LES CONSEILS ET LE DIREGTOIHE. 9B
après les élections de Fan YI , cassées par le Directoire , les avaient jastement irrités. Ils réclamaient la liberté de la presse et les sociétés populaires, comme des moyens dirrésistible influence. Cette opinion avait pour organes dans le conseil des Cinq-Cents les Arena, les Briot, les Dcstrcm , les Talot , les Bertrand du Calvados y les Boulay de la Meurthe y les Grandmaison , les Lucien Bonaparte et une foule d'autres qui, sans être de la trempe des vieux Jacobins, embrassaient leur cause avec d^antant plus de zèle qu'ils comparaient la conduite mode* rée de ces patriotes , au milieu de la persécution , à la violence, à l'audace et aux attentats impunis des royalistes, qui les assassinaient de tous côtés. Dans la question de la presse, les modérés soutenaient la nécessité d'en revenir aux principes constitutionnels, et d'empêcbcr le gouvernement d'abuser plus long-temps d'une arme terrible qu'on lui avait confiée dans une tempête. C'était fort bien dit assurément , mais il fallait être bien aveugle pour ne pas voir qu'une nouvelle tempête s élevait , et qu'elle nous menaçait des plus grands dangers. Les opposans vainquirent les directoriaux. La loi do fructidor , dans ses articles les plus importans , fut abrogée. Le Directoire dut, après cette décision, comprendre qu'à chaque pas les conseils lui susciteraient des diflicultés de toute espèce. La commission des dépenses et des fonds de la guerre , qui aurait dû être la plus circonspecte , donna la première le signal de nouvelles hostilités. Boulay de la Meurthe, rapporteur, proposa aux Cinq- Cents de demander au gouvernement la source du mal dont il se plaignait, et la nature des remèdes qu'il prétendait nécessaires. Le Directoire s'occupait sérieusement de répondre à ce message, lorsque, lassés d'attendre, les Cinq-Cents se déclarèrent en permanence jusqu'après la satisfaction qu'ils avaient droit d'exiger. Les Anciens, invités par leurs collègues de Tautré conseil; annoncèrent
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le Lech, résolut d'attaquer vigoureusement rarmée fran* çaise. Après une résistance héroïque de Saint-Gyr et de Ferino , qui se trouvaient à une des extrémités de notre ligne malheureusement trop étendue , Jourdan , fdrcé de se replier, vint prendre une bonne position entre Singen et Tutlingen, mais il ne tarda pas pourtant à vouloir reprendre TofFensive. Le 8 germinal, Farchiduc et lui en vinrent aux mains. Soult, à la gauche , mit les Autrichiens en déroute , tout nous présageait une grande et belle victoire \ les troupes ennemies devaient être jetées dans le ravin de la Stokach, lorsque Jourdan, commettant la &ute de vouloir envelopper son adversaire , fit faire à la division Saint-Cyr un immense circuit. Le prince Charles, conservant son sang-froid , tomba impétueusement sur nous. Les cuirassiers autrichiens abîmèrent quatre de nos régimens de cavalerie^ les Français, épuisés de Êitigue et accablés sous le nombre, se débandèrent ^ heureusement, les troupes ennemies avaient tant souffert qu'elles ne purent poursuivre leur avantage. Saint-Gyr, gravement compromis, exécuta merveilleusement sa retraite, et les deux armées gardèrent les positions qu'elles occupaient avant la bataille. Jourdan, affaibli par cette lutte inégale, se replia sur les défilés de la Forêt-Noire, laissa le commandement de son armée au chef d'état-major, Ernouf, homme peu capable de soutenir un tel fardeau, et se rendit à Paris pour se plaindre de l'état d'infériorité dans lequel on Tavait placé en face de l'ennemi.
GHAPrrRE LXIX.
luUe. — * Assassinat des plénipotentiaires fiançais à Rastadt. — Fête funèbre à Paris en leur honneur. — AfTaire de Cassano en Italie. — Belle retraite de Moreau. — Attaque de Suwarow.-^ Bataille de la Trebbia. — Dénonciation contre le Directoire. — Bewbel sort du Directoire. — Nomination de Sieycs. — Elections de Pan Vif. — Divisions entre les pouvoirs. — Démission de Treilbard. — Gob^er lui sorcèJe. — Laréveillcre et Merlin de Douai sortent dn Directoire. — Robert Lîndet. — Cambacérès. — Loi des Otages. — Joarnnux. — Armées. — Egypte. — - Bonaparte à Suez. — Saint-Jeand'Acre. •— Mont^Tliabor, — Bataille d'AboukIr.
