‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 55 sur 93 · politique, qui du reste n · texte numérisé non relu

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nommés Michel et Paiggoo^ soutinrent le choc des troupes françaises plus coarageusement que les soldats napolitains. Le désordre fut à son comble. Toutefois la bourgeoisie^ secondant une entreprise de Ghampionnet, s'empara du fort Saint-Elme et des portes de la nlle qu elle livra aux Français. Retranchés dans quelques maisons les lazzaroni firent feu sur nos troupes. Une li^tte terrible s'engagea. Dans leur fureur, ces misérables auraient peut-être mis le feu à la ville, lorsque Ghampionnet eut le bonheur de faire prisonnier un de leurs che6. On usa de bons procédés envers lui, on promit de respecter les autels et le culte de Saint- Janvier ; alors les lazzaroni posèrent les armes, et Ghampionnet, maître du royaume de Naples; s'empressa, conformément aux intentions du gouvernement français, de proclamer la république parthénopéenne. L'armée de Rome prit le nom d'armée de Naples. Pendant la conquête de Ghampionnet que l'on ne croyait pas facile, le Directoire avait conçu un instant les plus vives inquiétudes sur les dispositions de la cour de Sardaigne. Ghampionnet, devenu possesseur des papiers de la reine Caroline, avait envoyé des lettres de Piocca, ministre piémontaiSy qui prouvaient assez que l'espérance d'une meilleure fortune entraînerait facilement le roi à nous attaquer. Décidé par cette circonstance à exciter les républicains du Piémont dans leur projet d'insurrection , le Directoire qui, quelque temps auparavant, aurait voulu les contenir, ne craignit point de les aider i se rendre maîtres d'Alexandrie, de Novarre, de Suze, de Ghivasso. Après le succès des insurgés, le gouvernement français, poussé par la nécessité de prendre toutes ses sûretés en Italie, exigea du roi, vraiment exposé à toutes sortes de dangers dans sa capitale, une abdication qui fut signée par lui le 9 décembre 1798. Le prince détrôné ne gardait que File de Sardaigne. Le Directoire , prévoyant que nous allions avoir toute l'Europe sur les bras , différa l'organisation du Piémont en

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république , et déclara qu'en attendant ce pays serait administré par la loi française. La précaution était sage^ car aux yeux de Tobservateur le moins attentif^ l'agression de Naples n'était pas un fait isolé, et tout en reconnaissant la folie de cette cour, on ne pouvait douter qu'elle n'eût espéré l'appui de l'Autricbe qui faisait des levées et armait en toute hâte. En outre un corps russe s'était même avancé en Moravie.

Pour soutenir la nouvelle campagne, la France aurait pu tirer de grandes ressources de l'Italie \ mais les compagnies de fournisseurs et les états-majors dévoraient tout. La probité de Joubert et le talent financier de Faypoult ne pouvaient sauver la fortune publique. Laréveillère, Rewbell, Merlin, Treilhard étaient furieux. Le premier de ces directeurs fit adopter un nouveau plan d'organisation civile et financière qui devait mettre un terme aux dilapidations et aux brigandages , en régularisant les services et en ne laissant aucun inaniement de fonds abx chefs militaires : la mesure, toute sage qu'elle était , irrita ceux qu'elle semblait accuser de dilapidation et désarmer. Ghampionnet résistait à Faypoult qu'il osa chasser de Naples. Le Directoire , appuyant son ministre avec vigueur, destitua Faudacieux général. Joubert , qui avait joui de la confiance illimitée de Bonaparte^ fut révolté par l'arrêté du Directoire, et offrit sa démission*, on voulut le remplacer par Bemadotte; ce général refusa. Le Directoire ne se laissa point intimider par cet esprit de résistance dans les généraux; mais en soutenant les fonctionnaires civib^ pour assurer la répression des désordres financiers, il ne fit pas attention au ficheux effet que produisait leur mauvaise direction politique, qui du reste venait de lui. C'est ainsi que Faypoult pouvait avoir raison sous plusieurs rapports ; mais causa beaucoup de troubles et nous aliéna les cœurs en s'opposant an général en chef qui entretenait fénergie des patriotes napolitains, et s'appliquait à méri*

