‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 47 sur 93 · IMPOTS · texte numérisé non relu

IMPOTS

ment , parce qa*il ayait la double habitode de bien regar* der par lui-même, et de bien s'enquérir, parvint h éta* blir un système conyenable. Bientôt les rentrées, se fSeôsant avec régularité, suffirent aux besoins de l'armée comme à ceux du gouvernement du pays, sans que les charges fussent trop onéreuses pour les babitans. Le produit net des contributions territoriales fut. Tan YII (1S15 de 1 hégire), de 8,084,287 fr. ] l'an VIU, de 9,SS7,414£r. Bonaparte prit de sages mesures pour le commerce , le système monétaire*, enfin , en somme totale , il fut perça en Egypte durant les trois années de l'occupation française , la somme de 88,338,879 fr. Pendant que Bonaparte ordonnait et réglait tout, ses habiles lieutenans ache- Taient la conquête. Yial prit possession de Hansourab et de Damiette. Sur quelques points on vit alors des soulèyemens partiels, mais Dngua, Zayonschek et Yial réprimèrent ces germes d'une révolte dangereuse , par des mesures aussi sages qu'énergiques, et quelquefois terribles. Julien , aide-de-camp de Bonaparte, envoyé par lui le 14 thermidor, au général Uenou , était tombé assassiné sur la route dans le village d'Alqam. Lanusse fut chargé de la punition de ce crime. Le village coupable^ après avoir été pillé , se vit livrer aux flammes. Bonaparte fit aussi quelques exemples sévères et justes contre des schérifs qui avaient violé envers nous la foi jurée. Koraim^ schérif d'Alexandrie, fut décapité.

L'esprit reste étonné devant la magique promptitude avec laquelle toutes les créations civiles et militaires de la civilisation européenne, surgirent tout i cçup dans la vieille Egypte. Le Caire vivifié par l'abondance des choses nécessaires , même par la fabrication des choses de luxe, offrait une image de Paris. En même temps, une flottille équipée sur le Nil servait à tous les transports comme à toutes les communications.

Hais tandis que la colonie prospérait ainsi; sur leconti-

au REVOttmeif PBANÇAISE.

sent y on boos eroyait perdôs , et la nouvelle i« iésMtie d'Àbonkir réveillait les espérances ainsi qne les cconplots des ennemis de la république. Àa mépris des promesses da Directoire, Talleyrand n'avait point paru à Gonstantinople. La Porte travaillée par Vor et les conseils de la Grande^ Bretagne, nous déclara la guerre et fit cause eom-. mune avec nos plus grands ennemis, rAngletenre et la Russie. De son côté, la cour de Naples violant ses traités avec BOUS, prodiguait tous les secours possibles à la flotte de Tamiral Nelson. Partout nos ennemis se montraient hardiment ^ dans la Toscane , en Piémont , dans une grande partie de Vitale, i Vienne, dans toute rAllemagne, les envoyés anglais cherchaient à rallumer la guerre, ila s'efforçaimt d'entraîner l'Autriche par l'espoir de reeon-* quérir ce qu'elle avait perdu. Pétersbourg était sar^ tout un grand foyer d'intrigues contre nous. Galherine^/eh Grand y tout en se prononçant avec violence contre h révolution et son gouvernement, n'avait jamais voulu envoyer une armée sar le Bhiu ou sur le Pô. On s'efforça de pousser à cette extrémité Tempereur Paid , son fils , prince emporté, bizarre et généreux, dont on pmivait obtenir beaucoi^ en flattant son orgueil ou ses caprices. Suivant les prétendus amis de sa gloire, il devait devoir en quelque sorte le Godefroy d'une nouvelle croisade européenne, conjurée pour anéantir la révolution française. La démarche de l'ordre de Malte qui le prit pour protecteur, exalta sa t^e ^ il promit le secours de ses troupes. Mais, d'autre part , la Prusse, par intérêt et par raison , se tenait dans une sage réserve. L'Empire , à fex-» céption des princes ecclésiastiques , menacés de la sécularisation , désirait la paix. Cependant l'Autriche avait oo- Vert avec la France de nouvelles conférences i Setz , non loin de Rastadt. François de Neufchâteau , chargé des intérêts de la république , insistait pour obtenir la réparation de l'insulte essuyée par notre ambassadenr Bernadotle,