La victoire no nous abandonnait pas dans les hautes montagnes des Alpes : Lecoarbe et Dessoles exécutaient des prodiges d'audace et de stratégie*, mais en Italie» Schérer, arec cinquante mille soldats, n'espérait' pas, la victoire. Les républicains n'avaient aucune confiance dans leur^chef , et le général n*en avait pas en lui-même. Les Autrichiens comptaient soixante mille combattans sur la forte ligne de l'Adige , qu'il fallait passer devant eux. Aussi la prudence ordonnait-elle alors do garder la défen* sive ^ mais les ordres du Directoire voulaient le contraire. Schérer, opérant par la gauche, résolut d'essayer d'occuper le camp autrichien de Pastrengo. Delmas, Serrurier, Grenier, furent chargés de cette entreprise, tandis que Moreau, simple général de division, devait faire une fausse démonstration sur Vérone. L'attaque eut lieu le 6 germi* nal. Le camp de Pastrengo fut enlevé 5 on y prit quinze cents Autrichiens, et ce fut avec une perte considérable
tS68 névoLirriON française.
deux conseils et le gouremement , avait été accaeilli avec un calme trompear^ mais le lendemain Bertrand du Calvados, prenant plusieurs traits du message pour des attaques réelles au Corps législatif , récrimina avec la plas grande violence contre le Directoire. Son discours était un acte d*accusation tout entier^ qui contenait quelques vérités parmi ces odieuses calomnies que les passions politiques répandent en toute sécurité , comme elles dirigeraient sans pitié un glaive contre le coupable qu'elles croient atteint et convaincu des crimes énormes qu'elles lui supposent. Rien n'est plus effrayant et plus douloureux à la fois que la crédulité ardente et cruelle des partis ; c'est elle qui fait tant d*holocaustes humains dans le cours des révolutions. Bertrand du Calvados^ soutenu par Thonneur du rôle de défenseur de la représentation nationale, tonnait contre les directeurs ^ c'est-à-dire contre Laréveillëre et Merlin ^ pour leur arracher leur démission. « Vous avez proposé une réunion ^ disait-il, et moi je vous propose de réfléchir si vous-mêmes pouvez encore conserver vos fonctions. Vous êtes dans l'impuissance de faire le bien , vous n'aurez jamais ni la confiance de vos collègues, ni celles du peuple, ni celle de nos représentans... Vous navez plus même la confiance de vos flagorneurs , de ces vils courtisans qui ont creusé votre tombeau politique ^ terminez votre carrière par un acte de dévouement que le bon cœur des républicains saura seul apprécier. » Boulay de la Mcurlhe va plus loin : « Vous voilà, dit-il, en présence du peuple français: le Directoire vous accuse , vous accusez le Directoire 5 il est évident pour quiconque a observé les faits et suivi la marcbe des évcnemens , que le Directoire voulait mutiler la représentation nationale. Nous jurons tous qu'etlle ne sera pas mutilée. » Nous le jurons ! s'écrient tous les membres en se levant simultanément. Alors^ reprochant aux direc* tours leur dictature et l'asservissement contiooel do
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Cor{M5 législatif, il s'emporte jûsqn*à dire : « Abasant de la paissance <[ui vous a été confiée» toos avez tout fait pour DOQS perdre au dehors^ et nous faire égorger aa dedans »* En attribuant tous nos malheurs à LaréveiUèreetàMerlin^ Boolay de la Mofirlhe leur ordonnait en quelque sorte de quitter leurs fonctions, comme des bommes frappés de Tanathëme populaire. Boulay parlait à la plus contagieuse des passions, à la peur qui tremble devant les fantômes 4]u'eUe a créés 9 il obtint un succès d'enthousiasme, que suivit un décret de mise hors la loi contre tout individu et toute autorité qui attenterait à la sûreté du Corps législatif. Chose remarquable , Boulay de la Meurthe était un homme de sens et d'un esprit rassis , et cependant les passions politiques le transportaient au point de l'égarer, et
I empêchaient même de voir dans ce qu il faisait la ruine du gouvernement constitutionnel qu ilnc voulait pas renverser. Au milieu des exagérations dont Tcxemple était donné par des hommes judicieux, il est curieux de voir le rôle de Bailleul, dont le carattëre mérite une attention particulière, comme marque h un type original et' presque, unique dans rassemblée. Craignant k Vexcbs les révolutionnaires, et pourtant réacteur modéré, car en lui Teialtation de la tête était tempérée par la bonté d'une amc expansive, ami de la constitution, et pourtant coupable de ravoir violée au 18 fructidor, l'un des complices du coup d'état contre ses collègues, mais parce qu'il ne trouvait dans la loi fondamentale aucun moyen de maintenir le gouvernement, et de désarmer le parti qui allait envahir la république, et la plonger dan$ un abîme de maux , Bailleul soutenait alors le gouvernement menacé de sa ruiue contre le parti des anciens ci des nouveaux Jacobins , quil accusait de vouloir détruire sans avoir rienàétablir sur les ruines qu'ils auraient faites.
II voyait en outre le Directoire menacé de périr, ainsi que Louis XVI, par les finances^ et comme il avait des lumières