CHAPITRE LXII
Boiittpârte cûtniirandattt de Tarmée d'Italie. — Conspiration babeuf.
•«-« Directoire attaqué* — Armée du Nord, de Sambre-et-Meuse. . — Passage du Rhin« — Fautes de Moreau. — Sardaigne. *- Pro-
ctamation de Bonaparte. — Bataille de MondoTÛ -^ Paix a?ec le
Piémont. — Entrée à Milan.
BoBaparte prit le eommaBdemiNit de Farmée & Nke ^ le 80 mars 1796, époque dont l'aDDivenaire a été marquée dans sa vie par de si graods éTénemens pendant la oonit de \ingt années. Sa position se trouvait difficile. Il devait craindre Torgueil des généraux qui auraient pu s'offenser de la rapidité de son ayancement, que Ton attribvait à la laveur. On apparié de la jalousie de Masaéna et d'Augereau ^ mais il est constant que ces denx officiers, à la nouvelle de sa nomination ^ lui avaient écrit pottrie (é-^ liciter. Leur lettre portait 2 « Depuis long-temps vous oon-^ naissez la justice que nous rendons à vos talens militaires. » Néanmoins \ il n'en fallut pas moins un rare mélange d'adresse , de courage et d'autorité pour apaiser des prétentions rivales et en imposer à tous. Bonaparte obtint du succès dans ce premier début de son commandement, mais d'autres soins plus pressans appelaient toute sa sollicitude. L'armée éparse dans les rochers qui bordent la rivière de Gênes ;
àJ^T^Vli, ÀinsKabîts, sans soulieirs, sans armes, privée de^éj dépbuHtiie d'drtillcrie^ livrée à Tindiscipline par suite Se sa détresse, offrait un aspect déplorable. Les arseiaui de Nice et d' Antibies étaient bien pauvres en artillerie, elië ^tissédai^nt pas de moyens de transport^ tous le t;he- Htk de trait avaient péri de tfaisërë ] Fargent nianquait et te DiirectOire d'en faisait guère espérer, du moins à une ^^ttë prochaine. La pédiirie des finances Se trouvait telle qtié tMf^é tbus sels efforts le gouvernement tie piit donner qtië dii iilillé loiiis eh espèces au trésor de l'armée, pour' réttVërtdirè de la campagne, et ùh million en traites, qui {«ireiitptesqne todtës protéstées.Dans cet étatde déhûment, nos quarante mille soldats toyaieiit devant eux quatiretingt-dit mille combattant, abondamment pourvue de totlt, prbtégés par deux cents bouches à feu, secondés pi la facilité des communications , retranchés dans des positions inexpugnables , et commandés par un vieillard hdbilé et tigilant, qui avait tout le feu de la jeunesse. A ta Télité , iidtre armée, accotltUmée à faire de grandes choses detaht lès grands spectacles et dans là guerre difficile des Pyrénées et des Alpes, était capable de tout -, mais il fallait s'éiri^Érét' dfe Tesprit des soldats : c'est ce que fit habilement Bôtttlparté , après avoir pourvu à leurs premiers besoins. Dfeboiit sbr lés hauteuts dès montagnes, et leur montrant lltaHe èëminè Annibal l'avait montrée à ses Carthaginois, il \ëét éilj en donnant un premier exemple de son élo-^ qteneë tnilitaire : (t SoldatsLyotxs êtes nus, mal nourris, lêgciûfériiemènt vous doit beaucoup , il ne peut rien voué donner. Votre, patience, le courage que vous montrez au iMlièti de ées rochers sont admirables , mais ne vous prochr^iit aucune gloire -, aucun éclat ne rejaillit sur vous, le v^ tôdè coiiduire dans les plus belles plaines du. monde. De! fibhes provinces, de grandes villes seront en votre pouvoir; vous J trouverez honneur, gloire et richesses. Soldats d'Italie! manqueriez-vous de courage et de cons4
