‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 20 sur 93 · ALPES · texte numérisé non relu

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pas moins causé les plus grands dommages à la république et à la gloire de ses armes. Les patriotes, exaspérés par ces revers inattendus, pensant avec orgueil au temps où le grand comité, leur idole, commandait et obtenait des tîctoires à jour fixe , mal instruits des détails que Gamot ignorait lui-même, au point de favoriser Picfaegru , accusèrent également les deux généraux , tandis que Jourdan avait mérité une de ces belles couronnes que Rome repubb'caine déposait sur le front des consuls qui avaient sauvé la patrie.

La fortune nous était plus propice sur d'autres points. L'armée. des Alpes avait pris ses quartiers d'biver, son centre se trouvait à Cbambéry. Favorisée par un ciel plus doux , Tannée dltalie espérait encore des victoires ; d'ailleurs sa malheureuse position lui ordonnait de vaincre. Nos soldats, nu-pieds^ mal vêtus, sans pain, brûlaient d'attaquer l'ennemi , croyant qu'une bataille gagnée les ferait sortir de la misère affreuse dans laquelle ils se trouvaient. Schérer était arrivé, le 2 octobre, k Tarmée dont il venait d'être nommé général en chef. Il amenait des Py* rénées des troupes aguerries, et en tout dignes des braves qu'elles venaient renforcer. Les Autrichiens et les Piémontais , quoique supérieurs en nombre , se retranchaient k Gampo-Pétriet à Loano. Leur armée, montant à cinquantecinq mille hommes, tenait une ligne de positions fortifiées depuis la mer à Loano jusque sur le Tanaro à Garessio. Une vallée très profonde séparait les avant-postes des deux armées. Nous n'avions guère que trente -deux mille bommes. Masséna, au centre, occupait avec deux divisions Sucarello et Castel-Yecchio^ Serrurier formait la gauche^ Angeeau la droite. Schérer, ne connaissant pas le terrain sar lequel son armée devait agir , eut la sagesse de s'en rapporter à Hasséna. Sous Tinspiration de cet enfant chéri de la victoire, on arrêta un plan d'agression : Ser-^ mrier fut chargé de diriger une fausse attaque pour attirer

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Fattention de rcnnetnL Pendant ce temps, nous devions, sur les deux autres points, charger à fond les Austro-Sardes. Schérer devait conduire une des colonnes, tandis que Iffasséna se mettrait à la tête de celle qui, au centre^ allait frapper les plus grands coups.

Le sa novembre , Masséna partit de Gastd-Yecchio avec ses deux divisions^ arrivé en présence de l'ennemi, il harangua ses soldats , qui, échauffés par ses paroles et son exemple, culbutèrent tout devant eux à Rocca-Barbena, à Ghalsabena , à. Banco et à Bardinetto : sur la droite, Loano fut enlevé par Schérer. Le général Banel s'empara de Tuiano , où il trouva une mort glorieuse. Les Austro- Sardes, battus encore à Monte-Galva par le chef de bataillon Suchet , voulurent chercher à se rallier au mont Gamelo -, Schérer se préparait à leur faire payer cher ce retour de courage, mais un affreux ouragan sauvâtes Autrichiens de la furie française : ils se replièrent sur Finale. Massena emporta le poste de San-Piétro del Monte et de Gastelare, qui dominait toute la droite des alliés ; il était parvenu sur les hauteurs de Gora , lorsqu'il essuya le même orage qui avait arrêté Scéhrer -, mais plus prévoyant ou connaissant mieux les localités, il se douta que les Austro-Sardes effectu raient leur retraite parSanGiocomo*, il fit donc occuper par quatre^ bataillons la gorge dans laquelle est ce village. Gette manœuvre réussit complètement : poursuivis et se voyant coupés par les soldats de Massena, les ennemis se débandèrent , ensorte que leur retraite dégénéra en une affreuse déroute. Les débris de cette partie de Tannée Austro-Sardes ne . se réunirent que vers Alexandrie, dans la vallée de la Bormida.

La gauche avait grandement contribué au succès de Masséna, de Schérer et d'Augereau par les attaques réitérées que Serrurier avait dirigées avec bonheur contre Golli, qui perdit beaucoup de monde. Le lendemain Schérer victorieux détacha vers son lieutenant cinq mille hommes

VENDEE. iOi

aax ordres de Joubert et de Ménard. Alors capable d'eDtreprendre une atlaqae décisive, Serrurier se rendît maître dlntrapo'de Garessio, des hauteurs de Spinardo, contraignit Colli à se retirer sur le camp retranché de Geva pour se réunir aux restes des troupes de^ d'Argenteau . Les résultats de cette attaque, dictée par le génie de Massena^ furent immenses : larmée ennemie perdit, toute son artillerie , quatre mille hommes tués, cinq mille prisonniers. Dès ce moment l'Italie fut comme offerte en perspective à Taudace de nos soldats , qui s'établirent sur le territoire de Gênes.