nommés Michel et Paiggoo^ soutinrent le choc des troupes françaises pins courageusement que les soldats napolitains. Le désordre fut à son comble. Toutefois la bourgeoisie» secondant une entreprise de Ghampionnet, s'empara du fort Saint-Elme et des portes de la nlle qu'elle livra aux Français. Retranchés dans quelques maisons les lazzaroni firent feu sur nos troupes. Une li^tte terrible s'engagea. Dans leur fureur, ces misérables auraient peut-être mis le feu à la ville, lorsque Ghampionnet eut le bonheur de faire prisonnier un de leurs chef». On usa de bons procédés envers lui, on promit de respecter les autels et le culte de Saint- Janvier ; alors les lazzaroni posèrent les armes, et Ghampionnet, maître du royaume de Naples; s'empressa, conformément aux intentions du gouvernement français, de proclamer la république parthénopéenne. L'armée de Rome prit le nom d'armée de Naples. Pendant la conquête de Ghampionnet que l'on ne croyait pas fadle, le Directoire avait conçu un instant les plus vives inquiétudes sur les dispositions de la cour de Sardaigne. Ghampionnet, devenu possesseur des papiers de la reine Caroline, avait envoyé des lettres de Piocca, ministre piémontais, qui prouvaient assez que l'espérance d'une meilleure fortune entraînerait facilement le roi à nous attaquer. Décidé par cette circonstance à exciter les républicains du Piémont dans leur projet d'insurrection, le Directoire qui, quelque temps auparavant, aurait voulu les contenir, ne craignit point de les aider i se rendre maîtres d'Alexandrie, de Novarre, de Suze, de Ghivasso. Après le succès des insurgés, le gouvernement français, poussé par la nécessité de prendre toutes ses sûretés en Italie, exigea du roi, vraiment exposé à toutes sortes de dangers dans sa capitale, une abdication qui fut signée par lui le 9 décembre 1798. Le prince détrôné ne gardait que Tlle de Sardaigne. Le Directoire , prévoyant que nous allions avoir toute l'Europe sur les bras , différa l'organisation du Piémont en

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république , et déclara qu'en attendant ce pays serait administré par la loi française. La précaution était sage^ car aux yeux de Tobservateur le moins attentif^ Tagression de Naples n'était pas un fait isolé, et tout en reconnaissant la folie de cette cour, on ne pouvait douter qu'elle n*eût espéré l'appui de rAutricbe qui faisait des levées et armait en toute hâte. En outre un corps russe s'était même avancé en Moravie.

Pour soutenir la nouvelle campagne, la France aurait pu tirer de grandes ressources de l'Italie \ mais les compagnies de fournisseurs et les états-majors dévoraient tout. La probité de Joubert et le talent financier de Faypoult ne pouvaient sauver la fortune publique. Laréveillère, Rewbell, Merlin, Treilhard étaient furieux. Le premier de ces directeurs fit adopter un nouveau plan d'organisation civile et financière qui devait mettre un terme aux dflapidations et aux brigandages , en régularisant les services et en ne laissant aucun maniement de fonds aox chefs militaires : la mesure, toute sage qu'elle était , irrita ceux qu'elle semblait accuser de dilapidation et désarmer. Ghampionnet résistait à Faypoult qu'il osa chasser de Naples. Le Directoire , appuyant son ministre avec vigueur, destitua Taudacieux général. Joubert , qui avait joui de la confiance illimitée de Bonaparte^ fut révolté par l'arrêté du Directoire, et offrit sa démission; on voulut le remplacer par Bemadotte^ ce général refusa. Le Directoire ne se laissa point intimider par cet esprit de résistance dans les généraux; mais en soutenant les fonctionnaires civils, pour assurer la répression des désordres financiers, il ne fit pas attention au ficheux effet que produisait leur mauvaise direction politique, qui du reste venait de lui. C'est ainsi que Faypoult pouvait avoir raison sous plusieurs rapports -, mais causa beaucoup de troubles et nous aliéna les cœurs en s'opposant an général en chef qui entretenait rénergie des patriotes napolitains, et s'appÛquait à méri*

StSS EÉVOLUnON FEAHÇiilSB.

