‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 21 sur 93 · CHAPITRE LXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXI

Club Clicby. — Echange de la fille de Louis XVI. — Projet de loi sur la police générale. — Merlin. «— Exclusion des députés réacteurs. — Approvisionnement de Paris abandonné au commerce. •— Douze municipalités à Paris. — Colère des patriotes. — Gracchus Babeuf. — Fermeture des société royalistes et du club du Panthéon. — Benezech. — Société de Barras. — Madame Tallien , madame de Staël, Benjamin Constant, madame Beauharnais, Bonaparte. — Carnot. — Hoche. — Vendée. — Charette. — Coup d'ceil sur les armées de la république.

Le grand ressort de la révolution était brisé ; la ré% publique n'avait plus une foi imperturbable en elle-même ^ les hommes ardens , quoique conservant toujours un profond sentiment de leurs forces, avaient cependant été vaincus, et la journée de vendémiaire était bien loin de les avoir rétablis dans leur ancienne influence. Le pouvoir ni le peuple n'étaient plus entre leurs mains , et le gouvernement révolutionnaire, que quelques uns rêvaient encore , avait péri au 9 thermidor, pour ne plus renaître, la terreur organisée en système étant désormais impossible. Sous ce rapport, il y avait sécurité pour FEurope. D'un autre côté , un gouvernement nouveau , assiégé par la disette, diffamé par la banqueroute ^ réduit à faire ressource de tout , dévorant l'avenir pour nourrir le présent, obligé de soutenir une guerre qui commençait sous de fâcheux auspices , à peine rassuré par un homme de génie sur une guerre civile qui aurait pu renaître terrible ^ si

CLUB DE CUCHT« 109

un seul des princes Bourbons avait eu le cœur d'un cheyalier. Ajoutez à tous ces embarras la tâche la plus difficile du monde, celle de ramener à la vie normale des sociétés un grand peuple jeté par la tempête hors de toutes les YoieA constitutionnelles ^ certes , on pouvait espérer la ruine plus ou moins prochaine d'un tel gouyernement : cette situation donnait de grandes espérances au ministre Pitt y qui voyait encore avec joie deux nouveaux foyers de discorde s'élever et se former à côté du Directoire.

D'une part, le club de Clicfay, création des réacteurs; de l'autre , le club du Panthéon , refuge des révolutionnaires; mais les royalistes, plus dangereux que leurs adversaires, agissaient par Fintrigue, par la corruption , et grandissaient tous les jours en influence. Plus le royalisme se montrait confiant et audacieux , plus le prétendu parti modéré résistait mollement, plus il semblait prêt à faire des concessions aux réacteurs. Cette conduite coupable d'hommes, en général amis de la révolution, isolait le Directoire, le livrait à toutes les attaques dont il i^i'osait se plaindre trop vivement aux patriotes, pour ne pas recevoir des conseils énergiques, que le gouvernement n'était pas disposé à suivre. Si le Directoire, dont les royalistes ont eu à bénir la faiblesse, si le Directoire avait seulement usé du contrepoids des révolutionnaires , sans leur abandonner toutes fois les rênes de l'autorité , ceux-ci auraient facilement déjoué les espérances de Pitt et les coupables menées de quelques Français vendus à la cause du prétendant. Aussi, des hommes dévoués à la révolution, pour forcer les Clychiens à se déclarer ouvertement, proposèrent aux Cinq-Cents une résolution portant que l'anniversaire du Si janvier serait célébré par une fête nationale , et que ce jour- là, les membres des deux conseils prêteraient serment de haine à la royauté. Les Clichyens, ainsi qu'une partie des constitutionnels, s'opposèrent à ce projet; mais la majorité se prononça contre eux, et le décret

ilO REVOLUTION FRANÇAISE.

obtint la sanction des Anciens. Le moment dn serment mit an jour certaines r^ngnances , particulièrement celle de Dupont de Nemours, ancien ami de Mirabeau, et constituant ainsi que monarchique au fond de l'âme, du reste , homme d'esprit et partisan d^ doctrines philanthropiques.

A la mfime époque, c'est-i-dire dans les derniers jours de décembre, la malheureuse fille de Louis XVI, qui avait commencé par de si grandes infortunes sa vie de douleurs et de cruelles déceptions, fut échangée contre les députés Quinette, Bancal, Lamarque, Camus et le ministre Beumonyille, livrés à rAutriche par Dumouriez : le député Drouet, fait prisonnier à Tarmée du Nord, dans une sortie téméraire jusqu'à l'héroïsme; Maret et Sémonville, envoyés diplomatiques, arrêtés dans la Walteline, au mépris du droit des gens, se trouvèrent aussi compris dans ce cartel. La princesse partit de Parb le S8 frimaire \ l'échange eut lieu à Richen , près Bftie. Bientôt après , les représentans , rendus à la liberté , parurent au conseil des Cinq-Cents , qui les accueillit avec enthousiasme. Sans doute , la princesse reçut aussi de la famille impériale les témoignages de l'affection et des regrets pour sa personne et ses malheurs *, mais on ne sait à quelle cause attribuer la défense qui, suivant certains rapports, lui interdisaient toute communication avec les émigrés français.

