DÉFAITE DE KERPEN
tni, de le rejeter au-delà du Brenner, et de rejpindrc ensuite l année à Spital. Le 20 mars Joubert commença le mouvement prescrit \ la La\is fut franchie et le général Kcrpen battu à St.-Michel , le général Laudon à Tramis. Dans ces deux batailles qui nous ouvrirent le Tyrol y Tarmée ennemie perdit trois mille morts et six mille prisonniers. Rejoint par la première division autrichienne venue des bords du Rhin , le général Kerpen voulut essayer de nouveau une lutte contre le vainqueur. L'at* taque fut vive , la défense intrépide ^ mais Texpérience de nos tirailleurs , et le sang-froid des colonnes d'action triompha de la ténacité allemande. Kerpen fit sa retraite sur Mitterwald ; Joubert Tassaillit dans son camp. Cne charge de cavalerie , conduite par Taudacieux Dumas, décida le succès de cette affaire -, lennemi éva« cuant Sterling se retira sur le Brenner.
Le quartier* général de Bonaparte se trouvait à soixante lieues de Vienne. Tout portait à croire que dans un mois, Farmée/rançaise victorieuse, occuperait cette' capitale. Au milieu de ses victoires, à RIagenfurth, Bonaparte avait appris que le Rhin n'était pas franchi par nos armées da nord -, alors, sans être pourtant effrayé de son audacieuse expédition, Bonaparte crut devoir offrir la paix aux vaincus et proGter de la terreur que son apparition en Allemagne avait répandue jusque dans les palais de Vienne. Il adressa donc, à cet effet, une lettre au prince Charles, qui lui répondit qu il n'avait aucun pouvoir pour traiter de la paix. ^
Sans perdre de temps, Bonaparte marcha en avant ; Masséna dut se porter sur Freisach dont il s'empara. L'archiduc vint à nous avec quatre divisions du Rhin , qui n'avaient été que faiblement engagées (c'étaient celles fie Eaim et de Mercantin, celle du prince d'Orange et la réserve de grenadiers)^ un combat furieux s'engagea dans les gorges. Il y eut émulation de courage entre nos soldais
946 RBVOLDTION FRAKÇAISB.
du Rhîd , e^t les Télénms de Tarmée d'Italie. Les répubficains ne combattirent qu'à la baïonnette , et emportèrent toutes les positions, malgré les efforts désespérés du prince Charles. Bientôt Bonaparte battit les Autrichiensi Unzmark, entra dans Knittelfed, et ne rencontra plus dobslacles jnaqu'i Léoben, où Tavant-garde pénétra le 7 avril. Le même jour, BeUegarde et le général-major Nerfeld demandèrent une suspension d*armes de dix jours*, Bonaparte ne voulut accorder que la moitié de ce temps. Il s établit i Léoben y cl porta son avant-garde sur le Simmering, à vingt* cinq lieues de Vienne. La désolation était générale dans cette grande ville; les partisans de TAngteterre baissaient ta tète, Thttgut semblait i la veille d une disgrâce. Le prince Charles conseillait la paix comme le seul refuge de la puissance autricUenne; la cour se (Udda donc à envoyer en toute hâte le comte de Merfcld et le marquis de Gallo, pour s'entendre sur un traité définitif. Les deux plénipotentiaires arrivèrent k Léoben, le 24 germinal (15 avril) au matin. Quoique Glarke, qui avait reçu du Directoire le droit de négocier, ne fût pas encore au camp françab, Boaapitrte passa outre, et les conférences commencèrent^ nous en verrons plus tard les résultats.
Effets produits en France parles victoires de Bonaparte.^ Disseniiona dans le ponvoir. — Agence royaliste. — Elections. — Sortie d'un directeur. — Rapport du décret du 3 brumaire, — Réaction. — Venise.