le Lech^ résolut d'attaqoer vigooreasement Tarmée fran* çaise. Apr&s une résistance héroïque de Saint-Gjr et de Ferino » qui se troavaient à une des extrémités de notre ligne malheureusement trop étendue , Jourdan, fdrcéde se replier, vint prendre -une bonne position entre Singen et Tutlingen, mais il ne tarda pas pourtant à vouloir reprendre Toffensive. Le tt germinal, Tarchiduc et lui en vinrent au mains. Soult, i la gauche, mit les Autrichiens en déroute , tout nous présageait une grande et belle victoire ; les troupes ennemies devaient être jetées dans le ravin de la Stokachy lorsque Jourdan, commettant la fiiute de vouloir envelopper son adversaire , fit faire à la division Saint-Gyr un immense circuit. Le prince Charles, conservant son sang-froid , tomba impétueusement sur nous. Les cuirassiers autrichiens abîmèrent quatre de nos régimens de cavalerie \ les Français , épuisés de fatigue et accablés sous le nombre, se débandèrent \ heureusement, les troupes ennemies avaient tant souffert qu'elles ne purent poursuivre leur avantage. Saint-Gjr, gravement compromis, exécuta merveilleusement sa retraite, et les deux armées gardèrent les positions qu'elles occupaient avant la bataille. Jourdan, affaibli par cette lutte inégale, se replia sur les défilés de la Forêt*Noire, laissa le commandement de son armée au chef d'état-major, Ernouf, homme peu capable de soutenir un tel fardeau, et se rendit à Paris pour se plaindre de l'état d'infériorité dans lequel on Tavait placé en tàce de l'ennemi.

CHAPrrRE LXIX.

Italie. — > Âcsassînat des plénipotentiaires français à Rastadt. — Fête funèbre à Paris en ]eiir honneur. — Affaire de Cassano en Italie. — Belle retraite de Moreau. — AtUqoe de Suwarow.-*- Bataille de U Trebbia. — Dénonciation contre le Directoire. — Bewbel sort du Directoire. — Nomination de Sieyes. — Eleclious de l'an Vlï, — Divisions entre le» pouvoirs, i— Démission de Treilhard. — Goli^er lui succède. — Laréveillcre et Merlin de Douai soitent du Directoire. — Robert Lindet. — Camuacérès. — Loi des Otages. — Journaux. — Armées. — E{*ypte. — Bonaparte à Suez. — Saint-Jeand'Acre. — Moni-Thabor, — Bataille d^Abonkir.

La victoire no nous abandonnait pas dans les hautes montagnes des Alpes : Lecourbe et Dessoles exécutaient des prodiges d'audace et de stratégie; mais en Italie» Schérer, arec cinquante mille soldats, n'espérait' pas. la victoire. Les républicains n'avaient aucune confiance dans leur^chef y et le général n'en avait pas en lui-même. Les Autrichiens comptaient soixante mille combattans sur la forte ligne de l'Adige , qu'il fallait passer devant eux. Aussi la prudence ordonnait-elle alors de garder la défen* sive *, mais les ordres du Directoire voulaient le contraire. Schérer, opérant par la gauche, résolut d'essayer d'occuper le camp autrichien de Pastrengo. Delmas, Serrurier, Grenier, furent chargés de cette entreprise, tandis que Moreau, simple général de division, devait faire une fausse démonstration sur Vérone. L'attaque eut lieu le 6 germinal. Le camp de Pastrengo fut enlevé; on y prit quinze cents Autrichiens, et ce fut avec une perte considérable

5S4 RJSVOLUnON FRANÇAISE.

que les débris da corps ennemi purent repasser TAdige, à Polo f dont ils détruisirent le pont. Moreau assaillit sous Vérone le camp de San-Massimo *, Eaim le défendit avec opiniâtreté, mais, malgré ses efforts, son adversaire, aussi obstiné que lui^ le cfaassa de la position et parvint à le resserrer dans la place. L'action avait été sanglante, mais l'avantage demeurait aux Français. Si Bonaparte eût commandé au lieu de Schérer, il n'aurait pas manqué de rétablir en toute hâte le pont de Polo , et de le franchir au moment où Moreau attirait sur lui l'attention deVarmée ennemie et des généraux autrichiens qui le redoutaient ; mais Schérer, n'ayant aucune activité d'esprit, perdit trois jours. Après un conseil de guerre, il s'arrêta aa projet de jeter, au-delà de TAdige, en face de Polo, la division Serrurier, tandis qu'avec le reste de Tarmée, luimême chercherait à franchir la rivière entre Vérone et Legnago. Ce singulier plan fut exécuté en partie. Le 10 germinal. Serrurier se trouvait sur l'autre rive; attaqué par des troupes supérieures en nombrç , le général français fut battu , perdit quinze cents hommes , et dut se trouver trop heureux de pouvoir repasser le pont de Polo.

