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neuf mille hommes restés sur ia rive gauche du P^^, sous les ordres de Moncey, eussent le temps de venir à notre secours au moment opportun.
L'ennemi ayait hâte de combattre avant que Suchet, qui se dirigeait sur Âlgui, n'eût opéré sa jonction avec le premier ccmsul. Le 13 prairial an YIII (âSjuin)^ les Autrichiens y franchissant le pont de la Bormida, débouchèrent à la pointe du jour dans la plaine de Marengo ^ mais après avoir refoulé la division Gardanne y ils trouvèrent beaucoup de résistance sur le point même de Marengo > dont dépendait le gain de la bataille \ ils auraient pu nous forcer peut-être par une attaque de vive force , heureusement pour nous ils employèrent beaucoup de temps à leurs préparatifs. Victor^ Lannes et Murât, sentant toute la grandeur des efforts que Tarméé allait avoir à faire dans une lutte trop inégale, se hâtèrent d'annoncer au premier consul l'état des choses et la nécessité absolue de sa présence. « Tenez tant que vous pourrez, leur répondit-il, et si vous ne le pouvez pas, battez en retraite. » En même temps, il expédia de nouveaux ordres à Desaix et à Monnier, dont !a prompte arrivée était si nécessaire au salut de l'armée. Enfin , les ennemis ayant déployé leurs lignes , la première , commandée par Haddick , s'élança pour traverser le ruisseau de Fontanone , qui coule au bas de Marengo sur un sol marécageux et d'un difficile accès*, mais la 45^ demibrigade et le général Rivaud, le même qui avait si vaillamment combattu à Montebello , inébranlables sous le feu des batteries autrichiennes, repoussèrent par deux fois les efforts de Tennemi et le forcèrent à la retraite : il se fit là un terrible carnage par la mousqueterie et la mitraille des deux partis. Le général Haddick fut atteint mortellement à cette attaque. Kaim, succédant à ce brave et malheureux ofGcier, essaya vainement de vaincre lopiniâtreté française, foudroyé par notre artillerie., il ne
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put gagner un pied, de terrain. Cependant rien ne iassaii la constance des Âatrichiens, qui voulaient s'ouvrir à tonte force un passage entre Stortiglione et Marengo. Le combat le plus sanglant eut lieu sur toute la ligne avec un acharnement sans exemple. Un régiment de dragons était enfin parvenu à franchir le ravin de Fontanone ; ils allaient nous charger, lorsque Kellerroan , avec sa grosse cavalerie » les jeta dans le ruisseau oii ils périrent presque tous. Sur ces entrefaites , Lannes» arrivant au secours de Victor, qui depuis deux heures soutenait une lutte opiniâtre contre des troupes sans cesse renouvelées, sedisposait à attaquer Bellegarde ^ tout à coup il se vit arrêté par le général Ott , au-delà de Gassel-Geriolo. Cette rencontre donna le signal d'une attaque générale des ennemis. Un de leurs bataillons franchit enfin la droite du ruisseau sur lequel des pioniers parvinrent à établir un pont de madriers. Rivaud s'avança pour culbuter les ennemis, mais de fortes batteries l'empêchèrent de poursuivre son dessein. Lattermann déboucha sur le pont avec cinq bataillons de grenadiers et pénétra dans Marengo^ Rivaud, quoique blessé d'un biscayen et entouré de ses compagnons d'armes tombés autour de lui , se jeta sur Tennemi et reprit le village. Lattermann reçut, dans cette rencontre une blessure dangereuse qui n'empêcha pas ses soldats de se maintenir au-delà du ruisseau jusqu'à l'arrivée des troupes placées sur l'autre rive*
Il était dix heures \ les brigades de Victor, après les plus grands efforts de courage, avaient été battues, enfoncées, mises en déroute , et le village de Marengo occupé par l'ennemi. Ses coups tombaient maintenant avec fureur sur la division du général Lannes qui, assailli par des forces supérieures ^ et forcé enfin à reculer après une héroïque résistance, parvint cependant, quoique sans artillerie , soutenu seulement de quelques dragons , à Opérer sa retraite avec ordre, et même en repoussant toutes les
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charges des AutrichieDS. Hais iear cavalerie venait de tourner Gastel-Geriolo , et se portait sar les derrières des quatre divisions françaises ^ si craellcment éprouvées pendant Faction. La bataille semblait perdue.