Reportons une deràiëre fois nos regards sur la malheureuse Vendée!

Après la funeste issue de Taffaire de Quiberon et la misérable conduite du comte d'Artois , les Bretons , avec cette ténacité qui les caractérise , voulurent recommencer la lutte : ils ne désespéraient pas de relever le zèle abattu des'popnlations; Puisaye était retourné parmi eux. De son côté, Gharette, malgré la certitude de sa perte, depuis la faute du comte d'Artois , était toujours sous les armes , et déjà il avait réuni dix mille hommes ^ mais Hoche qui, en apprenant que le prince se. trouvait si près des côtes de France , avait compris promptement que Fhomme le plus redoutable dans ces circonstances était Gharette , dont il avait pu apprécier les talens , l'audace , et les ressources, soit pendant la guerre» soit pendant la paix, résolut d'en finir avec cet adversaire opiniâtre, infatigable , qui ne savait tenir ses sermens qu'à la royauté. Le vainqueur de Quiberon dirigea trois colonnes de troupes, fortes de vingt-deux mille hommes, sur Belleville, qu'il pensait être le quartier-général de Gharette, mais celui-ci se portait avec ses paysans sur Luçon. Dans sa marche, il attaqua un poste de deux cents républicains qui se trou- Taient à Saint-Gyr, et lui opposèrent une résistance héroïque. La division de Luçon , ayant entendu la canonnade ,

accourut, tomba sur les Yendéens qui flirent complëlemeol défaits. Daus ce moment y quelques Toiles anglaises parurent sur la côte. A cette vue, Hoche éleya un camp retranché à SouUans pour s opposer à tout débarquement , et ramena la plus grande partie de ses troupes à Challans, tjlisson et Sainte-* Hermine. Là, ce général, ayant encore reçu des renforts, établit sur les bords de la Sëvre-Nantaise une ligne de post es destinés à séparer Stofflet de Charette, qui tous deux, depuis le départ de la flotte de rile-DieUy n'espéraient plus la yictoice, mais une mort honorable. Gharette essaya yainement de se Joindre à Stofflet \ il ne pot y réussir. Sapinaud, après avoir obtenu quelques succès à Montaigu , fut battu devant Chfttillon, et forcé d'ordonner à son corps d'armée de s'éparpiller. Le pays entre la Loire et la Vilaine ne remuait pas \ Stofflet , isolé, n'osait se déclarer ouvertement^ la discorde empêchait les chefs royalistes de £aiire quelques tentatives en Bretagne. Hoche se hâta de profiter de toutes ces heureuses circonstances pour porter le coup mortel à Gharette, que nos colonnes mobiles poursuivaient avec beaucoup de dévouement, mais sans aucune chance de succès. Kenonçant donc à d'inutiles tentatives qui harrassaient ses troupes, le général prit deux résolutions : la première, de resserrer son ennemi par une ligne de camps retranchés , très voisins les uns des autres^ la seconde , d'effec^ tuer le désarmement général des Vendéens. Pour assurer cette opération délicate , Hoche faisait saisir les bestiaux et les grains des notables dans les villages \ les chefe de chacune de ses expéditions avaient ordre de déclarer que les grains et les bestiaux ne seraient reiidus qu après qœles habitans auraient déposé toutes les armes qu'ils possé^ daient. Pour éviter les déclarations mensongèreset les soustractions, on se faisait présenter les registres des enrôlemens royalistes , registres déposés dans chaque paroisse, et l!on exigeait un fusil par enrôlé. Dans le cas où ce moyen

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ne pourrait pas être employé , & cause de l'absence matérielle des contrôles, il était enjoint aux officiers républicains de ne relâcher les bestiaux que lorsqu'ils auraient obtenu de la paroisse la remise d'un nombre d'armes égal au quart de la population mâle. Par des instructions secrètes , Hoche recommandait aux républicains de traiter arec tous les égards possibles les Vendéens , et de tâcher de leur expliquer ce que voulait le gouvernement, prêt à tout oublier pour faire cesser l'effusion du sang français. Le général prescrivait encore la conduite la plus respectueuse à regard des prêtres mis sous la sauvegarde des chefs de corps. Ainsi réglé , le désarmement devait laisser les populations dans le calme de l'impuissance , et assurer la république contre le retour de la guerre civile. Les colonnes une fois mises en marche ne pouvaient manquer, en avançant toujours , de finir par envelopper les noyaux des bandes vendéennes , et de les prendre toutes dans une enceinte de baïonnettes.

