‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 41 sur 93 · HOCH · texte numérisé non relu

HOCH

Il fallait de Targent aux trois directeurs conjurés , Hoche lear en offrit ^ voici comment il fit pour s'en procurer. Les provinces comprises entre le Rhin et la Meuse n'avaient pas encore été réunies à la république-, le général espérait que Ton organiserait ce territoire en gou«> verncment séparé de la France, sous le nom de république cis rhénane. Une commission centrale établie à Bonn» administrait ce pays dont l'organisation n était point définitive. L'esprit de Hoche , sa pensée d'ordre , sa haute probité, avait présidé à la direction des finances d^ ces provinces. Deux millions et quclques^ cent mille francs se trouvaient dans la caisse de la commission de Bonn , à laquelle Hoche défendit de verser ses fonds au payeur de Tarmée. Disposant lui-même de cette somme, il solda les troupes qu'il. pensait mobiliser, et garda en réserve deux millions pour le Directoire.

Laréveillëre et Barras, fiers de Tappui d*un général tel que Hoche , s'efforcèrent de réveiller un peu l'esprit des Jacobins, de les enrégimenter dans de nouveaux clubs ^ mais Rewbell craignant de recourir à ce secours, disait qu'il fallait sans doute résister aux réacteurs , les expulser, sauver la république , mais non se jeter dans la terreur. Barras répondait avec raison à son collègue, que sans les patriotes Taffaire aurait mal ourné en vendémiaire^ alors il fat convenu qu'on l'appellerait, s'il en était besoin , le jour de la lutte.

De leur c6té, résolus à agir, les Clichyens voulant disposer d'une force armée capable de lutter contre les soldats du Directoire, songèrent à réorganiser la garde nationale qui , aux derniers jours de la tempête révolutionnaire s'était montrée si dévouée à tous les projets des réacteurs royalbtes. Les Clichyens espéraient que les suffrages des citoyens habilement travaillés par leurs intrigues , se reporteraient sur Pichegru , qui deviendrait chef de cette milice citoyenne.

La pensée des Glicbycns ne manqaait pas d'ane certaine portée ', aussi espéraient-ils » avec cette folle confiance des partis , se voir bientôt puissans comme Tavait été leur faction avant son échec sur les marches de Téglisc de Saint- Roch. La proposition de réorganiser la garde nationale fut présentée au conseil des Cinq-Cents, et Pichegru chargé de faire un rapport sur cet objet important. En voyant ce coup de parti , les Directeurs ne se dissimulèrent pas la gravité du péril dans lequel ils allaient se trouver s'ils laissaient agir leurs adversaires \ ils résolurent en conséquence de les prévenir et de tout préparer pour un coup décisif, en commençant par une nouvelle composition du ministère , où ils voulaient faire entrer, comme associé à leurs vues révolutionnaires, un émigré célèbre dont Chénier avait obtenu la rentrée en France, et que madame de Staël , d accord avec Benjamin Constant, avait pris dans une singulière faveur. Présenté par ces deuxprotectenrs, M. de Tallejrand n'avait pas tardé à faire la conquête du facile Barras , et même celle de Laréveillère dont les mœurs étaient si pures. Beaucoup de choses parlaient en sa faveur. Dès Taurore de la révolution, il avait pris des engagemens sérieux avec elle, proposé la vente des biens du clergé, prêté serment d'obéissance à la constitution civile de ce corps^ il avait sacré les premiers évêques constitutionnels, et officié ponti* ficalemcnt dans la cérémonie religieuse de la fédération , sur Fautel de la patrie élevé au milieu du Champ-de^-Mars. Ainsi que plusieurs hommes du temps , il avait appliqué son esprit à Tétude des questions de finances dont l'opinion s'occupait avec tant d ardeur depuis le compte rendu de M. Nccker et les disputes de ce ministre avec M. de Galonné ] il appartenait aussi à la secte philosophique du dixhuitième siècle. Mirabeau mourant avait, en quelque sorte» confié ses dernières pensées à l'évêque d'Autun , dès longtemps désigne par lui dans sa correspondance de Berlin , comme un des esprits les plus puissans et les plus déliés de