tance? Les riantes contrées qui sont£à tos pieds Toas appartiennent : allons-en prendre possession, d A ces mots, toutes les \oix répétèrent le cri fameux de vii^e la république! ce cri précurseur de la victoire , et la conquête de ritalie fut jurée par tous entre les mains du général. Prompt à saisir le moment de leur enthousiasme, il résolut de frapper un grand coup. Par ses ordres , Serrurier prit position àGaressio. afin d*obseryer Golli, campé près de Céva; Masséna et Augereau occupèrent Loano, Finale etSavone-, Laharpe dut menacer Gênes, son avant-garde occupait Yoltri. Pour tromper son adversaire, Bonaparte, par Tentremise du ministre de la république à Gênes, fit demander.au sénat le passage par laBochetta, et les cleCsde Gavi, déclarant que les Français étaient résolus & porter la guerre en Lombardie, en s'appuyantsur la position deGênes* Notre demande effraya le gouvernement génois. Trompé par cette feinte , Beaulien , après avoir porté son quartiergénéral h Novi, enjoignit à d'Argentcau d'établir le sien à Sasello, et de marcher sur Montenotte pour couper l'armée française dans sa marche sur Gênes en tombant sur son flanc gauche , et intercepter à Savone la routje de la Corniche. Beaulieu , quittant bientôt Novi , vint se porter avec sa gauche par la Bocchetta sur Yoltri, où il attaqua, le 1 1 avril , le général Cervoni qui se replia sur Laharpe. Dans la nuit du 11 au 13, Bonaparte, à la tête des divisions Masséna et Augereau, enveloppa d'Argenteau à Montenotte. La déroute de l'ennemi fut complète: quatre drapeaux , cinq canons , deux mille prisonniers furent les trophées de la journée.
Pendant ce temps, Beaulieu marchant en avant, entrait dans Yoltri qui se trouvait abandonné-, il apprit la perte de la bataille de Montenotte , et l'entrée des Français dans le Piémont. Alors il se retira en toute hâte sur MillésimOy prenant toutes les précautions pour faire évacuer les^ma* gasins de Yoltri et de la Bocchetta.
ARMÉE d'iTAUE. BABEUF. ISS
Dans leur nonyelle position , les alliés occupaient Millesimo et Dégo, et défendaient les hauteurs de Biastro avec une brigade qui liait ces deux positions. Les Sarcles gardaient ainsi le chemin du Piémont, tandis que les Autrichiens interceptaient les avenues d'Acqui , route directe du Milanais. Augereau, le 15, avec des troupes impatientes de combattre, parce qu elles n'avaient pas donné à Montenotte , enleva les gorges de Millésimo. Le général Provera fat coupé avec son arrière-garde, forte de deux mille hommes. Réfugié dans les ruines d'un vieux castel d'où il voyait l'aile droite de l'armée sarde se préparer au combat, l'Autrichien espérait être dégagé le lendemain. Bonaparte, qui tenait à s'emparer du vieux château de Gossario, le fit vainement assaillir. Le lendemain , Masséna et Laharpe , attaquant les Sardes , prirent Dégo ; Ménard et Joubcrt, occupaient Biastro, et tous les efforts de Colli pour dégager Provera furent inutiles. Le lendemain , ce général déposa les armes, tandis que nos soldats victorieux poursuivaient les débris de l'armée ennemie dans les gorges de Spigno , lui prenaient trente canons, quinze drapeaux et six mille hommes. Dès lors l'armée sarde fut complètement séparée des troupes autrichiennes.
Cependant les grenadiers de Wukassowich , dirigés de Yoltri à Sassello, arrivèrent sur Dégo le i5 avril, à trois heures du matin ; ils nous attaquèrent et faillirent enlever le quartier*général. Nous reprîmes bientôt la position de Dégo sur les grenadiers allemands, qui furent presque toos tués ou faits prisonniers. Après Taffaire de Dégo , Bonaparte résolut de se contenter de tenir en échec les Autrichiens, et de poursuivre vivement les Piémontais.
