‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 56 sur 93 · EFFETS DB NOS REVEUS. S · texte numérisé non relu

EFFETS DB NOS REVEUS. S

condaits en Egypte. On les accasait d'avoir provoqué la gaerre^ à laquelle ils avaient été entraînés malgré leurs efforts pour conserver la paix. On leur imputait & crime la disgrâce de Joubert et celle de Championnct victorieux^ et surtout la nomination de Schérer dont on faisait à la fois un désorganisateur et un voleur comme ministre , en même temps qu'un imbécile ou un traître comme géoéral en chef. Vainement les directeurs avaient tout tenté pour réprimer le brigandage des fournisseurs cl les dilapidations effrontées des états-majors, par des mesures qui avaient obtenu la plus grande publicité; on leur imputait le mal qu'ils n'avaient pu empêcher. Mais par une singulière anomalie, tandis qu'en général on ménageait Barras , l'ami des fournisseurs et le soutien des ofEciers qni avaient encouru le blâme du gouvernement, on se déchaînait contre Bevfbel. A en croire ses détracteurs, Revi^bel possédait une partie de l'Alsace, sa province. Cette calomnie était établie partout; Bonaparte lui-même, en partant pour l'Orient, avait chargé l'un de ses amis du soin de la répandre, comme un moyen de renverser l'homme qu'il craignait, et qu'il ne voulait pas retrouver au Directoire. Les cris de l'aristocratie bernoise répétés par la nôtre avaient transforme en un Yerrës subalterne aiux ordres deRevfbel, son beau-frère Rapinat qui , en sa qualité de commissaire , avait enlevé les caisses de l'aristocratie bernoise , mais sans détourner un denier à son profit. Rapinat et Bcwbel étaient devenus les boucs émissaires de l'époque ; aussi quand le sort désigna le dernier de ces deux hommes comme devant sortir du Directoire , les révolutionnaires et même les amis du pouvoir se livrèrent à nne espèce d'exaltation de joie. Bewbcl , dépouillé du pouvoir, ne tarda point i se justifier avec éclat du haut de la tribune des anciens, mais il laissa dans le Directoire nn vide qui ne put être rempli. Sous tous les wpporti, Revfbel valait inBwrncnt mieux qno SIeyos qu}

fut rappelé pour lui succéder. Avec un sentiment exalté de sa supériorité intellectuelle, avec de certaines combinaisons politiques assez profondes, avec des ressources dans Tesprit et de la pubsance de méditation , Sieyes n'apportait au gouvernement qu'un caractère fâcheux , un esprit mécontent, une peur extrême des révolutionnaires , et des projets de renversement de la constitution qu'il voulait modifier à son gré. Il se joignait alors » par des plaisanteries amères et peu généreuses 9 aux calomniateurs de Rewbel. Par une suite de ses dispositions secrètes, Sieyes parut tout à coup hostile à Larévellière, à Merlin et à TreiU hard : ces trois directeurs menacés de sa haine avaient cependant montré de grands égards pour lui : fascinés par l'espèce de réputation qu'il s'était acquise , ils lui pardonnaient son caractère difficile, ses prétentions au moins ridicules dans un homme d'esprit, qui ne doit pas affecter la supériorité par le mépris des autres. S'il a de bonnes idées, nous en profiterons, disaient-ils, et nous lui passerons ses humeurs. Mais aucune déférence ne pouvait contenter Sieyes *, il blâmait tout le passé , sans tenir aucun compte des grandes difficultés qu'on avait eu à surmonter; et quand on lui demandait instamment les remèdes qu'exigeait notre situation, il répondait avec une étrange insolence : (( Vous ne me comprendriez pas \ il est inutile que je wus parle, faites comme vous avez co^tume de faire. » Plein de lui-même , et retenant les vérités utiles dont il croyait avoir les mains pleines, le contempleur Sieyes ne s'expiiquait pas parce qu'il voulait un changement à tout prix. On ne sait pas bien si ce fut Barras ou lui qui jeta les yeux sur Joubert pour le commandement de la i7« division militaire, mais une intrigue, à laquelle concourut Sémonville , avait fait choix de ce général pour le mettre à la tête d un mouvement encore caché dans l'ombre. Quoique Tundes officiers qui avaient approuvé le Ift firactidor, quoique patriote comme un soldat de l'armée d'Ita-

