ASSASSINAT DE NOS PLÉNIPOTENTIAIRES. SS
bataille y ne conserya pas de sang-froid^ il fit une retraité précipitée, et , sans vouloir tenir ni sui' le lifincio ni sur rOglio, il ne s'arrêta, le 2i avril , que derrière l'Adda.
Par suite de âos revers sur le Rhîn et en Italie , Masséna, pour ne pas être coupé, se vit Contraint de se replier.
Au milieu de ces combats , on continuait toujours de négocier à Rastadt. Nos ambassadeurs, lorsqu'ils avaient vu la conduite de l'empereur, n'avaient pas craint de laisser deviner les articles secrets du traité conclu ' avec Bonaparte, par lesquels la maison autrichienne , négligeant les intérêts de l'empire , avait abandonné Mayencé pour garder Palma-Nova dans le Tyrol. Dès lors , le cabinet aatrichien conçut Taffreuse pensée de faire assassiner nos négociateurs , qui montraient une grande fermeté dans les conférences , et très peu de crainte pour l^issue de la campagne.
Après avoir va leurs dépêches interceptées , les plénipotentiaires républicains déclarèrent , le 6 floréal , qu'ils partiraient le 9 pour Strasbourg. Le congrès réclama vivement contre la déloyauté de l'Autriche qui avait osé violer les principes du droit des gens. Le 7 floréal, un nouveau courrier français fut arrêté, et comme une nouvelle plainte s'élevait, le colonel autrichien des hussards de Szecklers répondit que les envoyés de la république pou- Taient partir dans vingt-quatre heures. Quelques membres du congrès demandèrent une escorte pour les ministres français j on la leur refusa en affirmant qu'ils n'avaient rien à redouter. Sur cette assurance, Jean Dêbry, Bonnier et Roberjot partirent le 28 avril (9 germinal), à neuf heures du soir. Chacun d'eux se trouvait , avec sa famille^ dans une voiture séparée. Ils éprouvèrent quelques difficultés pour sortir de Rastadt , mais cet obstacle fut bientôt levé. A peine étaient-ils à cinquante pas de la ville, qu'une bande de hussards de Szecklers enveloppa les voi-
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tares. On oayrit violemment la portière da carrosse dé Jean Debry *, on lai demanda son nom , et lorsqa'il Teot prononcé 9 il se vit traîné hors de sa voitare et renversé à coups de sabre. Les assassins le croyant mort, conrurent aux autres voitures , dans lesquelles il égorgèrent Boberjot et Bonnier. Les effets et les papiers des députés français furent indignement pillés^ Jean Debry, qui vivait encore, reprit ses sens à la naissance du jour, et se traîna sanglant jusqu'à Rastadt. Les députés allemands le recueillirent avec tous les soins imaginables, veillèrent sar les familles des victimes , et protestèrent avec énergie contre rinfamie d'un crime dont ils ne voulurent pas partager la terrible solidarité. L'Europe , indignée, accusa rAutriche*, celle-ci ne répondit pas. Le prince Charles , dont le noble caractère ne pouvait que repousser avec horreur toute apparence de complicité dans une pareille infamie, annonça au général Masséna, dans une lettre, qnon allait faire poursuivre les hussards de Szecklers. Mais cette promesse resta sans exécution , parce que les vrais coupables siégeaient au conseil impérial , et protégeaient les aveugles instrumens de leur cruelle politique. La cour de VlcDoe ne retira de cette affreuse exécution qu une honte que les plus brillans succès ne purent effacer. Ils étaient cependant tels que Ton regardait comme impossible alors que nous pussions résister à ses forces et à celles de la Russie. Pressé par son indignation et par celle de la France , le Directoire s'empressa de dénoncer le crime de Rastadt à tous les peuples, et en cela il donna un grand et ulilc exemple. En effet, si, à défaut de la vengeance que la justice humaine ne peut pas toujours en tirer, de pareils attentats suscitaient quelque part dans le monde des voix accusatrices pour les charger de malédictions, ils seraient plus rares, et du nioius leur impunité morale ne donnerait pas le plus odieux scandale. Bon* neur donc & Garât, & Bailleul, à Chénier, et aux aa*
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tred membres do Corps législatif, qui se firent alors les interprètes de la justice offensée, de Thumanité blessée dans ses plus saintes lois. Honneur au Directoire et aux deux conseils qui, par une loi vengeresse et pleine de dispositions à la manière antique, associèrent à leur profonde douleur le peuple et Tarmée. La fôte funèbre du tt juin , en rhonncur des plénipotentiaires , répondit à la loi qui en était pour ainsi dire le programme; elle eut un carac* tère triste et religieux , et servit singulièrement à réveiller Tardeur des patriotes, en leur annonçant la renaissance prochaine d'une lutte implacable entre la France et les rois de TEurope, que rAngleterre venait de prendre encore une fois à sa solde.