Cependant Schérer avait réuni toute son année vers le Bas- Adige *, Kray jugea le moment opportun pour déboucher en masse de Vérone, afin de nous prendre en flanc. Heureusement, Moreau, averti de ce projet, engagea Schérer à faire remonter ses colonnes pour tomber sur Eray> tandis que ce dernier opérerait son mouvement agressif. Les deux armées se rencontrèrent le S avril Victor et Grenier écrasèrent Mercantin \ mais abordés i leur tour par la pins grande partie des forces de Kray, to deux divisions françaises furent repoussées. Le général autrichien , poursuivant ses avantages , vint se jeter sur Moreau, sans pouvoir toutefois faire perdre à cet homme habile un pouce de terrain. Schérer, après la perte de la

ASSASSnrJkT DE NOS PliNIPOTENTIAIRES. SS5

bataille y ne conserva pas de sang-froid-, il fit une retraité précipitée, et, sans vouloir tenir ni sui^ le Mincio ni sur rOglio, il ne s'arrêta, le 21 avril , que derrière FAdda.

Par suite de éos revers sur le Rhin et en Italie , lAasséna, pour ne pas être coupé, se vit Contraint de se replier.

Au milieu de ces combats , on continuait toujours de négocier à Rastad t. Nos ambassadeurs, lorsqu'ils avaient vu la conduite de l'empereur, n'avaient pas craint dé laisser deviner les articles secrets du traité conclu avec Bonaparte, par lesquels la maison autrichienne , négligeant les intérêts de l'empire, avait abandonné May encè pour garder Palma-Nova dans le Tyrol. Dès lors , le cabinet autrichien conçut Faffreuse pensée de faire assassiner nos négociateurs , qui montraient une grande fermeté dans les conférences , et très peu de crainte pour Tissue de la campagne.

Après avoir vu leurs dépêches interceptées , ïes plénipotentiaires républicains déclarèrent , le 6 floréal , qu'ils partiraient le 9 pour Strasbourg. Le congrès réclama vivement contre la déloyauté de l'Autriche qui avait osé violer les principes du droit des gens. Le 7 floréal, un nouveau courrier français fut arrêté, et comme une nouvelle plainte s'élevait , le colonel autrichien des hussards de Szecklers répondit que les envoyés de la république pouvaient partir dans vingt-quatre heures. Quelques membres du congrès demandèrent une escorte pour les ministres français ] on la leur refusa en affirmant qu'ils n'avaient rien à redouter. Sur cette assurance, Jean Dèbry, Bonnier et Robeipt partirent le 28 avril (9 germinal), à neuf heures du soir. Chacun d'eux se trouvait , avec sa famille^ ^ns une voiture séparée. Ils éprouvèrent quelques difficnllés pour sortir de Rastadt , mais cet obstacle fut bientôt levé. A peine étaient-ils à cinquante pas de la ville, qu'une bande de hussards de Szecklers enveloppa les voi-

8S6 BÉVOLimOBI FIIANÇAI81S.

iures* On ouTrit violemment la portière du carrosse dé Jean Debry*, on loi demanda son nom , et lorsqu'il Vent prononcé, il se yit tratné hors de sa yoitare et renversé à coaps de sabre. Les assassins le croyant mort, connirent anx autres voitares , dans lesqpeiles il égorgèrent Roberjot et Bonnier. Les effets et les papiers des députés français furent indignement pillés; JeanDebry, qui vivait encore, reprit ses sens à la naissance du jour, et se tratoa aanglant jusqu'à Rastadt. Les députés allemands le recueiU lirent avec tous les soins imaginables , veillèrent sur les familles des victimes, et protestèrent avec énergie contre rinfamic d'un crime dont ils ne voulurent pas partager la terrible solidarité. L'Europe , indignée, accusa rAutriche-, celle-ci ne répondit pas. Le prince Charles , dont le noble caractère ne pouvait que repousser avec horreur tonte apparence de complicité dans une pareille infamie, annonça au général Masséna, dans une lettre, qu'on allait faire poursuivre les hussards de Szecklers. Hais cette promesse resta sans exécution , parce que les vrais coupables siégeaient au conseil impérial, et protégeaient les aveugles instrumens de leur cruelle politique. La cour de Vienne ne retira de cette affreuse exécution qu une honte que les plus brillans succès ne purent effacer. Ils étaient cependant tels que Ton regardait comme impossible alors que nous pussions résister à ses forces et à celles de la Russie. Pressé par son indignation et par celle de la France , le Directoire s empressa de dénoncer le crime de Rastadt à tous les peuples, et en cela il donna un grand et utile exemple. En effet, si, à défaut de la vengeance que la justice humaine ne peut pas toujours en tirer, de pareils attentats suscitaient quelque part dans le monde des voix accusatrices pour les charger de malédictions, ils seraient plus rares, et du moius leur impunité morale ne donnerait pas le plus odieux scandale. Hon* neur donc k Garât, a Bailleul, à Ghénier, et anx aa-

