise en vente des màisonë, dites nàtidtiales^ situées dans Fèncéinté des villes, dés ferrés an-deséods de trois ëents «rpéfas, et4e toutes les propriété^ âppartéfnânt au defgé belge. On résolut aussi d'aliéner tôutèlS les maiscfns royales, excepté Versailles, Côoiipiëgne, Fôfitainébleaii , et de vendre aux enchères le mobilier des Anigèés;
Après avoii' pri^ ce^ ttiesùrés financières ^ le gouvernement voulut remédier à crn mal qu'il était tëmpft d'arrêter: c'était la désertion qui détruisait nos armées. La désertion
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i rennennî crini^ trèk rare parmi ndns, fat déclarée pasnve de la peine capitale ainsi que rembaochage. On chargea la gendarmerie de réprimer les désertions ti fintélfear, punies de la détetition pcmr ta premièi^é fbiis/et dès fers à la réddire. Lés congés abcot^ mx jeunes soldats dorent expirer dix joors après la pnbHcation ^u décret. H était temps qne Gamot déployât eéttè vîgneor inflexible; car nous Venio&s d'éprbutelr dé iérrib'les reVers dont nous dcTons faire le triste et douloureux récit.
Pendant que Mayence se trouTàit inresti sur lés deux, rilres^ Wurmser arait rallié feipideuîent, outré lés tiïînpés autrichiennefc dé GUirfaj^, quarante mille hommes qui se trouyaieht sur ses deàrrîères. Dans le moÛTCfment de concentration, Glàirfayt âf dit écrasé un corps de tirbupès républicaines postées en atant de Manhelm , occupé pair Pichègru. L'amfée de Sdmbre-ei-Médse s'étiiiit aventurée, Glair&jt atait résolu 4^ Itt tdûrnei' pkt sa gaiiché , et dé là reésèrrfer oontrë'lé Rhin. Dd&s la nuit du iOràti 11 octobre, les Autrichiens, ajaot franchi lelHâyiiàSéligehstadt, s'étaient avoicâ jilfiqtfà Wétftlkr pour néds entdopper. lourdan sentit ^'il allait ekpo^r liiie pknib dé sëé troupes, s'il ne lem' ordbnilait pas de fepâssëf lé khin: toilà conn ment on perdit le firuit de taitt de éôdragè, d'audace et de sages eond)inâiaons Miatégiqties. Lés ti^onj^es répnblicaiiles tnrretBèrent le ûiwé par les poiitë de Ôusseldorf et de Neairièd. Lés Autrichiens h'idqtiiétèretit qtie faiblémeâ( cette rélnlile, opéMe âretf apiètnb pàî^ dé brayes soldats pleins de eoilfiéacë dilt» rhérdîqdë sâ^éàsé de leurs chefa. Nâmmèlns , ud cleddeht &illit tôiit peMte : lin capitaine de génie avait re^n de M&t(jèàtf rofâi*ë de n^ettre le feu à tous les bateaux qui se tmiitàéût Sut là Sieg; il se hftu t^op d*exécuter éetofdrè; Ces bâtëàtii en féù , entraînés ^r le courant; étîflâttlmëtent le tibât sur lequel devaient passer nos soldats , pousséil par rëniieihi. Nos troupes se trôutaiefit ddfls uflè posîtiofi dé§ plus déplora*
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bles *, mais Kléber était là. En irenle beoroB, un .pont fat rétabli \ notre artillerie, contint les colonnes ennemies \ les Français effectuèrent leur passage^ le. général, saoyear de Tarmée, fut le dernier Français qui trayeisa le fleu?e. Jourdan perdit encore la tête du pont de Neuiried, mais il conserva Tile du m^me nom qu'il avait bérissée de rcdoutes, ainsi que Neuiried, qu il fit encore couvrir par deu^t camps fortement retrancbés. Tandis que Jourdan , abandonné de Pichegru, qui trabissait ses sermens et sa patrie, se couvrait de gloire, même dans son malbeur, Glairfajt, renonçant à Tespoir de Tentamer, se rendit en toute bâte à Mayence, pour passer sur la gaucbe du Rbin et attaquer Picbegru. Nos volontaires étaient tranquilles ^ rien ne leur révélait un danger procbain^ d'ailleurs leur gé* néral les tenait , par un affreux calcul dans la plus complète sécurité. Glairfayt sentit que tout le succès de son agression dépendait de la promptitude des mouyemens. Le 29 octobre, à six beures du matin^ il fit passer le Rbin à deux fortes colonnes de ses troupes, Tune an«dessous de ' Mayence, Tautre vers la cbaussée de Manbeim, pour nous couper toute retraite^ en même temps, trois colonnes de la garnison débouchèrent de Mayence, et abordèrent vivement les troupes françaises, qui ne s'attendaient pas i être attaquées. La première ligne , commandée par le général Scbalt, fut enlevée ^ la seconde essaya vainement de se défendre, mais se voyant sur le point d'être tournée , nos troupes se précipitèrent en désoriredansle bois de Monbacb , où la défense fut énergique et désespérée. Il fallut céder, et le reste de la journée devint une affreuse déroute, dans laquelle nous perdîmes soixante boucbes à feu et trois mille soldats braves et aguerris par des victoires. Cette malheureuse journée, due à la trabison d'un général sur lequel la France devait compter, ouvrit la déplorable série des revers que nous allions éprouver.