Serrurier, ayant appris à Garessio le succès des batailles de Montenotte et de Millésimo, s'empara dos hauteurs de Saint-Jean , et entra dans Géva au moment oui Augereau paraissait sur les hauteurs de Montezemoto. Le i7, Golli évacua le camp retranché de Céva, repassa
1S4 BÉVOLUTUMll imAJVÇAISB.
Je TanarOy et se retira derrière la Gorsaglia. Qientftt t^us nos soldats se trouvant sur les hauteurs do Montezen^Q, virent enfin lltalie. Ils la saluèrent par les cris mille fois Répétés de vive la république! « Anoibal a fQfc^ les Alpes*, nous les avons tournées, » s'écria Bonaparte, 9Br )e front de son armée, doublement émerveillée de vqw kai ^Ipes derrière elle et sous sies jeux la magni|fiqtt^ ftalie ^ut à coup dévoilée.
Les nouvelles victoires, dltalie réanimaient chez no^us Ventbousiasme de la gloire, électrisaient les patriotes 4^ conseils, déconcertaient les chefe du parti clicbje^^ ^ semblaient raffermir la confiance du Diirectoire) n^ cependant il n'était pas tranquille, puisqu'au fait il trem)>(^ devant la présence de Babeuf et les projets de consiûi^ation rêvés par ses amis , tout aussi incapables que lui dç donner des sujets de craintes sérieuses pour la sta^lité d'tw gouvernement qui ne se livrerait pas lui - même fj^ô^ e\ poings liés à ses adversaires. Carnot, si brave devait l'ençtemi^ mais si susceptible de prendre l'alarme depMJis qu'il était monté au pouvoir, ne cessait de décUmeir et de ifr Boanderdes «(lesures contre Babeuf. Les autrç&^ireGteufS» quoique enclins à craindre aussi cet écrivain, se^CiiQiand^eut avec quelle force on ferait coptre-poid^ 4 h viotewe ies i^éacteurs et des royalties, si, s^u li^u de h^. ço^t^îc, qu frappait encore, comuie on lavait fait avec tauV ^'^^^iloil^iQage^ p^nr la répubMque , les hommes exagérés d'u;^ paf ^ qui était l'appui de la révolution. Barras surtout > qi^a. llojk chercl\ait à ébranler sans ces;»e par des i^évétatWoa, Rariask qu^ appréciait à leur juste yaleuc diçs tentatives innenaéea et facUes à répj:iiuer, sQMteuait que l%.ppUce n'av^ enr. tendu qne^dçs bruits vague; , recueilli quç des, pt^çj^eMl sans consistance, et qu'il suffisait de pubUer pour leur ô^r tout^. Qspèce dç puissance et d'cspojr de succès : ]^rra3 A^ai)| raisoA* Çne police vigilante et habilQ, un qgiwti'A l!^iiM>l i m^ni^r ies esprits^ des avjis directs au& un^ deanfWO«i
i^% apirea , des dénionslrations d'auluFité , et enfi» des ré< léiatioiis faites ao pohlic pour Fassoeier à U défense de 1*071 dve public, ot le ratlie? à un gcMiKeFnemeat occupé de pvé-* le^îr e|d'emp6e}ier a« Ueu de vout^ir effirayer el firapper^ wMt Huffi pcw favre é^aBouîr le complot, j'ai Ta naillfe fe complot dopt op a £^it tairt da briut ^ j'ai été frappé do Vaxaltation de ses auteurs, mais eii Biême tamps die tcA^e \ëwç ipipuissaMce à exécotef le projet de renverser te Di* rectoire e( les dem conseils. Pajie^f ne possédait pour tomate arv»e que la pl«me d'aa pamphlétaire, et pour tout mpjpea 4e siicc^ que la violence d ua tribun qui s'éebairfr fiMit chaque jour dayantafe« ue sait rien ménager, ne mer. we ^cic w obstacle , dépasse toutes les bornes , nniltiplie à cbaqne bewre le nombre de ses ennemis par dfes me^acea plo^ eiQ(jr$^jrantes q^e dea actions,, et, sonrd à tons les avis, cçtn{^«iet gravement le parti ^^nel il ^^pparti^. Loû» d'être capable dç se mettre à la tête d'aae îasuvrectiaiiy $4hianC«'ai^t p9^ V\to^ en lui cet entboiMiasipe 4» liOn me«)| qui s^i Camille DesiqouUos, au tSt jniUet i7ft0i^ lojffiqv^'mi pi^tokt à la ma^» > il appela le peapte 4» Pm^ii W^ arpea^ jan^îs ^^ bonp^e n'aurait été mi drapeau.
