‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 4 sur 93 · PRISE DE LA FLOTTE HOLLANDAISE · texte numérisé non relu

PRISE DE LA FLOTTE HOLLANDAISE

qui, traversant la Biesbos, gelée, pénétra dans Dordrecht , où se trouvèrent d'immenses magasins. De Dordrecht, Bonnand marcha sar Rotterdam -, il s'empare de cette ville, et veut se réanir ensuite au|||énéral en chef à La Haye. Il nous restait encore à prendre possession de laZélaûade, de TOwer-Yssel , de la Frise, de Groningue et de Drenthe : elles furent bientôt conquises. Voici Tun des laits d'armes les plus extraordinaires de cette merveilleuse campagne d'hiver.

La flotte hollandaise mouillait près du Texel -, Pidiegni résolut de la prendre, avant qu'un ciel plus doux per* mit aux vaisseaux ennemis de faire voile vers les côtes d'Angleterre \ notre cavalerie, suivie de 1 artillerie légère, cerna les bâtimens immobiles , et les somma de se rendre. Les marins bataves baissèrent pavillons devant cette agression d'un genre si nouveau pour eux.

A peine entrés dans Amsterdam, les représentans Lacoste, Bellegarde et Joubert, publièrent une proclamation dans laquelle ils déclaraient que la république respecterait toutes les propriétés et tous les cultes. Les biens du stathbuder se trouvèrent seuls confisqués, les autorités forent renouvelées sous l'influence française. Quelques députés, partisans avoués du gouvernement déchu , se yircnt expulsés des États , & la tête desquels on plaça le patriote Petter Paulus. La première résolution des États ainsiformés, fut d'abolir à perpétuité le stathoudérat, et de proclamer les droits du peuple souverain. On établit une administration provisoire qui se hâta de travailler au grand œuvre d'une constitution adaptée aux besoins, et conforme aux vosux d'un peuple vraiment digne de la liberté qu'il venait de reconquérir.

Il fut convenu entre les représentans des deux nations, qae les assignats français auraient cours en Hollande, que les marchands seraient tenus de les recevoir pour une certaine valeur. Les municipalités s'engagèrent à retirer

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cette valeur en papier, et à Téchanger contre du numéraire. Ainsi s'établissait notre domination sur une conquête due & Tune des armées les plus intrépides qu'ait eues la république, y

Ces rapides progrès y fruit d'une tactique audacieuse , d'une célérité , d'une énergie extraordinaires , effra jèrent beaucoup TEmpire. S'il ne denuindait pas encore la paix , il s'arrangeait du moins de façon & ponvotr la demander bientôt. La diète, réunie en décembre, déclarait que Jamais l'intention de rAllemagae n'avait été de se mêler des affaires intérieures de la France; que l'Allemagne ne s'était armée que pour défendre les états voiHus de l'Alsace et de la Lorraine. La diète déclarait en même temps que, pour le bien de l'humanité , elle était prête à écouter des propositi<ms de paix , pourvu qu'elles fussent honorables. Ainsi , la Prusse avait traité avec la république , l'Espagne attendait avec impatience une paix devenue nécessaire^ l'Empire se montrait disposé à poser les armes. Il ne restait donc debout contre la France que deux grandes puissances , l'Autriche et l'Angleterre ; de ces deux puissances, la première , aidée du génie de son grand ministre , notre implacable ennemi , paraissait vraiment à craindre. Les hommes ne manquaient pas à la cour de Vienne , mais pour les équiper et les solder, elle avait besoin «de la Grande-Bretagne. Celle-ci, quoique victorieuse «ur les mers, avait prouvé des pertes considérables, son commerce avait crueUemenl souffert. Les primes d'assurances pour les bàtimens étaient montées à des taux extraordiniâres , et eontribuatent à élever le prix de toutes les denrées. L'Mande murmurait contre la métropole, qui, par peur et par antipathie religieuse, la traitait avec une affreuse dureté. Malgré les embarras résultant de cet état de choses, Pitt, fier de la supériorité maritime de son pays , encotre aagOKntée par la possession dune partie Je la tlolte boliandaise, résolut