tandli ^e le diplomate autridden , H* de Cobeatiel^ qiil B'avait pkis devant lai rimpérieux vainqueur de LoÀ , revoMit sans cesse sur le grief de la formatioa de deus nouyelles républiques , Taue à Rome , l'autre en Suisse ; ii prétendail que la France avait violé le traité de Gampo- Fonnio^ pour dédommagement, l'empereur voulait uM nouvelle ligne en Italie ^ il demandait que la puissanee autriehienne (^'étendit jusqu'au Pô et à i'Adda. Cobentièl proposait d'indemniser la république cisalpine par «a agrandissement aux dép^s d'une partie du territoire ^é^ montais 9 dont le reste eût formé un dacbé qui^eftt été gouverné par l'archiduc de Toscane. On reconnaît ici ta maison d'Autriche j son système constant de s'enrichir i tout .prix. Le Directoire refusait de violer tous ses ea* gagemens» soit avec le Piémont, soit envers la Cisalpine^ et de s'exposer à perdre son influence sur l'Italie qui aurait pu lui reprocher de l'abandonner après Vavoiv poussée i conquérir sa liberté. Les deux négociateurs ne purent s'entendre \ il parut évident que l'Autriche , ton** jours si prompte à réparer ses délaites , et si habile i saisir ses arvantagesy était résolue à nous attaquer 3 aussi la viton bientAt envoyer i Berlin d'abord , et ensuite à Saint- Pétersbourg deux négociateurs avec la mission d'obtenir le concours de l'une et de l'autre puissance. Nos ambas*sadeurs Jean de Bry et Boberjot avaient obtenu de l'Em*» ^re i peu près tout ce qu'ils désiraient \ ils cberchaienit seulement & se faire concéder, sur la rive du Rhin qui devait rester ennemie, des positions capables de permettre i nos troupes de franchir le fleuve^ si jamais nous étions forcés d'avoir recours aux armes. L'Empire répondait quic le Rbin devait, pour être une barrière , offrir aux puissances limitrophes d'égales sûretés \ il consentait à prendre pour véritable ligne de partage le milieu du cours du fleave^ et à permettre la libre navigation. Ces conditions furent admises en septwibre t79tt ( vendémiaire an VI)«

810 ElSvOtUnON FRANÇAISE.

La France sonscmit i la démolition de Gassel et de Kelh. L'Empire gennanique nous cédait Itle dePétenon, mais ce ne fot pas sans douleur qu'il consentit i la destraction de la belle forteresse d'Ebrenbreisten.

La Russie avait pour ambassadeur auprès du roi de Prusse, le prince Repnin, et la France Tex-conventionnel Sieyes. On ne saurait marquer d'une manière plus caractéristique la réyolution survenue dans les rapports diplomatiquesy et Tirrésistible puissance de la loi de la nécessité» que par la présence simultanée de ces deux ministres à la cour d'un monarque absolu, de Théritier de Frédéric H. Malgré des répugnances et des oppositions, Sieyes contribua plus qu'on ne pense à balancer l'ascendant du prince Repnin qui, voulant faire au nom de son maître une espèce de violence au roi, en reçut, dit-on, cette réponse : a Que le cabinet de Pétersbourg, depuis dix ans, poussait toute l'Europe ila guerre, et ne la faisait pas lui-même.»

Nous avions de l'autorité en Italie. Rome , constituée en république française par Daunou, Florent, Monge, Guyot, et Faypoult, qui avaient succédé au pouvoir absolu des généraux, essayait d'asseoir ses destinées sur des bases pareilles à celles de notre constitution. Il y avait dans Rome une certaine exaltation qui venait du souvenir des grandes choses qu'elle avait faites autrefois au nom de la liberté. Les Romains relevaient la tête avec fierté en parlant du Gapitole et des Paul-Emiles*, mais les âmes n'étaient plus taillées sur ces grands modèles. Il semblait que ce climat, amolli depuis la disparition de la race de fer qui foulait autrefois le sol des sept collines , eût amolli à son tour les caractères, excepté les Transteverins qui conservaient l'énergie antique ; à peine pouvait-on trouver des hommes pourremplir les fonctions publiques, quelque peu fatigantes qu'elles fussent \ il leur fallait des jours de repos comme à un Napolitain qui passe une partie de son temps à dormir au soleil. À ce vice incurable de la paresse, aejoi-

