ITALIE
rapprochement. L'éclat que les victoires dltalie répandaient sur le Directoire ne pouvait ef&cer. Vingénérosité de son administration ] son sceptre était de plomb. » Sans doute plusieurs de ces reproches ne manquaient pas de vérité; mais quand Bonaparte ajoute que Garnot, Pichcgru et Barthélémy étaient des choix populaires y on se voit forcé d'avouer que Téloignement du théâtre des mouvemens politiques nuisait à la justesse de son coup d'œil. Carnot avait de la réputation comme un homme auquel Topinion attribuait une grande influence sur nos victoires, mais il n'avait jamais en et ne pouvait jamais avoir de popularité ; son caractère et sa personne la repoussaient également. D'ailleurs , sa conduite au Directoire , sa faiblesse apparente pour les Glichjens l'avaient décrédité au point que le peuple aurait marché volontiers contre lui dans une insurrection. De son côté, Pichegru excitait depuis longtemps les alarmes des patriotes qui avaient parfaitement compris les causes de son inaction à l'armée. Quant à Barthélémy, inconnu de la multitude, quoiqu'il eût participé à plusieurs traités de paix, il passait pour un homme tiède jusqu'à la froideur et pour une créature du club de Glichy. Sus* pect sous les mêmes rapports, et prenant un rôle assez difficile à expliquer dans un homme^qui avait donné des gages à la révolution, Thibaudeau, toutefois, apercevant le but où tendaient les coryphées de ce club, se réunissait souvent avec le centre au parti patriote. « Il n'est pas question sans doute, disait-il, de faire le procès à ceux qui ont servi la révolution. Punissez le crime, il ne peut jamais avoir d'excuse ; il n'en a pas même dans les orages qui nous ont agités. Punissez ! mais ne comprenez pas dans la punition des liommes qui s'honorent d'avoir fondé la république et qui sauront la maintenir. Je le déclare, si l'on veut bannir de celte enceinte la liberté, étouffer les voix, enchaîner les suffrages, on n y réussira pas^ et si ce joug affreux nous menaçait de nouveau, nous saurions encore le briser. » Mais
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cet appai da parti modéré de la législature n'était jamais certaio, et lorsque le centre semblait soutenir les hommes de la réTolation , il avait bien soin de leur faire sentir, avec une certaine aigreur, qu'il ne les défendait que par crainte des réacteurs. En ce moment , le Directoire haïssait presque également les Glichyens et les constitutionnels. Aussi presque toutes ses propositions étaient-elles rejetées par les conseils. Saisi d'une juste indignation, il demanda des lois contre les compagnies de Jésus et du Soleil organisées à Lyon pour assassiner les patriotes et incendier leurs maisons *, Camille Jordan prétendit qu on calomniait Lyon, qu*il y avait eu très peu d'assassinats dans cette cité; il s'aventura jusqu'à dire : aLa réaction qui a eu lieu, et que je biflme avec vous , n'avait-elle pas quelque chose de naturel? n'était-elle pas, jusqu'à un certain point, digne de pardon? » Do reste, pour arrêter des maux que sans doute, au fond de son cœur, il déplorait, mais pour lesquels sa position et son entraînement de parti lui imposaient une certaine indulgence, l'orateur inexpérimenté proposait de rétablir immédiatement la liberté des cultes, d'abolir les sermens imposés aux prêtres, de leur accorder une certaine confiance ; il insistait particulièrement sur la nécescité de rendre les cloches aux temples, comme si c était là un des plus grands besoins et le plus pressant des vœux du peuple. La jeunesse et l'exaltation du député lyonnais peuvent seules expliquer comment il no sentit pas combien ce moment de réaction royaliste, de résurrection du fanatisme, encore excité par la politique , était mal choisi pour un rapport et des propositions qui , en d'autres temps , et présentées avec des paroles sages et mesurées , auraient dû obtenir tous les suffrages. Camille Jordan ne fit que se rendre odieux et ridicule, en exaltant des passions qu'il aurait fallu calmer. Les royalistes reprirentde l'audace, et les patriotes, qui croyaient entendre dans les cloches le tocsin de la contre-révoiiition;
