SÉVÉRITÉ DE SONAP. CONTRE LES DILAPIDATIONS
allumé la flamme du patriotisme dans les cœars. Le gouveraement avait vu former , sous le nom de volontaires de Vienne^ un régiment de jeunes gens auxquels Timpératrice elle-même avait remis des drapeaux brodés de ses mains. Il y avait là une image, affaiblie toutefois, de notre levée de septembre 1798.
Il est curieux ici de voir comment le génie de Bonaparte va sortir victorieux de cette lutte qu'il considérait comme la dernière qu'il aurait à soutenir pour la possession de cette belle terre italique, où il voulait laisser un nom plus grand et plus cher que celui des héros de l'ancienne Rome, qui avaient marché à l'empire du .monde sur les ruines de la liberté de tous les peu plesdont nos armes venaient affranchir les descendans. La précédente campagne , cette prodigieuse lutte d'Arcole, les soins de la guerre, de ladministration et du gouvernement , réunis dans une seule main , semblaient avoir épuisé les forces du général. Tour-* mente en outre d'une maladie qui depuis long^ temps le minait , de cette gale invétérée qu'il avait prise au siège de Toulon , en saisissant un refouloir tombé des mains/ d'un canonnier mortellement frappé , Bonaparte ne pouvait presque plus se tenir à cheval. Sa figure, amaigrie par la souffrance, ses longs cheveux, qui semblaient augmenter l'expression maladive de ses traits , une pâleur mortelle , tout en lui annonçait un grand dépérissement. Cependant le feu doses regards, la constance de son attitude, et cet air pensif et sévère que donne 1 habitude des grandes choses , la sérénité de son front, qui dissimulait ses agita* tions intérieures, annonçaient que Tâmc avait gardé toute sa vigueur, qu'elle soutenait les ruines du corps, et lui communiquait une activité nouvelle. Cette activité s'étendait à tout*, c'est ainsi qu'en attendant le moment de donner ts^ grande bataille que les deux partis attendaient avec la même impatience, il faisait la guerre aux voleurs, aux intrigansclc tout genre qui s'étaient jetés sur Tltalio
âSO KEVÛLUTION VMSiÇMSE.
comme 9nr une terre promise. Satisfait de. yoir doBÛner Fabondance autour de nos soldats, après tant de glorieux efforts, il ne voulait pas que quelques misérables , qui n'a- Taient pas eu de part à la peine, eussent part à la récompense , et se fissent un jeu d'exploiter au profit de leur cupidité un pays fécond , mais non pas inépuisable. Toutefois , le luxe de ses officiers le tourmentait peu ^ on lui reproche même d'avoir fait entrer da^s ses calculs la permission tacite qu'il leur accordaU de s'enrichir *, mais du moins , sa conviction lui disait qu'au moindre appel de sa voix de commandement» ils s'arracberaiwt des délices de Capoue pour redevenir des hommes de bataille et de victoire. Indulgent pour eux , il se montrait inflexible , comme Taur^it été Saint- Just , envers les fbarnisseurs qui étaient alors devenus une des plaies de la France. Luimême vérifiait les comptes , et punissait avec toute la sévérité et la puissance d*un dictateur : encore s'accusait-il de n'être pas assez rigide. Chaque jour le voyait inventer de nouveaux moyens pour prendre sur le fait les dilapidateurs qui auraient pu lui échapper. Là , commencent à se montrer à côté de Tordre, delà précision, de la vigilance, les ombrages, les rigueurs , et aussi les injustices de son administration pendant tout le temps qu'il tînt les rênes de la France et de l'Europe. Sous lui, on eût dit qu'il y avait toujours une chambre ardente pour ceux qui devaient compter avec l'État. Loin de ne pouvoir suffire à tant de travaux, Bonaparte trouvait encore du temps pour se délasser avec ses généraux et les belles italiennes, dont leur gloire avait touché le cœur. Madame Bonaparte , appelée par son époux, qui avait pour elle un ardent amour, donnait le ton à cette société choisie, et reposait le général des fatigqcs et des soucis du commandement.
