CHAPITRE LXVII
Bonaparte en Italie. — Invitation des Clichyens. — Approches da 18 fructidor. — Déportation. — Mesures révolutionnaires. — Lorp Malmesbnry à Lille. — Bonaparte traite avec l'Antriche. — Gampo- Fonnio. — Bonaparte général de Parmée d^ Angleterre* — Bonaparte à Paris. — Mort de Hoche. — Insurrection à Rome. -^ République du Léman. — Coup-d*œil sur riutérienr.
Après avoir compromis Hoche et reçu de Morean ane réponse évasiTe y le Directoire fat tenté de recourir à Bonaparte, et lai fit faire des propositions auxquelles il élada de répondre sous des prétextes plausibles. On se contenta de lai demander lun de ses divisionnaires pour exécuter le mouvement projeté. Cette demande ne pouvait que lui convenir, comme Tattestent la célébration de Tanniversaire du 14 juillet et la proclamation foudroyante par laquelle il ouvrait en quelque sorte la route des Alpes à ses soldats, prêts à marcher sous ses ordres contre les ennemis de Tin* térieur. Après la iFfete, il y eut un banquet, durant lequel on porta les toasts les plus énergiques. Les divisions Joubert, Masséna^ Augereau, rédigèrent des adresses aussitôt couvertes de plusieurs milliers de signatures. O conspirateurt y disait ia division Augereau , tremblez^ vos iniquités sont comptées , et le prix en est au bout de nos baïonfiettes. »
MNAPAUTB en ItALIB. 991
Ces Tiolentes protestations alannèrent les plus hardis des directeurs. Bonaparte lui-môme craigqit rexaltatton dont il était environné. « Quant à moi, disail-ii, j emploie toute mon influence è contenir le patriotisme brûlant qui est le caractère dislinctif de tous les soldats de Tarmée dltalie. « Au reste, Tojant se former tant d'intrigues , et curieax de connaître au vrai Tétat de choses à Paris, il y emroya son aide-de-camp Lavalette, homme délié, prudent, et bien capable de juger toutes les chances des difTéreDS jooeurs de la grande partie politique. Les Clichjens s'életèrent avec raison contre Tandace des soldats, qui jetaient le poids de leurs épées dans la balance politique ^ mais ils durent tirer les plus fâcheux pronostics de farrivée du fougueux Augereau, et surtout de sa nomi* nation an commandement en chef de la I7« division militaire. Dès ce moment , les Glichyens comprirent que le moment de les frapper était venu pour le Directoire. Dans une telle e&trémité , ils parlaient de faire décréter d'accusation Barras qui , par une conduite digne de tel duc de Tancien régime , avait fait fustiger dans ses antichambres le journaliste Poncelin, insolent et contre-révointionnaire « mais qui n'en était pas moins sous la garde des lois. Cependant ces mêmes Glichyens déclamaient beaucoup et n'agissaient pas. Pendant le tumulte de leurs orageuses délibérations , le Directoire prenait tontes ses mesures : il confiait lartillerie de la division de Paris au général Dammartin ; Verdier était nommé commandant de la place *, Ghérin , Tami de Hoche, se voyait mis à la tête de la garde du Dircc* toire. Par une décision non moins significative, et très propre à rassurer le gouvernement sur le Midi, la 9« dii* vision militaire se trouva sous le commandement de Bonaparte, qui ne tarda point à y envoyer des troupes après la journée de fructidor.
Cependant le conseil des Cinq-Cents avait demandé des explications relativement h la marche de la colonne diii-*
392 RBVOLUTI09I FRANÇiUSE. *
gée sur Paris. Le Directoire attribua ce mourement à rioadvertance d^an commissaire <les guerres. Vingt jours se passèrent en messages sur cette question entre ies deux autorités. Les Cinq- Cents, chaque jour plus effrayés, nommaient commissions sur commissions. Willot le réacteur royaliste, le traître Pichegru, non encore dévoilé, semblaient être les chefs que le parti voulait opposer à Hoche et à Bonaparte. Le premier de ces deux généraux, plein de dédain pour ses adversaires et pour la conduite du Directoire à son égard, dans la dernière occurrence, écrivait : « Vous avez dft être invité, par un message du conseil de Cinq- Cents , à traduire devant les tribunaux les signataires des ordres donnés aux troupes pour leur marche vers Tintérieur. Cette fois. Monsieur Willot a été, sans s'en douter, mon organe auprès de la représentation nationale et de vous.... Permettez-moi donc de vous supplier de m'indiqucr le tribunal auquel je dois m'adresser ? »
Tout rapprochement entre les partis était devenu impossible. Benjamin Constant , qui , quoique brave de sa personne, n'avait rien de Taudace des révolutionnaires, et tendait par incertitude de caractère à flotter entre les deux partis , se montrait décidé à une rupture ouverte entre le Directoire et les deux conseils. Plus exaltée , plus enthousiaste , secondée de Talleyrand , qui voulait se faire jour , en harmonie avec Barras , qui promettait de monter & cheval comme au 9 thermidor et au J15 vendémiaire , madame de Staël poussait au mouvement de toutes ses forces , après avoir vainement essayé des moyens de conciliation vis-à-vis des constitutionnels, qu'elle voulait rallier au Directoire pour le coup*d'état préparé contre le royalisme *, mais le parti mitoyen de Thibandean, qui prétendait délester les Clichyèns , méprisait le Directoire, ne marchait pas avec les conventionnels des conseils , et n avait pas voulu se prononcer. La vérité est que Thibaudeau
IRRITATION DES GLICHYENS. f 205
et les siens ne sayaient quelle résolutioa prendre^ parce qu ils se trouvaient dans une position fausse , et isolés de tout le monde, comme il arrive aux transfuges qui ont déserté leur drapeau et passé dans le camp ennemi.