^yumarottî, gentilbomme florentin, lun dea dément de^ei^laAade TiUastçc Ilfic^el^Ange, ami des lettrea, de^ scicja^ ^ 4^ arts, asse? babile compositeur de musqué, P.1m3 eçj^y vffm et pl|i^ ré^Hitionnia^re que Ra^e^» pro*^ fessjlit les doctrMMft de la démooratie absolue et i^ l'éga*^ lité parf^^ % m^ fi^ ^ l'ei^térieiM^ quoiqu'il bi^t au-^ ^c^^lp&ii i^'^^^t qu'une wix faible et doinee au Ue«i 4e^ fosgana pm^^nt 4'mp^ trib^^ % it « etail paa «eiMM ^ f^^^^9, de w^re à ce qifr'on pAt dire dana i»M JQwaée : «* Le ^o# „ «j^^be^I v/ A e^ d^ Im, Geir^> o^iin, o£6k;ier de bufi^^^rds, ardent, généreux, né avee beaaeoMp d'esprit , révolutionnaire paiv effervescence de tite^ l^'é^it (yi'un à^ ces e^^a^s pei^dus qai se piécipîteiit' ^ H 4%i(^e;^«i»i^ pifei%e <|i«eu«b çfQÂft 4^ kuf yie, e4 ^«à
pourraient faire un coup de main hardi, s'ils se trouvaient là des hommes de cœur pour les suivre. Darlhé seul réunissait les opinions, le caractère et la décision du vrai révolutionnaire qui fauche tout devant lui, comme faisait le cardinaldeRichelieu.G'est lui qui disait un jour : ctNousavons conçu des inquiétudes sur un tel ; nous pensons qu'il nous trahit, mais notre résolution est prise. En revenant du comité, nous passerons sur le Pont-Neuf avec lui, et nous le jetterons à l'eau : de cette manière il n'en sera plus question. » Darthé^ ancien compagnon de Joseph Lcbon , détenu auPlessis, ainsi que les membres du comité révolutionnaire de Lille et d'Arras, avait fait connaissance avec les patriotes prisonniers comme lui, mais il était aussi inconnu du peuple de Paris, et par conséquent sans influence. Toutefois, ses pareils deviennent quelquefois redoutables dans nnejouméeparleur audace et leur fermeté. Le petit Bouin, ancien juge de paix delà section des Marchés, avait au contraire l'avantage d'être très populaire dans son quartier; sous un extérieur faible et un air de douceur, il cachait d'abord et ne tardait pas à montrer beaucoup d'énergie*, pourtant ce n'était point là un homme à craindre. Antonnelle avait rappelé un moment Mirabeau dans les troubles d'Arles et du Midi ^ mais retombé dans ses mœurs épi* cûriennes, homme de plaisiç que rien n'aurait pu désheurer, il se bornait à exposer des doctrines démocratiques dans un style abondant et fleuri. Sa paresse et son esprit répugnaient à l'intrigue, et son caractère n'était en rien celui du conspirateur. Félix Lepelletier, son disciple, déployait une assez grande activité ^ jeté depuis la mort de son frère dans les opinions révolutionnaires ^ républicain avec des mœurs et des formes aristocratiques , ouvert , imprudent, désireux de popularité, il était au courant du tout, et se sentait du goût pour les conspirations; mais il ne s'y enfonçait pas. Il lai manquait, pour devenir à craindre, le baptême révolutionnaire^ reçu dans quelque journée qui