Les brillantes batailles de Gastiglione , d' Aréole, de Ri« Yoli, delà Favorite^ la chute de rimprenablc boulevard de Mantoue, les nouveaux succès remportés sur le prince Charles qui semblait n'être accouru en Italie que pour déclarer Bonaparte invincible, excitèrent dans Paris un enthousiasme universel. Dans les transports de son orgueil et de sa joie, le peuple crut revoir Tépoque où il avait célébré avec ses représentans cette fête des victoires , à laquelle quatorze armées avaient envoyé leurs brillans tributs. Dans ce moment un reflet de la gloire des soldats d'Italie et de leur chef rejaillissait sur le Directoire*, il était Fallié d'une partie de l'Europe et la terreur de lautre ^ tout le monde penchait à lui demander la paix; on cherchait à i obtenir en sauvant le mieux possible les intérêts de l amourpropre humilié. Si , profitant de celte attitude , il avait su habilement rattacher à lui les patriotes , en leur faisant comprendre par un retour sincère qu'il n'avait voulu frap«
per qae les homines implacables qai avaient joré sa raine*, si d'an aulre côté ses membres avaient fait et tenu le serment de marcher d'accord dans les voies de la liberté y il pouvait aspirer aux plus hautes destinées , et afTermir la république en la préservant du danger d*avoir besoin du secours d'un seul homme. Mais par malheur , la crainte avait glacé dans le cœur des directeurs cette espèce de sympathie et de fraternité qui , dans une autre époque , unissaient les patriotes entre eux , les fonctionnaires aux citojens^et prenaient leur source dans le même attachement pour le peuple. Les directeurs voulaient sincèrement le bonheur de ce peuple , mais ils n'avaient point d entrailles et d'affection pour lui ^ et n'auraient accepté son concours que dans un péril extrême. Ainsi, par une étrange anomalie 9 nous possédions un gouvernement républicain qui, sans être aristocratique, manquait entièrement de popularité. Il faut aussi convenir que les patriotes eux-mêmes, comprenant mal leur position et leur intérêt, avaient contribué singulièrement à jeter l'autorité dans une mauvaise route , et opposaient de grands obstacles à une réconci* liation nécessaire. Dans les deux premières années , on avait joui , en France , d'une vraie liberté sous le Directoire ', tout ami de son pays , tout homme sensé devait accepter et soutenir ce gouvernement. Les patriotes voulurent davantage^ ils ébranlèrent Tédifice*, les royalistes , oubliant leurs revers passés , tentèrent de le renverser par tous les moyens , et tout fut perdu. A la vérité, le gouvernement en butte aux attaques des patriotes, ses défenseurs naturels, et à celles de ses ennemis irréconciliables, les royalistes , travaillait lui-même à sa ruine , par ses divisions intestines. Il était partagé en deux fractions : dans la première, on remarquait Barras, Rewbel et Laréveillère , contre lesquels Garnot et Letourneur , sa créature soumise, formaient une opposition constante. Garnot jalousait et craignait Rewbel, plus capable que lui de
DISSENSIONS DANS L£ rOlJVûm. 240
conduire lel affaires ^ parce qu'il avait la Tue plus uelte, le caractère plus résolu et presque point de petites passions ; Garnot se défiait des intrigues de Barras , méprisait sa TÎe de Sardanapale , et le redoutait comme propre à un coup de main dans un moiçent décisif ^ et en effet , Barras^ qui parlait toujours de monter à cheval , aurait fort embarrassé , dans une journée des barricades , ce même Carnot , doué du reste d'un grand courage personnel , très révolutionnaire en fait de mesures de gouvernement^ mais aussi malhabile à former des pratiques secrètes , que peu propreàsefairebien venir du peuple. Par une fatalité attachée à son caractère , Garnot qui aurait dd s'emparer de Laréveillère , dont la fermeté , les intentions droites et la moralité irréprochable auraient pu lui êlre si utiles dans le conseil et auprès de l'opinion publique , avait pris en inimitié ce collègue » et Tavait ainsi rejeté du côté de Rewbell et de Barras. Gependant, porté par son caractère et par son amour de la chose publique au rôle de conciliateur , Laréveillère était un espèce de juge de paix ofGcieux entre ses collègues , tendait surtout à la réunion^ et n'y parvenait que difficilement. Les dissensions n'empêchaient pas les directeurs de marcher ensemble et de rester d'accord dans toutes les affaires qui ne touchaient' point aux passions-, et comme, en définitive, tous voulaient le maintien du gouvernement , les choses allaient assez bien , ainsi qu'on l'a vu par tout ce qui précède: mais les germes de la dissolution n'enétaient pas moins au cœur même du gouvernement. Le royalisme développait avec soin ces germes mortels : il attaquait avec violence Be^bel y Barras ainsi que Laréveillère , et flattait Garnot en vantant la sagesse et la modération de celui que peu de temps auparavant il aurait voulu faire monter sur Téchafaud de Robespierre.
