‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 67 sur 93 · ON REPOUSSE LA PAIX · texte numérisé non relu

ON REPOUSSE LA PAIX

TÂDglelerre avaient éié prodigués ppar amener la ruine de la France. H proposait d'ailleurs ; au nom dnrpremièr consul^ une suspension d'armes, et la nomination immédiate de plénipotentiaires qui se rendraient à Dunkerque. Le roi d'Angleterre transmit toutes les notes de la congéspondànce réciproque aux deuix chambres, et leur demanda des subsides pour continuer la guerre. Dans les débats orageux suscités par suite de cette xommùnication , lord Granville fit le procès à la République, et tenta tous les moyens possibles dWfaibiir la confiance que pouvait inspirer la démarohë de Bonaparte. Le duc de Belfort , et surtout lord HôUand, déjà saisi de cette admiration qui se manifestera un jour par des paroles si élevées et par des soins si toucbans pour Tillustre captif de Saint-Hélène , réfutèrent le ministre avec autant de raison que d'énergie à la chambre des communes. Orày, Erskine , Shéridan , Ftx , armés de la puissance de la vérité /imputèrent la continuation de la guerre à Tolygatchie européenne et au ministère anglais qui^ contre les principes du gouverne-^ ment de son pays, le soutenait dans le projet impie d'empêcher toute amélioratioii du sort des peuples'. Fox couvrit de ridicule la fiction périodique dé la ruine de nos finances ^ soutint que le roi d* Angleterre', celui dé Prusse, rémpereàir d^ Autriche;; avaient été les agresseurs; il opposa aux excès de la révolution , le partage de la Pologne, le carnage de Prague par Su^ârovr, et se dëdara enfin hautement pour la paix avec la Fraiice. Le bon sens, la vraie politique, l'intérêt bien râtenda de T Angleterre et de l'Europe , combattaient avec le chef de ropposition \ mais Pitt parlait aux passions, et quand une assemblée s abandonne à leur empiré , elle est cent fois plus difGciié à éclairer et à convaincre qu'un seul homme. Le ministre remporta précisément parce que la haine la plus: implacable contrô nous reispiratt dans'sa hafràngue. On y saiéit cotre autres choses' cet aveu et ce mensonge également

408 IIKVOLUTION FRAliÇ4IM.

remtrqttaUet, a« sojet do relovr deiBirarboiis :« Jamais, dit-il , je M l'ai dériré , jamaib je ne l^ii ûtu pOflsiM^. . . . Je puis anorer ^se la guerre ^ui se (ait dans les provinces de Touest est sans aucune inMigation de ndtrè part. » Les deux expéditions de Qoiberon et de rtfeDieD, les monftiotts, Fargeiit fournis aux insurgés , répostdâteat i cette impeaturc du ministre, qui osait tout dire otteot ftire ayec une impudeur et uàe immoralité dont les an^ nales d*an pays libre offrent peu d'exemples.

Leè journaux anglais se mêlènSnt aUssi de la querelle ^ et prodiguèrchit & Bonaparte des bvteotiVes aii^qoettes il se montra trop sensible ^éul-êtrè en y llisàrit i^peadro daAs le Moniteur ayèc une nodéiration qui n'en laisséil pas moins apercevoir qa'il avait été blessé au vif : ee grand homme i^douta toujours la tribune et la presse» comme les deux plus grands èntfemis dé son pouvoir et de sa fortune.

Le cabinet de Vienne rci|)oussa également les ouvertures de Bonaparte pour la |^ix. H fallut doue se préparer à reprendre lès armes» mais avec des chaneee plus favteàblés pour nous. Les cours de Vienne et de Londres afvaient lassé la patietice de Tempercur Paul , honteux d'être ^a pour dupe au sujet de TexpélUtion de Hollande* Ce pHaee partageait Tirritation des géhéraox Bsraiann et Esaen contre les Anglais, conime il avait partagé ctelede^géné' raiox Sui^arow et Korsakow contre hd AlleifaaildSy ses alités. Vainement lambassadeur britannique i Pélerébonrg» loré With^forb, f ftche de l'engager de nouveaa h entrer dans la ooalitimi, son parti est pris : la RiMie restera étrangère a la lutte qui va s'ouvrir &ï AUemagne et en Italie.