Dans ce moment critique , Bonaparte conçut rhcureuse idée de forcer l'ennemi à engager sa réserve ) en consé* quence, après avoir fait toutes ses dispositions et assuré le flanc droit du général Lannes, il lança en avant du front de la ligne neuf cents grenadiers de la garde consulaire , coDimandés par Eugène Beauharnais. Ces braves se porté* rent au milieu de la plaine, à trois cents toises de l'eiLtrême droite > formèrent le carrée et, sans artillerie^ sans abri , exposés à tous les coups de l'ennemi étonné de tant d'intrépidité, ils arrêtèrent le- mouvement de conversion de Mêlas, qui commit une faute énorme en cessant de nous poursuivre. Alors Bonaparte lui-même, dans un costume plus apparent, afin d'être mieux vu de tous, se plaçant avec son état-major à la tête de deux bataillons de grenadiers à cheval y conduisit une charge impétueuse et rompit les rangs des Autrichiens. Cette manœuvre obligea Mêlas, comme on l'avait prévu, à engager sa réserve, composée de six mille grenadiers hongrois , qui rétablirent les affaires en attaquant à leur tour. Les chefs des deux armées se trouvèrent alors en présence , et purent apprendre & se connaître*, Mêlas eut deux chevaux tués sous lui-, un boulet de canon efiSeura la jambe gauche dd premier consul. Assailli par des forces supérieures, il fut contraint de se retirer sur le centre-, mais la colonne des grenadiers resta immobile. La cavalerie allemande multiplia les attaquescontre cette colonne, semblable à une redoute de granit , et ne parvint à l'ébranler qu'après des efforts inouïs-, enfin, accablés par le nombre et entamés sur plusieurs points , ces braves, sans cesser de combattre, se retirèrent sur Poggi.
Monnier se trouvait alors à la hauteur de Marcngo.
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Il se porta, par les ordres du général Dupont^ à la droite du corps du général Lannes, déjà débordée par Tinfanterie du général Kaim, et là où le danger était le plus pressant. Un moment enveloppé par la cavalerie ennemie , Monnier attaquait le bourg de Gastel-Geriolo; il y jeta la brigade du général Carra-Saint Gyr, qui s'en empara , et ne put en être dépossédé malgré les efforts de Ténnemi qui voulait à toute force reprendre cette importante position , devenue Tappui et le pivot de notre nouvelle ligne de bataille. Cependant y voyant la plaine couverte de tous nos corps en retraite, l'armée autrichienne s'avança lentement entre Cassina-Grossa et Yilla-Nova. A cette heure, Mêlas, accablé de fatigue ^ souffrant des suites d'une chute grave, et croyant d'ailleurs la bataille gagnée, laissa le commandement des troupes au chef d'état-major Zach. Gelui-ci , persuadé que les Français étaient en pleine retraite, se mit en marche de route. A trois heures et demie, le corps de Desaix parut enfin , et vint prendre position en avant de San-Guiliano. Aussitôt Bonaparte , qui jusqu'alors ne 's'était occupé que de soutenir son aile droite^ et de ralentir le mouvement de retraite par échelons , arriva tout à coup. Les colonnes de Lannes, Monnier, Yatrin, firent volte face, tandis que les fuyards venaient se reformer derrière elles. Le général en chef prit au moment même les dispositions de la. nouvelle bataille qui allait renverser tons les rêves de gloire du vieux Mêlas , occupé à chanter victoire pendant que sa ruine se préparait. Toute l'armée était reformée en ligne. : la droite, à Gastel-Geriolo, la gauche à San-Guliano ] Desaix, qui n'avait point combattu, se trouvait en avant de cette position ; en arrière, on apercevait le corps du général Victor, qui avait tant souffert. Toute la cavalerie^ aux ordres de Murât, en seconde ligne, se tenait prête à s'élancer au premier signal. Bonaparte , après avoir disposé lui-même l'attaque confiée à Desaix, parcourut rapidement tout le front de l'armée,