Ses yeux étaient toujours fixés surMantoue^ la résistance obstinée de cette forteresse contrariait tous ses plans ; il aurait voulu qu'elle se rendît avant la reprise des hosti*
NOUVELLà CAMPACtn EN rTAIIE. ftSl
lités. n savait que le jour oA les Aatritrichiens , commandés par Alvinzi , dous attaqueraient , Wurmser devait tomber sur nos derrières , après avoir passé sur le corps chargé du blocus , et s'être réuni aux troupes que la: cour de Rome tenait prêtes à agir contre nous. Yenise inquiétait aussi Bonaparte-, mais il venait de s'emparer de Bergame sons le prétexte que tes forces de la république ne suffiraient pas pour défendre ce poitit stratégique important; mais au moment même de cette violation du droit des gens , dictée par la nécessité , il avait le plus grand soin d'entretenir toutes les liaisons d'amitié contractées avec la cour de Piémont et le duc de Parme *, il fit plus, et pour se concilier le duc de Toscane, il abandonna Livourne moyennant deux millions. Bonaparte aurait bien vouki pouvoir poursuivre ses projets contre la cour de Rome^ dont la perfidie et la conduite menaçante le révoltaient* te gouverneur papal commettait toutes les imprudences capables d'attirer sUr lui les forces républicaines-, mais leur chef conuaissait trop l'importance de la ligne de l'Adigè pour s'affaiblir sur ce point; c'était là que devait se décider la querelle. En effet , Alvinzi commença son mouvement dans les premiers jours de janvier 1707 (nivôse). Le 9 janvier tous nos avant-postes furent attaqués. L'armée française se voyait renforcée, depuis Arcole, de deux demi* brigades d'infanterie tirées des côtes de la Provence , et d'un régiment de cavalerie. Joubert, avec une division.^ occupait Ikfontebaldo , Rivoli et Bossotino*, Ray se trouvait en reserve à Dezauzano , Hasséna a Vérone et son avant- garde à Saint-ltfichel; Angereau occupait Legnago etBevilaqua, Serrurier bloquait Mantoue. Ces cinq divi* sions formaient un total de quarante-trois mille soldats ; tandis que la force numérique des huit divisions qui allaient sons assaillir s'élevait à soixante-dix mille combatlans, non compris les vingt-quatre mille soldats exténués, il est vrai, de maladies et de fatigues, que contenait Mantoue^
95S REVOLUTION F&ANÇAIflE.
mais qoi pcovaient encore contribuer à dotre perte par un dernier effort dans le moment décisif. Aassi, de tontes les différentes opérations que Bonaparte conduisit en Italie, celle que nous allons raconter esi^^Ue la plus extraordinaire. AKinzi, à la tête de quarante-cinq mille soldats , porta son quartier-général de Bassano à Roveredo -, Proyera , avec vingt mille combattans, dut agir sur leBasAdige^ il éta^ blit en conséquence son quartier-général à Padoue. Le 12 janvier 97 (23 nivôse), sa division de gauche, commandée par Bayalitsch , prit position à Galdiero et à Montagnana-, le général Hohenzollern marcha ensuite sur Bevilaqua , oi!i se trouvait l'avant-garde française » commandée par le brave Duphot , qui , après une légçre résistance , se replia et passa l'Adige à Porto-Legnago. La division Bayalitsch ayant assailli Saint-Michel, fut vivement repoussée par le général Masséna , qui accourut au secours de son av^nt-garde, et chassa les Autrichiens jusqu'à Gal« diero. Bonaparte ordonna dans la nuit, à ce général, de reployer toutes ses forces derrière Vérone, où il était arrivé pendant le combat de Saint-Michel. Ge fut là qu'il apprit que Duphot avait été attaqué par douze mille Autrichiens, et qu'il voyait arriver sur lui la première ligne du principal corps de Tennemi. Bonaparte attendait d'autres nouvelles. Une