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triotes. Peut-être Texpédition n'eût-eile pas échooé , si les Anglais avaient eu présentes à la pensée ces réflexions de Juvénal , qui devraient être un article du code militaire pour toutes les nations : « Prenez garde qu'il ne soit (ait une grave injure à rhomme brave et généreux. •
La position de la malheureuse expédition royaliste devint horrible : derrière elle Timmensité d-une mer sauvage, et en face un fort redoutable rempli de troupes républicaines, et des têtes de colonnes pliis menaçantes encore que les canons dont le fort était hérissé. — De pq^te en poste , les royalistes furent repoussés jusqu'au fond de la Péninsule. Dans cette cruelle extrémité , l'amiral anglais Warren déploya beaucoup d'activité , et prit tous les moyens pour faciliter le rembarquement. La corvette the Lark, Vj^louette, et la frégate la Pomone, commencèrent à tirer sur la plage pour chercher à ralentir la marche des vainqueurs. Plusieurs fois les embarcations vinrent recueillir à la côte les malheureux émigrés. Le capitaine Keats fit à lui seul cinq ou six fois le voyage, et ce fut par les efforts de ce brave oilicier et des marins anglais , si injustement calomniés depuis par Terreur ou la prévention , que furent sauvés les Yauban , les Levis, les Gontades et d'Hervilly expirant. Puisaye, qui aurait dû mourir comme un dspitaine de vaisseau à bord de son navire prêt i s engloutir dans la mer , chercha aussi un asile sur la flotte anglaise.
Hoche , impatienté par le feu meurtrier des bàtimens ennemis , allait commander une charge à fond sur ce qui restait encore devant lui, lorsque, supplié par Rouget de Lisle , l'auteur de Thymne des Marseillais , il ordonna à ^i officier d*aller sommer les émigrés de mettre bas les^ armes, et de faire cesser le ravage causé par les boulets anglais. Les émigrés se soumirent... Ils avaient remis le pied en ennemis sur la terre natale , et la terre natale les dévora. Pleurons sur eux : malgré leur faute ou leur crime,
SB RCVOLUTIOJW FRANÇAISE.
ils étaient toujours Français^ et plus tard ils auraient combattu avec ,courage comme le firent plusieurs de ceux que Napoléon admit dans nos immortelles légions , à Ihonneur de défendre leur pays contre l'étranger. Le jeune Sombreuil , 'qui s'était battu avec une rare intrépidité , refusa de quitter une plage mortelle pour lui , et arracha des larmes au général républicain , fier et désolé à la fois de sa victoire. Tallien et Blad Grent établir deux conseils de guerre , Tun à Auray, Tautre à Vannes. Vainement a-t-on prétendu que Sombreuil réclama les bénéfices d'une capitulation , il n exista jamais de capitulation. L'évoque de Dol , Joseph de Broglie , de Rieux » Sombreuil et beaucoup d autres, furent condamnés à être fusillés. Ils moururent sans faiblesse et comme des hommes qui avaient fait le sacrifice de leur vie.
Au milieu des douloureux souvenirs de TafTaire de Quiberon , le jeune Sombreuil réveillera toujours les idées de générosité , de courage sans bornes et de mépris de la mort poussé jusqu'à Théroïsme. Quoiqu'il ait eu le malheur de porter les armes contre sa patrie dans les rangs de l'étranger, on ne peut s'empêcher de verser des larmes sur cette vie interrompue sitôt par la mort. C'est à l'âge de vingt-six ans que Sombreuil alla rejoindre son père , sauvé des massacres de' iféptembre par un prodige de piété filiale , et son frère qui , sourd aux prières de l'ardent amour d'une femme qu'il adorait , avait refusé de s'évader de prison pour ne point ajouter aux dangers de l'auteur de ses jours y dont il partageait la captivité. Le père et le fils moururent ensemble snr réchafaud.Ily a des fatalités pour la vertu comme pour le crime -, mais la mort de la vertu est un martyre et un triomphe, celle du crime un supplice et une infamie.
Pendant cette courte et glorieuse campagne , Hoche se montra prévoyant, infatigable , autant qu'habile et généreux. Maître de tout régler, il aurait épargné le plus
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grand nombre des captifs , et surtout Sombreuil : mais obligé de céder à une autorité au-dessus de la sienne , il détourna les yeux et s'éloigna pour ne pas voir couler le sang des vaincus. A Texception de quelques-uns d entre eux, échappés par miracle, tous les combattans royalistes de Quiberon furent passés par les armes. Il est près d'Auray une prairie que Ion a surnommé la Prairie des Martyrs ! Les trois mille hommes sauvés de Texpcdition de Quiberon furent transportés par l'amiral anglais dans la petite île d'Huaot , où ils éprouvèrent toutes les hor-' rcurs de la misère -, mais au milieu de leurs souffrances > une nouvelle imprévue leur rendit quelque courage. Une seconde expédition aussi considérable que la première , et commandée par lord Moira qui avait avec lui le comte d'Artois , partit à cette époque de Portsmoutb et fit voile pour les côtes du Morbibran. Le prince s'embarqua le 2o août sur la frégate anglaise, le Jason^ et vint toucber à l'île d'Huaot.
Nous dirons bientôt quelle fut la fin de ce nouvel effort tenté par l'implacable Angleterre , malheureuse et per- Gde dans le chpix des hommes et des moyens qu'elle employait contre nous. Dès que la victoire de Quiberon eût été remportée , Tallien partit en poste pour Paris. Tallicn était attendu avec la plus vive impatience, tl arriva le 28 juillet ( 8 thermidor).
Le 9 était une grande fête , que les députés avaient résolu de célébrer avec pompe , comme une époque de délivrance pour eux. Quand Tallien parut^ il fut salué par de vives et bruyantes acclamations. Ses partisans le célébrèrent en héros. Ne méritait-il pas bien ce nom , puisqa'après avoir tué les terroristes, il venait de blessera mort la royauté? Je ne sais quelle métamorphose il avait subie, il fut ce jour- là éloquent, pathétique même, et révéla un talent qu'on ne lui connaissait pas, et qu'il n'a jamais montré depuis.
Le soir, tous lés membres de rassemblée fraternisèrent dans un grand banquet; Louvet, Lanjuinais, Isnard, et lès soixante - treize y les amis de Yergniaud , cette pure yietime de la terreur, et ceux qui TaTaient envoyé à l'échafaudy échangèrent des toasts. Lanjuinais en porta un au 9 Thermidor^ et à ceux qui as^aient abattu la tyrannie! Tallien , le héros de la journée » répondit par ce toast : Aux soixante et treize ! aux députés victimes de la ter-reur ! Louvet se hâta d'ajouter : A leur union avec les hommes du 9 Thermidor ! Ce fut le lendemain de cette journée , que la Convention , inexorable et craignant d'irriter par sa miséricorde le parti républicain, qui n'eût pas manqué de la blâmer comme une preuve de faiblesse, ordonna que les lois seraient exécutées à Fégard des roya*-. listes pris les armes à la main. Nous avons dit comment cette exécution eut lieu.