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et ranimant les soldats par ces paroles de flamme qai sortaient de loi dans les grandes circonstances : a Soldats, s'écria-t'ili c'est assez recaler^ marchons en avant*, son^venez-yous que mon habitude est de coucher sur le champ de bataille. »
Un choc terrible se préparait^ Zach marchait avec con* fiance sur San-Goiliano, qu'il croyait enlever sans coup férir. Tout à coup Desaix mit en mouvement sa colonne d'attaque. Il était précédé par une batterie de quinze pièces que Marmont ne fit démasquer qu'en touchant presque aux rangs autrichiens. En même temps les six mille hommes de Desaix ^ suivis du corps de Victor et flanqués à droite par la cavalerie de Kellermann , s'élancèrent an pas de charge, et abordèrent l'ennemi avec impétuosité. La -mêlée devint terrible, et plusieurs de nos braves j trouvèrent la mort. Ce fut alors que Desaix^ qui avait été saisi d'un pressentiment funeste en revoyant la terre d'Europe, frappé d'une balle dans la poitrine, tomba entre les bras de Le Brun, l'un des aides-de-camp de Bonaparte, et n'eut que le temps de prononcer ces mots : « Allez dire au premier consul que je meurs avec le regret de n'avoir point assez fait pour la postérité. » — « Pourquoi ne m'est-il pas permis de pleurer ! » furent les seules paroles prononcées par Bonaparte en apprenant la perte de son illustre lieutenant.
Les grenadiers hongrois résistèrent avec sang froid à l'attaque furier«se de la 9^ légère -, le succès ne se prononçait pas encore -, Bonaparte fît charger l'ennemi par la brigade de Kellermann. Ce général exécuta cette manœuvre avec tant de vigueur, qu'il culbuta les six mille braves allemands et força deux mille d'entre eux à poser les armes. Parmi ces derniers se trouvaient les généraux Zach et Saint- Julien^ et cinq autres officiers supérieurs. La cava»* lerie autrichienne, qui voulait nous charger à son tour, fut accueillie par une décharge générale, et ne put forcer
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la barrière de nos baïonnettes. Gomme ce corps se repliait en désordre, le premier consal, à la tête de trois régimens de dragons et soutenu par Eellermann , s'élança sur Tennemi et Tenfonça. En même temps l'infatigable Lannes, reprenant le pas de charge, battait les colonnes de Oit et de Kaim , et les mit en déroule. Alors tout s'enfuit vers la Bormida en criant aux ponts 1 aux ponts ! A ces cris du désespoir, Tarmée française se jeta avec impétuosité i la poursuite des vaincus. Boudet enleva Marengo ^ Lannes et Monnier résistèrent à tous les nouveaux efforts du gé^ néral Ott, qui fut enfin forcé de songer à sa propre sûreté . Oo se battit avec acharnement tant que dura le jour. La rive droite de la Bormida fut le théâtre d'un affreux carnage , pendant lequel les Autrichiens firent des pertes immenses en cherchant à reprendre le chemin d'Alexandrie. A dix heures du soir, Tarrièrc garde ennemie , après des efforts inouïs pour protéger le passage des débris de l'armée allemande , traversa la rivière , brisa les ponts. La perte des deux partis , dans cette sanglante lutte , avait été à peu près égale. Quatorze mille cadavres jonchaient la plaine où bivaquait l'armée française, qui, outre la gloire dont elle venait de se couvrir, comptait pour trophées trois mille prisonniers, quarante canons et quinze drapeaux. De notre côté, Bonaparte dut regretter vivement le général Desaix, homme habile et modeste, grand homme de guerre, incapable d'envie, doué d'une loyauté chevaleresque et uniquement occupé de la noble ambition de placer «on nom le plus près possible de celui du premier capitaine du siècle, objet de sa profonde admiration.