La même division régnait dans le ministère : Truguet, lie a\ec Hoche, défenseur de tous les officiers patriotes ,
rboQiiête et modéré Charles Delacroix, ami sincère de la liberté; le révolutionnaire Merlin de Douai, qui, averti par son danger , avait ouvert les yeux sur les trames des royalistes , se rangeaient du côCé des trois directeurs unis ensemble, et partageaient eo conséquence avec eux les analhêmes lancés par le parti des Bourbons ; ce même parti au contraire accordait sa faveur hypocrite k Benezech , k Cochon, et au ministre de la guerre Petiet , qui semblaient marcher de concert ayec Carnot. Nous avons dit l'opinion du temps sur les deux premiers de ces ministres; le troisième , injustement suspect aux patriotes, n'était pas sans doute un révolutionnaire, mais attaché à son pays , religieusement fidèle à ses devoirs , il avait mérité la réputation d'un homme sage et d'un administrateur habile; Camot lui rendait justice, en mâme temps qu'il se sentait attiré par un caractère facile et des mœurs douces , dons particuliers à Petiet. Trop heureux de ces dissensions du pouvoir , encore agravées chaque jour par leurs journaux incendiaires , les royalistes continuaient leurs intrigues de toute espèce, au -dehors et audedans.
Ce parti, adoptant une organisation nouvelle, avait divisé la France en deux grandes agences; dans l'une se trouvaient le midi et les frontières de Test ; dans l'autre , louest et le nord. M. de Précy était placé à la tête de la première; le grand comité central correspondait avec tous 1^ agens secondaires de la division du nord.
Il était ordonné aux afiidés de ne laisser percer d'au* Cfine façon leur espérance d un rétablissement prochain du prétendant sur le trône ; ils devaient se contenter de critiquer le Directoire, de l'entraver dans sa marche, de le pousser aux fautes pour les censurer, et profiter de lirritation répandue de cette manière dans les esprits , pour faire nommer aux conseils des représentans sur lesquels on pût compter. Voilà les instructions transmises aux hommes
INTRIGUES D£$ EQYAL19TB8. 5H(i
qqi D*Qn étaient epcore qu an second dégrade HnitialHiD. A d autres, plus prononcés et plus sûrs, on recommandait d aToir des armes , de se tenir prêts à tout événement, de cacher les émigrés et les prêtres, et d enlever pièce à pièce , aux hommes de la révolution , tpuie l'influence et toute l'autorité qu'ils avaient pu acquérir pendant le temps orageux de la terreur. Outre les secours qu'on attendait de toute cette organisation intérieure , les agens de Paris espéraient parvenir à rallumer les feux de la guerre civile^n écrivant à Qocbecot et à Frotté , pour les exciter à soulever les populations de la Bretagne et dç la Normandie.
L'agence royaliste qui, pendant un temps,, en était venue à douter de Pichegru , s'attendait maintenant à voir bientôt ce général, auquel on avait donné d'assez fortes sommes d'argent , entreprendre les grandes choses quil avait promises. La correspondance de ce traître avec le prince de Condé et l'anglais Wickam, avait lieu par Strasbourg et par Bâle. Des hommes sûrs partaient de ces villes ^t se rendaient auprès du général autrichien Kinglin.
Le Directoire , autant pour se débarrasser de Pichegru que pour le récompei^scr, l'avait nommé à lambassade de Suède ^ le général n'avait pas refusé, mais il n'était point parti, et continuait à trahir la France et à tromper ceux qui négociaient avec lui; car il était évident qu'on ne pouvait s'appujer sur celui qui n'avait riep osé à la tête d'une armée. L'agent anglais indigné, dissimulait peu le mépris qu'il éprouvait pour le renégat politique qui s était foit payer par avapce des services qu'il n'avait pas voulq rendre. L'Autriche continuait à envoyer de l'argent, comme un joueur qui expose son reste pour essayer de regagner ce qu'il a perdu. Mais si l'étranger ne se fiait guère à Pichegru, les conspirateurs de l'intérieur, plus ardens et enclins à se tromper eux-mêmes.
SttU RÉVOLUTION FRANÇAISE.