Suwarow avait opéré sa jonction avec les troupes victorieuses de Kray, qui remit alors son commandement i Mêlas. Le général russe , avec ses trente mille soldats , agissait d*unc manière dédaigneuse envers les Allemands, auxquels il se permit de donner des officiers pour leur apprendre le maniement de la baïonnette. Apre comme le climat de son pays, endurci à la fatigue , grossier dans ses mœurs comme un lieutenant d'Attila, il traitait les Autrichiens de /7età^-mai/rej , et ceux-ci gardaient le silence devant ce sauvage qui commandait Tadmiration par la gloire et la terreur.
Tout semblait tourner contre nous : après son dernier malheur, Schérer, réduit à vingt-huit mille hommes, avait pris une fausse position sur TAdda-, Serrurier était à Secco, Grenier à Cossano, Victor à Lodi-, Montrichard maintenait nos communications avec la Toscane, par ou devait déboucher Macdonald, qui accourait du fond de la Péninsule.
La ligne de Schérer se trouvait beaucoup trop étendue, aussi nous ne pûmes pas résister^ TAdda fut forcé, et Schérer, qui h chaque revers ne savait que résoudre, re^ ^H son commandement h Uoreau le 8 floréal. L'appar)^
tien de ce nouveau générai, qui acceptait par dévouement un périlleux honneur, comme Bayard s'était autrefois chargé. de sauver l'armée de François h^, mise en danger parTineptie du favori Bonnivet, rendit toute leur énergie à nos braves soldats. Suwarow, en franchissant TAddaà Brivio et à Trezzo, venait d'envelopper la division Serrurier qui^ avec neuf mille soldats, lutta intrépidement contre vingt mille Russes, leur tua beaucoup de monde, sans pouvoir toutefois se faire jour à travers les masses en* nemies. Moreau fit des prodiges pour parvenir à dégager son lieutenant , il ne put en venir à bout. Serrurier, pressé entre les colonnes russes, se défendit encore long-temps; mais écrasé sous le nombre, il posa les armes après un combat plus glorieux peut-être pour lai que pour son adversaire triomphant : à la suite de cette fatale affaire de Gossano, qui eut lieu le 9 floréal, il ne resta plus à Moreau que vingt mille soldats.