La position de l'ennemi devenait extrêmement critique. Suchet arrivait en manœuvrant sur leurs derrières-, l'armée autrichienne, réduite à vingt mille soldats abattus par une cruelle défaite , voyait en face d'elle une armée orgueilleuse d'un triomphe inouï, échauffée de cet enthousiasme qui ne connaît plus rien d'impossible en contemplant
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les prodiges qu'il a fait , et pour mettre ie comble à de si grands avantages > tous les corps qui n'ayaient point donné étaient en marche pour la rejoindre. Le vieux maréchal , après avoir rempli tous les devoirs d'un homme de guerre et d'un général en chef, crut devoir recourir aax négociations pour sauver les débris de ses forces échappés à la fureur de nos légions victorieuses. Des conférences eurent lieu , et Berthier reçut de Bonaparte des pleins pouvoirs pour traiter avec Tennemi. Au bout de quelques heures , Berthier revint d'Alexandrie avec une arnaistice qui devait durer jusqu'à la réponse de la cour de Vienne aux propositions de paix que Bonaparte lui faisait avec une modération vraiment digne d'éloges. Le porteur de ces propositions était le général Saint- Julien, qui ne pouvait se lasser d'admirer le génie » la fortune et la sagesse du vainqueur. Voici les conditions de cet armistice, qui montrent le profond découragement de l'armée autrichienne et de ses chefs. Il fut convenu que les Français occuperaient le pays entre la Ghiesa, l'Oglio et le Pô, et que l'espace entre la Ghiesa et le Mincio ne serait occupé par aucune des deux armées*, que les citadelles de Tortone, Milan, Turin, Pizzighittone , Arona, Plaisance, Géva, Savone, Urbin, les places de Goni, Alexandrie et Gènes, seraient livrées à la république française avec la moitié des approvisionnemens de bouche et de guerre que ces forteresses contenaient.
Peut-être faut-il plus admirer les fruits de la victoire que la victoire elle-même ^ Mêlas , en effet , avec des forces aussi nombreuses que les nôtres , maître de Mantoue et de Gênes , ayant sa retraite assurée en Piémont , où il trouverait des forteresses redoutables , et tout le matériel dont il avait besoin , pouvait se refuser à subir un pareil traité -, maûs le génie exerce un ascendant dont on ne saurait mesurer l'étendue. Plus tard, le maréchal Rutusow, victorieux , tremblera devant
les inspirations sublimes que le désespoir poarrait inspirer i Bonaparte y et n'osera pas attaquer une armée mourante , mais encore commandée par le premier capitaine du siècle. Bonaparte, consul, avait d'ailleurs dans la cons* tance de sa volonté , dans Tautorité de son caractère , et même dans la violence de ses colères, souvent calculées , une force presque irrésistible. Mêlas céda, et toute l'Italie septentrionale fut remise en notre pouvoir.
Les deux mois qui venaient de s'écouler avaient été deux mois d'inquiétude pour les Français : ils avaient craint de voir la Provence envahie-, Tarmée enfermée dans Gênes , leur avait causé les plus vives alarmes-, un assez grand nombre de personnes croyaient Bonaparte perdu , et les hommes de parti faisaient entrer dans leurs calculs cette chance qu'ils regardaient comme presque certaine. Déjà même, comme nous Tavonsindiqué; quelques cbefs d'opinion levaient la tête et montraient une attitude hostile. Le gouvernement était dans l'anxiété. Un premier courrier expédié d'Italie au moment où la bataille se présentait sous la couleur la plus sombre aux généraux français , avait inspiré les plus mortelles inquiétudes aux deux consuls , avec d'autant plus de raison que ces deux hommes se sentaient incapables de lutter , un moment , contre les obstacles qui pourraient surgir en face d'eux dans le cas d'un grand revers capable de tout remettre en question. La nouvelle de l'heureux événement, arrivée le 2 messidor à Paris, y fut annoncée par des salves d'artillerie, affichée dans toOs les quartiers , proclamée par les généraux à la tête des troupes. Le soir, les palais et un grand nombre de maisons se trouvèrent illuminés; un concert donné sur la terrasse des Tuileries, attira un concours immense, tandis que le bulletin de la bataiHe, lu dans tous les spectacles , excitait un enthousiasme universel. Dans un message aux consuls, le Sénat exprima Tadmiration et l'allégresse que lui inspirait le triomphe
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des armées > et le désir ardent de voir bientôt la victoire couronnée par la paix. Le Tribunat demanda des témoignages solennels de la reconnaissance nationale pour nos sodats, et des honneurs pour la mémoire de l'immortel Desaix. La pensée de Bonaparte semblait présider à tout ce que les consuls décidèrent à ce sujet. Un de leurs arrêtés ordonna que la dépouille mortelle de Desaix serait transférée au couvent du grand Saint-Bernard, où la France lui élèverait un tombeau.