comme toos les esprits passionnés , croyaient fermement que le vainqueur de la Hollande sortirait bientftt de sa tente où il semblait sommeiller. Ils comptaient en* core plus sur la nouyelle loi électorale qo*on venait de faire adopter, et dont ils pensaient tirer les plus favorables conséquences*, aussi se donnaient - ils des peines infinies pour obtenir des choix en harmonie avec leurs projets. A Paris, les électeurs se proposèrent de repousser absolument tous les hommes de la révolution. Animés de la môme intention , et ne connaissaVit aucun frein dans leur audace, les journalistes, d*accord avec les royalistes acharnés à le renverser, attaquèrent avec violence le Diriectoire, qui demandait contre les perturbateurs et contre les jacobins, des lois que les conseils lui refusaient. Sur ces entrefaites , il proposa , par un nouveau message, d*exiger des fonctionnaires de renouveler leur serment de haine à la royauté. Il voulait écarter les royalistes et les réacteurs , par la crainte d avoir à prêter un pareil serment , ou les déshonorer par le scandale du parjure. Après des débats pleins d'outrages, la majorité des conseils statua que chaque citoyen appelé aux fonctions publiques, déclarerait qu'il était également opposé à Tanarchie et à la royauté. Dans ce moment de lutte avec et le pouvoir, ses adversaires s'occupaient beaucoup desavoir quel serait, aux termes de la loi, le membre du Directoire qui sortirait de fonction. Pour le remplacer, le club royaliste de Glichy proposait ou Barthélémy ou le ministre Cochon , qui , par un étrange calcul , faisait pour les élections des listes où il ne portait que des hommes dévoués à la réaction. Le Directoire , et surtout le triumvirat , commençait à regarder avec une sorte d'effroi, tontes ces menées contre-révolutionnaires ; il se demandait comment il contiendrait tous ces fougueux royalistes, comment il sauverait la république, lorsqu'un nouveau tiers dévoué è leurs intérêts viendrait don-
ÊLECTI09IS. SS6
ner à ce parti la majorité dans les conseils? Aussi ne négligeait-il aucun moyen d'influencer les élections dans un sens favorable à ses vues. Merlin , ministre de la justice, écrivit aux autorités de la Belgique y une lettre dans laquelle il leur indiquait des conventionnels qui seraient agréables au Directoire *, Gocbon imita cet exemple*, des commissaires , entre lesquels Léonard Bourdon et Mallarmé 9 furent envoyés sur les lieux. En ce moment le ministre de Tintérieur demanda par l'ordre du Directoire une somme de 730,000 fr. pour maintenir Iprdre pendant les élections. En même temps le gouvernement rendit compte de l'effet qu'avait produit la loi qui imposait aux fonctionnaires, le serment de haine à la royauté et à l'anarchie -, il profitait de cette circonstance pour proposer que le serment fut aussi exigé des électeurs. Après une discussion très vive, dans laquelle Boissy et Thibaudeau, qui repoussaient l'extension de la loi du 5 brumaire, furent vaillamment combattus par Lehardy, Ludot et Jean Debry y le conseil des Cinq-Cents adopta la proposition.
Le Directoire ne se trompait pas en craignant des choix royalistes. En effet, des noms célèbres dans ce parti sortirent de l'urne électorale. Paris choisit Fleurieu, Murinais , Dufresne , Quatremcre , Desbonnièrc , Emcry et Boissy-d'Anglas, c'est-à-dire cinq royalistes et deux repu blicains fort douteux •
Versailles, naguère si patriote, et maintenant envahi par le parti contre-révolutionnaire, porta le savant Yauvilliers compromis gravement dans la conspiration de BrotticY et de Poly^ Lyon , Imbert Colomès l'un des agens royalistes dans le midi , et Camille Jordan , jeune homme de bonne foi , mais qu'une haine ridicule contre le Directoire et la plus ardepte exaltation pouvaient jeter hors de toute mesure. Colmar accorda ses suffrages au nommé Chérublé , l'un des correspondans de Wicham ^ Pichegru fut nommé dans le Jura ^ enfin, Marseille envoya Yillot; général sans
talent , Tan des cbefs de la réaction da ttnài et poartabt protégé de Gat*not. Par un contraste inattendu , Barrère se yit nommer dans les Hautes-Pyrénées , où il s était acquis des amis par le bien qu'il a^ait fait et le mal qu'il avait empêché. La Haute-Vienne , qui s*honorait d avoir vu Battre Jonrdan , le nomma député au conseil des Cinq- Cents ; c'était payer noblement de grands services, bônoirer l'armée dans l'un de ses chefs , et placer un homme de bien parmi les législateurs de la France. A ces temps se rapporte l'assassinat de Sieyès par Tabbé Poule , neveu du prédicateur de ce nom. Le Directoire et quelques menibres des Cinq-Cents essayèrent de faire tourner cet attentat en une accusation générale contre le royalisme . mais le procès démentit la prétendue complicité de ce parti dans le crime. Sieyès se rétablit de ses blessures , et dit assez plaisamment aux gens de sa maison : « Si l'abbc Poule retrient » vous direz que je n'y suis pas. »