ITAUE. GlgAiPINE. 541

gnaient une inexpérience et une incapacité absolue ea fait d'administration et de gouveraernent. Sans noosj la repu* bliqae romaine ne pouvait pas yivre un moment, et le premier choc Taorait renversée. La commission avait mis fin à toutes les malversations » et fondé un système d'impôts, capable de suffire aux nécessités du pays et à celles de l'occupation militaire, Tautorité militaire , exercée par Saint-Gyr, était subordonnée à Tautorité civile, comme le veut le véritable système constitutionnel. Saint-Gyr, quoique attaché aux principes, murmurait cependant de cette dépendance nécessaire^ mais le Directoire, qui voulait la maintenir à Rome comme à Milan, persistait dans ses résolutions. Trouvé avait été envoyé en Lombardie avec Tordre de modifier les lois organiques de la jeune république, avec laquelle nous avions conclu récemment une alliance offensive et défensive. Toucher aux lois d'un peuple, et y toucher surtout quelques jours après les avoir promulguées, était un tort que le Directoire aurait dû sentir. Les patriotes italiens, très liés avec les officiers de Fétat-major, résolurent de tenir tfite au diplomate français , dont la présence était d'ailleurs peu agréable aux citoyens, parce qu'on le connaissait pour un homme prêt à changer sans cesse de masque et de rôle : d'abord révolutionnaire violent et auteur de poésies pleines de jacobinisme, puis ardent réacteur, et enfin créature du gouvernement. Brune et son état-major prirent parti pour ces jeunes patriotes, et il y eut conflit. L'ambassadeur et ceux de son parti se virent dénoncés avec violence, et même insultés par nos officiers. Brune et Lahoz, tous deux démocrates, se rendirent à Paris pour chercher à prévenir les desseins du malencontreux ambassadeur*, ils ne réussiren t pas. Le Directoire leur ordonna de retourner à leurs postes.

En conséquence. Trouvé, le SO août, assembla le Directoire et les deux conseils de la république cisalpine, e(

Sn RÉVOLITtlON FRANÇAISE.

leor floomlt le plan de la nonrelle constitutiOB pir^wée par Faypottk. Les conseils approuvèrent tout malgré les efforts et la rage des patriotes cisalpins. Mais après ee suceès» telle était Tirritation dn peuple contre TenT^é de ki France, que le gouvernement français dèl le rappeler. On lai donna Fonehé pour successeur. Il y eut, avant Fntrivée de ee nonveaa chargé d^aflhires et le départ du premier, nn interrègne dont les patriotes italiens et Brune se hfttèrmt de profiter. Ce dernier poussa faudace jusqu'à faire arrêter les directeurs crées par Trouvé au nom du gouvernement français , le général se permit même de modifier la dernière constitution qui! se hâta de soumettre ainsi réformée aux assemblées primaires, qui Tappronvèrént. Brune jfut rappelé et remplacé par Jonbert, et la nouvelle constitution cassée, malgré les dforts de Fonehé qui dut rentrer en France. Remarquons en passant qtie cet homme étourdi, peu sincère et peu d'accord avec Itii-même, secondait en Italie les ardens révcrfutionnàires qu'il était sur le point de trahir en France. Lts vîcissrtades que venaient d'éprouver la cisalpine et Forage qu'il eftt été fkcfle de prévenir, firent beaucoup <Fennemis aa Birectoîre, que Ton commença dès lors à accuser d'avoir fait dans l'expédition d'Egypte une entreprise ruineuse pour la France. Les partisans du vainqueur de lIFtafie, peut-être pour détourner le blâme que la tournure des affaires, n'aurait pas manqué de déverser sur lui , s'accordèrent à répandre dans le public que le Directoire , par jalousie , avait exilé le seul homme capable de sauver la répubfiqne. Cette opinion paraissait fondée en raison-, mais malheur aux états républicains qui n'ont d'espérance que dsins un homme et qui le proclament indispensable !

Tandis que Fltalie s'agitait, l'esprit de démocratie remuait aussi la Hollande. Le gouvernement français avait eu d'abord beaucoup de peine à Mre adopter, avec l'appui de Joubert et de nos troupes, une constitution nni-

fiÔtiLASiDÊ. fHa

taire. EnfiA rarktocratie fédéraliste , obstinément déterminée à la repousser, avait été renversée avec violence > et le 5 pluviôse (M janvier) avait ressemblé à notre frnclidor. Les patriotes triomphans maîtres de tous les pouvoirs^ après avoir exclu de l'assemblée les députés oppo^ sans, s'étaient constitués en deux conseils^ et n'avaient pas craint de nommer un directoire sans recourir à de noti^velles élections; mais le Directoire français ne Voulait pas que l'on passât sa mesure en fait de liberté , et il s'entendit surtout avec le général baendels qui partag'eait sesprinci^ pes. Joubert et ce général, trop docile instrument d'une violence qui devait coûter à son patriotisme, dispërtèrent les pouvoirs démocratiques» formèrent un gouvernement provisoire , et convoquèrent les électeurs pour faire de nottveauic choix. Delacroix, ministre de France, citoyen 2élé qui s'était montré favorable aux sentimens et àûx actes des patriotes^ fut rappelé à Paris-, et la Hollande^ intimidée par les baïonnetes françaises , se vit rejetéé violemment dans une route parallèle à celle de notre g ou^ vernement. On ne saurait dissimuler que ces mesures, en causant les plus justes mécontentemens aux révolutionnaires bataves , ne dussent contribuer singulièrement à nous enlever l'affection et la confiance.