LE COKTIKENT DISPOSÉ A LA PAIX. Il

de poarsuivre la guerre et de donner de nouyeanx subsides à TAutriche, qu'une impateibilitë tnatéiielle empêcherait de reprendre les armes. Pitt ne se dissimulait pas laréâstaiice qu'il éprouverait dans le'parlement » où Fox et Shéridan allaient lui demander compte de Tarmée du dac dTork, ainsi que de tout l'argent déjà dépensé. Il savait en outre^ par la statistique parlementaire, que Topposition s'était un peu fortifiée ^ mais , pour vaincre ses éloqnens adversaires , il comptait sur son adresse , sur la puissance de sa parole , et sur son habileté à intéresser l'orgueil national et le salut du pays dans la question de la guerre. En présence du parlement , le ministre , après avdr répété que tous les desseins de la France n'avaient qu'on but > celui de frapper et de ruiner la nation anglaise, prétendit UToir déjà remporté de notables avantages sur nous 9 en faisant tomber le gouvernement révolutionnaire. Pitt disait vrai : le 9 thermidor était une grande victoire pour lui ; mais il se vantait d'un événement auquel il n'avait point contribué. Du reste, il termina sa harangue par un argument victorieux : Le commerce de Londres , dit-il,, regardait la guerre comme tellement jaste et nécessaire , qu-il offrait le secours de ses capitaux.

La tiaute raison de Fox et de son ami Shéridan , pilvérisa facilement les argumens cafptieux du ministre. A. la prospérité du commerce , ils opposèrent les pétiticms du peuple mourant de faim par suite du prix élevé de deux denrées de premières nécessité , le pain et la viande. Pour qui faîtès-vous la guerre? pour la France ou pour l'Angleterre *, je ne saurais trop le dire, s'écriait Shéridan , car jusqu'à présent vous n'avez fait que ruiner le royaume et jeter à la France des troupes à vaincre et des villes à prendre. . . Si vous croyez que la France vous en veut, attendez, et ne l'attaquez pas au moment oh elle a la fièvre. Fox et Shéridan furent vaincus par les votes de la majorité. L'Angleterre s'engagea à garantir un emprunt de l'Autriche, montant à 4,600,000 liv. stcrl.

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(lis millions de francs) ^ et on onvrit, pour son compte » un autre emprunt de 18,000,000 liy. sterl., qui se trouva rempli en même temps qu'annoncé. La suspension de ïhabeas corpus fut aussi maintenue , comme sll fallait que TÀngleterre payât à la fois de son or et d'une partie de sa liberté , la faute qu'elle commettait de suivre la mauvaise direction d'un homme habile , mais aveuglé par la haine.

Au moment où la Grande-Bretagne, persistant dans ses résolutions belliqueuses , prenait à sa solde les régimens émigrés de Gondé : la république française recevait les ambassadeurs de Suède, de Danemarck , de la Hollande et de la Prusse.

Les thermidoriens triomphaient de ces heureux événemens qu'ils n'avaient point amenés ^ c'était le grand comité de salut public qui avait donné le branle à toutes nos victoires, et formé le système qui venait de briser toutes les forces du continent. Pour récompense, Gouthon, St-Just et Robespierre étaient montés sur l'échafaud \ Prieur de la Gôte-d'Or , Jean-Bon-Saint- André , se trouvaient exclus du gouvernement \ Robert Lindet arrêté -, Billaud-Vacennes, Barrère et GoUot d'Herbois condamnés à la déportation \ le seul Garnot restait en quelque sorte inviolable, sous l'égide de nos armées triomphantes. Toutefois, on ne le conservait que parce qu'on croyait avoir besoin de lui \ car aucun sentiment noble et généreux , aucun conseil de modération n'entraient dans la tête des coryphées du jour : ils n'écoutaient que leurs passions \ elles seules leur inspirèrent la pensée des justes honneurs qu'ils rendirent à la mémoire de Féraud. La salle fut toute tendue en noir, chaque député se rendit à la séance en habit de deuil. Une musique grave et religieuse, cachée dans une tribune dont elle semblait sortir comme d'un sanctuaire voilé , remplit les cœurs de tristesse , et les prépara ainsi à l'éloge funèbre qu'on allait entendre. Louvet, doué d'une âme sensible, célébra dignement le jeune et glorieux martyr, dont la mort cruelle fut payée d'un prix si cher par la liberté !