Il s'agissait maintenant de savoir quel serait le membre sortant du Directoire-, les Clichyens voulaient ardemment écarter Rebv^el , Barras, ou Laréveillère^ et non Letourneur ou Carnot. On tenait surtout à ce dernier, qui semblait avoir oublié tous ses antécédens et s enfoncer plus ^ avant chaque jour dans son erreur , et Ton souhaitait conserver Letourneur parce qu'il ne faisait qu'un avec Carnol. Ces deux directeurs restant au pouvoir, le parti se tenait assuré de porter son candidat au Directoire , et par conséq^ient d'y obtenir ta majorité^ comme il l'avait déjà dans les deux conseils. Alarmés par des bruits qui avaient couru à ce sujet, les Clichyens redoutaient beaucoup de voir le Directoire prendre des àrrangenïens qui donneraient Texclusion à Fun de leurs protégés. En consé qnence , ils firent présenter aux conseils une proposition tendant à forcer les Directeurs à tirer publiquement àu sort le nom du membre destiné à quitter le pouvoir. Cette proposition passa , mais la considérant coknme in«
âORflE D^im DiREGT£UR. 9itâ
eottstitationnelle et ootirageaiite, Larémttère - Lépaox engagea ses collègoes à ne pas reconnaître l'a légalité du décret, qu'en effet ils refusèrent d'exécuter. Aussitôt lés conseils irrités demandèrent de quel droit le pouvoir exécutif s'opposait à une disposition adoptée par la représen* tation nationale. Le gouvernement aurait pu répondre que la faculté de toucher aux lois organiques était interdite au pouvoir législatif; mais Letourneur et Gamot s'étant soudainement prononcés en faveur de la résolution, les trois autres aimèrent mieux céder qu'entrer ea lutté ouverte avec leurs deux collègues.
Après cette première victoire, les Clichyens se concet^lèrent a6n d'anéantir quelques lois importunes et gênantes pour eux , surtout celle du 5 brumaire » qui excluait dé toute place les parens des émigrés, et fermait Tentrée dcft conseils à plusieurs députés du premier et du second tiers. La lutte engagée à ce sujet , quelques jours avant prairial , mit les deux partis aux prises ] la discussion dégé^ néra en uiie récrimination pleine d'invectives réciproques; mais cette fois encore, quoique le conseil des CInq-Gcnté renfermât deux cent cinquante conventionnels , la majorité adopta la proposition des députés Clichjrens. Plui modérés et plus prudens, les Anciens la rejetèrent. Ce fut le dernier effort tenté par les royalistes avant l'arrivée du renfort Qu'ils attendaient. Le l^r prairial, les deux cent cinquante nouveaux élus entrèrent au Corps législatif et lé même nombre de conventionnels quitta les fonctions dé législateur.LesGinq-Gents honorèrent d'une sorte d'ovation le général Picbegru , au moment de son entrée dans le conseil. La plupart des députés sans doute étaient loiii do soupçonner que le vainqueur de la Hollande trahissait sa gloire et son pays. Les hommes modérés auraient voulu voirie général Jourdan occuper le fauteuil, mais la presque majorité porta ses suffrages sur Pichcgru , dont la nomination avait été jirrêtée dans le club de Clichy. Sithéori,
fiS6 REVOLUTION FRANÇAISE.
Yaablanc, H. Larivière^ Parisot devinrent seciélaires. Dans l'orgueil de leur premier succès, les députés nouveaux cassèrent Félection de Barrère au Corps législatif^ ce même jour les Clichyens éprouvèrent on douioarenx désappointement; ils apprirent que la décision du sort avait exclu Letourneur du Directoire; ainsi, même , en nommant un des leurs au pouvoir exécutif^ ils ne pouvaient pas espérer d'y avoir la majorité. Cochon et Burnonvilie, que présent taientlesmodérés,ne réussirent pas. Le premier obtint pourtant dans le conseil dcsCinq-Cents deux cent trente voix, et Barthélémy candidat du club royaliste deux cent trente*neuf. On vit aussi figurer sur la liste, Masséna, Rléber et Augereau. Barthélémy choisi par les Anciens vint remplacer Letourneur et faire cause commune avec Carnot. C'était encore là une étrange et mauvaise alliance pour Tancien membre du comité de salut public. Barthélémy qui avait servi la république en Suisse , n'en avait pas moins des opinions et des penchans monarchiques. Il gardait cette espèce de réserve et de neutralité qui, dans la révolution, dénotaient toujours un ennemi caché prêt à se révéler dès que l'occasion se présenterait de le faire avec un certain espoir de sécurité. Les Clichyens trop certains désormais de n'avoir pas la prépondérance au Directoire, résolurent de commencer par attaquer celte tête de colonne de la révolution. Quelques uns transportés de colère, et ne calculant aucune des conséquences de leurs projets, voulaient mettre les conseils en permanence , éloigner les troupes présentes à Paris, s'emparer de la police, porter un décret d'accusation contre Barras et ses deux collègues , abroger en masse les lois révolutionnaires ; mais d autres députés, plus prudens, sans être plus modérés au fond , parvinrent à réprimer ces fougueux élans \ il fut convenu que la majorité refuserait les lois propres à favoriser la marche du gouvernement, et qu'on la contrarierait par tous les moyens possibles.