En butte aux attaques et aux trames de deux partis également hostiles, le Directoire conçut alors la pensée de demander l'érection d un ministre de la police générale, institution dont on peut abuser d'une manière si déplorable pour le peuple et pour les gouvernemens euxmêmes, mais nécessaire dans les circonstances de sa création. C'était une terreur au petit pied contre les royalistes, mais différente de la première , en ce qu'elle tendait à prévenir le mal au lieu d'en punir les auteurs avec

POUCE GENERALE. ifi

une rigocur inexorable. L'affaire de Qoiberon, la journée de Yondémiairey la chute prochaine des chefs de TOuest , leur abandon par le* comte d'Artois» le résultat des élec* tionS; la nomination des directeurs» tous ayant yoté la mort de Louis XYI» n'avaient ni instruit » ni corrigé ce parti : il correspondait avec Londres et Tienne, et intri* gaait dans les cours étrangères : ses trames enveloppaient toute la France; il formait dans dhaqne département des centres de correspondance et des noyaux d'insurrection » d'autant plus difficiles à saisir, que tout reposait sur une organisation simple, et s'appuyait sur des passions et sur des intérêts qui rendent les hommes fidèles, constans et déyoués. Il était aussi urgent d'éclairer toutes les démarches du parti royaliste et de prévenir les effets de sa funeste influence, qu'il l'avait été de pénétrer tous les mouvemens de Gharette et de Stofflet, et d'éteindre la guerre civile au moment de sa renaissance , tentée par ce même parti. Seulement, le Directoire, plus heureux que le général Hoche, pouvait trouver, dans le nouvel élément de pouvoir qu'il sollicitait , pour déjouer leurs manœuvres et mettre un frein à leur audace, les moyens de n'être plus réduit i répandre le sang des rebelles sur la place publique* Cest Merlin de Douai qui avait été l'introducteur du projet de loi , c'est lui qui sera le premier ministre de la police générale. Merlin commit alors deux grandes fautes : la première, de se résoudre i proposer une telle institution, étant le chef suprême de la justice parmi i^ous-, la seconde, de quitter la plus auguste des fonctions pomr celles de ministre de la police générale, quelle que dût être l'importance que les circonstances allaient leur donner. Genissieux , le dernier président de la Convention , remplaça Merlin à la justice.

Les patriotes , que la nouvelle institution menaçait , comme elle menaçait tout le monde, comprirent cependant qu'elle était particulièrement dirigée contre leurs

adversaires qui, depuis la journée du 9 thermidor , n'avaient cessé de faire des progrès cffrayans. Convaincus de la nécessité du nouveau ministère , ils l'auraient approuvé hautement , s'ils l'eussent vu confié à d'autres mains que celles de Merlin de Douai y naguère réacteur assez violent , et d'ailleurs aussi porté , par la nature de son esprit et de son caractère, à prendre , en matière de conspiration , des ombres pour des corps, qu'à trouver dans la législation des moyens de condamnation contre les accusés, que dans son for intérieur il trouvait coupables. Avec lui, le verdict ÊivorablCy mfime d'une commission militaire, n'était point nne garantie pour un accusé absous; cependant on n'aurait pas pu trouver , dans la vie privée , un homme plus droit, plus probe et meilleur. • Aujourd'hui ^ à plus de quatre-vingts ans, il ressemble k une loi vivante qui rend des oracles au barreau.

Les royalistes détestaient l'homme et maudissaient l'institution. Attaqué par eux, ainsi que par certaines feuilles républicaines, le Directiore crut devoir demander des mesures répressives contre la presse qui , ayant à ses ordres vingt journaux royalistes contre cinq ou six feuilles de l'autre parti , n'était, à vrai dire , qu'une tribune élevée au milieu de la France, pour rallier, endoctriner, encourager les ennemis déclarés de la révolution , et les précipiter ensuite contre le gouvernement. Ni les révolutionnaires, ni les hommes enrôlés sous l'étendard de la monarchie, ou qui penchaient vers elle, ne se trompèrent sur les intentions du Directoire et sur ce qu'on pouvait espérer ou craindre de la mesure proposée : les premiers la soutenaient comme nécessaire à l'existence du gouvernement républicain, encore si peu solide sur ses fondemens; les seconds la combattaient comme contraire aux doctrines de la constitution, qu'ils embrassaient dans leurs perfides étreintes. Voilà pourquoi Pitt et le prétendant, le comtd d'Artois et l'émigration , d'accord avec les cons-

pinteiin ou les afBdës et les séides répandes dans Riité^ rieur, voulaient la liberté illimitée. Au reste, ce fifrebt des Toes sages et életées qui décidèrent la majorifé déa deux GOBseils i ne point adopter la proposition du Df* rectoire , dont ks royalistes eux-^mêmes regretteront un joor le rejet, lorsqu'ils se rérront en présence dès suites de leur tétaéHté , long-temps enhardie à tout par Timpuflité absolue;

Dés les premières séances du coiiseîl des Cinq-Cents^ le dépaté f*ayolte , quoique Tan des Totaux à mort dans lô procèstde Louis XYI, et l'approbateur du système de se- Térité déployée par la Convention nationale, àrait de* mandé lê' rapport de la Joi du 25 brumaire, qui excluait dé loates^ lès fonctions publiques les provocateurs de mesures séditieuses, les étnigtéé et les parens des émigrés , et ceux qui, dans les dernières assemblées primaires, avaient signé de» fésol)]rtions i^ontraifes aux lois. La proposition avait été repottssée sans même f (re discutée. Parmi les nouveaux 4éputés, il en existait neuf ou dil que cette loi atteignait. Les patriotes résolurent de s'entendre pour faire exclure ^s repté^entans dont l'élection était invalide, d'après le texte d'un décret non abrogé. Leurs première efforts tombèrent sur Jean - lacipïes Aymé iqui, daife le midi , avait acquis ^e triste célébrité soos le nom de Job Aymé. Ce ifat Génissieux qui souleva cette question, et se prononça contre ce d^té^ Tun des chefs des compagnies de Jésus. LouYet , soutenant énergiqiie*ment Génissieux, fit une peinture; terrible des malheure des patriotes, égorgés dans les départemeiis du sud par des hommes enrèiés sous les bahpières des principea d'une religion fanatique. Tallien alla plus loin encar». Comme on avait accusé la loi de brumaire d'être un àè^ cret de terreur, Tallien s'écria : « Qu'on cesse de nons efraytirH... les ieaifM sont bien changés!.. «Aux époques dont osdfeete de sans entretenir, lesroyriisles ne levrânt VI. 8