D'un autre cAlé, grâce aux conseils de la l^usse» habilement dirigés par Bonaparte » la Suède et le Daaemarck se déterminèrent i observer la plus etricte neutralité. Il restait eboore contre nous la Perte-OttoBMne, FAiigleterre, lltalie tout entière, et TAutricbe ^ui venait de faire les plus grands efforts. Le gékiéral Kray , à

PLAN US CAMVAGIIB. 4W

la tf t« à^ ^0t vingt mille soldaU / ayait la mistioa de çoayrir i'Alkm^gue en Italie. Mêlas» avec cent (rente œilte combaUaw» ^vait enyabir le midi de la Franee-, vingt oiitl^ I^aj^aliteiM» doaze mille émigrés de larmée d^ GQn4^» vingt nnlle Anglais réunis à Minorque, ngons me* mm^ 4'*iAe jifriifUon.

PèsL (fa^. le premier «MSul eut ftdt.cennailre l'bsne df 8?9 |ir^f]is>tîonft padfiquesy la guêtre redevint toat i coup 9atÎ9Ml#.JUs aneieps soldais rétives avee lear congé; )e^ Y4lér9P« e« état de ffiire la campagne ] les jennes gens d^U iR^i^îtlonet de la conscriplioii se précipitant d'euxmim^9 M répondant i Fappel dn gonifens^ement y atcourftC^ SA ranger sons le drapeau ', tous les grands corps df) Tét^t ^6 prononcèrent avnc la plos hante énergie contre VA^ght^Wf^ I et proclamèrent solennellement leur adlié- 8)011 (^^ aentmepa, aux paroles , aux proolamatidns et fini; mefi^fcs du premier consal , occupé nuit et Jour des pr^nlîls de k BOttveUe Intte qui ^l|ait s'ouvrir. Ces prép^ratlfe étaicsA immenses , car, ouive tout ce que demandaient les armées existantes, Bonaparte organisait encore upe armée de réserve qui allait se réunir à Dijon , ce qui devait porter nos forces à deux cents quarante mille hommes. Les militaires s'accordent à louer les ehangemens qaoBonapartefit alors dans les armes du génie et de VartUlerie \ Tune oonfiée à Marescot , l'autre au général d'Abo^ ville \ la €«éation des compagnies du train d'artîHerie , et la formation de grandes divisions sous les ordres d'un lieutenant général.

Sln a?çmettant la garde des Alpes et do l'Apennin à trimte-^i^ mille hommes seulement , mais commandés par ttn homme intrépide et ficcootamé , depuis les Pyrénées, k in goeri^ de montagnes , Bonaparte avait calculé les olé^ miens, de soccès comme lies chances de revers, ainsi que leuro pkis gravas conséquences, et les moyens de remé* dâer bu mal. Il se fpndmt sur ia supériorité numérique de

4f0 RÉVOLilTiaN FRANÇAISE.

rarmée de Moreao , qoi devait entrer victorieuse en- AUemagne , et contraindre ainsi Mêlas à renonoer au^ projet d'inyaçiott dans le midi de la Franee , pour envoyer une partie de ses troupes dltalie au secours de Kray . Dans ce cas , le premier consul pouvait ordonner à Masséna de reprendre TofFensive, descendre ensuite lui même en Halle par la Suisse, avecTarmée de réserve, et réuni i ce général, marcher à la tète de cent millehoi|imes contre Méla^. Celui-ci serait forcé d'évacuer la péninsule, et de se retirer devant nos soldats victorieux ^ qui bientôt rejoindraient Morèao. Si, au contraire, ce dernier général n'obtenait d autre avantage que celui de repousser Tennemi de notre frontière » et si Mêlas s'avançait en Provence , Bonaparte «e portait encoile en Italie par la Suisse, tombait sur les derriënesde Tarmée autrichienne , et ress^rait Mêlas entre Tannée d'Italie et larmée de réserye. Dans un troisième plan, Bonapàrle, tranquille sur le sort de Masséna, dont l'armée serait portée; à 80,000 hommes, et -suiBrait à garder une défensive formidable , se proposait de réunir larmée de réserve à eelle du Kbin , et de marcher sur Vienne avec deux cent mille hommes. La situation particu^ liëre de Bonaparte , .dont la présence était si nécessaire au gouvernement, et le refus de Moreau, qui craignait de se voir réduit au second rôle , empêchèrent l'exécutioii de cette grande idée, qui, aurait pu toutefois nous placer dans une situation pareille à eelle de notre armée à Austerlitz , situation dont nous ne sorllmes que par des traits de génie unis à une singulière faveur de la fortune^

Malgré tous nos effort, Mêlas 4êbordant notre ligne de défense, descendit dans la rivière de Gênes. Le général Ott, de son côté, après avoir rcfioussé dans cette ville la division MioUis, entoura cette grande cité; mais s'étaot trop imprudemment avancé , il paya cher cette audace. La division Mioliis, avec la réserve de l'armée, sortit de la place sous les ordres de Masséna , précipita les Autrichiens