81IWAR0W. S&ï

im membre!! da Corps législatif, qui se firent alors les in* terprètes de la justice offensée, de Thumanité blessée dans SCS plus saintes lois. Honneur au Directoire et aux deux conseils qui, par une loi vengeresse et pleine de disposi^ lions à la manière antique, associèrent à leur profonde dooleurle peuple et Tarmée. La fête funèbre du 8 juin ^ en rhonncur des plénipotentiaires , répondit à la loi qui en était pour ainsi dire le programme; elle eut un carac* tère triste et religieux , et servit singulièrement à réveiller Tardeur des patriotes, en leur annonçant la renaissance prochaine d'une lutte implacable entre la France et les rois de TEurope, que rAngletcrre venait de prendre cn^ core une fois h sa solde.

Sawarow avait opéré sa jonction avec les troupes victorieuses de Kray, qui remit alors son commandement à Mêlas. Le général russe , avec ses trente mille soldais , agissait d'une manière dédaigneuse envers les Allemands, aaxquels il se permit de donner des officiers pour leur apprendre le maniement de la baïonnette. Apre comme le climat de son pays, endurci à la fatigue , grossier dans ses mœurs comme un lieutenant d'Attila , il traitait les Autrichiens de /^e^t^j-maifrej , et ceux-ci gardaient le silence devant ce sauvage qui commandait Tadmiration par la gloire et la terreur.

Tout semblait tourner contre nous : après son dernier malheur, Schérer, réduit à vingt-huit mille hommes, avait pris une fausse position sur TAdda; Serrurier était à Secco, Grenier à Gossano, Victor à Lodi-, Montrichard maintenait nos communications avec la Toscane, par ou devait déboucher Macdonald , qui accourait du fond de la Péninsule.

La ligne de Schérer se trouvait beaucoup trop étendue, aussi nous ne pûmes pas résister^ TAdda fut forcé, et Schérer, qui à chaque revers ne savait que résoudre, re^ Qit son commandement à Horcau le 8 floréal. L'appor{^

tion do ce noaveau général^ qai acceptait par dévouement un périlleux honneur, comme Bayard s'était autrefois chargé de sauver Tarmée de François h^, mise en danger parTineptie du favori Bonnivet , rendit toute leur énergie à nos braves soldats. Suwarow, en franchissant TAdda à Brivio et à Trezzo, venait d'envelopper la division Serrurier qui^ avec neuf mille soldats, lutta intrépidement contre vingt mille Russes, leur tua beaucoup de inonde, sans pouvoir toutefois se faire jour à travers les masses ennemies. Moreau fit des prodiges pour parvenir à dégager son lieutenant , il ne put en venir à bout. Serrurier, pressé entre les colonnes russes, se défendit encore long-temps; mais écrasé sous le nombre , il posa les armes après un combat plus glorieux peut-être pour lui que pour son adversaire triomphant : à la suite de cette fatale affaire de Gossano , qui eut lieu le 9 floréal, il ne resta plus à Moreau que viugt mille soldats.

Toujours calme daus le danger et conservant son imperturbable saug-froid, le général français vit sans en être effrayé la gravité de sa situation. Dans ce péril il s'arrêta au parti de choisir une position qui lui permît de couvrir nos communications avec la France , et d'attendre Macdonald qui s'avançait avec lenteur. Occupé de ce dessein, Moreau se porta*sur le versant des montagnes de Gênes. Suwarow aurait dû écraser Moreau dans son mouveiâent; il n'eut pas le génie de la circonstance , en sorte que Moreau put arriver à Turin, emmenant avec lui d'Italie toutes les familles que la contre-révolution n'aurait pas manqué de proscrire. La citadelle fut armée *, nous occupâmes Valence, Gasale'^ 4^1exandrie, avec des postes nombreux sur le Pô et sur le Tanaro. Pendant le cours de ces opérations, Bagration descendant du Tyrol était venu rejoindre Suwarow qui , ma^gçé' ses pertes , se trouvait à la tête de près de cent mille hommes. Heureusement pour nous, l'imprudent général faisait à la fois les sièges de Peschiera,