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l'époqae. Il reyenait d'Amérique , où il semblait avoir été chercher au sein de la nouvelle république un asile contre la haine de Fémigration armée sur les bords du Rhin. Avec tant d'avantages 9 M. de Talleyrand y on doit lavouer, ne jouissait pas de la considération publique \ mais doué d'un caractère flexible et pourtant plein de persévérance, mo* narchique par principes, constitutionnel par une suite de ses idées anglaises , révolutionnaire au besoin , capable de s'accommoder tour à tour avec Mirabeau , avec Danton , avec Barras et Larcveiilère , comme avec Napoléon et Louis XYIII , sans être un moment embarrassé de la tran«« sition -, facile à vivre , d'un sang^froid imperturbable, por* teur d'un masque qui ne laissait voir sur sa figure aucun des mouvemens de l'intérieur, dissimulé quand sa position le voulait, parlant peu et à voix basse, il passait pour babile aux yeux d'une certaine classe , et Tétait sous plusieurs rapports. D'ailleurs, sa naissance, son nom, ses mœurs de l'ancien régime , ses airs de grand seigneur qu'il laissait percer à travers un voile d'élégante simplicité ^ les liaisons quil pouvait renouer avec les membres du cojps diploma* tique y qui forment une caste à part dont il faut avoir les mœurs , les habitudes et les goûts pour traiter avec elle , favorisaient singulièrement l'ascendant de son esprit à une époque de retour vers Tancien régime luttant au milieu de nous avecla révolution pour en effacer l'empreinte. Rewbel et Barras , déterminés à choisir cet homme de ressources, se proposaient aussi d'évincer du ministèrede la guerre le citoyen Petiet , qu'ils considéraient comme totalement dévoué à Garnot ainsi qu'au parti clichyeo. Assurément, Petiet était trop sincère pour desservir ou abandonner les membres du triumvirat directorial , si ceux-ci lui eussent conGé tout ce qu'ils savaient des trahisons des meneurs des conseils , mais épouvantés par la grandeur du complot. Barras- et ses deux amis voyaient des conspirateurs partout. Les chefs au gouvernement voulaient encofe éloigner

Éénétech, royaliste dégtiisé» qoi obéirait tan» doute, tnais d'une maïuëre molle et timide ; Charles Delacroix , Bomme de courage et de foi, mais auquel on toulait donner Talleyrand pour successeur; Truguet, ministre de la marine , qui plaisait bien aux Directeurs pair son attachement à la réyolotion; mais il désirait lui-mfime aller en Espagne remplir une mission diplomatique , et sd flattait de décider cette puissance à se réunir à la république française pour attaquer dans les Indes même la puis^ sance anglaise. Ainsi les Directeurs ne conservaient que Herlin de Douai qui , an ministère de la justice , avait depuis quelque temps montré un front sérëre aux royalistes , et Ramel , patriote sans tergiversation , et regardé comme nécessaire aux finances depuis la retraite de Gam* bon. Les Glichyens , qui n'étaient pas dans le secret de leurs chefs , poussèrent des cris de colère; les meneurs ne portèrent pas grande attention à ce projet de remanicmenl ministériel. Mais Pichegru et les siens, feignant d'être effrayés , s'étaient adressés i Garnot , pour sonder ses dispositions. Celui-ci , revenu d'un engouement nuisible h la république , n avait pas témoigné à Pichegru la même confiance que par le passé. Il avait même répondu dans une lettre au président des Cinq-Cents : « Je périrais plutôt que de laisser entamer la constitution ou déshonorer les pouvoirs quelle a institués, n Belles paroles , sans doute, mais pour en assurer refficacité , il aurait fallu, comme c'était un devoir de le faire, reconnaître le dangereux complot des Glichyens , et ne pas s'exposer à leur donner gain de cause , en voulant éloigner du minis tère les hommes que ce parti avait juré d'écarter. Telle était pourtant la faute que persistaient à commettre Garnot et les modérés qui , n'étant pas initiés aux trames secrètes des chefs et des séides du royalisme , ne regardaient les uns et les autres que comme des intrigans et des fous sans ia*^ fluence. Lorsqu'il fut définitivement question du change^

ment ministériel , les constitationnels firent des démarcbei auprès de Rewbel et Laréyeillère , qui» tous deux éclairés sur la conspiration que Garnot semblait ignorer , refusé* rent de se prêter à leurs Tues. Le second leur répondit : K Le jour où vous nous attaquerez ^ tous nous trouverei prêts. Nons vous tuerons , mais politiquement. Vous toqlez notre sang , mais le TÔtre ne coûtera pas ; tous serez rédoits seulement à Timpossibilité de nuire. » Camot leur conseilla, par ses amis, de s'adresser à Barras. Yillaret* Joyeuse, homme de plaisirs opposé au Directoire, mais doué de beaucoup de dextérité, fut chargé de cette négociation. Barras promit d'appuyer Garnot, et lé décida par ce mensonge forcé peut-être dans une circonstance si délicate, i demander lui-même unchangemenl ministériel, pour placer à la tête'des affaires des hommes dévoués aux constitution^nels. Gependant , après quelques réflexions, Barthélémy et Carnot , ajoutant peu de foi aux promesses de leur collègue, et soupçonnant quelques tromperies, le sollicitaient de prendre Tinitiative ; Barras se refusait à se compromettre ainsi. Enfin , le 28 messidor, Bewbell , fatigué d'attendre et irrité chaque jour davantage par le déchaînement des journaux , demanda qu'on procédât immédiatement et par scrutin secret au renouvellement du ministère. Garnot et Barthélémy comptaient à toute force sur Barras , mais le scrutin tourna contre eux *, car si Truguet et Delacroix sortirent de fonctions, Gochon, Petiet et Bénézech se trouvèrent aussi évincés , tandis que Merlin et Ramel restèrent en possession de leurs portefeuilles , malgré les deux voix qui se prononcèrent contre eux. Aussitôt cette première victoire, Rewbell voulut, malgré Garnot, que Ton nommât sur-le-champ tes nouveaux ministres. Yojci la composition définitive que donna le scrutin directorial : aux affaires étrangères, Talleyrand ; aux finances , Ramel ; Merlin à là justice -, à la marine , Plevillc le Peley, loyal et brave officier -, à l'intérieur, le voltairien François de Nett^