Jourdan, par un généreux oubli de l'indigne conduite
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de Picbegru, et informé par hasard des revers essuyés par son collègae > ordonna immédiatement au braye Marceau de tenter une diversion en faveur de iarméc du Rhin. Le jeune général de division, à la tête de quinze mille soldats, se porta rapidement sur le Hunsdruck, et repoussa les Autrichiens sur le Greutznach. Ce mouvement sauva les débris de Tarmée de Pichegru. Clairfajt n'osa pas s'élancer à notre poursuite, et dut attendre des renforts que Wurmser lui envoyait sous les ordres de Laiour. Marceau reprit son ancienne position dans les gorges de Salm-Yalt. Aussitôt Clairfayty à la tête de troupes fraîches, força toutes les positions de Pichegru y qui profita de la nuit pour se retirer d'abord sur TElsbach et ensuite sur le canal de Frankenthal. Glairfayt, fier de ses succès , et agissant contre un général qui semblait n'avoir plus aucune inspiration de son génie, ou qui ne voulait pas s'en servir> nous battit encore dans cette nouvelle position, et força nos soldats à se replier sur la Queich, en appuyant notre gauche à Landau. Les Aiitrichiens vinrent occuper la ligne do la Speyerbach.
Glairfayt bombarda avec vigueur Manheim, où, par une faute qui serait incroyable si elle n'était qu'une faute , Pichegru avait laissé neuf mille hommes de garnison. Des quartiers entiers de la ville furent détruits. Cependant Montaigu ne capitula que lorsqu'il eut consommé la petite quantité de munitions qu'on lui avait laissée.
Jourdan cherchait en vain à attirer sur lui une partie de l'armée victorieuse de Clairfayt, qui s'était contenté de faire tenir en échec les troupes de Marceau^ sachant bien que, lorsqu'il aurait écrasé l'armée du Rhin, il viendrait facilement à bout de Jourdan, dont la position ne serait plus tenable. Celui-ci, ayant deviné les intentions de son adversaire, se fortifia dans le Hunsdrnck, et répartit ses troupes à Dusseldorf, Cologne, Coblèntz et Andernach. Bientôt d'autres mottvemens portèrent l'armée de Jourdan sur la Nahe et VI, 7
même aa-delà de Manheim \ niais après ta prise de celle place , Marceau eut à soutenir le choc d un corps autrichien considérable. Quoique la force numérique de nos soldais fût moitié moindre que celle de l'ennemi , ils se battirent avec résolution , et ne se replièrent qu'après la plus énergique résbtance, dans le meilleur ordre possible. Nous nous portâmes alors en arrière de Sohn-Wald, en nous prolongeant yers Manheim et Trarbacb, afin de coa- Yrir nos places sur la Moselle. Le 16 décembre, Glairfayt yint se briser contre notre droite , tandis qu'à sa gauche Marceau battait les Autrichiens k Sultzbach, et le général Malèche à Scheffweiler. Les Autrichiens se préparaient à franchir le Rhin yers Goblentz. Pichegru annonçait ayec inquiétude cette résolution à Jourdan, lorsque celui-ci reçat de Glairfayt la proposition d'un armistice.
On n'a pas encore pu clairement expliquer le motif de l'acte par lequel un général victorieux demandait à interrompre une suite de succès qu'on ne pouvait plus lui disputer. Il y a pourtant deux manières différentes d'interpréter cette conduite du lieutenant de Wurmser : ou il comptait sur les menées de Pichegru^ ou bien il voulait franchement la paix, et profitait d'une heureuse position pour l'obtenir avantageuse. Jourdan, toujours citoyen, refusa de rien conclure avant de s'assurer que l'armistice serait commun aux deux armées. Pichegru, humilié sans doute par la générosité de son collègue, refusa d abord l'armistice^ et ensuite sembla n'y acquiescer qu'avec regret ^ cependant il détermina la ligne que conserveraient les deux armées. Jourdan exigea que Glairfayt se reportât derrière la Nahe. C'est un fait digne d'être consigné dans l'histoire , qu'un général en retraite tiictant des conditions aux troupes victorieuses. Les deux armées, heureuses du repos que cet armistice leur accordait , entrèrent dans leurs quartiers d'hiver. Mais quelle que fut l'issue inespérée de la malheureuse conduite de Pichegru , ce criminel général n'en avait