héaction. 15

La cérémonie funèbre ne fit ipi^enflammer la réaction, et lui donner de nouvelles armes contre ie peuple et ses amis. Les choses allèrent si loin , que Louyet , Legendre el Fréron lui-même , effrayés de voir que non content d'avoir réduit Romme, Duquesnoy, Soubrany, Goujon, le YéDcrable Rhul à se donner la mort, on préparait encore d'autres immolations dans le sein de la Convention, Louvet et ses amis voulurent arrêter ce mouvement , et demandèrent que les députés sur lesquels il restait à prononcer fussent renvoyés devant leurs juges naturels. Rovèr«, cruel avec sang-froid , Rourdon de TOise, féroce avec emportement, repoussèrent celte proposition ; Tancien décret fut maintenu. Sous les auspices de la Convention, dont la tribune retentissait sans cesse de dénonciations furieuses contre les Jacobins, la contre-révolntion marchait à grands pas. Le parti royaliste, déclarant ouvertement ses projets par ses actes, n'épargnait aucun homme connu pour avoir servi la cause de la liberté. A Lyon, les héros des compagnies de Jésus et du Soleil excitèrent, au sujet du jugement d'un patriote , le tumulte le plus grave. Le peuple , adoptant la fureur de ces prédicateurs d'assassinats, et conduit par eux au meurtre, envahit les prisons. Là, malgré le représentant Roisset, la réaction fit son 2 septembre. Quatre-vingts prétendus terroristes furent égorgés, leurs cadavres traînés dans les rues pour être ensuite jetés dans le Rhône. Ces scènes affreuses se renouvelèrent dans plusieurs cités du Midi, où Fesprit royaliste et religieux avait gardé plus de force et d'exaltation. A tous les maux que faisait la réaction , en échauffant les passions violentes, et en désorganisant la France du comité de salut public , aux souffrances de la disette qui s'étendait à tous les besoins de la vie, se joignait un autre fléau, la résurrection de Tagiotage , qui dévore la substance du peuple et tarit la source de sa prospérité. Le jeu qui se jouait alors était celui du baron de Bats et de ses amis,

CB 1795, lorsque le soulëyemeiit de la Vendée » la défection de Dumourier et Tinsurrection des fédéralistes avaient amené une baisse effrayante dans les assignats. Les spéculateurs aqhetaient les marchandises qui, haussaient de prix entre leurs mains, par rapport à l'assignat, dans une rapidité effrayante pour le détenteur , et leur procuraient de» profits énormes. Par suite des manœuvres qui tendaientsans^cesseàdéprécier la monnaie nationale, le louis se vendait IÇO et même 200 francs en assignats. Une livre de pain coûtait vingt-deux francs, et tous les autres objets se payaient dans la même proportion^ et, tourmenté par lous les besoins, le peuple voyait avec colère surgir en face de lui, d$ins les rues, et surtout au péron du Palais- Royal , des bourses en plein air, des marchés de toute espèce , où des marchands spéculaient sur la détresse de chacun. Là, on achetait du drap, du linge, des effets dhabiU^ment, des montres, des pendules, une foule d^utres objets dont la nécessité forçait les propriétaires à se dépouiller. Il y avait quelque chose de douloureux el de touchant dans la physionomie des vendeurs qui affron^ taient avec peine les regards du public, comme s'ite eussent pensé que chacun devinait leur ruine ] mais rien de plus, hideux que cette foule de spéculateurs de tonte espèce et dâ toute coiidMion^ les uns salement vêtus^ suivant leur habitude, et remarquables p^rla grossièreté de leurs manières) les autres s'efforçant de cacher, sous de vils déguiseme^s et de mauvaises apparences, une condidon plus relevée çt des, mpeurs jadis élégantes , qui auraient fait honte au métier que la cupidité leur conseillait. Ces hommes me rappelaient certains royalistes qui se montraient à la fois plus mal v6t«s quelquefois, et plus violensque telsouvriers révolutimnaires*, mais les royalistes se travestissaient pour sauver leur tèiç, tandis que tes autres essayaient de se masquer pour se livrer impnnément à un lucre déshonnêle cl coupable. II y eut alors des fortunes

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