gc^, n étaiepjt pas protégés ; fe» cjbefi 4e cfeogMB «'^iMiit f^ affqpifUés !. . . H efl^ éifidem q«e Vm wnllMKJbfroeiB jm 13 ycp4âiawpe, «px iMBmirc» qui o«t foiiâ iMite jos»- Hwie wémovablet ^ff^ hoowiM qw , <daM cas gxfmiê pÀlâlf j ont sauyé ta répQbliqiHi. Eh bfe» ! q^e vm emtam jiioi^i k la tf ibuoa , l^^ ^nm de k liberté MUf ; dér fendront !... » Tallien et Trei|hard demanderait ^nelbrment re^Ivùcii 4e Job ^ et robtiacant* €e triempèe fut Hpiû de plosîenra cotres: Hersajn, FerrwtrViiïl^and, falissart, Lecerf, PajUier, Fonteoiy, Doomens^ €«tij caisèrent de siéger comme dépatés, Mim la dîsQordé i»jgpait aa sein des conseils, et chaque parti ^ imÂé de ne pouvoir compter spr Tappei du Direotoire» ne pxêftiH aa«- €uae force à cette autorité « qui yeaait eepen^ant 4e rendce ^ la r^uUique ua service signalé*

S'était aperçu qqe, depuUqoetquateMips^ie «Matwree f^Qilp^m^ilfiait 11 repcejadrç, qoeles oi»rfiei)s<»bieMiiefttIéor .{^i<)«ieftt en. numéraire, et que les eriftTages^c» gXMia? iiefeni^fi coj»si4^ables, aTaient sio^nlî&iNdmeAt dîMiM9é \fi j^k4u pap^ , les directeurs, con^^ytfés.pf rJie mimetise 4ft liîf^fairÂsur^ Be.i>esecb, résolurent 4eaiis^r tonteo l^^ mplr jUilscs distriimtiops qui se foi^aî^nt 4aQf Ja^ll^taie » <i!lt 4' w ^andonner fapproTÎsÎQnneiBQnt afu: sMna fuMtnessA 4tt contmeiK^e, Benesech ne eottserv^it les rMiOos %sii3m indigenft^ 9»% rje^aiîers et auii l^cttonsake» dont 1qs> afr pcâpteBAeas n'ejusédaient pas m^ éons. Cette maui^a^ «âge ea ellermSme , pouyait ^«uaer des aoul&iraneas at flsftlre lesDirecÉeuM aux priseaayec le peuple ^Jb eufeat toptefoi^ la courage de la faire exécuter», Apria cette rir 4uimiumy ils en pHreikt une autre ^ atteignit iea:ciafists -ptaséieyées de b société. Une des ioauses die ruine ponp iioa Aimées était la faitrfesse^ auiiaériqua de matte earalerisk <Qu}slq|Eie8)uns .de i^is dépariémciis fisfiarnisa^enl ihîen JiBi 1umm»éBmemmwl^i^^ à de9)eMrjAfttSfiilcaa;oa«Qii'

Douzi^ ^emps9^UTis^ a paris. I44

Umii fP^ l'^t maBf liait cooiplèteai^ de cheiracHc. h^

gl'pyfra<Wflpl dgioaDda eX obliat 1 auioritôtioa da »'em<i

igwêf é^ ek^^nK de luxe , e& donoaDt aux propriéûirei^

ijgfmm^ on récépisiiyé du prix du cheyal, réGé|M$&é fue

ïpq. reMVf ait dan» la pa^xepljon d43 Timpôt en paiei^^enA

4fi|f^f|de«raMiiy^omi^e. Les riches pouasèreat les ha^la

çri».i .qma Toii^ioa pu)>iique applaudit à aii acte de flfért

Ciifttf VlM^ l^es&wmbJaiit.4uiouneiaeat à uoi« foliation. .

CaW^idiiyraièiEe aie&Hre ^e balança |ioint dana reprit dcn

iiiflif^4M>mfméft le tcMTt que la suppre^ion des rationa

faîwt#ip: Beiipte ^iM^ 4fl son cOi^, voyait dans les a/ctasda

r^Dm^ «neiiigraJ^M^ pour lui, ou une IftchecondeB-'

oe9<iM»M i^oir le^ ir^a^^^teurs. Sa cùièn^^ que les réj^olution^

mm 9#îfPi|t ép(m»ée: ayec um paasioo ardeote et peilk

éotaive*^ fi)t bientôt aecrue par la- fornuition de.douzi^

suWfiipQ^Âtéa à Paria. En«oce tant nempUs du souve'*:

airdaa s^pryiaes de la commune, dans les grandes JQUf-»i

Qi^ 4wiPiir le A 4 j^ilket |7.9d, ils disaient qu e^e a^aiti

plMdJ!»o§IS9ia sa«vé la p^Uie? et qu en btisant ce ceiitrei

d'aafwi^» aiib'HKKnent où Ton se troiiTait encore eisposé,

PMit-^lpi^ i>weaUMP^ ^^s royalistes, on commeUait unaj

innrii4w<^ et nue Jb#0 très graye. EiïrayéSy au eonfb^aicei;

4a la fi^iMbîUybé du. r/otwr de^ scènes qui trans^rUient.