Gomme on le voit, la situation se compliquait audehora : au dedans elle empirait aussi. Outre toutes les querelles politiques, le recouvrement des impôts et la situation des finances suscitaient beaucoup d'embarras au Directoire, et fournissaient des sujets d^attaque k ses ennemis, entre lesquels Lucien Bonaparte, fidèle à un rftle secret et convenu entre lui et son frère, figurait au premier rang. Le budget de l'an YI avait été arrêté à 616 millions ; mais malheureusement les rentrées n'avaient pas répondu complètement à l'attente du gouvernement. L'impôt: territorial surtout avait été difficile et long à percevoir. Il ^ut, pour l'an VU, alléger le fardeaa, et dmcher à

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reverser sar d'autres objets des impositions capables de fournir i rétat le moyen de faire face aux besoins. Ramel demanda de nouyelies ressources pour fournir au gouyernement 600 millions , dont on allait ayoir besoin durant le cours de Tannée qui s'annonçait d'une manière hostile pour nous, surtout depuis que Paul I«r avait signé un traité d^alliance offensive et défensive avec l'Autriche.

Ramel proposa l'impfttdes portes et fenêtres, ressource immense dont on a peut-être cruellement abusé. Cette proposition du ministre, d'abord vivement combattue, finit par être adoptée \ elle était indispensable, et les partisans du Directoire objectaient avec raison aux membres de Topposition, déclarée contre lui, que le moment était mal choisi pour entraver un gouvernement sur lequel allait fondre sans doute une nouvelle coalition. D'un autre côté, nos armées se trouvaient beaucoup diminuées, car nous avions éprouvé des pertes immenses sur tous les ehiHnps de bataille ; et depuis la grande levée en masse du mois d'août 1793, peu de citoyens avaient quitté leurs foyers pour se rendre dans les camps, tandis qu'un bon nombre de ceux qu'une guerre si dévorante avait épargnés, étaient restés dans leurs familles. Une loi devenait donc indispensable pour remplir les cadres. Jourdan fut chargé de &ire le rapport sur le projet présenté par le Directoire. On pouvait difficilement choisir un homme plus honnête et plus expérimenté dans la matière. Voici les principales dispositions de cette grande loi qui fut adoptée sans opposition. Tout Français était déclaré soldat, de 20 à 2S ans; les jeunes gens de cet âge se trouvaient divisés en cinq cla&ses* Le gouvernement pouvait les appeler une à une, en commençant par la première de vingt ans, ou les convoquer toutes ensemble. En temps de paix, les conscrits étaient tenus de servir cinq ans; en temps de guerre, la durée du service devenait illimitée. La loi statuait aussi que dans un grand péril, le gouvernement gardait le

GÛNSCiaPTION. SIS

droit de lever en masse la population do pays, pour la jeter tout entière devant Tennemi. Le Directoire réclama surleHïhamp deux cents mille conscrits pour compléter Tarmée; les conseils législatifs souscrivirent à cette demande qui fut votée par acclamation. Il £aillait équiper et armer ces nouvelles troupes. Le 25 septembre 1798 (2 vendémiaire an VU), on autorisa le Directoire à mettre en vente 12tt millions de biens nationaux. Le gouvernement avait raison de se préparer ainsi des ressources ^ en effet, la nouvelle coalition, formée par le ministre Pitt, nous annonçait une luttenonmoins terrible quela première. C'était en Italie surtout que la guerre paraissait près d'éclater. A Naples, la reine, femme sans dignité, sans pudeur comme sans véritable énergie, poussait le peuple à des imprudences. Elle fêtait Nelson avec transport et cherchait à décider la Toscane et le Piémont à lever l'étendard contre nous. En même temps, et comme s'ils eussent voulu servir nos ennemis, les patriotes de la république ligurienne que le ministre Sotin ne pouvait arrêter, malgré les plos sages remontrances, avaient déclaré la guerreauroi de Piémont. Le Directoire français se hâta d'intervenir, et d'ordonner au nouvel état démocratique de modérer un zèle dangereux. D'un autre c6té, la France, pour prix de sa conduite officieuse, demanda au roi de Sardaigne les clefe de la citadelle de Turin. Après des réclamations bien faciles h comprendre, le Directoire menaçant obtint ce qu'il désirait.