Le vainqueur de Mêlas quitta Marengo le 28 prairial , et fit le même jour son entrée triomphale à Milan au milieu de cette acclamation mille fois répétée par le peuple : Vwa il liberator delt Italia. Le Te Deum chanté en Thonneur du succès de nos armes, la pompe des cérémonies rétablies par ses ordres, la démarche respectueuse, du clergé qui vint le recevoir à la porte de la cathédrale et le conduisit sur une estrade où Ton avait coutume de recevoir les consuls et les premiers magistrats de l'empire d'occident, annonçaient une prochaine alliance avec le pape, de retour à Rome , et le règne d'un autre Charlemagne, mal caché sous le nom de premier consul. Avant de sortir de Milan, Bonaparte prescrivit une forme d administration provisoire pour la Cisalpine et pour le Piémont, qui recevra bientôt, comme un bienfait, l'envoi du sage et vertueux Jourdan, en qualité de ministre extraordinaire auprès de la consulta ; une commission extraordinaire de gouvernement fut créée à Gênes. Les Allemands nous avaient remis fidèlement toutes les places comprises dans la convention d'armistice, mais l'amiral Keith refusait de nous rendre, avec la capitale de la Ligurie, les magasins et l'artillerie. La fermeté de Suchet secondée par la loyauté du général HohenzoUern , aussi religieux observateur de la foi des traités» que brave dans les combats, triomphèrent d'une injuste résistance. L'amiral, obligé de céder, fit voiic, emmenant avec lui le traître VI. Sa
Azareito, le duc d'Aostc ci le déserteur Villot^ digne commandant d'un corps d'ayenturiers français aux gages du cabinet de Saint- James. Le premier consul, réunissant les deux armées de réserre et d Italie , en conBa le commandement & Masséna , juste et glorieuse récompense de Ibéroïque défenseur de Gônes. Il avait besoin de cette honorable consolation , car il avait été abusé par des promesses de secours restées sans exécution , quoiqu'il eût dépassé de beaucoup le moment marqué pour sa délivrance. La tradition ne dit pas que Masséna ait laissé percer son mécontentement dans Tentrevue qu'il eut à Milan avec Bonaparte.
Le premier consul partit de cette ville le S messidor, ne fit que passer à Turin, traversa leMont-Cénis, et arriva le 9 -messidor à Lyon, oh il posa la première pierre de h réédification des magnifiques façades de la place de Bellecour, détruites après le siège par une vengeance insensée. Un concours immense de peuple donna beaucoup d'éclat a cette cérémonie. Les autorités civiles , les militaires, tous les citoyens reçurent avec transport du consul les espérances d'une paix prochaine, et du retour de l'ancienne prospérité de la ville. On lui présenta le père de Joubert. L'aspect de ce vieillard lui causa une émotion si vive, qu'à peine il put prononcer ces mots : « Joubert! Desaix /.... deux pertes irréparables pour la France. »
Ce fut sous des arcs de triomphe , élevés sur toute sa route, que Bonaparte parvint jusqu'à Paris, le i5messidor, au point du jour. Â la nouvelle de son arrivée^ la ville entière fut debout. Tout le monde voulait le voir, Tadmirer, le féliciter. Le peuple, qui n'avait point accompagné l'ovation préparée par le Directoire au héros de Montenotte, d'Arcole , de Rivoli , de la Favorite , qui avait gardé le silence du mécontentement sur le 18 brumaire qui n'était qu'une invasion du pouvoir par un soldat audacieux , accourut au-devant du vainqueur de Marengo, du restaurateur de
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l^radépendance italienne et du libérateur des patriotes de ce pays , si cruellement persécutés à cause de leur attachement pour la liberté. Bonaparte fut si profondément tuaché de cet accueil unanime , que vingt ans après il en pariait avec émotion sur le rocher de Sainte-Hélène, où il croyait encore entendre le bruit des acclamations popu* laires de la capitale du grand empire