^M^MMlio^, lea ^çe^w en .lAur rappelant le teiqps da»

^1^ fuîssaiifie^ les nptodçrés ou les constitutionnels soju*^^

ti>mwip»ti la. lik^^^Wilto ^^ision; ils aUég.iiiaient qu'un aeui;

howmi 4|gip<»P Wt jgiaws porter le fardeau de radnuiniatra^

tîaa)niwilH|l4e4e Paris, qui était une espèce degautern^^ ,

mfHit^el %uQ4ri|a|ii9élûtpiusdaBgereu;i; que délaisser ^i^i

WMl^ iiwqite e^ ^^t^le au milieu d un nûllion d'Jbajbi-j

^9 ^¥^^ ff^i^ à se raïUier autour d'elle et a.la^j

pywijtft iPWMT ar^Ue sVfii'êine. Ainsi les Jacolûos^^JÎ^«-^

<i9^lei dl^Miquer i^ui^s opinions et leurs espé,rHace%i

^ a^lf|ti«HiM|reft, jÇ^nd^Ua|çnt pçur 1 unité d» lian** ,

^Mtt4|MM[p^,jani^sq{|e.d0 yoirunbtomme^^audfic^et;

IlÔ AÉVOLirriON JPnAltÇAISE.

de génie la transformer en une dictptarc , tandis que le gouvernement semblait combattre pour nne réforme dictée par une sage et prudente liberté. Mais en même temjps il ae donnait le tort de parattre ne revenir sur le passé que pour frapper les révoluttoilnaires. Par son décret du 9 brumaire, la Convention, en étendant Tamnistie sur toute laFrance, avait excepté les hommes coupables d'assassinats ou de vols pendant la révolution; en vertu de cette exception, les poursuites contre des septembriseurs étaient reprises avec beaucoup de rigidité ; au même instant, par une étrange condescendance, les conspirateurs dé vendémiatire, rois efi jugement , se trouvaient aquittés. Cette partialité, aussi injuste qu'iropolitique , et Ten^mble de la cdnduite du pouvoir, qui tendait chaque jour davantage à s'éloigner d'eux par défiance, par crainte, et par un dangereux entraînement , exaspéraient les patriotes et les séparaient en deux partis , dont Fun , tout en le blâmant, voulait continuer à marcher de conserve avec le Directoire, et dont l'antre s*éloignait de lui comme d'une autorité ingrate, perfide et faible^ qui laissait périr la république. Le gouvernement, il faut en convenir, ne donnait que trop de prétextes aux mécontentemens des citoyens qui l'avaient élevé eo quelque sorte sur leurs épaules, en combattant sons le dtapeao de la Convention, au 15 vendémiaire. De leur côté, iU avaient dans leur sein, pour leur malheur et pour cefai de la liberté, des homme$ ardens, des caraètëves irasoibies et opiniâtres, des convictions d'autant plus inébranlables qu'elles étaient aveugles et sincères, compromettant tout par Texagération, Imprudence et l'obstination, dés hommes que chacun blâme, et que personne n'ose attaquer en face , surtout quand les révolutions ont perdu tes diefs revêtus d^trhe grande autorité populaire. A la tête de ces exaltés, se distinguait un écrivain d'une humeur difficile, d'un esprit oml>rageux , naguère partisan effréDé de la faction thermidorienne, puis converti au culte de Robespierre

CmACGHUS BABBCF. 117

mort f et reonemi déclaré des proconsais et des réacteurs conveotioBnels, qu'à rexeofiple de Marat déchaîné contre laQironde, il attaquait comme des destructeurs de la r^ubliqae.Le Douyeau tribun n'ayant aucune connaissance desboûiflies et particulièrement ^es Français, au caractère desquels on avait ^déjà fait violence en cherchant à introduire dans leur sein la simplicité de Rome et l'austérité de Sparte, s'avisa de pi^êcher des idées d'égalité parfaite, une sorte de loi agraire et d autres doctrines qu'il décorait du. nom de. bonheur commun. Cet écrivain venait émettre ces opinions au milieu d*une révolution qui n'avait pris racine dans le sol qu'en multipliant le nombre des petits proprié*taires. Par nne nouvelle imprudence, Babeuf avait ajouté à son nom celui de Gracchus, l'éternel effroi de toutes les aristocraties. On ne saurait taire qife si les opinions du. tribun indignaient et alarmaient à la fois tous ceux qui possédaient quelque chose , elles avaient un singulier attrait pour ceux qui n'avaient rien, et môme pour des personnes.de la classe aisée qui se laissaient entraîner par des chimères dans l'espoir d'une amélioration du sort de l'es-, pècehuinaine. Le Directoire et ses amis, la majorité des deux conseils et d'antres citoyens regardaient Babeuf comme un incendiaire capable de mettre le feu au peuple , déj& singulièrement échauffé par un contact de tous les joars avec une société de Jacobins récemment élevée sous le nom dé dub du Panthéon. Celle société, d'abord^ renfermée dans les limites de la constitution, sans président, sans secrétaire, sans délibération régulière, étant par vcsiae au BOBiAre de quatre mille membres, et avait pris un plus libre essKW^ elle délivrait des certificats de civisme, entreteoait une correspondance très étendue, et prolongeait fort^ avant dans la nuit des séances pendant lesquelles on attâ* qstttayec la dernière fureur les actes et les hommes du Directoire* Dt'anciens révolutionnaires, retirés dans les dépanemem apiiès le 0 tbermidc^r, n'avaient pas tardé i

tlS RivMinrieN punçâiBE;