Ghampionnet commandait l'armée de Rome, qui pouvait s'élever de quinze à seize mille baïonnettes. La cour de Naples comptait surprendre ces soldats dispersés en diverses parties de états romains et les anéantir. La haines et l'orgueil, conseillers dangereux, furent seules écoutées par la reine Caroline, sœur de Marie- Antoinette. Elle s'emporta jusqu'à sommer les troupes françaises d'évacuer le territoire de la république du Tibre. A l'appui de cette

M6 KtroLxmom nàMÇAisE.

fommation , l'armfc impériale se mit en marché ; elle était forte de quarante mille soldats, et commandée par le présomptueux Mack^ qui se flattait d'envelopper Championnet. La prudence ordonnait au général français de prendre une position militaire ^ il évacua Rome. Le roi de Naples fit une entrée triomphale à Rome, le S9 novembre 98 (9 frimaire). La populace romaine ^ qui malheureusement ne fait que ressembler k toutes les autres, exhuma les restes de Dnphot et les outragea sous les yeux du vainqueur, assez lâche et assez malavisé pour ne pas réprimer ces indignités. Bientôt la fortune changea, et les Napolitains apprirent à leurs dépens i connaître les soldats de la république. Âscoli fut batia par Gala-Bianca ; Lemoine repoussa les Napolitains sur la route de Terci. Le 14 frimaire (4 décembre), Mack, voulant attaquer la position de Civita-Vecchia 6ù se trouvait Macdonald) fit assaillir Borghettô, Nepi^ Rignano. Partout les soldats républicains, se riant du nombre, écrasftrent les colonnes ennemies. Mack avait dessein de faire rc|Nisser le îibre k son armée pour attaquer Terci ; mais, pendant ce mouvement, le général Mètsch, enveloppé par nous , déposa les armes avec quatre mille hommes qu'il commandait* Mack alors se replia sur Rome, dont le roi de Naples sortit furtivement. Bientôt son général abandonna lui'-même au désordre cette ville, dont Championnat reprit possession dix>sept jours après l'avoir quittée. Justement irrité contre un gouvernement sans foi , le général français résolut de Tattaquer jusque dans sa capitale. Rapide dans sa marche, comme naguère Bonaparte, il fit i l'ennemi un grand nombre de prisonniers. Mack et son armée désorganisée s'enfuirent jusque devant Gapoue. Les Napolitains, qui s'étaient prononcés avec tant de violence et de forfanterie contre nous, se laissèrent aller au plus aveugle désespoir -, la populace Criait à la trahison, menaçait d'égorger les généraux, les ministres et les par-

GVEft&E DE NAPLE8. 5^

Ibanfl des Français; elle demandait des armes. Dans leur époavante mutuelle» Ferdinand et son minisire Acton, le fkvori de la reine, songèrent à se retirer en Sicile. Nelson prêta ses vaisseaux. Tous les meubles que Ton ne put pas emporter furent brûlés. Caroline, furieuse jusqu'à la rage, laissa, dit-oti, au prince Pignatelli, qui restait investi de l'autorité en l'absence du prince, Tordre d'égorger la haute bourgeoisie I soupçonnée de favoriser les Français. Cependant M aek avait fait tous les préparatifs possibles pour repousser lea colonnes françaises qui allaient assaillir Capone. Un premier eftbrt de Championnet échoua parce que la plus grande partie de ses troupes n'était pas encore arrivée. Mack offrit un armistice. Championnet le refusa hardiment, et ne voulut traiter que lorsque toutes ses forées réunies lui donnèrent le droit de dicter les condi-^ lions. Mack consentit à se retirer derrière la ligne des Regi*-Lagni et de TOfanto. Outre la cession d'une partie du territoire napolitain, Championnet exigea encore une contribution de huit millions*, ce traité fut ^gné le SS nivôse (il janvier). Les laszaroni ftirieux en apprenant cette convention, se révoltèrent pour empêcher l'armistice. Le tamulte fut ri violent, que le prince Pignatelli prit la fuite pour éviter la mort. Après trois jours d'une terrible confusion, on parvint i lui donner pour successeur le prince de M aUtome, le seul homme qui eût quelque influence sur la populace. Le même esprit de vertige et de colère qui avait soulevé tes lazzaroni, s'empara des soldats du camp de Mack; ils crièrent à la trahison comme s'ils avaient été braves dans le combat. Le général autrichien, sur le point d'être massacré , se vit forcé d'aller cherchât un refuge so«is la tente de Championnet, qui le reçut noblement et lui laissa son épée. Dégagé de toute obligation par le refus qae la révolte avait fait de ratifier le traité conclu avec Mack, le général républicain s'avança rapidement sur Naple9« Les laaiarom eMnaandés par deux d'entre eux,