RAPPORT DU DECRET DU 5 BRUMAIRE. 2i>7
Les Glichyens commencèrent par rappeler les députés qoi, Tannée précédente^ avaient été exclus comme atteints par le décret da 3 bmmaire» Job Aymé , Ferrand-Vailtant, Polissot, Mersan^ et Gault reyinrent siéger à U législature dont on déclara qu'ils avaient été illégalementexclus. Les Cliciiyens triompbans obtinrent la création de com* missions chargées d'examiner les affaires des colonies, de reviser les lois révolutionnaires , ainsi que celles qui régissaient Tinstruction publique, la marine, et les armées. Le parti opposé voyait avec frayeur ce qui se préparait (In modéré, que naguère on accusait de royalisme^ fut le premier qui osa protester avec énergie contre la funeste direction que Ton voulait donner aux conseils^ ce modéré était Ducoudray qui s'exprima ainsi dans la séance du S2 mai. a Les membres des deux anciens tiers et du nouv^u sont tous républicains et gens d'honneur. Nous tiendrons tous notre serment, et s'il est diverses espèces, je ne dis pas de contre-révolutionnaires, mais de fous qui osent concevoir ridée de renverser la république , nous saurons ^ bien les contenir. » Les royalistes riaient de cette vaine démonstration d'énergie et se confiaient beaucoup dans la force des réunions où ils préparaient une iniquité. Non contons de leur grand club de Glichy , ils en formèrent un autre moins nombreux mais plus compacte cBez Gilbert-DesmoUère. Là ils avaient créé un comité de neuf membres ayant les secrets du parti qu'il devait guider dans toutes les circonstances : chaque jour cependant la tribune occupée par des Glichyens tels que Henri Larivière , Tarbé , Boissy , retentissait de vociférations contre la révolution. Bailleul , Boulay de la Meurthe , Pontécoulant, Ghénier luttèrent courageusement contre tons ces furieux et parvinrent , sinon à les retenir, du moins à leur faire comprendre que les républicains étaient i décidés i sTe défendre. Il faut savoir gré à ces députés et à lears collègues des efforts qu'ils firent alors en jEsiveur de
SItft BÉVOLCnOR rRANÇAtSfi.
là liberté, ear onnesaitjilBqa'où la réaction aaraitpBsW porter si elle n'eût pas troayé une courageuse résistance. Chaque jour elle tentait quelque nou?elle attaque. C'est ainsi qu on vit ie fougueux Henri Lariviëre^ secondé par laTOcat de Bonnières, homme faible qui s'était laissé teoter par les périlleux honneurs de la députation , se prononcer contre le divorce et demander, i grands cris, Tindissoiiibilité du mariage.Les intérêts de la morale mis en avant n*étaient pour rien dans cette levée de boucliers, on nVait voulu que saisir une occasion de diffamer la révolution. Dans Tancien régime rien ne pouvait égaler les désordres et le scandale qui accompagnaient les unions mal assorties et plus encore les procès en séparation ^ mais da moins dans la discussion soulevé par Tesprit de parti, il j avait une grave question qui méritait un mûr examen. Les royalistes étaient loin d'avoir souvent de pareils motiâ pour servir de voile aux calculs de leurs passions et de leurs intérêts.