dépêche de Joubert lui annonça qu'il B'était battu toute la journée contre Temnemi, qui, quoi» que plus nombreux , n'avait pu nous faire perdre de terrain. Le 15 au matin, Bonaparte n'était pas encore décidé, il n'apercevait pas nettement le plan de son adversaire. Les troupes continuèrent à se tenir prêtes à marcher. La division campée à Dezenzano se porta sur Gastelnovo. Les soldats attendaient avec confiance les ordres du général. A dix heures de l'après-midi, Bonaparte reçut un jrapport de Joubert qui lui mandait que dans la journée il avait été attaqué par des forces très considérables-, que sa position se trouvait critique ; qu'il avait eu pourtant le
BAfAiLLB ne MirQU. S3S
bonbeur de se maintenir jasqn^à ce que , s'étant aperça que deux colonnes le tournaient par sa gauche et par sa droite, et craignant de voir les ennemis s'emparer du plateau de Rivoli qui se trouvait sur ses derrières, il s'était TU forcé de s'affaiblir en fai^nt occuper cette position importante, sur laquelle il s'était replié dans la soirée. A la lecture de ce rapport, Bonaparte comprit aussitôt que la yictoire était sur le plateau de Rivoli. On ne pouvait plus douter qu'Alvinzi n'opérât avec deux corps , le principal sur Hontebaldo , et le moindre sur le Bas^Adige. La ditision Augereau parut suffisante pour empêcher t^rovera . de franchir la rivière. Il n'y avait pas une minute à perdre pour voler au devant d'Alvinzi qui menaçait Rivoli, et forcer ainsi l'armée autrichienne à combattre sans sa cavalerie et sans son artillerie hors d'état de suivre Tinfanterie dans lés chemins escarpés qui traversent le Montebaldo -, mais si Alvinzi parvenait à occuper le célèbre plateau,'tout lui devenait facile -, alors il pouvait espérer, par sa grande supériorité numérique, de porter un coup mortel à son rival. Préoccupé des desseins de l'ennemi , Bonaparte partit dans la nuit du 84 au SS nivôse ( 15-14 janvier). Pour secourir Joubert, il ordonna à la 75«, à la I8«, à la 58<« demi-brigade do la division de Masséna, de se diriger à marches forcées sur Rivoli , où lui-même les précéda de quelques heures.
Le temps s'était éclairci, la lune permettait de recon* naître les positions des Autrichiens; Bonaparte monta sur les différentes hauteurs, observa les lignes d' Alvinzi et la disposition des feux de leurs bivouacs. A juger par les apparences, ses forces pouvaient s'élever à quarante-cinq mille combattans *, nous n'avidns pas plus de vingt-deux mille hommes à leur opposer *, mais Bonaparte comptait pour vaincre sur sa formidable artillerie et sur la cavalerie qa'il allait lancer contre l'ennemi privé de la sienne. Les troupes d'AlvîQzi ne devaient pas commencer Tactioq
984 fàvùLxmùH njufÇAiflB.
avant dix heures du matin. La première colonne, celle de Lusignan à sa droite , se trouvait très éloignée et paraissait manœuvrer pour couper la retraite à Tannée ré-* publicaine -, Liptay se montrait . prêt à aborder U gauche du plateau de Rivoli, tandis que la colonne dèKoblos rasait le pied de Monte-Magone -, Goskay, suivant la crfite de cette montagne , se dirigeait sur la chapelle Saint-Mare. La cinquième colonne se composait de quatorze bataiUofiSy de TartiHeric , de la cavalerie et des bagages de l'armée autrichienne ^ après avoir passé TÀdigc à Dolce^ elle avait descendu la rive droite an pied du BIonte-Magone , et se trouvfflt vis:à-vis Osteria , en échelons près le hameau dlncanole , au pied du plateau ; elle dpvait.déboucher par cette chaussée. La sixième colonne , sous les olrdres de Wukassowich , longeait la rive gauche de rAdige, en face de la Ghièse vénitienne.