Toujours calme dans le danger et conservant son imperturbable sang-froid, le général français vit sans en être effrayé la gravité de sa situation. Dans ce péril il s'arrêta au parti de choisir une position qui lui permît de couvrir nos communications avec la France , et d'attendre Macdonald qui s'avançait avec lenteur. Occupé de ce dessein , Moreau se porta^'sur le versant des montagnes de Gênes. Suwarow jurait dû écraser Moreau dans son mouveiâent; il n'eut pas le génie de la circonstance , en sorte que Moreau put arriver à Turin, emmenant avec lui d'Italie tontes les familles qu;e la contre-révolution n'aurait pas manqué de proscrire. La citadelle fut armée -, nous occupâmes Valence, Gasale'^ j|:lexandrie , avec des postes nombreux sur le Pô et sur le Tanaro. Pendant le cours de ces opérations, Bagration descendant du Tyrol était venu rejoindre Sawarow qui , majgçè ses pertes , se trouvait à la tête de près de cent mille hommes. Heureusement pour nous, rimprudent général faisait à la fois les sièges de Peschiera,
MOKEAU SE RETIRE. 3S&
de Uantone , de Pizzighitone/Avec le reste de ses forces disponibles , c'est-à-dire avec quarante ou cinquante mille hommes, il yint enfin se placer à Tortone. Après plusieurs jours de repos , il essaya de franchir le Pô, pendant qu'un corps détaché faisait une fausse démonstration sur le Tanaro. Moreau laissa les Russes agir; puis quand il fut bien assuré que la véritable tentative avait lieu sur le Pô , il tomba à la baïonnette sur les soldats qui se trouvaient déjà sur la rive droite, et en jeta deux mille dans le fleuve. Renonçant à forcer Moreau , Suwarow courut avec une partie de ses troupes à Turin, pour révolutionner cette capi-« taie dans le sens du pouvoir absolu. De son côté, le général français, soupçonnant les projets de l'ennemi , attaqua les corps russes qui se trouvaient devant lui ; mais reçu bravement, et ne doutant pas que tonte l'armée russe ne se trouvât présente , il n'osa faire exécuter une charge à fond, remettantuneopération décisive à l'époque où il aurait fait sa jonction avec Macdonald. Dans l'intention de s'approcher davantage de ce dernier général , Moreau occupa les crêtes de TApcnnin ; après des fatigues et des travaux inouïs , le général et son principal corps d'armée se trouvèrent dans la rivière de Gênes. Dès lors on put croire que la fortune allait changer, car il avait , par d'admirables combinaisons stratégiques, préparé sa jonction avec l'armée qui arrivait de Naples. Placé sur le flanc de Suwarow, il méditait de s'élancer sur l'ennemi dès Tinstant où celui-ci ferait mine de vouloir attaquer Macdonald. En effet, après avoir laissé des garnisons dans quelques villes du royaume napolitain, ce général était parvenu, par des marches habiles, à Florence (le 6 prairial). Il y perdît quelques jours , et ne déboucha au-delà des Apennins qu'à la fin de prairial. Suwarow, averti de la marche de Macdonald , montra beaucoup de tact en réunissant rapidement ses troupes pour faire face au nouvel adversaire qui arrivait en ligne» Toutefois , Macdonald eut [le temps
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d'écraser le corps de Hohenzollern qui gardait le Bas-PA^ Sa'v^arow acconrat avec une bonne partie de ses Iroapes dans les plaines de Plaisance. Les deax armées se rencontrèrent sur les bords de la Trebbia le 17 juin. La lutte fat terrible , elle dura trois jours. Les soldats français se
, firent plusieurs fois sur le point de détruire les Russes, contre lesquels ils combattirent avec une sorte de rage. On en vint jusqu'à se prendre aux cheveux , au collet, corps à corps. Dans cette affaire nous perdîmes douze mille hommes. L*armée russe n*eut pas moins de funérailles à déplorer^ mais Suv^arow avec ses nombreux soldats pouvait supporter une perte qui était énorme pour nous, dans notre état d'infériorité numérique. Hacdonald , sentant qu'il ne pouvait plus résister, prit le parti de regagner Gênes : poursuivi vivement, il fit bonne contenance. La division Victor fut héroïque , et notre armée franchit enfin TApennin. Nous perdîmes ainsi le fruit des savantes manœuvres de Moreau. Macdonald commit, suivant Fopinion de quelques militaires, des fautes qui nous ravirent la possession de Tltalie -, mais du moins Moreau recueillit prompteroent les débris des divisions écrasées sur les bords de la Trebbia.
Les partb sont plus ou moins sensibles aux désastres publics; mais , même en les déplorant avec sincérité, ils les exploitent, ainsi que les victoires, au profit de la cause qu'ils veulent faire triompher. Les deux opinions qui étaient aux prises en France trouvèrent, dans nos défaites de la Péninsule , de nouveaux élémens d'opposition contre le Directoire ; les royalistes charmés de nos désastres par haine pour la république , les révolutionnaires qui s'affligeaient du mal dont ils croyaient posséder seuls le remède» 8*accordaient pour attaquer les membres du gouvernement; on leur reprochait de nouveau, et avec plus do sévérité que jamais , la déportation ^ Tcxil 4e Vopaparle et dos quarante mille hommes qu1l avait