Les consuls voulant donner une preuve de la reconnaissance nationale aux généraux Lannes, Murât, Watrin et Gardanne, chargèrent le ministre de la guerre de leur remettre à chacun un sabre sur lequel serait inscrit ces mots : Bataille de Marengo, commandée par le premier consul en personne. Donné par le gouî^ernemenL
L'anniversaire du 14 juillet, qui fut célébré bientôt , reprit tous les caractères d'une fête nationale qu'il semblait avoir perdu depuis nos malheurs. Le temple de Mars , où les plus âgés des vieux défenseurs de la patrie étaient honorablement placés près du premier consul , vit une cérémonie imposante. Deux orchestres de cent cinquante musiciens chacun firent entendre deux chants de triomphe pour la délivrance de Tlta^ie. Lucien, quoique oubliant beaucoup trop son rôle récent de tribun, et mêlant des censures assez étranges dans sa bouche à Téloge de la révolution , obtint cependant de vifs applaudissemens à plusieurs reprises. Il termina par ce vœu qui n'était pas le dernier mot de son frère : « Que dans les siècles les plus reculés , les héros du 14 juillet , les défenseurs et les soutiens de l'empire, soient offerts an respect de nos derniers neveux, et que la république, fondée par leurs travaux, soit impérissable aussi bien que leur gloire. Après cette harangue, trois cents musiciens exécutèrent le chant de messidor, paroles de Fontanes, musique de Méhul^ l'hommage rendu h Desaix dans cette composition lyrique, excita des applaudissemens universels. Après une revue des invalides passée par le premier consul , et marquée par
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de toochaDs épisodes y le cortège se rendit au Ghamps-de- Mars, que remplissaient les troupes du dehors, et nne partie de la garnison. Au moment de la présentation des drapeaux ennemis par le ministre de la guerre, un peuple immense, répandu sur les tertres élevés avec tant de joie par la première fédération , se précipita dans Tintérieur, et se livra au plus vif enthousiasme. Bonaparte promit pour le premier vendémiaire , pour anniversaire de la fondation de la république, on la paix ou de nouvelles victoires^ le peuple entier lui répondit par les cris de vive la république ! vive Bonaparte ! La cérémonie fat suivie d'un diner splendide aux Tuileries , auquel de vieux invalides étaient invités. Parmi plusieurs toats, on remarque celui du premier consul : « Au 14 juillet et au peuple français, notre souverain ! » Heureux Bonaparte , s*il ne détrône ^pas un jour le souverain , qu'il reconnaissait en* core après la bataille de Marengo !
L'Italie et tous les états alliés partagèrent les transports qu'avaient excités parmi nous la victoire de Marengo et la fête du 14 juillet-, l'opposition qui, avant la victoire du premier consul, préparait déjà ses armes contre lui , s'empressa de les cacher ^ plusieurs des conjurés, sans abjurer leurs sentimens secrets , devinrent des flatteurs du pouvoir. D'autres se découragèrent et cédèrent aa torrent : un petit nombre passa de l'état d'hostilité à un dévouement qui ne se démentit pas jusqu'au funeste dénouement du drame dont Bonaparte était le héros ; mais ils oublièrent tellement leurs espérances, leurs provocations, que je les ai viis tenir pour suspects et pour ennemis da gouvernement, ceux même qu'ils avaient voula exciter à une levée de boucliers contre Bonaparte, occupé à franchir le Saint^Bemard, et aux prises avec un grand périL
Le jour même où la victoire couronnait nos soldats de palmes immortelles à Marengo , le jour même où Desaix était interrompus, par la mort, dans sa carrière de gloire,