Bonaparte , qui comprit toute la pensée de son adversaire , prescrivît à Joubcrt , qui avait évacué sur Monte- Magone la Chapelle Saint-Marc , de se reporter en avant, de reprendre sa position avant le jour, et de refouler Okskay aussi loin qu'il le pourrait. A quatre heures du matin, le général Yial avait occupé de nouveau la Chapelle de Saint-Marc ] au jour, lés Croates se trouvaient repous? ses jusqu'au milieu de la crête de Monte^Magoné. KoUos, pressant sa marche, déboucha , vers neuf heures , aur les hauteurs à la gauche du plateau. Aussitôt les I*»*® et SS»"* demi- brigades ouTrirent leur feu; la i4«^« occupait la dcoite, elle repoussa les attaques de rennemi*, la 85>»« débordée fat rompue aussitôt -, Tintrépide i4«« , au lieu de se laisser intimider, forma un coude, et reçut, sans perdre un pouce de terrain , le choc de Tennemi qui se croyait victorieux; Bonaparte, dont le regard d'aigle embrassait tout le champ de bataille , d'ailleurs peu étenda, s'élançant vers la division Masséna qui prenait un peu de repos » la précipita sur l'ennemi , enfonça là colonne de
MàXABXS 0B MVÛU. 885
Koblos 6t la mit dans le plus affraux désordre. Liptay accoorat au secours de ses compagnoDS. Qaasdanowick apercevant du fond de la yallée que Joubert n'avait laissé aucune troupe à la Chapelle , crut le moment opportun pour déboucher*, il détacha cinq bataillons, dont trois devaient gravir la cAte et occuper la Chapelle, tandis que deux autres protégeraient le passage de la cavalerie et de l'artillerie. A la vue de ce mouvement , Joubert ordonna a trois bataillons de retourner au pas de course à la Chapelle; les trois bataillons ennemis furent précipités dans le fond de la vallée ; une batterie de quinze pièces écrasa tout ce qui voulut déboucher par la gorge ; Lassale et Leclerc, k la tète de quelques'-éentaines d<?4chevaux, prirent tout ce qui étant parvenu su» le plateau, cherchait Si s^y maintenir. Qaasdanowich et Wakaossowich ne pouvant déboucher, devinrent ainsi inutiles à Alvinzy. Pendant ce tempa, Luaignan à cheval sut le chemin de Vérone , sur les hauteurs de Pépols, croyait avoir fermé toute issue à Farmée française ; mais voyant bientôt la déroute d'Ocksay, de Koblos , de Liptay, il pressentit le sort qui l'attendait. La plus grande partie de cette division posa les armes : il était deux heures , la journée était complète , l'ennemi battu sur tous les points *, on put croire un moment quo toute l'armée d'AUinzy allait être prise , car il faillit pcr* dre la rampe qui descend à la route d'Incanole, son unique voie de retraite. Les Français victorieux avaient fait sept mille prisonniers, enlevé plusieurs drapeaux *et douze pièces de canon qui étaient enfin prtrvenues à déboucher. Pendant cette bataille de Rivoli , si glorieuse pour noa armes , Provera passa TAdige près de Legnago , et marcha sur Mantoue, après avoir laissé une forte réserve pour garder les ponts. Bonaparte fut informé de ce passage : aussitôt , laissant à Masscna , à Murât, à Joubert , le soin d'achever Alvinzy, il partit avec quatre demi-brigades pour se rendre à Mantoue \ nous en étions à treize lieues.
936 ft£V01imON FilANÇAlSB.
Proyera ne put forcer MioHis dans Saint - Ceorges : le Vi et le 10 9 Warmser tenta une sortie , Bonaparte plaça sous les ordres de Serrurier les quatre régimens , de manière à résister au vieux maréchal » qui fut rejeté daos Mantoue après un combat opiniâtre ^ la division de Victor se jeta sur Provera. Ce fut dans cette journée que la 37>&« demi-brigade conquit son surnom de terrible^ elle traversa > la haïonette au bout du fusil^ toutes les lignes de l'ennemi; incapable de résister à cette furie, invœti par Augereau, Victor et Masséna , inquiété par une sortie de Miollis , Provera capitula*, six mille prisonniers, au nombre desquels se trouvaient les jeunes volontaires de Vienne , tombèrent en notre pouvoir. jci • •*•:.
Le général Point do la division Augereau attaqua larrière-garde que Provera avait laissée à la Mollinella ; il ne s^éebappa de cette division autrichienne , que deux mille soldats qui n'avaient pas franchi TAdige; les débris des trou« pes allemandes traversèrent la Piave : ainsi donc le génie de Bonaparte, aidé de l'intrépidité de nos jeunes et braves soldats , avait dévoré une nouvelle armée ennemie. Les trophées de cette merveilleuse campagne furent vingtcinq mille pjisonniers , vingt-^quatre drapeaux , soixante pièces de canon. Bonaparte se bâta de faire connaître à Wurmser la défaite d'Alvinzy ^ dès lors le brave gouverneur de Mantoue dut songer à ouvrir ses portons au vainqueur. Pourtant il répondit à une première sommation : « J'ai des vivres pour un an.» Mais à quelques jours de là, Klenau, son premier aide-decamp, se rendit au quartiergénéral de Serrurier, qui avant do s'expliquer, allégua la nécessité de prendre les ordres du général en chef. Bonaparte se rendit à Rovcrbella, accorda une noble capitulation au maréchal, qui, par gratitude, dénonça au général français . un projet d'empoisonnement qui devrait être tenté contre lui en Bomagne. Wurmser espérait déposer son épée entre les mains du généra} en chef ^ mais il était
i parti pour en finir avec la cour de Rome, aussi hostile que déloyale. Serrurier présida aux détails de la reddition de Mantoue^ et vit défiler devant lui le maréchal et tout letat-major de sou armée. U parait malheureusement trop vrai qu'un homme, dont je ne veux pas.troubIer la cendre en le nommant , concourut pour le prix de cinq millions' à la prise de Mantoue, sa patrie. Bonaparte, qui s*était servi du traître, ne voulut jamab remployer» et le laissa vieillir et mourir au milieu de ses coupables richesses. La garnison prisonnière s'élevait encore à vingt mille h<Hn» mes, dont douze mille combattans, trente généraux, quatre- vingt commissaires et employés de toute espèce. Depuis le mois de juin, vingt-sept mille cinq cents soldats avaient succombé dans les hôpitaux, ou étaient tombés dans divers sorties.
