‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 38 sur 93 · CHAPITRE LXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXVI

Bonaparte à Montébello. «^ Italie, -—Jugement sur le directoire. — Bar« tLëlemy. — Camille Jordan. — Hoche. — Position da gonyemement — Conspiration royaliste. — Découverte du directoire. — Situation desesprits. — Hoche. — Préparati& du coup d'état. — Talleyrand.-*- Recomposition du minùtire. — Mouyement de troupes.

Les préliminaires avec rÀutriche avaient cté signés le ISayrii au matin; le général Glarke , plénipotentiaire, se trouva à Turin -, Bonaparte ne prenant conseil que de lui-même, n'avait point hésité à signer comme s'il en avait eu Tordre écrit du Directoire. Les ministres autrichiens abandonnaient à la république française la Belgique et la ligne du Rhin , mais ils réclamaient des indemnités et la garantie de l'existence de Venise dans son intégrité ^ Bonaparte 9 au contraire, voulait la reconnaissance des nouvelles républiques italiennes ; TÂutriche céda.

Ce fut à Montébello que Bonaparte établit son quartier-général après son expédition contre Venise. Ce quartier-général était une véritable cour en même temps que le centre d'un mouvement extraordinaire de négociations et d affaires d'une haute importance , puisqu'il ne s*agissait de rien moins que de régler les rapports politiques, de

rAllomagne, et de décider da sort du roi de Sardaig&e, de la Suisse, des républiques de Venise et de Gêoes. Bonaparte était lé centre et le régulateur de tout. On attendait d un acte de sa volonté, d'une parole de sa bouche, les conditions de Texistence qu'il devait accorder à chacun. Les négociations se poursuivaient ao milieu des plaisirs d'une société choisie que Joséphine recevait avec une grâce, des formes et un à-propos de langage dont tout le monde était charmé. Autour d'elle, les femmes les plus distinguées par le rang , l'esprit et la beauté se trouvaient réunies chaque jour avec les ministres d'Autriche , de Rome, de Naples , de Sardaigne et de plusieurs états d Allemagne. Dans cette foule on remarquait à leur air martial, à leur assurance , en même temps qu'à leur désir de faire les honneurs du caractère français, une foule de généraux qui représentaient Tarmée devant toutes ces notabilités de l'Europe. On faisait des excursions au lac Majeur, au lac de Gôme , aux îles Borromées , on se reposait dans de délicieuses villa , dont les souverains de cette cour guerrière et diplomatique étaient en possession comme d'une propriété où tout avait été mis à leur disposition. Les avantages d'une autorité absolue, les honneurs du rang suprême , les jouissances de la popularité , les récompenses d'une gloire sans trouble , les marques de l'enthousiasme d'un peuple passionné, les respects, toutes les admirations de l'Europe représentée autour de lui, toutes les jouissances domestiques environnaient alors Bonaparte qui, pour comble de bonheur, était dans l'âge des belles illusions, dès grands desseins et des espérances illimitées. C'est à Montébello qu'il commença véritablement à être roi, aussi se regardera- 1- il comme un prince détrôné, quand il reparaîtra comme perdu dans notre immense capitale , qu'il ne verra point accourir sur son passage comme le peuple de Milan.

Cependant Gênes abandonnant son ancienne forme de

gmtYememeht et les hntitatioos de Doria , établissait one iMHiYelle coDSlîtiitioii qoe Bonaparte, qai la trooyait trop démocratîqiie , corrigea en rendant une certaine infloence i la Bolilesse , et an clergé. Cette condoite contraire anx principes de la réTototion, fat regardée de maavais céil par les patriotes en général ; peot-ôtre ne prenaient-ils pas assez en considération les préjugés, les habitudes et les mœurs de lltalie, où d'ailleurs l'aristocratie n'était pas partout atissi despotique et aussi fiëre qu'à Venise. Mais les censeurs du général ne se trompaient pas quand ils cru^ rent reconnaître dans sa politique un certain désir de rdeyer de leur abaissement les deui^ ordres pritilégiés. Partisan des doctrines de Montesquieu , il regardait la noblesse et le clergé comme des élémens de sécurité pour un état , et sentait d'ailleurs en lui un certain penchant pour les classes supérieures , mais sans avoir toutefois la haine et le méprÎF qu elles n'affectent que trop souvent pour le peuple, dont il voulait an contraire assurer 1« bonheur par une bonne administration et des lois protectrices -, il voyait en outre dans ce même peuple un élément de force qu'un gouvernement sage devait toujours tenir en réservé pour le trouver prêt dans les grandes cir* constances où lui seul peut sauver un état ou un prince en danger.

Dans le moment où Bonaparte servait de modérateur i la nouvelle démocratie de Gênes > Clarke signait une alliance offensive avec le roi de Sardaigne ; le Directoire hésita long*temps à ratifier ce traité , et ne le fit que lorsque Bonaparte qui en sentait tonte l'importance pour la sûreté de notre armée en Italie , eut tranché la question en signant la paix de Gampo-Formio.

Bonaparte cédant aux vœux pressans de la Lombardie, l'avait constituée en une démocratie tempérée , sous le nom de république Transpadane. Ge nouvel état compre* nait toute la ri^e gauche du Pô , depub le^Mincio jusqu'4

S78 ' REVOLUTION FAANÇAI8E.

TAdigel ; ;le général ^ depob la riye droite daP6 jnaqa'à TAdriatique , non compris les états de Parme , avdt formé un antre gouyemement populaire sons le nom de répa-!> bliqne Gispadane. Cette division et le régime que ces deux états s'étaient imposés ne convenant pas à Bonaparte, il créa avec eux la grande république Cisalpine» à laquelle vint se réunir la Romagne , bientôt après la Yénitie. Milan devint la capitale de la haute Italie. Le Directoire imposa aux Italiens la constitution française de 9S. Les premiers directeurs, Serbelioni, Alessandri, Paradisi, Moscati , Gontarini , furent installés au palais de Milan , le 50 juin (12 messidor). Bonaparte Gt organiser trente mille gardes nationaux, et remit aux o£Gciers cisalpins les clefs de Milan et des places fortes.

Arrivés au point où nous en sommes , il est curieux pour rhistoire de voir comment un homme tel que le vainqueur de l'Italie jugeait alors, au milieu du pays conquis, de la marche des affaires et du gouvernement de France. Les Mémoires de Napoléon révèlent tout le mépris qu'il avait pour des iDSlitotions dans lesquelles il ne reconnaissait pas cette unité de principes et d'action dans laquelle seule se trouvaient, selon lui , la force et la stabilité d'une nation. « Un directeur, dil^il, n était ni un ministre, ni un préfet, ni un général', il n'était que le cinquième d'un tout... Le Directoire adopta la politique funeste connue sour le nom de bascule : elle était fondée sur le désir de comprimer également les deux partis , de sorte que lorsque l'un des deux s'était compromis et avait attiré la rigueur de l'autorité , dans le même moment et par le même acte, elle frappait le parti opposé , quand bien même il aurait , dans cette circonstaoce , secondé les intentions du gouvernement. Le sentiment de la fausseté , de l'injustice et de l'immoralité de ce système , porta au plus haut degré le dégoût et Texaspération dans tous les esprits. Les partis s'aigrirent chaque jour davantage *, il s'opéra entre eux un9 espèce do

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