‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 60 sur 93 · CHAPITRE LXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXX

lodifT^rence de Paris pour le i8 brumaire. — Les trois consuls au Luxembourg. — Nominadon des ministres. — Épuration. — Suppression de la loi des otages. — Ouverture des prisons. — Rentrée à Paris de Boissy-d^Anglas, de Siméon , etc. — Vendée. — Démarches de cliefs royalistes auprès du premier consul. — Discussion sur la constitution. — Déchec de Sieyès. — Acceptation et proclamation delà constitua tion de Pan VIU. ^^ Bonaparte aux Tuileries. — 11 veut réunir tous les partis sous son drapeau. — Lucien au ministère de Pinlérieur,

On a peut-être remarqué que notre récit des érénemens de brumaire ne fait aucune mention du peuple , c'est qu'en effet, retiré de la lice et assis sur les gradins du théâtre, il se contentait d'assister en curieux aux représentations qu'on lui donnait. L'événement n'excita qu'une très faible curiosité dans la capitale , où tout allait conorme à l'ordinaire. Dans la nuit de la seconde journée , l'autorité fit des proclamations aux flambeaux qui n'éveillèrent personne , et n'eurent qu'un très petit nombre de spectateurs. Le lendemain / les Parisiens , sans croire au danger que Bonaparte avait couru , ne se réjouirent pas de son élévation , et ne donnèrent de regrets ni au Directoire qui n'était plus , ni aux deux conseils dispersés par la force. Les révolutionnaires ne laissèrent point éclater leur mécontentement*, aucun d'eux n'essaya de haranguer le peuple *, mais quelques uns d'entre eux ne purent s'empêcher de sourire en lisant dans la proclamation des consuls, Roger-Ducos, Sieyès et Bonaparte^.

contresignée par Cambacérès, que la révolution était terminée. Si Bonaparte, qui aimait beaucoup que son nom eût 4e riofluçnce sur les masses , fut mécontent de rindifférence de la capitale, il se réjouit au fond du cœur en pensant qu*il n aurait point à gouverner le peuple volcanique de la Convention. Revenus à Paris le 20, les trois consuls s'installèrent dans le palais du Directoire. « Qui nous présidera dit Sieyès avec inquiétude? — Vous voyez bien, répondit Ducos , que c*est le général qui préside. » Le général continua de présider. Dès cette première séance , Sieyès , qui croyait gouverner, tandis que Bonaparte se contenterait de diriger les armées, reconnut la supériorité du génie, et subit l'irrésistible ascendant du chef qu'il venait de se donner. En sortant du conseil, il dit à Boulay de la Meurthe, à Rœderer, à Cabanis, à Talleyrand : « A présent, messieurs, nous avons un maître^ il sait tout, il fait tout, il peut tout. » Voilà, pour un homme rempli de prétentions si hautes , une étrange issue de conspiration , et une assez misérable fin de rôle. Au moins les directeurs Moulin et Gohier n'avaient ni compromis leur caractère , ni trahi leur serment , ni livré la France et la liberté à un homme.

Dans leur seconde séance, les consuls, après avoir choisi pour secrétaire- général Maret, déjà connu par plusieurs missions diplomatiques importantes , s'occupèrent d'organiser le ministère. Gandin fut placé aux finances, Bertbier à la guerre , le géomètre Laplace à Fintérieur , l'ingénieur et constructeur Forfait à la marine. Gambacérès, dont Bonaparte 'avait apprécié l'esprit judicieux et les lumières , conserva le portefeuille de la justice -, Reinhard celui des affaires étrangères , qu'il devait bientôt remettre à Talleyrand -, Fouché resta ministre de la police générale , malgré la haine et les réclamations de Sieyès , qui le peignait comme un jacobin dangereux et un homme sans foi.

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