Le 50 prairial ( 18 juin), le Conseil des Cinq-Cents ayant dépouillé le Directoire du droit de surveiller et d'autoriser les négociations que faisait la trésorerie , le lendemain le député Leclerc, de Maine-et-Loire, demanda le rapport du décret. Dès les premières phrases qu'il osa prononcer , les Clichyens se portèrent à la tri'^ bune pour en précipiter l'orateur qui, dans cette lutte, fut défendu par ses amis d'opinion. Le réacteur de Lahaye , saisissant Mialès à la gorge , voulut le renverser et lui déchira ses vêtemens \ un désordre épouvantable s éleva. Le président Pichegru ne put rétablir le calme qu'avec beaucoup de peine. De pareilles scènes avaient lieu chaque jour, pendant lesquelles le parti clichyen^ qui soutenait au-dehors une opinion d autant plus ardente qu elle se sentait en minorité , prenait de nouvelles forces qui reuhardissaieut dans la résolution de paralyser le Directoire par tous les moyens \ c'est ainsi qu'on parvintilui
enlever le droit de déclarer en état de siège uDe conraraM de rintérieur, et même la facolté de destituer les officiers de TariBée. Cette dernière propositioB Tenait d'Aubry qui après le 9 thermidor, avait poossé l'abus des destitotions arbitraires jusqu'au scandale. En même temps le famenit Imbert Colomès faisait adapter un décret pour rapporter celui qui permettait au Directoire de contrôler les lettres Tenant de l'étranger. Sans doute les conseils, par cette ré^ solution, rendaient hommage au principe deTinTiolabililé du secret des familles; mais le but véritable des royalistet était de dérober au gouvernement les traces de la correspondance quils entretenaient avec nos ennemis du dehors. Tandis que les conspirateurs du dedans n'étaient occupés qu'^ menacer , à dépouiller, h flétrir, à démem* brer le Directoire , la presse déchaînée se mêlait aui emportcmens de la tribune quelle surpassait encore. A voir l'audace de tous ces complices , on aurait cru que le Krectoire allait être mis en accusation , ou obl%é de céder la place aux précurseurs de la dynastie proscrite. Mais il restait à la république un parti qu'il suffisait d'ap^ peler , et des armées que les conjurés oubliaient de comp« ter dans les calculs de leurs téméraires espérances.
Quand nous avons interrompu le récit des événement d'Italie , Bonaparte signait des préliminaires de paix. Il n'avait conclu aussi rapidement que dans la persuasion où il était que nos armées du Rhin. affaibHes et manquant de tout, ne pouvait franchir le fleuve. Cette persuasion de Bonaparte , trompé par les lettres du Directoire lui-même^ fut un grand malheur pour nous-, car si le général de l'armée d Italie eût connu le véritable état des choses, au lieu d interrompre le cours de ses victoires , il aurait con<> ^inué à marcher sur Vienne, et dicté une paix dé^ iinitive et à des conditions bien plus avantsigeilscs pour hl Fraoce. Cependant Hoche avait enfin obtenu la |>ermis<* sioD quil sollicitait depuis long-temps , de prends l'in^
tflO ABVOLUTIÔN FRANÇAISE.
tiatire. Par nnc innoTation qui lai paraissait atile, Tillostre général de l'année de Sanibre«t-Mease ayait fait de chaque arme une division distincte. Les dragons commandés par Klein , les chasseurs par Richepanse ^ les hussards par Rey, la grosse cayalerie par d^Hantpoolt, formaient chacun une division. L'infanterie admirablement équipée se trouvait divisée en six divisions. Au moment ou l'armée allait se mettre en mouvement. Hoche, ayant été infonné par les ennemis qu'un armistice avait été conclu en Italie pour traiter de la paix , répondit qu'il avait ordre d'avancer » et qu'il allait le faire. Il écrivit aussitôt au Directoire : « Quelle que soit votre décision , citoyens , je crois devoir vous exposer que Tannée étant forte de 86,000 hommes, j'en peux porter à llnstant 70,000 sur le Danube , et contraindre l'ennemi à une paix plus avantageuse pour la république. »
Le S7 germinal ( 16 avril ) , la gauche aux ordres de Championnet franchit la Wupper et vint prendre position dans les pleines de Mulheim, vis-à-vis Cologne*, le lendemain S8, elle passa la Sieg et vint camper à Weyenbach. Le 99 , l'avant-garde du corps de bataille traversa le pont de Neuwied , et bientôt toutes les troupes , appuyant ce mouvement, se trouvèrent sur lautre rive. Kray fit demander un armistice *, Hoche n'ayant pu s'entendre avec l'officier parlementaire , aussitôt les batteries ennemis commencèrent leur feu. Hoche lança ses colonnes sur les redoutes autrichiennes -, tout céda à notre impétuosité. Lefcbvre, Watrin, Rey, se couvrirent de gloire. Montabauer fut enlevé à Tennemi, qui voulait résister pour protéger sa retraite; mais la vivacité de nos attaques rompit ses desseins, et Hoche, se jetant à la poursuite des Autrichiens avec une rapidité digne du vainqueur de Rivoli y leur prit huit mille hommes , vingt-sept bouches à feu, cinq cents chevaux, une quantité considérable de munitions et de bagages^ avec sept drapeaux
HOCHE ET HOHEAU. . S61
conqQM par la division Lefebvre» Le 80, Watrin passa la Labn i Nassau et à Dietz , et Hoche vint s'établir à Hac* kemboarg; nos hussards poussèrent Tennemi josqu'audelà de la Lister.