348 RévotunON fiunçjjsk.

nommés Michel et Paiggoo, soutinrent le choc des tronpes françaises plus courageusement que les soldats napolitains. Le désordre fut à son comble. Toutefois la bourgeoisie, secondant une entreprise de Ghampionnet y s'empara du fort Saint-Elme et des portes de la ville qu elle livra aux Français. Retranchés dans quelques maisons les lazzaroni firent feu sqr nos troupes. Une lutte terrible s'engagea. Dans leur fureur, ces misérables auraient peut-être mis le feu à la ville, lorsque Ghampionnet eut le bonheur de faire prisonnier un de leurs chefs. On usa de bons procédés envers lui, on promit de respecter les autels et le culte de Saint- Janvier \ alors les lazzaroni posèrent les armes, et Ghampionnet, mattre du rojanme de Naples, s'empressa, conformément aux intentions du gouvernement français, de proclamer la république parthénopéenne. L'armée de Rome prit le nom d'armée de Naples. Pendant la conquête de Ghampionnet que l'on ne croyait pas facile, le Directoire avait conçu un instant les plus vives inquiétudes sur les dispositions de la cour de Sardaigne. Ghampionnet^ devenu possesseur des papiers de la reine Caroline, avait envoyé des lettres de Piocca, minbtre piémontais, qui prouvaient assez que l'espérance d'une meilleure fortune entraînerait facilement le roi à nous attaquer. Décidé par cette circonstance à exciter les républicains du Piémont dans leur projet d'insurrection, le Directoire qui, quelque temps auparavant, aurait voulu les contenir, ne craignit point de les aider à se rendre maîtres d'Alexandrie, de Novarre, de Suze, deGhivasso. Après le succès des insurges, le gouvernement français, poussé par la nécessité de prendre toutes ses sûretés en Italie, exigea du roi, vraiment exposé à toutes sortes de dangers dans sa capitale, une abdication qui fut signée par lui le 9 décembre 1798. Le prince détrôné ne gardait que TUe de Sardaigne. Le Directoire , prévoyant que nous allions avoir toute l'Europe sur les bras , différa l'organisation du Piémont en

ABDICATION DO EOI DU PIÉMONT. SS4d

république , et déclara qn'en attendant ce pays serait administré par la loi française. La précaution était sage-, car aux yeux de Tobseryateur le moins attentif, l'agression de Naples n'était pas un fait isolé, et tout en reconnaissant la folie de cette cour, on ne pouvait douter qu'elle n'eût espéré l'appui de l'Autricbe qui faisait des levées et armait en toute hâte. En outre un corps russe s'était mâme avancé en Moravie.

Pour soutenir la nouvelle campagne, la France aurait pu tirer de grandes ressources de l'Italie ^ mais les compagnies de fournbseurs et les états-majors dévoraient tout. La probité de Joubert et le talent financier de Faypoult ne pouvaient sauver la fortune publique. Laréveillère, Rewbell, Merlin, Treilbard étaient furieux. Le premier de ces directeurs fit adopter un nouveau plan d'organisation civile et financière qui devait mettre un terme aux dilapidations et aux brigandages, en régularisant les services et en ne laissant aucun nianiement de fonds aux chefs militaires : la mesure, toute sage qu'elle était , irrita ceux qu'elle semblait accuser de dilapidation et désarmer. Ghampionnet résistait h Faypoult qu'il osa chasser de Naples. Le Directoire , appuyant son ministre avec vigueur, destitua l'audacieux général. Joubert , qui avait joui de la confiance illimitée de Bonaparte, fut révolté par l'arrêté du Directoire, et offrit sa démission; on voulut le remplacer par Bemadotte; ce général refusa. Le Directoire ne se laissa point intimider par cet esprit de résistance dans les généraux; mais en soutenant les fonctionnaires ci- Tib, pour assurer la répression des désordres financiers, il ne fit pas attention au fâcheux effet que produisait leur mauvaise direction politique, qui du reste venait de lui. C'est ainsi que Faypoult pouvait avoir raison sous plusieurs rapports ; mais causa beaucoup de troubles et nous aliéna les cœurs en s'opposant an général en chef qui entretenait f énergie des patriotes napolitains, et s'appliquait à méri*

MO mivOtOTION FBàNÇAMB.

ter leur confiance par dea égards, par dea témoigiagaa d'estime^ et aartoat par un zèlesinoère pour la république parthénopéenne. La réaction politique c^rée dans les pays conquis par nos armées et ralliés à la France produl* sit partout des effets ifteheux, qui ne tardèrent pas i re^ tomber sur nous. Du reste, occupé d'acherer l'organisation de ses armées pour prendre promptement le parti de l'offensive , comme le plus convenable au génie de la France, et à celui de la révolution , le gouvernement ne semblait pas voir les résultats de sa pplitique.