Le 50 thermidor (17 avril) , Tartillcrie et la cavalerie de Paris furent augmentées -, à ces préparatifs de guerre , Camille Jordan répondait en demandant aux Cinq-Cents des mesures répressives de la tyrannie vers laquelle s'avançait le pouvoir. Une partie de ses propositions fut adoptée, lautre rejetée. Les Clicbjens furieux se prononcèrent avec encore plus de violence dans leurs journaux. Les armées surtout étaient le but de leurs attaques-, Joubert, Bernadotte, Rléber , qui se trouvaient à Paris , se moquaient des conseils, et se prononçaient en faveur du Directoire avec tonte la véhémence de militaires habitués à la franchise et de citoyens indignés. Bernadotte , dans les entretiens particuliers , blâmait les adresses des armée» , et semblait prendre les intérêts de la constitution-, mais, mobile comme un homme du Midi, et prêta devenir révolutionnaire par ambition, il devait bientôt embrasser la cause du gouvernement.
Les Glichyens n*avaient pins d'espoir que dans Forganisatjon de la garde nationale que redoutaient, avec raison, les constitutionnels , parce que les souvenirs de vendémiaire auraient , pu lui donner des conseils hostiles, et que Pichegru qui aspirait à la commander, était un enr nemi déclaré du Directoire et un agent du prétendant Louis XYIU. Sur ces entrefaites, le thermidorien Bailleul, le modéré Bailleul , arrivé ^ar la conviction des mauvais desseins du parti de Clichy, à vouloir une journée de révolution, ou plutôt un coup-d'état, Bailleul, Tun des hommes que j'ai vus les plus attachés au maintien de Tordre établi, publia une adresse à ses commeltans, que l'opinion considéra justement comme le manifeste du Directoire. Baillciil et sa brochure furent dénoncés par Duprat le Gi-
i04 RÉVOUTTION FRANÇAISE.
rondin ; Hardy défendit BaiUeul. Uétcrnel Dumolard, dont les déclamations faisaient bondir de colère Bonaparte, attaqna Tallien réduit maintenant à défendre sa vie révolutionnaire, et à combattre les royalistes qui poursoivaient son ami Barras. Henri Lariviëre, en lui succédant, déploya toute sa violence contre les clubs, ainsi que contre les terroristes , et prononça le mot de septembre. On ne reconnaissait plus les rôles. Dumas lui-mfime , très suspect en ce moment aux Jacobins et au Directoire, se plaignit de Tarrivée à Paris d*une bande de chouans, que les roya* listes avaient fait Tenir pour un coup de main.
Sans mépriser cette levée de boucliers , et frappés au contraire plus qu'ils n'auraient dû I être des dangers d'une lutte avec le Corps législatif, les directeurs complétaient Tenscmble de ieurs mesures , et Barras avait achevé de gagner la garde des Cinq-Cents. Tout était prêt. Benjamio Constant ne doutait pas du succès-, madame de Staël le sou* baitait avec tant d'ardeur , que, comme toutes les personnes passionuées , elle concevait parfois des craintes^ mais, suivant les récits du temps, Talleyrand, quoique d'une rare circonspection , rassurait la trop timide révolutionnaire par ces paroles, qui firent trembler les Clicbyens : « L'attaque est résolue , le succès infaillible \ le Corps lé« gislatif n'a pas d'antre parti que de se rendre à discrétion au Directoire. » Le 16 fructidor, un bruit plus effrayant se répandit ^ on pariait de l'arrestation de soixante*quinze députés *, madame Tallien et les autres femmes de la cour de Barras avaient quitté Paris *, madame de Staël» qui res* tait pour assister à la journéii, fit avertir Boissy-d'Anglas de prendre garde à lui et de serrer ses papiers. L'indis** crétion était grave , mais madame de Staël conspirait avec sa tête^ son cœur n'était pas de la partie.