MORBAU. 471

dans les ravias^ et les poùrsdivit avec fureur jusque près des sources de la Trebbia, Après ce succès , Masséna reuira dam Gêiies ayec quinze cents prisonniers /un génétàl; sept * drapeaux, et des caoonsi Mâlhettreusemetit, ïiotre gauche n'obtenait pas le même succès. Sachet se trouvait séparé dn quartier-général^ et les communrcatioDs de Gêiiesf avec la Trance étaient conpées. Profitant de ce granii' avantage, Mêlas tint Suchet en échec avec sa droite, aux' ordres dn général EIsnitz', et marcha Ini-taiême avec son centre et sa gauche sur Soult, qu'il voulait refouler , ainsi que Màsséna, derrière les remparts de Gênes. Hasséna/ résolu de rétablir à tout' prix les cotaim'nnications de sa gauche avec la France , confia la garde de Gênes au bravef MioUis, fit passer des ordres à Siichet de se porter sur Montenellà, où devait s'opérer leur jonction* La fortune sourit d'abord à nos héroïques efforts : SouU tuâ, prit ou blessa plus dé trois mille hommes du corps de Hohenzollern ; Suchèt s'avabça rapidement , culbuta les Autrichiens de position en position , mais ^ assailli à son tour par Elsnitz qu'il n'attendait pas, et ne pouvant plus recevoir d'ordres du général. en chef* il'sentit Timpossibitité dé se rénnir à lui. D'on autre côté, MasséAa^ après avoir tenté W opérations les plus hardies ponr donner la main à son lieu- . tenant-général, rentra dans la ville avec cinq mille prisonniers, aux acclamations du peuple. Suchet s'était retiré à Borghetto, et ne cherchait plus qu'à couvrir là France. Instruit des succëç de Hélas , Bonaparte donna ordreà Moreau d'agir vigoureusement sur leRbin. L'armée passa le fleuve sûr diJEférens points les 7 et il floréal *, Lecourbe, à Storbach, remporta un avantage considérable sur le prince Vàudemont*, Horeau , avec quarante mille hommes, livra,' près d'Enghen, une bataille sanglante et indécise à Kray, qui se retira enfin à la nouvelle' de la défaite de Vandemont^ et de l'approche du centre de l'armée commandée par Saint-Gyr. Le iS floréal, une autre

baUdUe, dan^ laqoeUe Leeotirbe, avee trob Annow que lloreau vint ioatémr, fit d«ft prodigM contre loote rtmiée atttricbieiiiie , enlraloa «ne seconde retraite de PeBODeini , mais ne nous donna point d'avantage déôsif. Si Snnt-€jr fat arrivé pendant faction , nous aurions pn remporter ia victoire ^ mais sur ee point les forées se batençaient , et Tune des arasées ne paraissait pas en état d^'écraser Vautre.

Pondant ce temps , le premier eonsal déployait une aetivité plus étonnante encore que tant ce qu'il avait fint aotts €6 rapport en Italie et en Orient. Inaooeasible à la fatigue^ il seaiUait se déiamer par la variété de» teavaux , entre lesquels on djstiofn snrtoiA la eréatioii de rarmée de réserve , dont ilataîA donné le cMinmndement titulaire k Berlbier^ par une espèce de méoagenieni pour ropiuion qui aurait pu s'offenser de voir le premier consul , Un mafistrat eivtt , feii^pttr Ice ftnetioiui de g^é^al en dief . lueertain encore de la position exacte de ifasséna ^ et oakolant les deux purtm que ce gteàral pourrait prendra eu cas de revers ^ il écrivit à Berthier ; « H est temps que l'année de réserve donne 4 plein collier en Italie.» Sa kétrecùnleltaitdeBiBstnictions pour la deicettte do rarmée , sait pur le Saint-Bensord , soit par le Simple»* Berthter anmât voulu atoir oof rèa ée lui» pour franchir les Alpes , le général Lecourbe qui ominaissait bien la Suisse, et s'était -^slingué dune la lotte avec les Russes dans les <montagbes ^ mais Hnreali ne voulut pas se prii^r de Twi et ses meiUeuiu llButenaaè«

Enfin , averti par le cfaef d^eseedi^n FraMCsdii , aidede-camp du ^^éral Souit, que MassétMt était enfermé dans Gônes^ où ^à compter de 5 floréal 5 il «l'euait plus de vivres que pour vieft-<cinq jours , tè pSemior fOnsuiptes* crivit à Bertbier de forcer de merobe fwur ee trouver le 20 floréal dans Aoste. En mente temps., il«rdomiait â Moreau de détacher de son inrmée une colonne de nBgV-