U est impossible d'énumérer les preuves d'audace , d'activité, de constance et d'héroïsme que firent alors nos soI« dats et leurs chefs, entre lesquels Joubert , Aagereau et Masséna brillent au premier rang *, quant à Bonaparte , jamais les marches de César et de Frédéric II n'eurent rien de comparable à celles que nos troupes firent sous ses ordres dans les affaires qui précédèrent la reddition de Mantoue : les savantes combinaisons de Turenoe réunies aux illuminations soudaines du prince de Gondé ne donneraient qu'une faible idée de leur rival.
Après avoir rappelé notre envoyé Gacault, indignement joué par la cour de Rome, que dirigeait le cardinal Basca , Bonaparte ordonna au général Victor de passer le Pô àBorgo-Forte avec quatre mille fantassins et six mille chevaux \ il réunit ensuite la division du général Lahoz à Bologne , et de cette ville , il lança son manifeste contre le Vatican, violateur des paroles données et de l'armistice. Le 2 février, le quartier-général s'établit à Imola , et bientôt, sa petite armée forte au plus de neuf mille corn* baltans français , se trouva en face des troupes papales
iSB iEÉVOLimON tEABfÇAUE.
rangées en bataille sur la rive droite do Sénio poar en d<« fendre le passage. Les soldats du saint Père formaient liept mille oombattans réguliers ^ ils étaient flanqués de masses de paysans soulevés par les prêtres. Comme les Français araient fait une longue marche ^ ils prirent position ; au moment où ik plaçaient leurs grandes gardes , nn parlementaire se présenta et déclara d'une manière burlesque , de la part de«on éminence monseigneur le cardinal gêné* rai en chef ^ a que si C armée française continuait dai^aneer^ il ferait feu sur elle* Après avoir beaucoup ri de cette menace , on répondit : ifiCon ne voulait pas s'exposer aux foudres du cardinal y et qu'on allait prendre position pour passer la nuit.
Cependant le cardinal Bnsca^ qui avait dit à Cacatilt : Nous ferons une Vendée de la Romagne, nous en ferons une dès montagnes de la Ligurie , nous en ferons une de toute ritalie ! pouvait croire avoir réussi. Les Romagnoles «'étaient levés au bruit du tocsin. Mais Bonaparte pensait aviec raison, qu'une fois mallre de Rome, il calmerait aisément cette effervescence populaire. En un moment, Tarmée papale fut culbutée; Faenza prise allait être livrée au pillage -, les ordres du générai en chef préservèrent cette ville.il y réunit tous les révoltés , tous les prisonniers faits par nos troupes, et dit à cas hommes qui attendaient la mort : « Je suis Tami de tous les peuples, et surtout de ceux de Rome ! Vous êtes libres. » Ces malheureux tombèrent aux genoux de Bonaparte , en pleurant de joie et de reconnaissance. Cette conduite sage et politique changea les esprits^ à Forli, à Césène, à Rimini, à Pezaro, à SinigagUa nous trouvâmes le peuple prêt à nous seconder. Le Piémontais Colli , qui commandait Farmée du pape, avait pria une bonne position sur les hauteurs en avant d'Ancônè; rien ne put nous résister ; nos soldats firent leur entrée à Ancôné et prirent le célèbre couvent de Lorette où l'on trouva , quoique la cour de Rome eût fait énlerer les
objets les plus précieux ^ poar plas d'un million enmatië* res d'or et d'argent. Beaucoup de prêtres framçais qui s'étaient réfugiés dans les états romains^ se croyaient arrivés à leur dernière heure -, Bonaparte tes rassura^ il semblait n« garder son courroux que contre le Yatican^ où régnait la plus grande consternati'on.
