VENISE
camp JttDot f qui fat présenté par le ministre français Lailemant. Janot se conduisit en Téritable soldat d'un général victorienx et irrité. Il lut d*une voix rude et menaçante y an milieu de rassemblée, cette lettre de Bonaparte : « Dans toute la terre ferme les sujets de la sérénissime république sont sous les armes \ leur cri de ralliement est mort aux Français ! Le nombre des soldats d'Italie qui ont été leurs victimes remonte déjà à plusieurs centaines. Vous affectez en yain de désavouer des attroupemens que vous-mêmes avez formés. Croyez-vous donc, parce que je suis éloigné et au cœur de rAllemagnc , que je n'aurai pas le pouvoii; de faire respecter les soldats du premier peuple du monde ? Pensez- vous que les légions dltalie puissent laisser impunis les assassins couverts du sang de nos frères d'armes? Il n'est pas un Français qui , chargé de remplir cette vengeance, ne sente tripler son courage et ses moyens... Tous seriez* vous imaginé être encore au siècle de Charles YIII? Mais les esprits ont depuis ce temps bien changé en Italie ! ! »
Ces paroles terrifièrent les sénateurs , tandis qu'au contraire les partisans de la liberté commencèrent à relever la tête. Les patriciens , pour calmer le courroux du général , lui envoyèrent à Gratz des députés , en même temps qu'ils expédiaient au ministre vénitien à Paris l'ordre de gagner, à quelque prix que ce fût, les meneurs du Directoire. Cette intrigue réussit , mais les ordres du pouvoir exécutif n'étaient pas revêtus de toutes les formes exigées. Bonaparte , qui venait de saisir la liste de toutes les sommes que Venise avait dépensées dans cette circonstance, annula les ordres du Directoire. Le 5 mai (14 floréal), de Palma Nova il publia la déclaration de guerre contre Venise. Après avoir énuméré les justes sujets de plaintes de Tarmée française , le général concluait ainsi : « Vu les griefs ci-dessus , le général en chef requiert le ministre de France près de la république de Venise , de sortir de ladite ville, ordonne aux différons agens.de la
répnbliqae de Yeniie, dans la Lonbardie et dans la terre ferme vénttieDne, de Tévacuer soos viogt*qaatre heures ; ordoDoe aux différens généraux de division de traiter en ennemis les troupes de la république de Venise ; de faire abattre dans toutes les villes de ia terre ferme le lion de Saiot*Marc. »
L'olii^rchie vénitienne, plus épouvantée que jamais, vit enfin Tabtme qu elle avait creosé sous ses pas, «lie voulut apaiser la colère du vengeur des assassinats de Vérone. Il y eut chez le doge une longue et sérieuse conférence , i laquelle assistèrent les six conseillers , les trois présidensde la quaranlie criminelle, les six sages grands, les cinq sages de terre ferme, et tous les autres chefs du pouvoir. Après une délibération pleine d'indécision , de tumulte et d effroi, on s arrêta au projet de modifier Tantique constitution de la république. Le grand conseil fut ensuite convoqué ^ là, sur la proposition du doge, on décida Tenvoi de deux commissaires auprès de Bonaparte pour négocier avec lui et débattre en fnême temps des <rf»jets dépendans du grand conseil, c'est-à-dire les questions constitutionnelles. Le général se trouvait à Marghara , et déjà les boulets de nos artilleurs commençaient à voler sur les chaloupes vénitiennes. L exposé de la mission des deux députés vénitiens , parut lui causer quelque surprise, mais après un moment de silence, il se hâta de dire avec colère : « les trois inquisiteurs d'état et le caasr mandant du Lido sont-ils arrêtés ? Il me faut leurs têtes. Point de traité jusqu a ce que le sang français soit vengé. Vos lagunes ne m'effrayent pas. Dans quinze jours je serai à Venise. Vos nobles ne se déroberont à la mort qu'en allant, comme les émigrés français , traîner leur misère par toute la terre. » Bonaparte n'accordait d abord que vingtquatre heures pour convenir des satisfactions exigées par la France; cependant il fiait par consentir à une suspension d armes de six jours. Au bout de ce délai , on devait )qi apporter le consentement du grand conseil à toutes les