reparaître dans Paris et dans la société da Panthéra, qoi semblait être k leurs yeax le dernier refuge d^ hi tt)erté proscrite. Le Directoire commença par rév^qoer tontes les permissions de séjoor déliytées anx indifidas ndH-déHrieUiésàParis, etrenroya cespermbsîoBS an toiristie de h police pour les renonyeier slly avait lien. Pnk, m folIritfBt sur un article de la constitation qm interdisail t#Ëte espèce d'association et de corporation , rautoricé fit hrt^et les clubs da Panthéon et des Paêfiotesy ainsi quo les se^ ciétés royalistes du Salon des Princes , de la maison de Sérilly, et de la Société des Echecs. En donnant aucdeai conseils avis de ces mesures, le Directoire datid son message protestait de son ardent amour pour la libellé et demandait une loi qui réglât rexisteace et hr fbnne deâ sociétés populaires. Les royalistes se moquârent des mesures du Directoire^ les réunions qu'on leur interffsait étaient peu nombreuses et ne servaient que Ae tnttsque h leurs comités et à lents affiliations égslemeirt cacMet^dans l'ombre ] ainsi la toi les frappait pour ainsi d^e sans hs atteindre ; il n'en étadt pas de même des patriotes. La êlôture de leur club, tout k la fois leur arsenal et leur quartier-général ^ les mit en foreur ] ma» il fallut joééet. àbfr^ ne pouvant consentir i rester daos «n iaolemèiit ^ ^ aurait affaiblis en les privant du contskt ave^ le peapts/ tes pnàeipàux meneurs résioiurent de se réamir daM te* cafés Oodeau , Gorazza et Cbréâen. Pldâefais cM^iléli ^ joigidrekt à eax ou les. appuyèrent de lean^ teflimiea*^!»^ pKifCDtes se rassemblaient aussi en plein air mr leaftaec» jHibliques» où ils exhalaient leurs plaintes contre l%«lititt qui. violait les âroUs des citoyens eÉ détrmsant tet naeiétéfi populaires , le plus (çsma appui de la liberté. Im^^Mmteire, effrayé de ces.déÉionstrations, se bals dedeiÉaifder ' an Orps législatif de ilouveaQX pouvoirs pour diasiper ees attroapemens ^ famorilé avait oependant k sa dlspiMiti^ un gèand Bombre do décrets > «t spéciai^aM^la Mi»^

FBHÉirroite dit »aktii£«k. iW

sur fei^ÉÉle ^lioe, qni, certes, do mAiyqiiaîett {mis de M6-' nrwséfèreset de moyms de ooëreMoA. Evprésencc de a^ ftéémAoÊiB kdBliles, Bkilwiif , pMSSé par im tAaovais géalè q« l'tfMMteiit II sa p€»te, el portait fiar hn lei^ plus |frate« all«nl« aux krtéfèts bieBa «Memlos de Iti cause p<>piitake, fniitait 1« finreeiofre en enMmi , el seariiiiaSt )e meMcer^ tmt iMamuMÉit frô^Aain , i Thislar de ceM ^e les joor^ tjimélàm aÉaoïiesâeiil jadis à l'atancè/et qde la coin«' Airil^eeài après Itt ïYoir iail éelère. Les «^Mseffls fi^ pmMrMt k Babeuf eà èéùrétant ffia te assMvbMes pe* pvMftes ne potrrB^eiit être eowpMées de plus de soikaMèr «MMbiM*) de scrii eMé> le^s Directeur et tefcSanC d'aG<o^efr ta déuiteft)^ da miaiistre Benezech , HiomMe le plus «Céifaé pjâr tes mécoirtetts, aoheiFèreftt d'eotaspéref les pMriutes poTtte à se défier de cet koiàme iMigi€ les aerviees tenéÊk par M^ soit à )a eoiiiiiiis$io& des anfeai 001» le WÉHlé de éaMit pabtîc , soit daaiB le nâ- BiMlkffttk ^iatârieiir. Sen^eeh était on grand fraviàiieiir^ il «rail l'èi^ril jiâste, il obéissait arec dôcilké^ ilexé*' c»UÉI af ee {Meèida ^ mais tpoiqa*!! eût di!mié des gagea pnr scm sièfe éras l'adBMÉdttetiô», a^ronc et pendant k terreur^ il était dissimulé , cauteleux, royaliste aa féndî d« tmm ] tr^ tijaide pour Msser paraître ses ^^ais santiasiaiy il n'riolait peint la réhrohitien^ il la oraifÉatt ml pôii^ de tténagei^fes tàroUitiomiakes, fu d'aiKsurs i'n*' fsJaaA saarré de ia pâoacr^pitîon dans le département dar SeiaoiMi*4)isey &k il wwi aisgulMnPsmeiit cbntrîUtté ait pfé«i%e de la lerie de ifaaterze iMitaslleiiis de yntaà^ tahM vu «MMeitt de fiavsaiaa des Prassiens. IMhis pUaé ftèêikt fù&n^^ il ÉNî pMMJt ^pKï Mi^deiturer jde dang^ r«M <M«eife et ^ioM^âMter & te fam détlcr de sa yéitta|)b

8aniktoiite'dlh«f 8if )^siMdét^€ff^herèrrasseiîii^la aoaîété^ èëlril^'ttr'te gèlrtt^lVÊMHèiit séA-ikn terrain solide, à rassn»

li)0 ESVOLUTIOW FM9IÇAiSB,

mettait le repos à une grapdc partie de la société qoe le spectre de la terreur poursuivait eneore.^Mais^ aa sortir des rangs des révolutionnaires^ avec lesquels oa iro»att de faire une seconde alliance sous le eanon de.yendemàire, s|tt lieu de les craindre comme <» aurait craint des royalistes ^ il fallait leur conserver de la reconnaissance, les niénager, ne pas destituer,. dans les dépactemens^ pariée qu'il y avait des fous à Paris > les foaetiomiaire»* qu'on avait nommés en, arrivant au pouvoir ^ enfin éviter de £aire une réaction contre son pr<^re partie quand on se cnontrait indulgent ou. iaible envers dlrréconeiliabl^s. eimemis.J'ai vu de près la marche du gouyeraemei^ à cette époque ) et si j'ai déploré vivement les fautes que Babeuf et ses pareils firent commettre aux révolutiooaaires, je me rappelle très bien qu'il y. eut sous un rapport aussi es- V sentiel que celui de se maii^tenir en hannonie av«c les sians et avec les principes de la révolution : ingratiiade^ £adblesse> défaut d'habileté de la part du Directoire. Bès sa naissance 9 des germes de mort se glissèrent dans son 9mn^ parce qu'il laissa s'altérer tout d'abolrd le principe de vie d'un gouvernement républicain, l'unton intiiae avec le peuple.