« Les Français ne marchent pas, s'écriarient les prélats , ils courent. » L'avant-gàrde de notre armée , après ayoir franchi TÂpennin, se trouvait à trois journées de Rome. Le quartier-général était, le 15 février, à Tolentino, oft arrivèrent enfin le cardinal Màttéi, monseigneur Galeppi, le duc deBraschi, le marquis Massimi niinistres plénipo<ïtentiaires du pape. Au bout de cinq jours de pourparlers , on arrêta les conditions suivantes : que la cour de Rome , après avoir révoqué toute adhésion , consentement et accession patente ou secrète contre la république française , contracterait rengagement de ne fournir aucun secours & nos ennemis, renoncerait à tous les droits qu'elle pourrait avoir sur Avignon et le comté Tenaissin, sur les Légations de Bologne, Ferrare et la Romagne ^ qu'elle paierait en outre au trésorier de Tarmée française dix millions en nu^ méraire et cinq millions en diamaus , enfin qu'elle rétablirait l'école des arts instituée à Rome pour les Français, et ravagée par le peuple. L'armée française devait garder Àncône comme garantie des clauses du traité dé Tolentino. Rien ne oonvenait moins au Directoire , qu'une paix avec Rome. Dans toute cette affaire mettant sa politique à la place du gouvernement, Bonaparte montra pour le pontife des égards et prit une autorité qui n'annonçaient que trop ses espérances et ses desseins. Depuis là journée de Lodi , il se regardait comme appelé à régler les destinées de la France 5 il secouait déjà le joug de l'autorité. Aussitôt la signature de ce traité, Bonaparte se rendit à Mantoue d'où il fit partir de beaux tableaux pour Paris , où il projetait de former ua immense musée ; enrichi des dépouilles de
JUO RBVOLUnON FEANÇAIftB.
TEarope ^ et destiné à derenir le temple des arts. On ent dit d'un roi qui pensait à orner sa capitale.
Ce fut au milieu de ces soins , que le général, secoara trop tard, mais vainqueur à force de genie^ reçut les belles divisions de Bernadotte et de Delmas. «. Dès lors Tarmée dltalicy dit^il lui-même , était en état de tout entreprendre; elle pouvait forcer seule le cabinet de Vienne à rompre Falliance avec r Angleterre. »
Nous avons exposé comment celte dernière puissance avait pris possession de la Corse : Bientôt des mécontenter mens éclatèrent dans llie^ en sorte que Paoli qui lespartageaity reçut un ordre d'exil. Il partit et alla rendre son dernier soupir à Londres. C'était un homme fort courageux^ et pénétré d'amour pour sa sauvage patrie. En octobre i7d6, Bonaparte, alors à Milan, lança contre les oppresseurs de la Corse « les réfugiés qui s'étaient montrés, comme Paoli , peu dociles aux volontés de la Grande Bretagne. Gentili les commandait, et bientôt les Anglais durent abandonner cette île qu ils n'avaient possédée que deux ans.
La France alors rentra en possession de la Corse dont le général Yaubois reçut le commandement. Il apaisa une révolte en faisant fusiller celui qui la commandait. C'était le descendant d'un Corse fameux, le brave Giafferi. Peutêtre le général français eut- il bien fait de pardonner.