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lie y JTonbert ^ qui d'ailleurs ne coniiaissatt ni Paris y ni Ift révolution^ ni les hommes dont elle avait eu on si grand besoin , avait pour eux une assez forte antipathie. Sémon-ville qui s'insinuait par de petits mots progressifs et sans cesse répétés, le mystérieux Sieyès qui se donnait surtout l'air d'un penseur qui ne prononce que des oracles, seraient parvenus sans peine à faire marcher Joubert le sabre à la main contre les Jacobins. J'ai pu juger à cette époque des dispositions de Joubert, par des paroles au moins très imprudentes, mais les unes et les autres ont été ignorées de presque tout le parti qu'elles menaçaient.

Le résultat des élections qui venaient d'avoir lieu pour le renouvellement du tiers des députés, aux termes de la loi constutionnelle , n'était pas propre à calmer les discussions naissantes entre le Directoire et les deux parties de la législature. Écartés des affaires par la violence, furieux contre le système des scissions, afQigés des malheurs de la France , les patriotes ardens avaient repris leur revanche, et choisi des citoyens connus par leur attachement à la République, et qu'on avait toujours vus en ligne pen* dant la grande bataille révolutionnaire, les Garât, les Chénier, les Lamarque, les Jean Debry *, après eux venaient Stevenotte, Jourdan, le général Blin, Uoreau, Bigonnet, Grocassand-Dorimond, Quirot, Marquésy, le colonel Dessaix, Boulay-Paty, et d'autres encore. Parmi ces nouveaux élus, il y avait delà probité, du patriotisme et des lumières , mais aussi des ressentimens , de l'inexpérience, un excès de zèle , et dans quelques uns seulement une ardeur extrême de se produire, un esprit turbulent, des talens médiocres et beaucoup d'intrigues. Du reste, les journalistes, accoutumés à se jeter tête baissée dans une opinion à laquelle ils se cramponnent ensuite, prirent parti pour les députés, sans oser toutefois pousser les choses à l'extrémité, dans la crainte de& peines prononcées par la loi du 19 fructidor, dont chaque parti demanda le rap-

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port. La discussion sur cette loi , qui conférait an Directoire le droit d'enchaîner la presse et de fermer à volonté les journaux , prit un caractère très sérieux , présage trop certain d'une collision prochaine entre les deux grandes autorités de la république.

Le Directoire comptait un assez bon nombre de partisans et de défenseurs parmi les membres du Corps législatif, mais leur force commençait à s'user, et l'opinion ne leur était pas favorable ^ elle appuyait au contraire I énergie de ses adversaires, qui attaquaient surtout son système financier avec chaleur, et presque jamais avec cette raison éclairée qui , avant de blâmer une adminbtralion , se demande d'abord ce qui est nécessaire , ce qui est possible, et surtout ce que l'on doit substituer aux mesures que l'on blâme. Sous ce rapport, les patriotes, avec des vues de conservation pour la république, faisaient ce que les Clichyens avaient fait dans des intentions de renversement de l'ordre établi. Ramel , ministre des finances , eut des contestations très violentes avec Génessicux, homme de loi, mais non pas homme de chiffres, et bien plus zélé qu'instruit. Le cointre-Puiraveaux, Chénier, Bailleul, tous trois hommes du 18 fructidor, fidèles aux principes de cette journée , et d'ailleurs effrayés comme des partisans du 9 thermidor, par l'essor que prenait le parti jacobin , soutenaient la nécessité de la dictature du gouvernement dans des circonstances plus difficiles que celles qui avaient motivé les mesures exceptionnelles consacrées par une loi révolutionnaire. Ces députés , Bailleul surtout , jugeaient bien la position -, ils avaient raison en refusant de désarmer le pouvoir en face de l'Europe victorieuse; beaucoup de leurs collègues, môme parmi les exaltés, pensaient de même*, mais la loi qu'on voulait abolir avait été tournée contre eux, bien plus encore que contre le parti royaliste : la feripoture des sociétés populaires i rinsulte faite au pçupl«

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