L'exécution de ce plan^ habilement conçu, et qui attestait une rare maturité de génie dans un jeune homme, commença en brumaire. La ligne de désarmement s'étendit en demi-cercle , s'appuya à la mer par sa droite, et à la rivière du Lay par sa gauche. Les principaux postes furent d'abord placés à Saint-Gilles, Légé, Hontaigu, Gbantonnay. Les fruits de cette sage mesure ne tardèrent pas à se faire sentir^ les Vendéens , voyant de plus près les légions républicaines, qui ne ressemblaient plus aux soldats de Westermann , se familiarisèrent avec elles. Les curés, satisfaits , remercièrent Hoche , et lui rendirent de véritables services. Le général pacificateur parcourait les dépôts où l'on gardait les Vendéens retenus comme otages; il causait familièrement avec eux, écoutait -leurs plaintes, parlait de paix ; et si quelques uns se plaignaient de la misère , il leur donnait des vêtemens , et parfois un peu de grains pour ensemenser les terres. De retour dans

leurs villages, ces paysans, touchés de la familiaritc d'an homme qui jouissait parmi eux d'une réputation immense y disaient qu'ils avaient vu le générai , et montraient sans honte -ni crainte les dons qu'ils avaiept reçus de lui. En même temps » comme Hoche retenait sur les grains saisis une partie die l'impôt en nature, son armée se trou^ vait dans l'abondance et à l'abri de tout besoin. Maintenus d'ailleurs par Tordre le plus sévère, nos soldats n'eussent osé dérober la moindre choses ils s'abstenaient en outre de toute violence-, en sorte que les habitans commençaient à les considérer comme des hôtes très commodes. Cbarette et Sapinaud, réduits au désespoir, se réfugiaient dans les bois*, le dernier même demandait à traiter sous la seule condition d'avoir la vie sauve. Stofflet , assisté de Bernier, voulut se porter pour médiateur entre le général républicain et l'infortuné Sapinaud^ Hoche lui répondit sévèrement» et le menaça de le faire arrêter s'il ne cessait les enrôlemens. Stofflet, effrayé, essaya de se justifier, et se retira dans sa demeure dfi Lavoir. Au moment même où Hoche voyait ses opérations couronnées du succès, et Charette se débattre dans un réseau de fer qui. tous les jours se resserrait, les généraux des années de Brest et de Cheri)ourg lui redemandèrent les troupes qu'ils lui ayaieni confiées lors de Texpédition de Quiberon. Le Directoire ' appuyait les réclamations des généraux, et Hoche, qui avait besoin de tous les soldats actuellement sous ses ordres, se voyait à la veille de perdre le fruit de ses savantes combinaisons. Pour conjurer ce malheur, Hoche écrivit au Directoire. Le gouvernement, frappé des raisons du général, le manda à Paris. Bientôt nous verrons adopter son système , et les derniers chefs vendéens tombés au pouvoir de la république, sceller de leur sang leur dévouement à une cause que de plus grands qu'eux semblaient avoir abandonnée.

Ainsi , versja fin de 05, l'insurrection vendéenne s'é-

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teignait comme un incendie qui manque d'alimens. L'ar^ mée dltalie, renforcée des yaillans soldats qu'ayaient guidés Dagobert et Dugommier, tenait à Loano les clés de rilaiie \ mais ces importans succès étaient comme voilés par nos revers sur le Rhin. Déjà les esprits inquiets disaient que la campagne de 96 verrait de nouveau les alliés dans les plaines de la Champagne. Au dehors , Pitt s'appliquait à soutenir les espérances des émigrés ; au dedans, il profitait des alarmes de quelques députés, pour faire , par ses émissaires. ^ des prosélytes à la cause de la dynastie fugitive , et acheter quelques hommes , devenus plus faciles à corrompre par l'effet de la peur , qui exerce une étonnante influence sur les imaginations dans les temps de troubles politiques. L'opposition anglaise, réduite à quelques membres , jugeait mieux Tavenir. Pleins du souvenir de rhéroïsme de nos volontaires dans les forêt, de lArgonne et de Mormal , témoins et admirateurs des prodiges qui avaient réparé les revers de 1703, Fox, Shéridan et leurs amis , riaient des folles tentatives du ministère , qui n'avait réussi qu'à forcer la France à vaincre tous les princes de l'Europe -, ils lui reprochaient , avec une indignation de patriotes et de philantropes, la dispendieuse et fatale expédition de Quiberon. «Du moins, le sang anglais n'y à pas coulé, » leur disait Pitt. A ce mot, marqué du caractère d'un égoïsme si cruel , Shéridan répondit par un trait sublime : a Non, le sang anglais n'a pas coulé \ mais l'honneur anglais a coulé par tous les pores. » Le peuple de Londres , réduit à vivre de la manière la plus misérable , par l'énormité du prix des choses usuelles, était alors du parti de l'opposition : il se réunissait en tumulte^ il rédigeait pétitions sur pétitions, et. se prononçait avec la plus menaçante fermeté contre le système de Pitt. Ce grand ministre avait été poursuivi pac la populace et couvert de boue; le roi lui-même s'était vu insulté. Forts de4outes ces manifestations de l'opinion,.