Cependant la cour de Vienne avait été d'abord effrayée au-delà de toute expression , par la défaite de l'armée d'Alvinzi et la chute de iUantoue -, mais voyant que l'armée française ne se décidait pas à reprendre l'offensive sur le Rhin , le coDseil aulique pensa pouvoir faire un grand détachement et envoyer à la tête de quarante mille soldats le prince Charles , pour prendre le commandement des armées autrichiennes. L'archiduc arriva , le 6 février (18 pluviôse ) , à Inspruck ^ d'où il porta bientôt son quartier général d'abord à Yillach ensuite à Gorizia. Par ses ordres, des ingénieurs parcoururent les débouchés des Alpes Ju-
CVMPAGNë dans le TYiiOL. 241
liennesetNorlqacs pour y élever des fortifications dès que les neiges seraient fondues. Bonaparte brûlait d'impatience de prévenir son nouvel adversaire , surtout avant l'arrivée des troupes qui accouraient à marches forcées des bords du Rhin. L'armée dltalie était forte de cinquante -trois mille hommes , de cinq mille chevaux \ son artillerie formidable se composait de cent vingt. bouches à feu. La mauvaise volonté de Venise obligea te général français à laisser dix mille soldats en réserve sur TAdige, pour surveiller cette république *, il ne pouvait donc entrer sur le territoire autrichien qu'avec quarante-trois mille hommes. Il avait pensé que les armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin devaient être réunies en une seule armée de cent vingt mille combattans qui , partant de Strasbourg ^ pénétrerait en Bavière 9 passerait Tlnn, arriverait sur TEns^ et se réunirait à Tarmée dltalie : celle-ci, traversant leTagliamento , les Alpes Juliennes , la Garinthie , la Drave , et la Muer pour se porter sur la Simmering. Bonaparte soutenait qu avec un tel ensemble d'efforts , la France dicterait la paix sous les murs de Vienne. Le Directoire obstiné dans la vieille routine^ et plus que jamais poursuivi de la crainte de voir Tinfluence de Bonaparte grandir outré mesure , persista dans la résolution de tenir séparées les armées de Sambre-et-Meuse et du Rhin qui y dans la cam- 1 pagne précédente ^ auraient obtenu des succès décisifs, si I elles n'eussent obéi qu'à une seule volonté , qu'à un seul chef.
L'armée autrichienne dans le Tyrol^ comptait cinquante mille hommes ^ quinze mille gardaient le Tyrol propre- I ment dit-, le reste, en bataille derrière la Piave^ couvrait le Frioul. Elle attendait encore six divisions du Rhin qui élèveraient ses forces numériques à quatre-vingtdix mille soldats.
Voici les positions qu'occupaient au commencement de mars (yejatose) les troupes françaises. Les divisions Del- VI. i6
mas, Baraguay-d^HilIicrSy Joubert et la brigade de cavalerie du général Dumas, occupairnt le Tyrol italien. Joubert avait le commandement supérieur de ces troupes, qui pouvaient s'élever à dix-sept mille combattans. Masséna, Serrurier , Gnieux , Bernadotte et la cavalerie de réserve aux ordres de Dugua, présentaient un effectif de trentequatre à trente-cinq mille soldats réunis dans le Bassanais et le Trévisan *, leurs avant-postes garnissaient la riye droite de la Pîave. Victor, encore sur T Apennin, se dirigeait Ters TAdige oh il devait prendre le commandement de Tarmée de réserve , que Bonaparte, prêt à s'engager dans les montagnes , voulait laisser sur ses derrières.
Le général elt chef se porta le 9 mars (19 vé'ntose) àBassano, oJi il adressa à ses soldats nné proclamation dans laquelle respire tout Torgueil dé ses victoires passées et toute la confiance qu'il avait dans l'ayetoir.
f( Tous avez été , leur disait-il , yictôrieux en qdatorie batailles rangées et dans soixante-dix combats ; vous avez fait cent mille prisonniers, pris cinq cents pièces de canons de campagne, deux mille de gros calibre, quatre équipages de pont... Tous avez enrichi le ttauséum de Paru de trois cents chefs-d'œuvre de l'ancienne et nouvelle Italie, qu'il a fallu trente siècles pour produire.. . Les plus hàùtèk destinées vous attendent !!! Tous en serez dignes!! »
Aussitôt nos soldats se mirent en mouvement. Masséuâ passa la Piave dans les montagnes , battit la division Lnsignan dont il jeta les débris au-delà du Tagiiamento, s'em^ para deFeltre, de Gadore, de Bellune^ Serrurier, fran* chissant aussi la Piave te 12 , marcha sur Gonégliano ; Guieux exécuta son passage à Ospitaletto en avant dfe Trévise, à deux heures après midi.