La veille , Augereau ayant donné un grand repas dans lequel avaient été portés plusieurs toasts , entre autres celui-ci : ji la minorité des conseils ! quelques députés ar^
. APPROCHES OU 18 FRUCTI0OE. ^Id&
rivàrent dans la séance du soir , annonçant qae le Direo toire allait faire égorger 186 dépotés et six cents Œ^ cbyens. » Thibaudeaa ne croyait pas sans doute i ces foU les exagérations » mais il voyait bien que le parti des Cli« cbyen^ était perdu, et que loi*m6ine se trouvait dans une position au moins très équivoque \ aussi disait-il à ceux qui parlaient de résistance : « Nous nous débattons comme des malades à Tagonie ! Républicains veitueuxi envelop^ pez-vous! »
Le 17, la séance des Ginq»Gents fut très calme; mais le soir« les commissions des conseils éprouvèrent une vive agitation. Thibaudeau, auquel on venait de remettre quelques placards imprimés par ordre du Directoire » s'appro* cha de Pichegru, et lui apprit que le gouvernement Tac* cusait d'avoir entamé des négociations avec le prince de Condé. Pichegruy sans changer de contenance, répondit : « Je monterai demain à la tribune pour nier tout cela ! a Thibaudeau le quitta en lui disant : « Il n'y aura plus de tribune demain. »
Les faubourgs avaient été pratiqués par Barras et ses amis ; mais le Directoire^ qui, en le désirant, redoutait 1 appui du peuple, n'avait pas encore donné le mot d'ordre aux révolutionnaires le 17 au soir ; le 18 , sur les deux heures du matin, il envoya Tordre à l'un d'eux de faire ar«mer le faubourg Saint -Antoine. Le citoyen auquel oi| s adressait, répondit qu'il ne se mêlait pas d'une affaire qu'on lui confiait au moment même de l'exécution : toute* fois, les intentions du Directoire se répandirent prompte* ment dans ce quartier populeux, qui entra bientôt en fer-* mentation. Quoique les choses fussent arrivées à la dernière extrémité, des hésitations avaient encore paru dans les résolutions du Directoire ^ enfin, décidé parles révélations du prince de Carency , assez mauvais sujet qui déshonorait son nom par un rôle très vil. Barras avait déterminé ^ collègues à agir sans plus de retard... Ils
5t06 RÉVOLUTION FRANÇAISE.
étaient réanis chez Rewbel, où Merlin de Donay, oubliant qoll était mioistre de la justice pour ne se rappeler que son rôle de révolationsaire , aratt apporté les projets de décret y les arrêtés » les proclamations qoi deTaiesl assurer et justifier le coup d*état ; les ordres i donner étaient également prêts. Camot et Barthélémy, retirés au Laxemboorg, ignoraient ce qoi se passait; aussi ce dernier, qui, apparemment élait destiné i se laisser jouer , comme une autre circonstance très importante ne le prouvera qae trop bien, fit dire aux Glichyens de se rassurer, qu'ils ne seraient pas attaqués cette nuit. A trois heures du matin , un coup de canon chargé à poudre donna le signal aux troupes d*Aogereau^ elles se mirent en marche aussitôt. Les grenadiers du Corps législatif ne firent aucune résistance. Ramd, leur chef, qui voulut rester fidèle i sa consigne, fut saisi au collet et envoyé aux arrêts par Augereau, son supérieur. Dès cinq heures, la salle et les commissions se trouvèrent investies. Augereau, ayant demandé à Pichegrn et à Willot leurs épées, les fit conduire au Temple. D'après les ordres de leurs collègues, les deux directeurs devaient être arrêtés, mais Camot, averti à temps, s'échappa; Barthélémy, moins heureux , se vit emprisonné, ainsi que les députés arrêtés dans la commission des inspecteurs. A huit heures, tout était consommé. Siméon, le président des Cinq-Cents , Lafond-Ladebat, celui des Anciens, vinrent occuper les fauteuils : Tinvitation de plusieurs officiers ne leur laissa même pas le temps de déclarer la représentation dissoute. Dans la matinée, quelques députés résolurent de se présenter au palais du Corps législatif; mais ayant sommé les troupes de les laisser pénétrer dans les salles des conseils, ils furent repoussés et poursuivis jusqu'à leur entière dispersion. La foule, agglomérée dans les rues, regardait tous ces mouvcmens avec curiosité quoiqu'avec indifférence \ et en effet , quoi de commnn entre elle et des hommes qui lui paraissaient vouloir dé- .