MSSilOK BM ALPB8. An

cinq œitte bommes commandée ptr LeooiiriM , ipii, pé» nélraat par le Sawi^oUmrd ci le SiBiplon , ae leoove- Fait plaeée 80«& les ordres du db/tt ie l'afinéede réserveu Le premier consnl qaitta. Paris le 16 floréal \ TÛigt-einf heures aprèSrSOA départ il était arrivé à Dijon, passait eft revue les bataillons de nouTelles fecmatioBS, el organisait une autre armée ao commandement de InqnnUe il appela k général Brme, retiré dn eonanyi-d'état. Biantùt le général Mareseot, qu'il avait envoyé en roeonnaisaanee dans les Alpes, vint loi aanoMer à Genève fne le Saint-Ber^ nnrd était ie débonebé le plas praiicable, nais que Ven^ tr^rise oGGrak une immcnso difficallé, snitooit pour le transport dii matériel. A cbaque éninnération d'ebelacles Sona^rie répondak par nne création, et cependant Mareseot , bomme très babile, mais aassi très exact dans ses calcols, très pradent dans ses entreprises, et un pen tim^tfé dans son audace , semblait prondce soin dç nWUIer aucun détail , dans ta erainle d'avoir négligé quelque circonstance dont Tomission pût faire eetombev sur lui la responsabilité de Tévénanent ^ mais Bonaparte Finterrompit enfin par cette qnestion : « Peot^^a passer? — Oui ^citoyen premier consul , mais avec peine. '«^ Eb bien ! parlons* » Neeker, attiré à Geoéve par le désir de voir le premier consul et d'en être vu, ne put se défendre d'un certain entbousiasme ^ mais trop de liste se mêlait cbex lui a la vertu du csbut, au talent da unnistre, pour qu'il pAt OMivenir à un bomme de génie qui traitait las plus grandes affaiiPes avec une certaine sknpKeité.

De Gienève, k premier oonanl vint à Lausanne, où Carnot lui appirit que Moneau n'avait pas vionlu néder Le^courbe, et que, iebéllei l'ordre dn «gouvememcnt, il n'envoyaîtan Ueadesvingt-eioqmilleàomnics demandés, qa'un déiacbement de quinse mille cooadmtèans, condoits par lioneey>Gefàiéral4sntordredadébouçberiu6aint-Golhaffd mr yeÛinsena;^ fidiaucouFt idut nardier sur le fiîmplon v

474 nÉvoLUTioii françaisg.

Tbarreau défila sor Exilles/etSoM parle mont Genèvre; Chabraû, sur Aosle, par le graod Saint-Bernard. Le 14 floréal ; le premier consul passa en reyue à Laoâanne:, son aTattt*garde que commandait Tintrépide Lannes ; elle se dirigea aussitôt sur Saint*<Pierre; les autres divisions sni- ▼ireiit en échelons. Ainsi nous étions an pied des Alpes arec cinquante mille hommes, tandis que TEurope entière régardait l'armée de réserve comme une fable qui excitait la dérision générale i Londres , à Berlin , à Vienne et en Italie. Lannes commença son mouvement le 5K7 ^ du bourg de Saint -Pierre, il se porta sur le grand Saint-Bernard. On avait démonté les voitures de bagages et d'artillerie ^ les affftts et les roues étaient portés à dos de mulets ; on avait placé les canons 4ians des auges ou sur des espèces de traîneaux creux ] cent soldats s'attelaient à chacune des pièces. La grandeur de l^entreprise et la présence du premier consul animaient les troupes. La pénible et périlleuse escalade était une marche joyeuse : aux cris des soldats se mêlaient sans cesse les accords de la musique guerrière des régimens , et les chants républicains qai avaient yaincu ft Jemmapes, à Fleurus, à Rivoli, aux Pyramides. Survenait*il un péril extraordinaire ? les tambours battaient le pas de charge , et l'obstacle se trouvait tout à coup vaincu. Tout avait été disposé avec cette inteU ligence, cette précision et cette fécondité de ressources qae Bonaparte portait dans ses préparatifs et dans ses ordres , parce qu'il embrassait les détails comme le plan tout entier. Cependant, malgré sa prévoyance infinie, des difiScultés inattendues se présentaient encore ; mais alors il fouillait en quelque sorte dans son génie comme d^ns un arsenal , et trouvait au moment même des remèdes pour le mal , des expédions pour la circonstance. Avec lui rien d'impos* aible , rien d'insurmontable. Le premier consul avait promis, une indemnité de S,600fr. à la S4« légère, et pareille somme à la06« demi-brigade, pour le transport de