Les directeurs eurent la pensée de mettre Morena i la tête de l'armée d'Italie ^ Barras, qui btissaitce général, eut le tort grave de contredire ee choix, d'aileorspeu agréable aux républicain» 9 et , pour noire malbenr, ee fat à Scbérer que, sur l'avis même de Bernadette et de Joubert, trop prévenus en la jhveur de cet officier^ on confia fosortderiialk. Scbérer, bon général de diviuon, avouait lui-même que la tâche du commandenient était au-dessus de ses forces , il se résigna pourtant à obéir aax ordires* du gouvernement. Ghampiohnet, disgracié au mUieu de sa victoire , et livré à une commission militaire , eut Maedo^ nald pour successeur. L'intrépide Masséna se vit chargé da commandement de l'armée d'Helvétie- Personne ne devinail alors que le sahit de la France viendrait de celte armée. Jourdan dut commander sur le Danube , Bernadette mm le Rhin , et Brune en Hollande. L'Aoïtridie noue opposait k elle seule nne armée de deux cent cinquante mHle homims; la Russie lut fournissait un contingent de soixante mille soUblss conduits par Suwarow. Ainsi , sans compter l'Angleterre 9 la France allait avovr trois cent dix mUle baïonnettes devant elle. Yoici ccnnment étaioit distriboées les troupes de la coalition : cinquante-quatre mttle fonta»sins et vingt -quatre mille chevaux,, étaient fiiDos les ordres du prince Charles en Bavière^ dans k Yorafi>erg et anr lésâmes da^Biiin,.^»qafi CwisfaSBeyHotin eamh

maadait nu armée de vÎQgt^rix miUe koonaet. Bellegtrde^ dang le Tyrol, evait quarante-six mille eonbattans, et Kraj, WT rédige , se voyait à la t«te à'me belle armée de soixante^^nze mille liommes> auxquels detaient Tenir se joindre le coatûngent russe dont on -espéndt des miraeles. dix wUe Iiommes étaient aux hôpftaux ou dans les plaee» fortes^

Àlerapart^és en deux &ctimis, les Grisons, qne le Dîreetoire considérait ayec raison ooœme &isant partie de la Suisse^ avaient hésité long-'temps à prononeerentre k domination 4es Français eteeUedesÀutrieliieDs-, ils avalent poui«^ tant fiai par appeler ces derniers. Méeontent et alarmé de cette préférence donnée à notre ennemi, le Directoire presK criyit à Iktasséna des'emparer des yattées, après afoirsommé préalablement les Âutricbiens d*évacoer le pays. Le Direc» toire fit en même temps notifier à la cour de Ifienna que, si les Russes ne cessment pas leur monvemesty b France eonsidéreraît Fempereur e» état de guerre avee elle. En conséquence, Jburdan fut averti de se t^r prtt^ à passer le Blùn. Les deux notes du gouvernement iram^ çais étant restées sans réponse, lonrdan franebit \» fleuve. I>e son côté, Masséaa somma te corps autriefaieB d'évacuer les Grisons , et franebit aussi le Rbin , le 6 mars, a^ec le c^rps qu'il commandât près du kte de Constanoe ; Lecourbe en fit autant vers les source» du fleuve, tandfo que Dessoles dut, pour seconder ce double passage, se porter de la Yalteline dans la vallée du Haui-Adige. Tent nous réussit. Masséna prit à lennemi cinq mille bommes et quinze pièces de canon. Lecourbe^ franchissant de hautes montagnes encore toutes couvertes de neige, se précipita dans la vallée de Tlnn. Laudon voulut nous couper la retraite, mais Thabile général, sans s'intimider, revint sur ses pas, écrasa Laudon, et reprit ensuite sa marche en avant. Pendant ce temps, Jourdan se formait derrière rOstrach et l'Aach. Le prince Charles, qui avait traversé

SttS BÉVOtimON FEANÇAISE.

le Lechy résolat d'attaquer vigoureasement rarmée fran* çaise. Après une résistance héroîqae de Saint-Cyr et de Ferino » qui se trouyaient à une des extrémités de notre ligne malhenreasement trop étendae , Joardan , fdrcé de se replier» yint prendre une bonne position entre Singen et Tutlingen» mais il ne tarda pas pourtant à Yoaloir reprendre TofFensive. Le tt germinal, rarchiduc et lui en vinrent aux mains. Soult, à la gauche » mit les Autrichiens en déroute , tout nous présageait une grande et belle victoire ; les troupes ennemies deyaient être jetées dans le ravin de la Stokach» lorsque Jourdan, commettant la fiinte de vouloir envelopper son adversaire , fit faire à la division Saint-Cyr un immense circuit. Le prince Charles , conservant son sang-froid , tomba impétueusement sur nous. Les cuirassiers autrichiens abîmèrent quatre de nos régimens de cavalerie-, les Français, épuisés de fatigue et accablés sous le nombre, se débandèrent \ heureusement, les troupes ennemies avaient tant souffert qu'elles ne purent poursuivre leur avantage. Saint-Cyr, gravement compromis, exécuta merveilleusement sa retraite, et les deux armées gardèrent les positions qu'elles occupaient avant la bataille. Jourdan, affaibli par cette lutte inégale» se replia sur les défilés de la Forêt-Noire, laissa le commandement de son armée au chef d'état-major, Emouf, homme peu capable de soutenir un tel fardeau, et se rendit à Paris pour se pUindre de l'état d'infériorité dans lequel on l'avait placé en £aice de l'ennemi.