lEOREAU SE EETIRE. 3S9

de Uantoae^ de Pizzighitone/Avec le reste de ses forces disponibles , c'est-à-dire avec quarante on cinquante mille hommes 9 il vint enfin se placer à Tortone. Après plusieurs jours de repos , il essaya de franchir le Pô^ pendant qu'un corps détaché faisait une fausse démonstration sur le Tanaro. Moreau laissa les Russes agir; puis quand il fut bien assuré que la yéritable tentative avait lieu sur le Pô , il tomba à la baïonnette sur les soldats qui se trouvaient déjà sur la rive droite 9 et en jeta deux mille dans le fleuve. Renonçant à forcer Moreau , Suwarow courut avec une partie de ses troupes à Turin, pour révolutionner cette capi^ taie dans le sens du pouvoir absolu. De son côté, le général français, soupçonnant les projets de l'ennemi, attaqua les corps russes qui se trouvaient devant lui ; mais reçu bravement, et ne doutant pas que toute l'armée russe ne se trouvât présente, il n'osa faire exécuter une charge à fond, remettant une opération décisive à l'époque où il aurait fait sa jonction avec Macdonald. Dans ^intention de s'approcher davantage de ce dernier général , Moreau occupa les crêtes de T Apennin -, après des fatigues et des travaux inouïs , le général et son principal corps d'armée se trouvèrent dans la rivière de Gênes. Dès lors on put croire que la fortune allait changer, car il avait, par d'admirables combinaisons stratégiques, préparé sa jonction avec l'armée qui arrivait de Naples. Placé sur le flanc de Suwarow, il méditait de s'élancer sur l'ennemi dès Tinstant où celui-ci ferait mine de vouloir attaquer Macdonald. En effet, après avoir laissé des garnisons dans quelques villes du royaume napolitain, ce général était parvenu, par des marches habiles, à Florence (le 6 prairial). Il y perdit quelques jours , et ne déboucha au-delà des Apennins qu'à la fin de prairial. Suwarow, averti de la marche de Macdonald , montra beaucoup de tact en réunissant rapidement ses troupes pour faire face au nouvel adversaire qui arrivait en ligne» Toutefois ^ Macdonald eut [le temps

SfiO EliVOLCnON niANÇAISE.

d'écraser le corps de Hohenzollern qui gardait le Bas-P&^ Sawarow accoorot ayec une bonne partie de ses iroapes dans les plaines de Plaisance. Les deux armées se rencontrèrent sur les bords de la Trcbbia le 17 juin. La lutte fut terrible , elle dura trois jours. Les soldats français se Tirent plusieurs fois sur le point de détruire les Busses , contre lesquels ils combattirent avec une sorte de rage. On en vint jusqu^à se prendre aux cbcvcux, au collet, corps à corps. Dans cette affaire nous perdîmes douze mille bommes. L'armée russe n'eut pas moins de funérailles à déplorer-, maisSuwarow avec ses nombreux soldats pouvait supporter une perte qui était énorme pour nous, dans notre état d'infériorité numérique. Macdonald, sentant qu'il ne pouvait plus résister, prit le parti de regagner Gênes : poursuivi vivement, il (it bonne contenance. La division Victor fut béroïqne , et notre armée franchit enfin TApennin. Nous perdîmes ainsi le fruit des savantes manœuvres de Moreau. Macdonald commit, suivant Fopinion de quelques militaires, des fautes qui nous ravirent la possession de Tltalie *, mais du moins Moreau recueillit prompteraent les débris des divisions écrasées sur les bords de la Trebbia.

Les partis sont plus ou moins sensibles aux désastres publics ; mais , même en les déplorant avec sincérité , ils les exploitent, ainsi que les victoires, au profit de la cause qu'ils veulent faire triompher. Les deux opinions qui étaient aux prises en France trouvèrent, dans nos défaites de la Péninsule , de nouveaux élémens d'opposition contre le Directoire \ les royalistes charmés de nos désastres par haine pour la république , les révolutionnaires qui s'affligeaient du mal dont ils croyaient posséder seuls le remède, s'accordaient pour attaquer les membres du gouvernement*, on leur reprochait de nouveau, et avec plus de sévërilé que jamais , la déportation , l'exil 4e Bonaparte et dos quarante mi)tc hommes qu'il avait

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