. D'autres causes inaperçues , on cadhéiBS soas les plus briUânles appariées , contribuèrent de loin à SaFoine». Tandis qu'une partie des membres de cette antorité* se liv^it au travail:, examinait avec som les affaires > veiUlHit a» dedans et an dehors, s'appliquait . à rétablir l'of dre» k réorganiser les armées, à conduire la gojerre!, ils'éte^ voit, chez Barras one espèce de .<x).ur qui parut. ann^ueer dans l'origine la renaissaiice des mœurs élégantes et polies que les. Français ne sauraient jamais abdique- Les femmes qui donnaient le ton à cette société n'étaient pas. dè:rasNirs très pures ^ toutes n'avaient pas reçu le même gcttre. d'éducation -, mais tofites cherchaient à pUdre > et. plnneiira excrètent dans cet ard qai semble. Mra un. doft

SQGIÉTJB DE 9AREAS. |8i

de leor sexe. Madame Tallien, née en quelque sorte pour relever le coite de la beauté , était la merveille de cette coar et Tentretien de toat Paris*, elle attirait particulière^ ment les hommages. Mais sa bonté naturelle tempérait tellement l'éclat de son triomphe^ qu'elle n'inspirait pas do jalousie aux autres femmes, qui d'ailleurs ne manquaient pas d'adorateurs. Les hommages rendus au sexe n'étaient fd& tous da même prix ) car la société en hommes était fori mêlée : on j voyait des aventuriers, des hommes à fortunes ànbites, des fournisseurs avides et peu scrupuleux, quelques gens perdus de mœurs que Barras affectionnait, des intrigansd affaires et de révolution*, mais aussi une grande partie des célébrités de l'époque , surtout parmi les militaires ^ Barras les débauchait de loin à Carnot , dans des desseins que cet aveugle Directeur ne soupçonnait même pas. Au milieu de ces représentans de l'armée auprès de la nouvelle société de Paris^ Hoche, si jeune encore, beau malgré une cicatrice qui lui sillonnait le front , entouré, d'une auréole de gloire, ami des plaisirs sans participer à la corruption dont Barras et ses afiidés offraient l'exemple, attirait tons les regarda -, il étajt surtout l'idole des, femmes. Madame de Staël Tadmirait comme un homme supérieur et comme l'une des plus grandes espérances de la patrie, dont eDe aspirait à régler les destinées par des théories qu'elle avait adoptées^ et que venait de mettre au jour ^Benjamin-Constant. Cet écrivain était alors sous le charme de cette espèce de Gircé, qui exerçait, par les sédactions de l'esprit , l'empire qu'elle ne pouvait obtenir antrement^ caria nature^ enluiaccordantpresquedugénie, lai avait refusé le don de la beauté. Benjamin Constant , <pie nous avons vu depuis avec une tête vraiment remarquable, n'avait point alors un extérieur favorable -, il était' presque roux ^ une maigreur extrême rendait sa taille démesurée ) il était sans attitude, sans tenue , sans feu dans les Tegâr43 i sa figure j^ar^ssait tçrno et sans mouvement ; rien

ni^lÎMotlçait en- toi le talent dont il a fait prcayc , mdfe qai à<5 tbnàît pâte du fcoèor. Madame de Staël et lui étaient detrx fttfeffîgeèCés qui s'àittiaicût. LMcrît de frefijatûin rf;^fit:(T6tfr titre, de la Force du Gouvernement, fit sen-. ^iôn j et méritait à beaucoup d*égafds d'êtfè distingué.

A côté de madame Tallîeii , reine par la beauté , de maàMtt de Staël, qui dominait le$ salons par Tascetidant et h magie de ta parole, brillait d'an édat pltfô Aotht la V(!tiYe^ dtt gétférâfl Beaûhârnais * rfle venait de âe marier avec Bonaparte , jfjae tant de douceur, d'urbanité, de grâces cl uh 6ert£(in charme de liiollcsse et d'abandon, particulier atix femmes eréoles, avait touché, eu lui promettant le bonhetir domestiqué .'

Itans cette société, étiiicelante d'esprit, qitdlqnôfah sérieuse comme les choses qu'on avait vues passer devant soi et que f avenir profticltait encore , mais pliî* sonrcnt A^îvdleel tout occupée de plaîéirs, Bonaparte, italttretlètnent très ufbîde àvdc tes femmes, parce (jull n'ataStpaS vécA dârià là sphère brlUSfnte où ettcs exercent lent tm^te, praisaît peu sans doute-, mais se tfDiivaît-H îiVec def bôfnmes Capables de Tôntendre, il n^ tardait 'ptrs à le» étonner par des traits profonds ou par des édatr» de gétiie qui sortaient de lui àHiesùreqûlls'échâafffflt. On sellait aSbrs ta [)résèncé d'un esprit original ctstipériéur;tottÏ€?fols, dans ces révélations îinpî'évues , • personne ne devinait le mâftre futiiir fie laï'rance et de TEirropej lui-riiètoc Jgiio* raîf Ssà dëstîtiee. ' •