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Shéridan el Fox résolurent, dans le parlement noaTeUement^iassemblé, de ne pas se borner à empficher le ministère de poursuivre ses plans d*extermination contre la France , mais de Tattaquer sur ce qu'il ayait déjà fait pour réaliser des promesses si cruellement déçues. En poursuivant la guerre avec un acharnement sans exemple , Pitt n'avait cessé de dire : « Nous combattons pour Anvers et pour la ligne du Rhin; c'est à ces deux grands intérêts qu'il &ut tout sacrifier, n Mais les Français possèdent une partie du cours du grand fleuve , et la Hollande ainsi que la Belgique obéissent à leur pouvoir. A quoi donc avait servi des impositions si fortes , des emprunts si intolérables et la suspension de la liberté , ce qui est le plus grand de tous les maux pour un peuple?

Pitt répondait avec une apparence de raison que les efforts de la France l'avaient épuisée-, que ses armées, naguère si bien équipées y diminuaient tous les jours , parce que Tétat ne pouvait plus ni les habiller, ni les entretenir. Il citait à l'appui de son opinion les nouvelles mêmes de la France, les récits des journaux, les aveux de la tribune, et enfin les victoires de Clairfayt ; et puis, comme s'il eût voulu aujourd'hui défendre le régime qu'il attaquait jadis avec tant de fureur, il disait qu'il ne fallait pas assimiler le Directoire , encore incertain et faible , au comité énergique et terrible qui avait gouverné la France avec tant d'autorité. Du reste , malgré l'assurance qu'il montrait, Pitt se ménageait une issue; et, cherchant h calmer l'opinion, il promit solennellement que si le nouveau gouvernement français paraissait s'asseoir et prendre une forme régulière , on saisirait la première occasion pour négocier. En attendant, il finit par demander Tautorisalion. d'ouvrir un nouvel emprunt de trois millions sterling, et des lois sévères contre la presse qui , selon l'opinion du ministère ; remuait imprudemment le peuple , gênait le gouvernement, et lui faisait perdre une partie de ses forces.

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Fox , nixi moins attristé qu'indigné de la nooTclle yiolation da palladium de toutes les franchises de son pays, fulmina contre le fils de Ghatam un acte d'acusation quelquefois empreint de toute la yiolence des cris d'un tribun de Rome dans le Forum \ il s'emporta jusqu'à déclarer que si les lois présentées par le gouvernement obtenaient la sanction des deux chambres^ le peuple saurait user de son droit jusqu'à la résistance ouverte. L'orateur, qui avait été ministre lui-même, et qui connaissait les dispositions du parlement^ manquait aux avis de sa propre expérience, en poussant les choses à cette extrémité^ peut-être même servit-il la cause du pouvoir -, du moins, après une discussion orageuse, dans laquelle l'éloquence de Shéridan ne faHlit pas à son illustre ami ^ les crédits et les lois réclamés furent votés par le parlement, immédiatement prorogé au 2 février 1796. Pitt, qui ne négligeait aucun moyen de se concilier l'opinion, en la trompant , fit ouvrir en ce moment, par l'Autriche, sous la couverture du Danemark; une négociation simulée avec la France, à laquelle on proposait la formation d'un congrès européen. Le Directoire ne tomba point dans ce piège, et ré' pondit j avec raison ^ qu'il voulait traiter avec chacun de ses ennemis. La fière et patiente Autriche ne voulait point déposer les armes, et Pitt rejetait la paix bien loin de lui, parce qu'il regardait la république comme bieiftôt réduite à passer sous les fourches caudines/et près d'entrer dans une dissolution qa'aucune puissance n'était capable de prévenir. Quelque grande que fût cette erreur, commune à tous les membres du cabinet , elle s'appuyait cependant sur des argumens d'un certain poids.

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