CAMltLE joudabi* S7tt
préparèrent leurs armes. Le rapport de Camille Jordala (at un Trai manifeste de guerre, et son imprudent auteui", qai avait au fond des intentions droites , figora dans ca moment parmi ces fous dangereux , dont la conduite cou. tribua le plus à précipiter le moment de la déplorable scis* sion qai devait amener la journée du l8fructidor. Au reste» les bons s^éclairent et se corrigent \ ce même Jordan sa montra depuis digne de l^stime et des regrets des amis de la vraie liberté *, il partagea cet honneur avec Monnier de la Constituante , qui avait paru démentir si hautement sa première conduite dans la révolution. Le parti auquel Jordan se rattachait alors avait de si mauvaises intentions, que déçu et irrité par les préliminaires de Léoben, il empruntait Forgane de Dumolard pour insulter à nos victo«^ rieux soldats. G*était ce même député qui, se targuant de prétendues connaissances financières ,[se dévouait à la mis** sion de combattre le budjct , et de le restreindre au point de mettre le Directoire dans Timpossibilité de subvenir aux dépenses du service. D accord avec leur organe £ivori| les royalistes, lorsque le Directoire, en exposant au vrai la situation des finances , sollicita de nouvelles imposi*^ tions, devenues nécessaires pour achever la conquête de la paix , s'opposèrent de toutes leurs forces à ce que Ton act cordât les subsides demandés. Bailleul et Thibaudeau dé-» fendirent avec énergie la proposition du gouvernement , mais ce fut en vaia; par bonheur les anciens refusèrent de sanctionner la résolution des Ginq-Genis. Mécontens de cet échec , mais non découragés , les mêmes hommes re* DOttvelèrent leurs attaques contre les chefs de nosarmées^ Villemanzj, commissaire ordonnateur en chef de Tarmée d'Italie, fut accusé d'avoir envoyé à Toulon, pour une opération secrète de la marine, un million provenant des contributions destinées au trésor public, l^ fait était vrai^ comme nous Tavons vu -, mais Bonaparte , quoique ayanft OQtrepassé ses' pouvoirs, ne méritait , au fond , que des
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éloges pour une mesure des plus utiles à la république. Au reste , les royalistes montraient beaucoup plus d'acharnement contre le général en chefde l'armée de Sambre-etr Meuse y qu'ils cherchaient à convaincre de dilapidalioDS, en lui imputant à crime ses sages précautions. Hoche était trop sûr de lui-même, il avait trop de caractère et de probité pour souffrir une pareille inculpation , sans se hâter de la détruire. Voici un extrait de sa réponse : « J'ai imposé'une contribution de 5,718,000 fr. , mais elle a été réduite à 2,840,000. J'ai , dites-vous, une caisse particulière ^ où est-elle ? qui la tivnt ? faites-la moi connaître. Vous dites que j'ai donné sur elle des délégations à des fournisseurs : nommez-m'en un y un seul auquel j'aie fait donner un écu. Devez- vous ignorer que depuis trois mois et demi je fais vivre cent cinquante mille hommes sur la rive droite du Rhin , sans qu'il ait été délivré , je ne dis pas de l'argent , mais des bons aux fournisseurs. Et voilà la récompense des économies que j'ai faites ! j'ai poursuivi l'agiotage , les fripons, et c'est moi que l'on ose accuser ! » Hoche aurait mérité des remcrclmens au lieu 4'accusa* tions; sa conduite était irréprochable, et son désintéressement au-dessus du soupçon^ mais il ne disait pas, et il oe pouvait pas dire que des ordres secrets du Directoire lui avaient prescrit de verser le moins de sommes possible daos les mains des agens de la trésorerie ^ il avait effectivement dans la caisse de l'armée , à Bonn , une réserve pour une opération dont nous parlerons plus tard. Dans la querelle suscitée aux généraux, la rigueur des principes administratifs et même des considérations d'ordre public étaient en faveur des orateurs du conseil des Cinq-Cents^ il est certain qu'aucun gouvernement et surtout celui d'une république ne peut souffrir que des chefs d'armée disposent, à leur gré , des contributions levées sur l'ennemi , qui doivent toutes rentrer au trésor public , ou recevoir du gouyernement une destination ^ mais pour maintenir la règle.