* *itles ïxrgîls de marchés scatïdaïcaX , de gains îHîtIIféS , 6é s{)otîat}dns de toute espèce couraient Sur nne pattîte it h société de Barras et mêùie Sur lui -, eti général, 0ù ne erojaflt pas plus à sa délicatesse qu'à ïâ rcgtilarité de ses tnœui^î maïs comme il avait soin d'entretenir sa |)optïlatrté pftrtfrl les révolutionnaires, en plaçant les uns, en maintenant les autres dans leur emploi, surtout en faisant répfemdfè ^ ses nombreux affidés qatî lut scùl défendait Icf |)âtfti(**rtti

fWrcdttré, non^scnlemenl l'ïndulgence, inaîs encore une <^pèbe de Vàtetir s^attachait à lui ^ on se croyait d autant' jitos frètirèui ié f oroir dans le conseil que ses disputes dtVéttSàfiWl s<ïtoHaïent témoigner en faveur de cette opi- £!(m.'lfttefFct, tandis que Barras soutenait que toutes les déiftfâPrtftê^ des petiotes étaient connues^ et par consé- ^deni jpéh rérdocrtablés^ Carnot, tourmente du souvenir âtH tùdtr^tl&kelfs et dei^ insuirrections populaires , et des éktf^etè qti'fb araient fait courir à la Convention, irrité éôutrelà presse en général et spécialement contre le Jour^ nël des ffùmiàés libres^ qui lattaquaient par conviction dt aiJssî par entraînement vers Barras , penchait de plus en p!u5 tcrs les CQchycûà ; ceui-ci , cachant leur véritable cfjpftrfoti, ie tfomp^ent sans pudeur. Tout le monde autour àb CSaAiof Toyalt les intrigues de ce parti , sa tendance ,^ flbft esprit éTTdenmient contre-révolutionnaire sous des apj^rettees conslîtatîonndles ; Catnot , quoique averti par së& itiûdà^ coTTègues , restait aveugle et sourd. Il faisait, phis i il j^araissàit aimer son erreur, et répudiait ou faisait! désfiKrer dé vrai^ aiaiis qui voulaient lui dessiller les yeux. J*di eonm:i btfaacoùp dé ces faotnines, dont plusieurs étaient des réputfic^ins probes, sincères, attachés à la révolution,. iltàSs afûssi "à foiidi'e i et cepeiïdafnt il les repoussait. Les' iCroItf ti^Munai^S étaient detentr^ pour Garnot des spectres qui foi tacKàiênt les tôyafistes. fJous le verrons porter cet ateùgïèmcnl jusqu'à îm point inconcevable, i^eudânt que* le patdi tentfottrà'gé par Camôt, à soù insu, ourdissait une^ rastë traàie qtiï couvrait une grande partie cte la ï^'rance, éh toûï s*organfsait pour éntacer les républicains dans des^ - éfi'eiiales mortelfiss , les derniers clieft de la Vendée allaient mourir en combattant pour la cause qu'ils avaient défendue avec «û Courage digùe d*un meilleur soft.

Ho'cbe n'était pas resté long-temps à Paris -, il aimait à briller dans nos salons , mais son ame avait trop d actîîitë pour fcstcr dajtfs ùûc inaction stérile, et. d'aîî-

iS4 &ËVOLUTION FIUkNÇAISE.

leurs la gloire de paciGcateur lui apparaissait comme la plus pure recompense des travaux d*uD homme. Il était retourné dans lOuest après avoir fait adopter toutes ses vues aux Directeurs , qui avaient augmenté son pouvoir mititaife d'une autorité civile assez étendue. A son re«tour^ Hoche trouva une partie des résultats qu'il avait assn* rés , complètement perdus par l'incapacité de Yillot ^ ce général avait laissé traverser le cordon de désarmement par Charette^ qui se trouvait alors sur le^ derrières de Tarméje, républicaine. Sapinaud avait traité de puissance à puissance avec Yillot 9 et obtenu une paix que la république ne pouvait approuver. L'armée , que Hoche avait laissée dans un état prospère, manquait de vivres , et par conséquent elle s*était livrée à des excès et avait perdu beaucoup, dom l'esprit des habitans du pays. Toutefois , grâce à la pf évojance et aux sages dispositions du pacificateur, ils étaient dépourvus d'armes , et se trouvaient encore assez heureux, en comparaison du pa§sé, pour refuser de s'unir à Charette. Ce chef menaçant et la crainte qu'inspirait une nouvelle levée dé boucliers de ses anciens compagnons, d'armes, ex<* citaient les murmures des citoyens contre le Directoire et contre Hoche. Dans les ville patriotes de l'ooiest^ les Nantais , les Angevins , toujours prêts à accuser les- Vendéens et à les combattre, parlaient de former des colonnes infernales comme au temps du fougueux Westermann. Dès que Hoche eut parlé, tout prit un autre as*pect, il déclara les villes en état de siège ^ afin de les tenir sous la loi militaire-, il refusa de ratifier la paix accordée à Sapinaud, envahit son territoire eti^e lui. laissa que deux partis, ou de franchir la frontière , ou de se mettre à chouaner dans les bois, sous peine d'être fusillé s'il était pris. Hoche ferma les clubs d'Angers et de Nantes, qui, sans le vouloir et par la seule impulsion électrique que les passions politiques donnent à toutes les craintes, à toutes le^ exagérations, surtout aux indiscr^.-

vendiSe. chahette. 128

tiens de là frlbimc, si dangereases en de pareilfcs circonstances, ne pouyaient. que contrarier et rainer les plus sages mesures. En même temps , le général fit surveiller Stelfiet; et lança sûr les traces de Gharette des colonnes wmm les ordres de Trarot, officier courageux autant qu'iniBittgftble.