CHAPrntË Lxix.

Italie. — Assassinat des plénipotentiaires français à Rastadt. — Féfe funèbre à Paris en leur honneur. — AfTaîre de Cassano en Italie. — Belle retraite de Moreau. — Attaque de Suwarow. — Bataille de la Trebbia, — Dénonciation contre le Directoire. — Bewbel sort du Dlrcc Loire. — Nomination de Sieycs, — Elections de l'an VIF, — Divisions entre les pouvoirs. '^ Démission de Trcilhard. — Goliiier lui succède. — Laréveillcrc et Merlin de Douai sortent du Directoire. — Robert Lindet. — Camuacérès, — Loi des Otages. — Journaux. — Armées. — E{;ypte. — Bonaparte à Suez, — Saint-Jeand'Acre, —• Mont^Thabor, — Bataille d^Abonkir.

La victoire ne nous abandonnait pas dans les hautes montagnes des Alpes : Lecourbe et Dessoles exécutaient des prodiges d'audace et de stratégie*, mais en Italie, Schérer, arec cinquante mille soldats, n'espérait* pas, la yictoire. Les républicains n'avaient aucune confiance dans leur^chef y et le générai n'en avait pas en lui-même. Les Autrichiens comptaient soixante mille combattans sur la forte ligne de TAdige , qu'il fallait passer devant eux. Aussi la prudence ordonnait-elle alors de garder la défen«sive ^ mais les ordres du Directoire voulaient le contraire. Schérer, opérant par la gauche, résolut d'essayer d'occuper le camp autrichien de Pastrengo. Delmas, Serrurier^ Grenier, furent chargés de cette entreprise, tandis que Moreau, simple général de division, devait faire une fausse démonstration sur Vérone. L'attaque eut lieu le 6 germinal. Le camp de Pastrengo fut enlevé 5 on y prit quinze cents Autrichiens, et ce fut avec une perte considérable

que les débris du corps ennemi purent repasser TAdige^ à Polo f dont ils détruisirent le pont. Moreaa assaillit sous Vérone le camp de San-Massimo \ Kaim le défendit avec opiniâtreté^ mais, malgré ses efforts, son adversaire, aussi obstiné que lui, le chassa de la position et parvint à le resserrer dans la place. L'action avait été sanglante, mais l'avantage demeurait aux Français. Si Bonaparte eût commandé au lieu de Schérer, il n'aurait pas manqué de rétablir en toute hâte le pont de Polo , et de le franchir au moment où Moreau attirait sur lui l'attention de Varmée ennemie et des généraux autrichiens qui le redoutaient ; mais Schérer, n'ayant aucune activité d'esprit, perdit trois jours. Après un conseil de guerre, il s'arrêta aa projet de jeter, au-delà de TAdige, en face de Polo, la division Serrurier, tandis qu'avec le reste de l'armée, laimême chercherait à franchir la rivière entre Vérone et Legnago. Ce singulier plan fut exécuté en partie. Le iO germinal. Serrurier ise trouvait sur l'autre rive ^ attaqaé par des troupes supérieures en nombrç , le général français fut battu , perdit quinze cents hommes , et dut se trouver trop heureux de pouvoir repasser le pont de Polo.

Cependant Schérer avait réuni toute son année vers le Bas- Adige \ Kray jugea le moment opportun pour déboacher en masse de Vérone, afin de nous prendre en flanc. Heureusement, Moreau, averti de ce projet, engagea Schérer à faire remonter ses colonnes pour tomber sor Kray, tandis que ce dernier opérerait son mouvement agressif. Les deux armées se rencontrèrent le S avril Victor et Grenier écrasèrent Mercantin -, mais abordés i leur tour par la plus grande partie des forces de Kray, les deux divisions françaises furent repoussées. Le général autrichien , poursuivant ses avantages , vint se jeter sar Moreau, sans pouvoir toutefois faire perdte à cet homme habile un pouce de terrain. Schérer, après la perte de la

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