‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 68 sur 93 · CAPITULATION DE GÊNES · texte numérisé non relu

CAPITULATION DE GÊNES

reçut des propositions de Méias , auxquelles il répondit d'une manière évasive, résolu qu'il étail de laisser la garde de Gênes aux malades , sous les ordres du brave Miollis, «t de percer lui-naême en Toscane à la tête d'une colonne d'affamés, a Mes amis^ dit- il aux cheb des corps qu'il voulait emmener , nous avons rempli notre tâche , mais qu'il ne soit pas dit que l'on ait triomphé de nous; abandonnons ce vaste tombeau ^ n'emportons que nos armes et notre gloire ! » Tous les officiers répondirent par un serment de suivre le général ; mais ils ajoutèrent que les soldats n'étaient en état ni de marcher, ni de combattre. Yfflnement il voulut entralnerses compagnons d'armes par des paroles de feu *, on ne lui répondit que par un lugubre silence. Aucun espoir d'obtenir de la population ce que des Français avaient refusé à un homme tel que lui : déjà quinze mille Génois étaient morts de misère et de faim. Masséna 9 touché d'une pitié profonde, et sensible aux prières du. gouvernement ligurien, chargea l'adjudant* général Andrieux d'entamer des négociations avec les Anglais et les Autrichiens pour l'évacuation de la place. L'amiral Keith consentait à laisser sortir l'armée française, mais sans armes ni bagages, et privée dcson chef, qui demeurerait prisonnier de guerre. Toutefois, craignant que cette proposition n'irritât le général en chef , il lui écrivit : t( Vous valez seul une armée ; comment pour* rions-nous vous laisser libre ? » Les Français , répondit Masséna qui n'avait pas alors cinq livres de pain en magasin , évacueront Gênes avec armes et bagages ^ ou bien ils se feront jour demain par la force des baïonnettes. Informé par Mêlas de la marche et des progrès de l'armée de réserve^ Ott consentit aux bases présentées par Masséna , qui vint alors en personne au pont de Garnigliano. Comme les généraux autrichiens se refusaient à laisser sortir une moitié des troupes françaises par terre, Masséna se levant prit une attitude fière , rompit la conférence y

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et leur dit : « Yous rejetez ma proposition *, à demaiir^ messieurs y sur le champ de bataille* » Lord Keith parlant avec quelque dédain de Tarmée héroïque et mourante qui allait enfin céder Gênes non pas à la valeur des alliés, mais h la famine. « Milord , répondit Masséna en souriant ; Faites descendre à terre vos Anglais , et vous en jugerez. » Les généraux autrichiens ne purent résister aux impérieuses volontés de Masséna , qui obtint toutes les sécurités et toutes les garanties possibles pour les Génois amis de la France. Lorsque Gorvetto, qui avait accompagné le général en chef à la conférence, rapporta ces dispositions, elles répandirent quelque tranquillité parmi les habitans , mais elles ne changèrent rien à la plus affreuse des situations. Gênes n'était plus qu'un cimetière, où l'épidémie, la famine et tontes les maladies qu'elles enfantent entassaient sans cesse des nouvelles victimes; les mourans ressemblaient aux morts qu'ils allaient bientôt rejoindre. C'est cependant au milieu de ce spectacle que lame indomptable de Masséna, conservant encore quelque espoir, différa jusqu'au soir de signer la capitulation, et criait aux Génois : a Malheureux ! sauvez donc encore une fois ta patrie -, donnez-moi ou assurez-moi des vivres pour quatre ou cinq jours, et je déchire le traité qui vous livre aux alliés. » Mais Gênes n'avait plus.de ressource. Les Autrichiens y entrèrent le 10 prairial (4 juin). Huit mille cinq cents Français sortirent par la route de Yoltri , et Masséna, admiré des ennemis, s'embarquant sur une escadre de cinq corsaires français, avec quinze cents hommes et vingt pièces de campagne, se dirigea vers Antibes pour se réunir à Suchet, qu'il croyait encore sur la ligne du Yar. Ce général, admirablement secondé par le fils du maréchal de Rochambeau, qui s'était illustré dans la guerre d'Amérique , avait défendu avec succès la tête du pont du Yar contre l'assaut furieux de six régimens d'infanterie et de onze régimens de grenadiers, que soute-

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Baient, du côté de la terre, une batterie de douze pièces , et du côté de la mer, le feu d^uue grosse frégate et de deux pirogues embosséesà l'embouchure du fleuve. Le S7, malgré ie~ départ de Mêlas , une autre attaque plus terrible devait 'être tentée par le génér^rl Eknitz; annoncée & Suchet par le télégraphe du fort Ghantalban , elle eut lieu , et n'enfanta qu'un nouveau revers pour rennemi, qui se détermina enfin à la retraite. EIsnitz avait encore quinze mille hommes de belle infanterie , beaucoup d'artillerie et de munitions; nos troupes étaient bien inférieures en nombre , cependant , à force d^audace » d activité , d'harmonie dans Texécution des ordres , Suchet poursuivant les Auti;icbiens, les mena battant pendant dix jours , s'em* para de leurs canons, de leurs bagages , et leur fit dix mille prisonniers. Encore deux marches , il touchait & Gênes f Masséna pouvait entendre le canon de son lieutenant ; les lignes du général Ott se trouvaient attaquées en tête et en queue , et le blocus était lové ; mais les Autrichiens occupaient Gênes , et Suchet ne put que se réunir avec la partie de la garnison que le général Gazan, conduisait à sa rencontre.

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