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cbftteau , qui prêtait des formes élégantes et polies au langage de la liberté -, à la police générale, Lenoir-Larôche, homme d'une rare candeur, qui se trompait en acceptant des fonctions de cette nature^ à la guerre^ Hoche, prévenu il est vrai entre le parti roy^iste et les auteurs de la guerre civile, mais qui apportait aux affaires, avec des lumières naturelles et acquises, avec un admirable esprit d'ordre, avec la connaissance des hommes et le talent de se faire obéir , un singulier penchant pour les mesures conciliatrices.

A Texceplion de Merlin de Douai, alors irrité contre les royalistes , et tenace dans sa haine , le ministère ne renfermait que des hommes modérés, mais tous, à la vérité, résolus à ne pas laisser périr la république faute de secours. En le voyant surgir, les constitutionnels, qui n'avaient rien à en craindre , conçurent de Teffroi ^ ils sentirent Tinévitable nécessité d'une crise qu'ils s'étaient flattés de prévenir par leur influence, que leur orgueil s'exagérait. An contraire , les imprudens Glichyens et les royalistes se réjouirent^ ils avaient redouté par dessus tout une alliance entre le parti du Directoire et celui qui reconnaissait Thibaudeau pour chef. Pichegru et d'autres conspirateurs plus éclairés firent bientôt comprendre à leurs aveugles collègues le danger qui les menaçait. Ceux qui avaient pu douter de la justesse des prédictions de Pichegru durent ouvrir les yeux lorsqu'ils apprirent que la division de chasseurs de Bichepance , venue des bords du Rhin, se trouvait à la Ferté-Alais, à onze lieues de Paris. Cette cavalerie n'était que Tavant-garde d'un corps de quatorze mille hommes, composé de la légion des Francs, qui avait pour chef le brave Humbert , de la division d'infanterie du général Lemoine, et, en outre, d*un régiment d artillerie, arme connue du général par son patriotisme et son zèle républicain. Sur l'avis de l'arrivée de cette colonne, Garnot, furieux, annonça que tout avait été fait à

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son insu , et qu'il n'avait jamais donné à Hoche Tordre de faire avancer ses troupes. Les Glichycns youiaient suspendre le Directoire 9 le faire arrêter , le mettre hors la loi ! ((Avec quelle force ? » demanda Pichegru* Et celte simplo question força les réacteurs à s'en tenir aux mesures constitutionnelles. Le 30 messidor y la marche des troupes fut dénoncée aux Cinq-Cents par le député de La Haye. Le plus violent tumulte éclata dans le sein du conseil-, il fut décidé que le surlendemain on entendrait le rapport sur l'organisation de la garde nationale^ Pichegru comme nous Tavons dit, en avait été chargé. Son plan, tout en faveur dé l'aristocratie, fut couvert d'applaudissemens \ il proposait de le voter sans désemparer, pour éviter , disail^'On , nn^nonvean SI mai. Sur une observation de Thibaudeau , on adopta Tajournement à vingt-quatre heures.

Hoche cependant était arrivé à Paris *, fort du témoignage d'une conscience sans reproche , il se présenta devant le Directoire, qui se trouvait présidé par Garnot. Celui-ci demanda an général de nommer l'autorité qui l'avait fait agir. Un instant abandonné par Barras , qui lui avait donné des ordres. Hoche trouva un zélé défenseur dans Laréveillëre, qui lui dit qu'il avait bien mérité de la patrie. Barras jouait alors un fort mauvais rôle, car il n'a^ vait pas prévenu ses deux collègues des ordres qu'il avait transmis au général , et dans ce moment il n'osait le soutenir. Cette conduite pénétra le général Hoche d'indignation. Du reste , son âge ne lui permettant pas d'accepter le ministère qu'on venait de lui confier , il s'empressa de retourner à son quartier-général de Wetzlar, où ses compagnons d'armes et lui , prononcèrent, dans un banquet, des paroles menaçantes contre le parti clichycn. Pendant ces manifestations, l'armée du Rhin et son chef gardèrent un silence qui offensa le Directoire.

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