L'ennemi avait choisi pour son champ de bataille là plaine du Tagliamento , favorable à sa belle et nombreuse cavalerie. L'arrière-garde autrichienne, ayant vonltt tenir iSacélo, fut enfoncée* Le 10, les deat armées ie trou'-
l>BFAt¥Ë DU PRmCÊ CfiAAtfid. ^45
irèréàt en présence. Les troupes françaises occnpaieiit là rive droite du Tagiiameoto, Garera la gaocbe. Serrurier le centré , Bernadotte la droite. La canonnade s'engagea d^une Hré k Tautre du fleure. Bonaparte Voyant Tenneâii bien préparé pour combattre , se retira en arriéré et fît établir tes bivouacs. L'arcbiduc trompé par cette ruse rentra dans son camp , alors les Français reprirent les armes. Dapbot à la tête de la vingt -septième, Murât avec là quinzième, franchirent le Tagliamento \ Bernadotte et tiuieuk les suivirent ainsi que leurs divisions. Serrurier et bugua, appuyant le mouvement, vinrent aussi se mettre en ligne. En vain lé prince Gbarles ioulut rompre nos bataillons*, sa cavalerie qu'il lança sur nous, fut battue. Lès villages de Gradisca et de Godropa ne purent être repris par Son infanterie : il se mit donc en retraite , abandonnant au vainqueur huit pièces de canons. Cependant, au bruit des premières décharges de rartillerié, Massénâ exécuta son passage & San-Daniel , il s'empara d'Oropô ; et maître ainsi de I importante chaussée de Pontéba et de la Ghiusa vénitienne , il poussa vivement sur Tartis lei débris de la division Ocskay. L'archiduc , dont la retraite sur ta Garinthie se trouvait coupée par le mouvement dé Hassénà , résolift de gagner la chaussée de Pontéba par Ddine et la Ghiusa autrichienne. Il envoya sur Tarvis troi^ divisions , placées sous le commandement de Bayalitsch, tandis que te gros des troupes allemandes se dirigeait de manière à défendre ITsonzo. Mais Masiséna û*était ||ilus qulk deux journées de marche; le prince Gharles courut li Klagcnfurty se mit à la tête d'une belle division de gre« nadiers qui arrivaient du Bhin, et pVit position en avant dé Tarvis afin d arrêter te général français. Il fàl(uî( toute rfri'trépidité de la division Masséna pour résister an choc àài grenadiers allemands , excités par le prince Gharles qiii , I plosienrs fois, se prodigué comme un simple soldat ; enfiri 1^ i^renadiers ennemis complotement battus, ne purent $è
244 RÉVOLUTION FRAlKÇAISe.
rallier que derrière la Drave. Masséna s'établit à Tanis.
Les divisions qui avaient donné à la bataille sur les/ives du Tagliamento, se portèrent rapidement en avant, s'emparèrent de Palma-Nova^ et voulurent pénétrer dans Gradisca où elles espéraient passer l Isonzo -, mais Bernadotte, reçu à coups de canons, ne put même pas parlementer; alors Bonaparte se porta sur 4a rive gauche de Tlsonzo par le chemin de Montefalcone. Il aurait fallu beaucoup de temps pour construire un pont; Fintrépide audace des Français y suppléa , ils franchirent la rivière ayant de Teau jusqu a la ceinture. Gradisca, que Bernadotte avait vainement che^ cké à forcer 9 capitula lorsque le gouverneur autrichien vit Serrurier qui avait franchi le torrent. Le qiiartier-générd fut établi à Gorizia. La division Bernadotte marcha sur Laybach , Dugua prit possession de Trieste. Le général Guieux avait marché de Tagliamento sur Ddine, et avait tué beaucoup de monde à la division Bayalitsch -, ce corps vivement poursuivi par Guieux , coupé par la division Masséna 9 se Gt battre à la Chiusa; bagages ^ canons, drapeaux, tout fut pris.
L'armée française passa la Drave sur le pont de Willach que Tennemi n'eut pas le temps de brûler-, nous nous trouvions alors en Allemagne. Les deux divisions autrichiennes deEaimetde Mercantin, nouvellement arrivées, furent battues à RIagenfurt , qu'elles tentèrent inutilement de défendre. Après avoir cherché à rassurer les Tyroliens et les paysans allemands par une adroite proclamation, et organisé dans ce pays un gouvernement provisoire , Bonaparte continua son mouvement en avant. On trouva dans les magasins impériaux de la mine d Idrya, pour plusieurs millions de vif- argent. Joubert n avait pas encore attaqué Eerpen -, les ordres de Bonaparte lui prescrivaient de se contenter de garder sa position de Lavis-, mais dès que Masséna se fut rendu maître de la chaussée de Garinthie , le général en chef expédia à Joubert l'ordre de battre l'enne-