DEPOIITATIOX. 297
poDiUer le peuple de toutes ses conquêtes de la rérolatioQ ? Quelques Glicbjens se réunireot alors chez Lafond- Ladebat-, ils commençaient à délibérer, lorsqu'un officier Tint arrêter Lafond , Barbé-Marbois , Tronçon - Ducoudrajy Bourdon de TOise et Goupil que Ton conduisit aussi au Temple. Les débris des deux conseils mutilés par la force se rassemblèrent, les Anciens à l'École de Médecine, les Cinq-Cents à TOdéon , et se déclarèrent en permanence. Ces derniers y sur la proposition de Poulain- Grand pré, votèrent la formation d'une commission extraordinaire de cinq membres , qui furent pris parmi les fidèles du Directoire, c'est &-dire parmi les vainqueurs, suivant la coutume. Le soir, un message du gouvernement faisait connaître aux conseils les menées conspiratrices dès Pichegru, des Imbert-CoIomèSy desMersan, des De Lomereret de leurs amis. Appuyé sur des pièces officielles , ce message produisit une très vive sensation. Immédiatement après cette communication y organe de la commission des Cinq , Boulai de la Meurthe prit la parole , et proposa , sous Tinspiration' du Directoire, d'annuler les opérations électorales dans quarante-huit départemens, et de faire déporter un certain nombre de ses collègues. Nul doute que les Cli* chyens victorieux n'eussent été cruels ^ mais ces actes de rigueur, voulus par le Directoirct et adoptés par les conseils, n*en violaient pas moins l'acte constitutionnel. On excepta de la déportation Thibaudeau, Donicet de Pontécoulant, Tarbé, Crécy, Detorcy, Normand, Dupont de Nemours, Rémusat, Bailly *, on prononça cette peine contre Job Aymé , Aubry , Bayard, Blain, Boissy-d'Anglas » Borne , Bourdon de l'Oise, Cadroi , Couchery , Delahaye« Delarue, Doumère, Dumolard, Duplantier, Daprat, Gilbert-DesmoIières, Larivière, Henri Imbert-Colomès , Camille-Jordan^ Jourdan des Bouches^du-Rhône, Gau, Lacarrière, Lemarchant-Gomiconrt , Lemairc, Mésan, Madier, Maillard, NoaiUe(> André, Mac-Eurtain, Pavée,
9M RÉVOLUTION FKANÇAISB.
Pastoirety Pichegra, Polissart» Prairé^Montaud, Quatremère-Qniocy, Saladin, Siméon, YauYiiliers» YaubianC) yiilaretjoyeuse, Willot. Parmi les Anciens» la proscription aUeignit Barbé-Marboia, Damas , Ferrant-YaiUaoi, La* fond'Ladebat , Laumoni, Muraire) Marinais , Paradis, Portails, Rovëre, Tronçon-Dacoadray. Carnot, Bartbélemy, Tex -ministre Cochon, Dossonville, ancien employé de la police ) Bamel, commandant de la garde des conseils^ les trois royalistes Brottier, Laville-Heornois , Dn- Terne Dapresie, se virent aussi inscrits sur la liste fatale. On condamna de mAme à la déportation lés auteurs , propriétaires, éditeurs de journaux du parti royaliste. L'autorite fit plus , elle permit ou toléra le brisement des presses de la Quotidienne et de quelques autres feuilles. Bien n'excusait cette violation de la propriété. Quant à la conduite des écrivains de Tépoque, il n'y en eût jamais de plus folle , de plus coupable. Us avaient amené les choses à un point tel qu'un coup d'état devenait inévitable pour le salut du gouvernement, et jamais il ne fut mieux prouvé qu'un parti peut être perdu par quelques écervelés qui, n'écoutant que leurs emportemens , s'abandonnent a une audace qui ne calcule aucunes des conséquences inévita* blés de leurs conduite.
Dans la journée du 18, dès la naissance du jour, le fatt-bourg Saint -Antoine était debout ^ on lui distribua des ar» mes de bonne heure, et bientôt il se mit à défiler pour se rendre autour du palais du Luxembourg. Ce rassemblement formait une masse considérable qui s'accrut encore par l'arrivée du faubourg Saint^Marceau, que le Directoire, ou plutôt Barras , avait fait appeler au secours du gouvernement. Un entier dévouement régnait parmi les patriotes; ils offrirent leurs bras aux trois Directeurs, et jurèrent de le défendre, en répétant sans cesse les cris de vive la République ! vive le Directoire ! Ou a fait un insigne jQAensonge en les représentant comme une troupe de bri-
HESUEES RÉVOLirriOHiNAIfiES. 9lQ0
gaads àflamës de meorire et de pillage , et furieux de se Toir enlever leur proie. Bien de pareil n*eût lieu à cette époque y et je dois rendre aux chefs du peuple , tous hommei pris dans son sein , la justice de dire qu'ils montrèrent alors une raison et une modération dignes des plus grands éloges; seulement^ dans la section des Gravilliers» qui comptait vingt-deux mille hommes armés , il se répandit des bruits de projels sinistres contre la vie des captifs du Temple. La présence du ministre de la police Sotin, qui se rendit seul sur les lieux , suffit pour prévenir des eicès suggérés par certaines personnes qui se cachaient dans Tombre. « Tout est perdu« si la révolution remet les mains dans le sang , avait dit un citoyen à ce ministre *, allez, et mourez plutôt que de souffrir un pareil malheur. »
Pour compléter le coup d'état , le conseil des Cinq-Cents porta différens décrets contre les émigrés et le prêtres *, il faillit même adopter une résolution proposée par Boulay de la Meurthe, 'tendant à bannir de la république les nobles on annoblis qui avaient fait partie des maissons royales, leurs femmes, même divorcées , si elle n'étaient pas remariées, enfin tous les premiers fonctionnaires de Tordre civil sous Tancien régime; le projet de décret contenait quelques exceptions, notamment une en faveur de Talleyrand. Le Directoire obtint le droit de nommer les magistrats dans les quarante-huit départemens qu'on accusait de tendance révolutionnaire, et dont on venait d'annuler les élections sous ce prétexte. On accorda encore au Directoire Tautorisation de rouvrir les clubs, et de censu^ rer les journaux.