GÂNB^e 475

l'artUIerie de SaiiiC*Pierre i Etnobles : qoand le transport fot opéré , oes deax corps refasèrènt la gratifieatîoD* Airivés au sommet des Alpes, nos soldats reçurent des religieax de Tbospice les seéoors de la pius^ généisuse hospitalitév La descente fut plus difficile pour le^ chevaux que la montée*, néamnoinSy en quatre jout» toute Tannée était au-deli des montagnes. Bonaparte lu^même passa le grand Saint-Bernard le 50 floréal , et le descendit en ramaisse.sur un roeber presque perpendiculaire. U avait pour guide un jeune montagnard dont il écouta les naïves confidences et fit la fortune par des dispositions paternelles qui durent causer une vive surprise au jeune amant que le bonbeur venait trouver. Le 97, Lannes, avec notre avant-garde, culbuta les Autricbiens qui gardaient les bau-^ teurs de Gbatillon , et inaugura la campagne par un brillant succès.

Pendant les efforts qu'on faisait pour le délivrer, Masséna, quoique renfermé dans Gênés, multipUait les prodiges. Le i«r floréal, attaqué par les Autridiiens qui tentèrent réscaladè , bombardé par les Anglais , il confia la défense de la ville & la garde nationale , fit uni( sortie ft la tête de son armée, reprit les forts et les positions envabis par les Autrichiens ^ et rentra le soir avec deux cents prisonniers , des drapeaux , et les échelles préparées par les assaillans. L'ennemi , averti par cet échec de ce qu'on pouvait craindre d'un si redoutable adversaire, sachant que nous n'avions de vivres que pour trente jours, et que lordReith, qui bloquait le port avec une escadre ; ne laisserait entrer aucune provision , résolut de nous resserrer plus étroitement que jamais , et de nous réduire par la famine. Dans cet espoir, il laissa le général Ott avec It0,000 hommes devant Gênes, et partit pour Nice avec 35,000 soldats. Aussitôt ce mourement connu , Masséna fit de nouvelles sorties couronnées de succès. Soult , k k lête de 6,000 hommes, pénétra dans la rivière du Levant^

4Tt RBVOLUTION VIIANÇAI8B.

et M? lut tT«c djw nrret et des prisMiien* Maie dans qbc aiilf e sortie , ce géaéml tomba grièTement blessé entre ies naîM des eonemb, et Masséna, qui n avait pa rompre le«il Kgncs, rentra dans Gênes.

Cependant Suebet, séparé df son général et de la France, et se TojanI en péril d'dtre i la fin écrasé par des forces triples des siennes, s'était retiré en bon ordre, œnis avee célérité, derrière la ligne da Yar, qn'il jura de défendre josqn'à la dernière extrémité. |1 y ont là un adairable concert entre les autorités eifttes el mitttaires, et Suchet, bientôt renforcé par le général Sainl<Bilaise^ commandant de la 0« division militaire , prit des mesures an^qoelles on dut te salut de la frontière. Mêlas fit son entrée i Nice le 91 floréal, et put d^ eroiee i la oonqoMe de la Pro* yenee. Une croisière anglaise parut à rembonohare de fleuve, pour annoncer le prochain débarquement de 2tO,000 Anglais. Dès le 84 fibréal, Mêlas fit attaquer lap^at du Var, que Sucbel avait babilement fortifié. Lss répid>Ucaitts se défendirenl comme des lioqs. Les soldats autrich΀es> écrasés par nos ^lets, reconnnrent Timpossibilité de réussir à forcer ce passage. Le général ennemi se profiosait do remonter le Yar, de le passer à gué aoidesaous de Nice, lorsqu'il 6it frappé comme d'un conp de fondre par 1» noiiv^e fk Farrivée des ^0,00Q faraimes 4e Bonaparte dans le Yalaîs. Àia moment même il laissa Elsaitz avec sa division pour tenir Snchet en échec, tandis que lui*même^ avpc les divisions Latennan^ et BeUegarde , eowrait combattre Farmée de réserv»» d^t iji n'avait pas mCmo soupçonné la manebe.