L'ennemi semblait perdu, et peut* être le vieux et brave Kray, enveloppé par son habile adversaire , allait être réduit i déposer les armes , lorsqu'un courrier sorti de Francfort 9 apprit au vainqueur que des préliminaires de paix avaient été échangés à Léoben. Hoche dit en son* riant au courrier : « Tu aurais bien dû famuser en route i boire une bouteille de vin ! » Mais il arrêta le mouvement des colonnes de son armée.
Pendant que Hoche avait agi avec tant d'énergie et de succès , Desaix , conformément aux ordres de Moreau , avait franchi le Rhin un peu au-dessous de Strasbourg. Échoué pendant vingt-quatre heures avec ses troupes sur an banc de gravier au milien da fleuve , il était parvenu à gagner l'autre rive, où, n'ayant qu'une poignée d'hommes» il avait eu à soutenir un combat de douze heures contre l'armée allemande ; mais malgré la supériorité de se^ forces» Vennemi ne put nous empêcher d'établir un pont» sur lequel toute notre armée passa. Alors Desaix fondit sur les Autrichiens » les dispersa , et les rejeta enfin dans les montagnes Noires. De son côté » Horean s'était emparé de Kehl» et Tavant^garde française se trouvait déji à Offenbourg» lorsque la nouvelle des préliminaires de Léoben contraignit aussi Desaix à remettre dans le fourreau sa victorieuse épée.
Après avoir fait le court récit de notre campagne sur le Rhia» voyons ce qu'était devenue lltalie. On se rappelle la haine profonde de Toligarchie vénitienne pour les principes révolutionnaires des Français : si elle avait ordonné à Monsieur , frère de Louis XVI , d'évacuer le territoire de lasérénissime république » la crainte etl'égoïsme de la fai»* l^lesse étaient les seules causes de cette apparente défé*
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renée eoTets la république. A. une autre époque, le tioa de Saint'Harc eèt sans doute maiolenB nuvîolaliiiftéde ^on territoire, et teaté de garder le prince exilé; mais nous étions victorieux , et d'ailleurs les villes de terre fcroie s'étaient prononcées depub long-temps contré la domination de raristocraCie vénitienne. De quel droit ¥enise refiise4*ene, disait la noblesse dje terre ferais, de nous compter parmi ses cbefs? Sommes*nous moins bra'ves, moins éclairés, moins riches? Qooiqu ainsi menacée d'une guerre civile, Venise était encore ii craindre. En effet, elle se trouvait défendue par les lagtineSj par des bAtimens bien armés , en6n par dix mille Esctovons courageux et fidèles. Maîtresse de T Adriatique, il loi était factfe de recevoir des renforts ; elle gardait de plus le preslige.de sa vieille gloire et d'un gouvernement qui avait été long-temps regardé comme un modèle de force et de prudence. Bonaparte comprenait toutes ces cboses imenx ^ue personne^ aussi avant d'aller combattre le prmce Cbarles , il prit de sages précautions pour assurer les derrières de l'armée, et fit occuper les châteaux de Yérme. Mêlant les conseils de la politique aux préparati6 de la guerre , M voulut avoir un entretien avec Pesaro qui, dans ce moment, dirigeait lesafTaires de la république. Il lui promit de maintenir la paix dans les possessions déterre ferme, dépendantes de la république, mais à condition qu'elle fournirait à notre armée un contingent de 10,000 hommes d'infanterie, de 2,000 cavidiers; et de vingt-quatre bouches à feu. Pesaro ne parut pas trop éloigné d'accepter ces propositions , seulement il réclama quinze jours de délai, en s engageant à rejoindre ensuite le général français pour traiter avec lui d'une manière définitive. Hais à peine l'armée républicaine à la poursuite du prince Charles eut-elle franchi la Piave, que le sénat de Venise ne craignit pas d'expédier h Bergame Tordre d'arrêter quatorze chefs du parti français. Ceux-ci pré-