Bewbel et ses deux collègues firent partir pour Texil quinze des déportés qui passaient pour les plus dangereux. Dans la route, ces infortunés éprouvèrent mille avanies de la part d'une espèce de général nommé Dutertre , homme ignoble et grossier, que le Directoire , honteux de lavoir employé , se hftta de rappeler. Les captift, arrif es i Bo-
SOO hévolution feançaise.
chefort 8'einbarqaërcnt pour la Guyane française, ou Biilaud^YareDDes et Gollot d'Herbois les avaient devancés. Ainsi, deux membres du Comité de salut public, et des chefs du parti royaliste, se trouvèrent réunb par le même genre de proscription. Les autres déportés furent envoyés captifs à rtle d'Oléron. Ainsi s'accomplit Tévénemcnt du 18 fructidor , îune des plus déplorables nécessités de notre histoire révolutionnaire, et qui ne prouva que trop clairement deux choses également tristes: la première, que Tactc constitutionnel manquait d*élémens de force pour gouverner les Français ^ la seconde, que le premier général qui oserait se mettre à la tête d'un corps de troupes recueillerait sans peine Théritage de la révolution. Ce dernier fait si clairement exprimé par Tinfluencc d*Augereau, devenu le bras droit du Directoire, ne fut pas perdu pour celui qu on n'appelait plus alors que \ Italique ^ comme Rome appelait Scipion ï Africain.
Bonaparte avait obtenu que les négociations définitives seraient ouvertes en Italie, au lieu de s'entamer à Berne. La cour do Vienne s'était d'abord opposée à cette résolution , mais avait fini par consentir à ce que les plénipotentiaires s'abouchassent à Udino le 17 juillet (15 messidor). Bonaparte envoya Glarke dans cette ville, en annonçant qu il s'y rendrait d^s que les principales bases du traité seraient arrêtées. Le général commençait & se méfier du cabinet autrichien, alors travaillé par les agcns du prétendant, qui annonçaient presque ouvertement qu'une révolution, inévitable en France (on était encore avant fructidor), allait dispenser Tcmpereur de signer un traité humiliant pour lui. Prompt à saisir lespérancc la plus légère comme une réalité , les ministres de François II envoyèrent des notes datées du 50 messidor (18 juillet) qui annonçaient que définitivement la cour de Vienne, s'en tenant au texte même des préliminaires, demandait un congrès général de toutes les puissances i Berner et se plaignait avec chaleur de la
LORO MALMESBURT, 801
conduite de Tarmée française, qu^ello accusait d avoir excité les événemens de Venise et de Gênes.
En apprenant cette déloyauté de I Autriche , Bonaparte eut envie de dénoncer iarmistice, et de précipiter ses divisions sur Vienne consternée. Mais il retint sagement sa colère , et se contenta de faire rédiger une note vigoureuse qui réfutait victorieusement et avec hauteur tous les prétendus griefs de TAutriche. Le motif qui avait influé particulièrement sur la modération de Bonaparte , était la connnaissance des nouvelles conférences ouvertes pour la paix. En effet, Pitt, effrayé de Tascendant victorieux de la France, avait envoyé à Lille lord Malmesbury, et imposé à celui-ci, comme négociateur secret, M. Eltis. Les en- Toyés de la Grande-Bretagne étaient arrivés en grand appareil le 4 juillet (16 messidor).
Les trois négociateurs chargés , par la république, de s'entendre avec lord Malmesbury, se trouvaient être Tcxdirecteur Letoùrneur, Préville-lePclay, qui avait bientôt quitté les négociations pour le ministère de la marine, et Hugues-Bernard Maret^ devenu depuis duc de Bassano.