Pendant ce temps, nos MldaAs , joyenx d'ieYOir ti*avfirsé des montagnes K^utées ina<H3es»bl^> Ml f^jmni libres de poursuivre leurs premiers succte, loraf u'iû fiweat arrèié» entre Aorte ai Ivrée, {lar le fort de Bar» i^sins «iir un mamelon antre deuai montagnes^ à {viogt-râiq Um» Ynw df rentre. Les officiers d'ai^llerie et ceo» dïp g^éie^ après

àUCCàS 0E BONAPARTE. 477

aTÔf r reooima te sol, déclarètreni f a^il faliaii m siège poar retile?er^ C'était toe bieft fâoheose nouvéUe dans la circonataUce^ heaceotem^iil^ oë déoûuTril uo petit aenlier pratiqaé Igaoehe aor ks crétea du mont Alburèdo^ et Ton pârynit 1 y faire patfder, bonittie par hoiUM^ oheval par cfaeifiàt, Hofaiiterieet la oayalerîe de TaTant^-gafde. Bientôt , ^rftce aalc travaux de tpiatorze eèftt» homma pour noii^ frayer la noale^ rarnlëe défila tout eûtière^ mm non passait despeioea iofinies. L^artilleriè restait en mr^ rière, àrrêtéepar d^a obataelea insurluontablek. Pafflo«4#4i H se trouvait y Bonaparte donuaii leaordrea léa pltis prosaâaa et les plus cireonstauciés^ ëi ne pbuTait^eeiiceveir'fiu^ le mont Albaredo ^réaeiitAt plus dé difficultés que ce terriUe Sailil-Bemard que toiut notre natériel avait fimncbi. Pen'dant oe tctaps, lé coBMMiiidant ilu fort ne oebsait d'écrire à Mélin pour loi apprendre qu'il voyait passer plus de trente mille Ikoaraieft, trois ou qnati*e miiie ehev^ux et on Boai"* krëax état-tmjor : il procédait de tenir oà mois ^ et de m laisser passer ni iro cas6n, ni Un caisaon.

Le fi prairial) Berthier S'empara de ia partie basse du fart que traversait dn'oiieniin pratiquable pouir Tairtîilerie^ mais* battu, k bout portent, par lefeu du lart. Cependant on réso^ luidefrauebiri)epassà^, en prentat touies les préoaulîOQs posantes pour uèipaiS'éveillerrAtteBUondierenoeini^ on eou* vtit donc le^At^iÉiudeuiatelas etdie futnîeri k» rooé»âea voteras furent eïutotirées de pniile > les canoiu^ ccKivertsde feuilles et de branobages. Pendant ta'nuît, les soldél^^littdant à la briook» lés tràlaèrcot dans le plus grand ailence, et passèrent ainsi à portée de {tfstolet de iaf arnîsoii> qui. ftésait pleutoir en mèiie temps une grftle de pots i feu el de grenades. Plusieuifs >canonttiër8 furent tués ou Mesëds dans celte «tfnconire*, «nia rien n'àrrMa le sèle de leurs CMÉarades. En^iuatre ou cinq touiu» toute notre arliUlfrie sfie trouva bors du dangereux défilé. Le 5 prairial (fifi mat)^ Lannes, avec Tavant-garde , pénéUa dans Ivrec» el

478 REVOLUTION pHANÇAISÊ.

repoussa rennemi jusque derrière la Chiusetla. Nos troupes j animées par sou exemple, enlevèrent cette ville avec la plus grande valeur. Après cet événement , le général Haddick vint se poster avec dix niille hommes à Romano pour défendre le pont. Cependant , fidèles à exécuter le plan formé par le premier consul y Thurreau , Honcej, Kellerman , défilant Tun par le mont Genèvre, Tautre par le Saint-Gotliard , le troisième par le Simplon, arrivaient en ligne, tandis que nios divisions du centre se réunissaient à Ivrée. Le premier consul, présent à Ivrée , ordonna l'attaque^ elle amena à trois combats, dont le dernier surtout fut d'un acharnement extrême , et vit triomfrfier les Français qui s'emparèrent du pont. Découragé par cette première défaite, F Autrichien se retira' derrière rOcco, fit couper tous les ponts, détruisit les barques, et se retira sur Turin où était Mêlas avec son armée. Lannes occupa Ghivasso-^ il y trouva une quantité de blessés autrichiens. Bonaparte passa en revue Tavant-garde et la combla de ces éloges avec lesquelles il récompenssf it les vainqueurs et les excitait à de nouveaux prodiges. Peu de capitaines ont obtenu de plus grandes choses de leurs soldats par la puissance de la parole. Du reste , tous les ordres qu'il avait donnés s'exécutaient en ce moment avec la plus étonnante précision : aiasi la légion italienne, commandée par Lecchi, arrivait dans la haute vallée de laSesia, battait le prince de Rohan et venait se réunir i la division du général Kellerman. Notre avant-garde' se reposa toute la journée du 9 prairial à Ghivassô. C'est là que Mêlas» trompé par les démonstrations de Lanaes, envdya ses principales forces sur la rive droite du Pô, pour défendre le passage du fleuve ^ pendant ce temps toute l^armée française marchait dans un ordre admirable vers le Tésin. Wukassovich chercha vainement k empêcher notre passage, qui fut effectué dans la nuit du 11 au 18 prairial , à la suite d'une action très vive. Le 15 , Murât