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ooadttÛHM ioposées, ou s'attendre aux ploe terribles représailles. Après avoir aiaû effrayé les délégués de la sérénîssime république , Bonaparte certain de tout obtenir de la faiblesse et de la peur, partit pour Mantoue. Avec de la constance et le sentiment de ses forces > Venise pouvait résister, mettre Bonaparte dans un grand embarras 9 troubler denouyeau ritaiie, et rendre Tespoir à rAutricJbe qui n'aurait pas manqué d'intervenir en faveur de son alliée. Mais Venise n'était plus Venise , et il n'y a rien de si misérable qu'une aristocratie en décadence en face d un peuple qui commence à sentir ses forces. Le 13 floréal, 4 mai, le grand conseil vénitien décida que des commissaires serait nommés pour traiter avec Bonaparte à quelque condition que ce fût; qu'une procédure serait immédiatement commencée contre les trois inquisiteurs d'état et le commandant du Lido. Les trois 4:0mmissaires suivirent Bonaparte à Milan , mais U trêve expirait avant leur retour, et l'effroi régnait tellement dans Venise, que, d'après le consentement donoé^iar le sénat, an commandant des lagunes, Baraguay-DHilliers entra, le 87 floréal (15 mai), dans le palais dos doges, occupa les forts et les batteries; Il yeutalors de fréquentes conférences des chefe de la bourgeoisie qui voulaient renverser leurs orgueilleux aristocrates , avec Villelard , chargé d'aflaires de France. Plein de la ferveur révolutionnaire et d'entbousiasme pour le rôle de libérateur d'un peuple, ce jeune homme, orgueilleux d ailleurs d'exécuter ce qu'il regardait comme les ordres et la pensée intime du grand capitflâne, poussait h la révolution qui devait mettre Venise à notre merci, et la ranger sous notre drapeau^ Enfin déterminée par la nécessité des circonstances, par une insurrection populaire, qui faisait craindre un bouler versement , l'aristocratie elle-même , c est-à-dire le grand conseil , rendit la souveraineté à la nation tout entière , et fit proclamer la constitution démocratique de IS0O« Dandolo, homme d'un esprit prompt et enthousiaste , se
SOft 1IÉV0I.IJTI0N VAANÇAISS.
Yit placer à la tète des affiuFes. Pendant cette révolation Bonaparte signait à Milan, avec les envoyés da sénat, nn traité qui consacrait tout ce^qae le peuple et ses amis Tenaient de faire. Des contribations, toute la marine Ténitienne, composée de douze yaisseanx de soixantequatre , d'un pareil nombre de frégates et de conrettes , Corfon, Zante, Cérigo, Cépbalonie, Saint-Hanr, tombèrent en notre pouToir. Bonaparte s'empressa de demander au Directoire le prompt envoi de Tamiral Brueys pour venir rallier toute la flotte vénitienne et occuper les lies de la Grèce \ en même temps il expédiait à Toulon deux millions destinés à pourvoir aux besoins de Texpédition; mais en outre craignant des retards funestes, il équipa lui-même une flotiile avec deux mille bommes de débarquement qui prirent possession de nos nouvelles acquisitions.
Suivant Tnsage des béros de l'ancienne Rome, qui se faisaient une gloire d^enricbir la ville étemelle des monnmens de leurs triompbes^ Bonaparte envoya le général Bernadette porter au Directoire les tropbées de l'armée d'Italie. 11 fit partir pour Paris les cbevaux de Corintbe » le lion de Saint-Marc. Ces cbevaux attelés à un cbar brillant d'or, et placé sur l'arc de triompbe du Carronsel, rappelaient,. à tous les yeux le temps de la gloire de Venise *, mais ce lion de Saint-Marc , qui paraissait si petit et si grêle au milieu de la vaste place des Invalides , ce monument sans éclat et sans majesté, m'a toujours fait dire avec un sourire de pitié : « Voilà bien l'emblème de la puissance vénitienne, telle que le temps et les Français l'ont faite !» et je n'ai pu m'empècber de pousser un soupir sur cette république, plus vieille que notre monarcbie , et qui périssait comme elle, mais sans espérance de renaître à la gloire et à la liberté.
La chute de Venise, motivée parles pftques véronaises, nous a empoché de rapporter les différentes conférences diplomatiques de Lcobcu , et les conditions que la Frauce dictait à son ennemi vaincu.