Dès que lord Malmesbury eût signifié ses pouvoirs et demandé les conditions de la France , les négociateurs commencèrent par déclarer que la république exigeait que Georges 111 cessftt de prendre le titre de roi de France , qu'il rendît à nous et à nos alliés toutes les colonies dont les armes d'Angleterre s'étaient emparées , tous les vaisseaux qlie la trahison avait livrés dans le port de Toulon, att pavillon britannique. La France ne voulait faire aucune concession, i Malmesbury s'adressa , pour avoir des entrevues particolières, à Maret qui n'y consentit que sur Tautorisation du Directoire. Après des pourparlers assez longs, Maret, heureusement servi par la diversion du Portugal , qui venait de rompre son alliance avec lAngleterre , obtint h peu près tout ce qu'on pouvait désirer. Le Directoire, instruit de ce succès ; répondit que la répu-
SÔ9 nivoLunoN nxHçkMt.
bliqae ne pouvait donner une réponse définitive avant d'avoir consalté ses alliés, TEspag^ et la Hdiande. Effectivement, il eût été odieux de ne pas interroger ces deux pays sar des questions de la plas hante importance poar eux. L'événement de fruetidor avait enflé Forgneil du Directoire, il ne montra aucun esprit de conciliation. Maret fut appelé à Paris et remplacé par Treilhard et Bonnier porteurs de notre ultimatum. Cet ultimatum exigeait la restitution pure et simple de toutes les colonies de la France, de la Hollande et de TEspagne^ dans le même temps , on expédiait de nouveaux ordres à nos plénipotentiaires à Udine. Noos ne nous bornions plus à vouloir les bords de TOglio poar limite de la puissance autrichienne, nous exigions que Tltalie fût entièrement libre jusqu'aux rives de Tlzonzo. Ce fat alors qae le Directoire rappela le général Clarke, afin de confier toas les pouvoirs du goa vemement à Bonaparte que Ton voulait achever de conquérir.
Lord Malmesbury quitta Lille avec douleur -, il croyait la paix utile à sa patrie, et voulut charger Maret de tenter d'obtenir du Directoire des propositions plus acceptables; il offrit niême au négociatear républicain plusieurs millions pour acheter la voix de Ton des directeurs. Maret rejeta les propositions du lord.
Quoique le Directoire parût avoir donné une grande preuve d'estime au général de l'armée d'Italie, il se méfiait de lui, et craignait que l'illustre capitaine ne se fît appeler au commandement des républiques italiennes, ou ne prtt, dans un accès d'ambition , la route de France avec les légions qui lai étaient si dévouées. Le Directoire cherchait donc en sous main à séparer l'armée d'Italie de son chef. Bonaparte ne tarda pas à découvrir cette ténébreuse manœuvre, et h s'en plaindre avec colère. Trop certain qu'on n'oserait pas Taccepter, il donna sa démission aux directeurs, sous prétexte d'an ei^cès de fatigue qn'il ne pouvait
BOniUPAETË. 8A5
pins supporter. Poar toute réponse , on se htta de déclarer qne la confiance nationale lai demenrait inTariablement acquise. Alors > revenant sur sa démarche , il se contenta de solliciter son remplacement en qualité de plénipotentiaire, et d^organisateur des républiques italiennes. H demandait qu'on lui envoyât Sieyes, mais le Directoire ne voulut point accéder à ce désir, il fit bien; on ne pouvait confier les destinées de lltalie à des mains plus fermes et plus habiles qoe celles du négociateur de Leoben. Ce fut alors que Bonaparte conçut la grande idée de disposer les bords de la Méditerranée de manière à ce qne notre pavillon y dominât sans rival. Il voulait que la France gardât les Iles Ioniennes 9 détruisit le gouvernement de la vieille Halthe^pour en £aiire une colonie française, et s'empara de l'Egypte. «Maîtres de cette contrée, écrivait-il au Directoire ^ noDS pourrons laisser aux Anglais le cap de Bonne* Espérance , car nous aurons une route plus directe pour aller aux Indes : c'est en Egypte qu'il faut attaquer l'An-* gleterre. »
Les conférences avaient été rouvertes avec TAatri* che, le 14 fructidor, àUdine, d'abord entre Bonaparte et MM. de Gallo , Meerweld ,^ Dcgeiman , et bientôt avec M. de Gobentzel. Ce ministre était accouru & Cdine im* médiatement après la nouvelle de la journée du 18 fructidor, qui venait de renverser complètement les espérances malheureusement trop fondées des royalistes. Quelle qae critique que fût en réalité la position de I Autriche , le principal négociateur n'en crut pas moins pouvoir afficher des prétentions extravagantes. €obentzel ne voulait accorder à la république qu'une partie très minime de ce qui avait été convenu dans les préliminaires de Leoben. Bimaparte , méprisant la présomption du mioistre allemand, lui répondit en demandant pour la France le cours du Rhin avec Hayence , et Tlzonzo pour l'Italie^