, BONA'PAIITE A MILAN. 4f9

occupa Milan. TrQ& heures après, le premier .consui, avec son état insycr, fit une entrée triomphale dans cette yille^ au milieu des transports d'un pevple immense qm^ trompé par des bcuits m^asongers , croyait no- jamai$ revoir, son libérateur. Tous les genres d'oppression» d'insulte et de piU lage pesaient suit la Loinbardie depuis rocq^pation.auttrlchiçane : le sexe , r^e» l6 rang , la naissance, les talons» rien nVait trouvé gr&ce devimt cfs jaonyc^Hx hg^tbarés, incapables de respecter la terre classique du gépie et la tt^re de tapt de races de grands hommes. En im mo« ment tout l'ouvrage de la tyrannie fut renversé ; il ne resta: d'irréparables que les brigandages et. les vois de la rapacité dé l'ennemi, qui aurait emporté avec lui, s'il lavait pu., le sol même avec ses moissons de toute espèCje. Au risqiie de déplaire aux philosophes, qu'il appelait athées, on wmi pourquoi» Bopaparte voulut assister, au Te De»m chanté dans la cathédrale pour célébrer la délivrance, de l'Italie. C'était la même politique qui lui avait dicté .au Caire uPe proclamation en l'honneur de Mahomet; jouais ici se joignait un certain paichant pour la religion, qu'il pensait réconcilier en France avec le gouvernement , afin qu'elle servit de sanction au pouvoir. Peut-^être même voulait-il s'attacher de plus en plus le cardinal Chiaira'» monti, évêque dlmola , récemment élu pape sous le nom de Pie YII. Ce pontife était l'auteur d unèhomélie des pkis irépublicQines, dans laquelle on ^lisailen propre termas : (( Oui, mes très^-ehers frères , soyez boas chcétienbet.vous serez d'exrâUens démocrates. Les vertils morales jrendent bons démocrates* Dieu favorisa les travaux de Catan d'Utique et des illustres républicains de Rome. » Les consuls se conibrmërent aussi à la politique de Bonaparte en faisant rendre les honneurs de Lai sépulture lau palpe Piie YL ' Lé jour de. la célébration du Te Deum; Bonaparte réunit les membres du clergé^ auxquels; dans uneJongùe allocation, il fit connattre ses projets sur la religion en

MO RBVOtUTim rKANÇAlK.

flalie et m FVaiiee. Lt même jour, Bertbier, général ca chef de rarvÉée de réaerTe , publiait iioe proelamatioB aaSL peu|itei de ta CitaipÎBe pour les appeler avx anms , left iatiler k la concorde» et lear aniioMer qHo4a répabltqite fterait orgastoée aur les bases fixes de la religioii , da bon ordre et de légatité «nssilêt après rexpoMon des ennemis. Cette renaissanee de la Gisalpioe fat pom Bonaparte on moyen ^e raHamer «dans lo«l6 son énergie Tenthoasiasme des italiens pour ini *, de toas les points de la Lombardie , on secourait le voir , et sen 'nom n'était prononce qu'avec des tnmaports de rsconnaiSBSfnce. Mais ea jouissant de ce triompihe légitime, il n'oubliait pas de parler le langage de la f loîre à nos intrépides défenseurs. ic Soidflits , leur disait-il , après teor avoir retracé la consternation du midi de la franco , il invasion du territoire de Gênes, tes malheurs de la Gsaipine, iwas marchez... et déjè le territoire français est délivré ^ la joie et i'eapé* rance succèdent dans notre patrie è la consternation et i la «rainte. Tous rendes TindépendaMo et la lilierlé au peuple de fiênes; il sera pour tokijours délivré do ses éierneb ennemis. Vous êtes dans la capîliilaidB la Cisalpine ! rennemi épouvanté n'aspke |ilns qai T^^ner ses fPMitiètfes. ¥iaus loi avez enlevé ses hêpltauk, ass naga^ ains, ses parcs de réserve : le .premier note de la CMa* pagne est terminé. . . 3» .