C^iarette ne commandait plus d'armée; suivi d'une cen. taiflé d'hommes dévoués à sa personne, il errait au hasard dans des canqpàgnes, dévenues inhospitalières pour celui qn'eUefràtaient jadis aidé avec tant dedévouement. Chaque joar il échappait, à force de ruses, à Travot , qui, dans diverses rencontres, lui avait tué la moitié de sa petite troupe. Gtiaqtie jour dénoncé, toujours en fuite comme un proscrit, ine pouvait tarder à tomber entre les mains de nos soldats. Cependant ; éffhi jé de la manière dont Hoche venait de se condoire à Tégârd de Sapinaud , et de l'acharnement avec leifEtet OiATétte était poui^uivi , Stofflet leva Tétendard do la ràvoUei Au moment même , les troupes républicaines' l'assaittirent , dispersèrent ses sbidats et le forcèrent à fuir CMMie son eoUègue; mais moins heureux ou moins habile qae< loi, trahi d'ailleurs par le curé Bernier, qui B^«n détiendra pas moins^ évêque , il fut pris , conduit à Angers et fiisiHé le 7 ventôse. Parjure à la fois du serment , et coupable de l'assassinat de Marigny, il méritait la ttfor^ , mais tciul ce qni fut royaliste doit honorer son dévouement ^ admirer son courage. Nous n'avions plus que Gbarcrtte à^sirpoor assurer la paix que Hoche avait donnée aux provim^S de-Fouest. Le Vendéen, réduit aux abois, pensa qa'en gagnant du temps il pourrait reformer son afmée 5 en cttmséqnetite , il essaya de faire cesser Tînévitable poursuite de Travôt, en sollicitant l'autorisation de se retirer en Angleterre*, Hoche eut la faiblesse on la générost^ de donner son consentement. Mais Tincorrigible^^t ïtfiprndent Ghareite ne tarda point à répandre dans lo f ayii^^tté' JM^^setllblIt avait été de reprendre des forcés ,

11^8 fctvùtmon niAivçAisE*

èmi ni proie, ni butin, ni récompenses, elles offraient où spectacle unique dans Tbistoire des peuples modernes. Nos volontaires étaient sans doute les premiers soldats du nfiohde par \é courage, mais surtout par dés sentimens et des pensées qui rappelaient alors les plus belles époques 'des républiques anciennes. Les chefs , qui avaient grandi 'avec eux sur les cbamps de bataille > avaient acqilik, aux Mpehs de toutes lés renommées militaires de l'Europe , une hante réputation que relevaient encore la modestie et fa simplicité. On citait dans cette élite guèirière Eellermann, qui avait donné le baptême de gloire à la repu* bliquevITumouriez , né avec le génie de la guerre, mais infidèle i la patrie et déchu (fj Thonneur de la servir; Dugornihier, plein de talens et de vertus, mais enseveli 'dans son triomphe; 'Pérignon, son brillant successeur; le sage ê( audacieux Moncey; Jourdan, le héros de VMh ]^nies et de Fleuras , modeste dans sa gloire comme dans sa vie privée; Pîchegru , qui , après avoir procuré des triomphes à s6n pays, est descendu jusqu'à trahir l'armée confiée à sa garde ; Horeau réservé h une grande iMastra- ~ lion militaire , et qui. Coupable comme Condé, mais moins heureux, tombera les armes à la main contre la France. De totis ces homtnes auxquels la liberté avait rév^é le^ j^nie et fourni un grand théâtre pour te développer, peutiStre, le plus éibnnaht était Lazare Hoché» simple soldat avant là r^olution , général en chef è vingt-cinq ans; libérateur de PAfsace et pacificateur de la Vendée ainsi que de là Bretagne, né pour tout ce qu'il y à de grand Sans la guerre et dans la paix; si la mort n'était pas venue rînlérrompre au moment de monter les derniers degrés de Féchelle de la fortune^ Après lui venaient Desaix > également capable d'être le lieutenant de Condé et deTurenne» Deisaix, que les Àrabes|du désert appelleront le sultan juste; Kléber, le bras droit de tous les généraux en chef, Klé^ lier; ri grand à la bataille d^Héliopolis; et enfin ttao^a,

[coup d'oeil sur les armées. 129

le premier des généraux de division sous Dngommier^ et qui comptait déjà tant d actions éclatantes avant de s'illustrer encore par la défense de Gênes et de se placer au rang des capitaines du siècle par la bataille de Zurich *, Gouvion- Saint -Cjr, presque égal à Moreau-, Ghampionnet, digne de succéder à Jourdan, et qu'attend la conquête de Naples pendant Texil de Bonaparte en Orient. Après ces hommes d'élite , on distinguait au second rang 'une pépinière de généraux célèbres, Levai, Ferrand, Delmas, Ambert, Meunier, Bonneau , Ghérin, Grenier, Duquesnoi , Klein , Richepanse, D'Hautpoul, Morlot, Hatry, Sainte-Susanne, Hédouville, Debelle, Lecourbe, Dejean, Legrand, Macdonald, Lefebvre, Dallemagne, Ney, qui doit expier par la fin la plus tragique une gloire acquise dans plus de cinq cents combats 5 Laharpe, Cervoni, Laborde, Morand, Merle, Harispe; La Tour d'Auvergne, qui, vingt fois général désigné, tombera sur le champ de bataille sous le titré unique de premier grenadier de la république^ et enfin Augereau qui semblait alors marcher de pair avec Masséna. La France renfermait encore une foule d'officiers dont les noms vivront à jamais dans ses annales militaires. Le moins célèbre de ces chefs avait une réputation , lorsque Bona* parte, inconnu de nos armées, excepté de celle d'Italie, ignoré de la France, sans appui que l'estime de Garnot et la bienveillance mobile de Barras, apparut tout à coup sur la scène pour marquer sa place entre les plus grands capitaines, et préluder à la domination de l'Europe qu'il devait soumettre par ses armes et régir par ses lois : suivons cette fortune qui commence.

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