904 RÉVOLUTION FRANÇAISB.
Armé d'une inflexible volonté , il avait résolu d'acquérir encore pour la nouvelle république, son ouvrage , Mantoue et rAdige, parla concession de Venise. A co prix y il complail infailliblement amener le plénipotentiaire à faire ce qu'il désirait. Quoique Tabandon de Venise fût contraire aux volontés du gouvernement, le général , espérant que les directeurs n'oseraient rejeter ce qu'il aurait signé , présenta fièrement son ultimatum. Le 16 octobre, (18 vendémiaire) eut lieu la dernière entrevue. Les voitures des négociateurs autri* chiens étaient attelées, et Gobentzel déclarait que rien ne pourrait le dééider à signer des conditions si onéreuses. Oubliant la circonspection de son rôle , le ministre ajouta, avec aigreur, que Bonaparte sacrifiait sa patrie et l'humanité à Tenvie de guerroyer. Le vainqueur d'Alvinzi, de Wurmser, du prince Charles , parut souffrir patiemment cet insolent discours \ mais , tout à coup , saisissant un magnifique cabaret dci porcelaine donné par Catherine à Gobentzel, il le jeta contre terre en s'écriant : a La guerre est déclarée l mais souvenez^vous qiCai^ant trois mois f aurai brisé votre monarchie , comme f ai brisé cette porcelamel.... Après cette action , qui déconcerta la gravité allemande, Bonaparte, rentrant dans le calme dont il yenait de sortir comme malgré lui, salua M. Co* bentzel ainsi que ses collègues , et se retira. En montant dans sa voiture, il chargea un de ses aides-de-camp d'aller apprendre au prince Charles que les hostilités allaient recommencer. Cobentzel, effrayé, envoya sur-le-champ à Passeriano l'ultimatum français , revêtu de Tadhésion des plénipotentiaires de Tempereur.
Le traité fut signé le 86 vendémiaire (IS octobre) , et se trouve daté, non de Passeriano , mais d un petit village, , Campo-Formio, situé entre la résidence des négociateurs allemands, à Udine , et celle de Bonaparte à Passeriano.
Aussitôt , le général inquiet de la manière dont le Di-
TRAITE DE CAKM-FOUilO. 8(ttt
rectqîre accepterait le traité conclo, envoya» pour le porter à Paris, le chef detat-major Berthier et illlustrc MoDge, vieux républicain, séduit par son admiration pour tant de gloire dans un si jeune capitaine. Sans doute le traité de Campo-Formio ajoutait un beau fleuron à la cou-ronnede Bonaparte ^ sans doute, négociateur aussi habile qu il s'était montré grand général , il venait de rendre un service signalé à son pays; cependant, plaignons-le d*a\oir pu se résoudre an parti de placer Venise sous le joug de FAutriche. Venise renfermait des âmes généreuses et d'excellens citoyens. Le premier jour où le pavillon impérial flottait sur la place Saint-Marc, une femme dn sang patricien s'empoisonna de douleur. Le doge mourut de désespoir au moment de prêter serment d'obéissance entre les mains du délégué de l'empereur.
Dans les discussions relatives à la paix, La réveillèrc et Rewbel, soutenus par Barras, embrassaient toujours les intérêts de l'Bspagne et de la Hollande : au contraire. Barthélémy et Carnot ne cessaient de proclamer la nécessité de traiter même aux dépens de ces deux fidèles alliées. De là des débats assez vife dans lesquels Rewbelé et Barras reprochaient à Carnot une espèce de sollicitude pour l'Autriche et même pour TAngleterre. Carnot aimait cependant son pays, dont il voulait la gloire et la liberlé ; m^d^tres dissentimens et Tesprit de contradiction le pptç^aîent alors dans une voie qui ne pouvait que regarder. C^Ot et Barthélémy avaient dû céder la place h Merlin et à François de Neufchâteau.
. Arcivés à Paris dans la nuit , Monge et Berthier se ren<^reiit chez Laréveillère, président du Directoire, et lui présentèrent, avec les lettres du général, le traité de C^oapo^Formio* Monge, doué d'un courage qu'il manifesta depuis si hautement dans les périls de l'expédition d Egypte, avait cependant le caractère timide ^ Berthier était faible comme tous les hommes incertains en politique : tous VI. ao
deux , quoique entièrement satisfaits de la conclusion de la paix , se trouvaient fort embarrassés d annoncer que les ordres du Directoire avaient été enfreints. Ils prirent les plus grandes précautions pour révéler la teneur du traité. Laréveillère accueillit les commissaires avec tous les ^ards dus à leur caractère et à leur gloire , et , sans s expliquer sur le traité, il répondit que le Directoire prononcerait. Mais Paris reçut avec une telle joie la nouvelle de la paix , que les membres du gouvernement ne pouvaient guère résister à Topinion qui le conJBrmait d avance. Ils avaient, toutefois, quelque raison d'être mécontens cl de refuser leur ratification ; mais ils n'en obéirent pas moins aux plus graves considérations en acceptant le traité aux applaudisseraens de tonte la capitale. En annonçant que la paix était signée , le Directoire , par un arrêté dont , à cette époque, on fit honneur à Talleyrand, appela Bonaparte au commandement supérieur de Tarmée d'Angleterre , et le nomma plénipotentiaire de la république à Rastadt, oh la France devait négocier la paix avec Tempire. Prêt à quitter Fltalie , Bonaparte adressa ,. par une belle et simple proclamation, ses adieux à la république qu'il avait fondée^ il partit accompagné des regrets de toute ritalie. Sa marche jusqu'à Rastadt fut une suite de triomphes; partout des harangues, des couronnes, le bruit du canon et les applaudissemens de l'enthousiasme des populations pressées sur son passage. Il ne voulut demeurer à Rastadt que le temps nécessaire à l'échange des ratifications du traité de Campo-Formio, et aux arrangemens de notre entrée en possession de Mayence. Aussitôt après, il prit la route de Paris. Peu de mois s'était écoulé depuis qu'il avait quitté cette capitale avec un nom inconnu de la gloire ; il allait y rentrer précédé d'une réputation immense et populaire.