Effectivement , grince au génie, i TaEndÉce^ àlaicélérftt inouïe de BonaparÉe, tons ces avantages étaient obtenas, et mous v^Kons à une vietoins assavée^ Mais noa pss enempte de périls et mémn de chances inattendfeieo ds rsvcrs* Pavie, Gassano, Lodi) Gréaaofie, tonibaieiit entre nos maina^ le fisrt de Bard s'était rendu , et Mélaa sofasait de'crcâre à la présence des Français : il regardait lear arrivée <dans le Milanais comme une fitUe. il devait être UeaÉêt détrompé : Mutât se porta le 16 isar JNaisnnoe , éamt il aarprtt la tête de pont ; le même jour il mtercepts

CONSPIRATION CONTRB BONAPARTE. 481

une lettre de Tienne y qui assurait que rarmée de réserve n'existait pas, mais que Morean étant au cœur de TAIiemagne , il fallait des succès «pour forcer ia république à retirer ses troupes du Rhin et aller au secours de la Provence^ on ajoutait que Bonaparte , rappelé par des troubles survenus à Paris, avait été obligé de quitter Genève pour rentrer dans la capitale. Cette dernière nouvelle était probablement fondée sur ia connaissance de quelques trames dans Tintérieur. li y avait effectivement un commencement de conspiration contre Bonaparte : le général Malet « qui depuis mourut à Grenelle pour son audacieuse levée de boucliers , s'était engagé avec plusieurs autres officiers à se défaire du premier consul. Des citoyens, des fonctionnaires de Tordre civil» entraient dans cette machination , et pendant rincertitude des évé< nemens, depuis l'ouverture de la campagne jusqu'à la bataille de Marengo , ils se prononçaient assez ouvertement,- ils recrutaient même en quelque sorte contre lui. Je les ai entendus > j'ai reçu leurs provocations contre Tambitieux qui menaçait, disait-on, la liberté. L'étranger toujours aux écoutes dans Tintérieur , à la porte des gouvernans, et dans les conciliabulesdes partis, avait sans doute recueilli quelques détails à ce sujet , et trompé par Jes conjectures exagérées des donneurs de nouvelles qui croyaient capter la faveur des princes , en annonçant toujours quelques troubles sérieux et près d'éclore, il avait tiré d'un fait vrai en lui-même des conséquences outrées.

Gomme on le voit ici , le cabinet autrichien lui-même abusait son général-, mais celui-ci qui était sur le théâtre des événemens, n'en était pas moins coupable d'ignorer des choses qui se passaient autour de lui. Enfin, la certitude de l'entrée du premier consul à Milan vint lui dessiller les yeux, et lui inspira la dangereuse résolution de rappeler les cinquante mille soldats du général Ott placé devant Gênes, et du général Elsnitz à cheval sur le Yar ^ VI. 3i

4Bft RÉVOLUTION FR/kNÇAISE.

son but, en partant de Turin pour Alexandrie , était de nous livrer bataille avec tontes ses forces.

De notre cOté, les quinze mille hommes de Moncej arrivaient successivement à Milan ^ où le premier consol les passait en revue \ il en détacha la division Lapoype pour garder les bords du Pô et éclairer ie mouvement de l'ennemi vis-à-vis Plaisance. Cette disposition prise, il résolut de marcher vers Stradella , sur la rive droite, afio de couper à Mêlas la route de Mantoue , de le forcer à une bataille, et de débloquer Gênes. Bientôt emportante position de Stradella fut à nous^ alors la seule retraite qui restait aux Autrichiens se trouva fermée. Murat> couronné par de nouveaux succès , ne tarda point à faire sa jonction avec Lannes à Stradella , point indiqué, pour la réunion de Tarmée. Ce fut là que Bonaparte apprit avec désespoir que Gênes venait de capituler. Certes, il ne pouvait pas accuser Masséna ; non seulement ce général avait tenu beaucoup plus long-temps qu'on ne l'avait espéré dans les calculs les plus favorables , mais encore il venait d'ajouter de nouveaux prodiges à ceux que. nous avons déjà racontés. Voici les faits. Privé de tout secours, n'ayant de vivres que jusqu'au SO floréal, il voyait avec douleur arriver le moment où la famine le contraindrait de livrer la place à l'ennemi. Cependant, dès que l'héroïque FranCeschi lui eut apporté des nouvelles de l'armée d'Italie et du passage des Alpes par l'armée de réserve , il ranima- le courage de nos soldats et des habitans , ébranlés par toute sorte de souffrances. La prise d'un convoi de blé, destiné pour Gênes, vint changer ce retour d'espérance et d'énergie en un affreux découragement, que l'excès de la misère porta bientôt à son comble ^ tout manquait pour nourrir les habitans , la garnison et neuf mille prisonniers allemands détenus sur les pontons et dans les bagnes. Le général n'avait plus que pour deux jours de distributions assurées , quand il

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