Arrivé le 15 décembre 1797 (an VI), il descendit flans une petHe maison qu'il avait fait acheter rue Chan-
IIONAMRtE CÉNERAL DE lUrMÉB D AN6LETER1IE. 807
tereine , surnommée depuis cette époque , rue de la Victoire. Le premier qui le visita dans ce modeste asile fut H. de Talleyrand ^ le général se dispensa poliment de recevoir le ministre, et le prévint le lendemain matin. Ces deux bommes, en se voyant pour la première fois, ne se doutaient pas qu*i(s allaient commencer ensemble une liai* son dont la rupture aboutirait au renversement d'une grande fortune et à la ruine d'un empire.
Les salons du ministère des affaires étrangères étaient remplis d'un grand nombre de personnages célèbres. Bonaparte entra avec une contenance grave et posée ^ ayant aperçu llllnstre Bougainville , il lui adressa des paroles dans lesquelles Téloge semblait se mêler au respect. Après cette entrevue, Talleyrand présenta le vainqueur de TÂutricbe an Directoire qui, faisant babilement taire ses justes ressentimens , voulut donner une certaine pompe i la ré-ception publique du traité de Gampo-Formio. On choisit pour théâtre de Timposante cérémonie la grande cour du Luxembourg que Ion avait ornée avec faste , et qui était surmontée d'une toile semblable à un dais immense ^ un vaste amphithéâtre contenait une foule de fonctionnaires et de citoyens assis sur des gradins et ombragés par les drapeaux conquis sur toutes les armées du continent. Les fenêtres de Tédifice se trouvaient remplies de spectateurs ; on en voyait jusque sur les toits. On avait placé de dis^ tance en distance des corps de musiciens qui devaient chanter 1 un des plus beaux hymnes républicains de Cbénier. Le 10 décembre, les directeurs, en costume romain, assis au fond de la cour sur une estrade au pied de Tautcl de la patrie , entourés des ministres , des membres des deax conseils ^ des ambassadeurs étrangers et de toutes les autorités civiles et militaires, reçurent Bonaparte présenté par le ministre des relations extérieures. Peutêtre le peuple n avait-il pas montré , sur le passage dit conquérant de la paix, tout fenthousiasme qull mé^
ao.
ritaity et que loi avaieot si justement témoigDé les nouveaDX citoyens de iltalie*, mais la société d'élite qai était accourue pour se rassasier du plaisir de le contempler, ne put maîtriser la profonde émotion que lui causait la présence de rhomme d'Arcolc , de Rivoli , de Leoben : des cris de vive la république ! vive Bonaparte ! retentirent de tous côtés. Quand rassemblée , qui s'était levée tout entière, eut repris sa place, Tallejrand, dans uq discours peu convenable à la gravité ministérielle , célébra, avec une sorte d'exaltation, non seulement la gloire de Bonaparte , mais encore son amour de la retraite ^ il fit presque un Cincinnatus ou un Gatinat de rhomme qui avait une ambition plus vaste que celle d'Alexandre onde César. Était-ce enthousiasme véritable? était-ce calcul politique et dessein formé de s'emparer de Bonaparte par ces démonstrations de dévouement absolu qui plaisent à ses pareils ? je laisse au lecteur le soin de répondre à CCS questions. Après le ministre, Bonaparte , au milieu de cette assemblée qui fit un profond silence pour ne perdre aucune de ses paroles , s'exprima ainsi :
« Citoyens ,
(( Le peuple français , pour être libre , avait les rois à combattre \ pour obtenir une constitution fondée sur la raison , il y avait dix^huit siècles de préjugés à vaincre. — La constitution de l'an III et vous , avez triomphé de tous ces obstacles. — La religion , la féodalité , le royalisme, ont successivement , depuis vingt siècles, gouverné l'Europe -, mais de la paix que vous venez de : conclure date l'ère des gouvernemens représenta ttfe. -— tbus êtes parvenus à organiser la grande nation doàt ie vaste territoire n'est circonscrit que parce que !a n^ftliarc' en a posé elle-même les limites. — Vous avesz fait |lu«: Ici plus belles parties de l'Europe, jadis si célébrée pair les arts, les sciences cl les grands bommés d<>nt eltéè fù^^nt