EGYPTE. SOI
Kiéber tombait en Egypte sous le fer d'an Masolman Tana tique. Ce malheur nous ramène à dire ce qui venait de se passer en Orient dapuis le départ si précipité de Bonaparte. En apprenant cette nouvelle inattendue ^ l'armée française ) accoutumée à se reposer sur lui du succès de lexpédition, fut saisie d'un mouvement de douleur et d'ef* froi ^ mais pleine de confiance dans le chef habile entre les mains duquel Bonaparte la remettait , elle retrouva bientôt son courage et sa gaité. Le i3 fructidor an YII, Kiéber prit le commandement des troupes dans une cérémonie imposante, et continua, par politique, à s'entourer d'une pompe orientale, que Bonaparte réservait pour les grandes circonstances. Kiéber était profondément irrité , mais la raison lui imposait la nécessité de conserver le prestige attaché au nom du conquérant. Aussi annonça-t-il , dans one proclamation solennelle , lintention de suivre en tout la trace marquée par son illustre prédécesseur, et de respecter comme lui les croyances et le culte de TÉgypte. Â l'exemple de Bonaparte , qui avait tiré' un si grand parti de l'effet des grandes représentations sur les peuples, il fit célébrer, avec solennité , la fête de la République , fête à laquelle il mêla des évolutions militaires qui frappèrent de respect et d'effroi Mustapha-Pacha et les autres officiers turcs pris à la bataille d'Aboukir. Au même moment, Desaix faisait retentir les ruines de Thèbes et son désert des cris de vive la République, et du bruit de l'artilr lerie qu'ils n'avaient jamais entendus avant notre arrivée. Kiéber se regardait comme joué par Bonaparte-,, il était d'ailleurs sujet à l'humeur, et de plus accessible au découragement V en outre, il avait toujours craint le fardeau du commandement suprême : il se voyait, avec inquiétude, chargé tout à coup d'une effrayante responsabilité. Sous l'influence de ces diverses impressions , il écrivit au Directoire une lettre qui peignit, sous les plus sombres couleurs, la situation de 1 armée d'Egypte. La dépêche ofE-
cîelle tomba entre les mains des Anglais, qui s'empressèrent de publier ce document dans Tespérance de jeter la discorde entre Bonaparte et le chef de Tarmée d^Orient. Dans sa correspondance » comme dans sa conduite politique i Kléber montra combien il était loin de repr&enter Bonaparte tout entier. II avait évidemment cédé aux timides inspirations de son esprit incertain. Désespérant de la conservation de notre conquête du jour où Bonaparte n'était plus là pour la maintenir, toutes ses pensées ten • dirent à en sortir. Malheureusement encore 1q sang qui bouillonnait dans ses veines le rendait incapable de dissimulation: il laissa éclater son opinion, qui ne trouva que trop de partisans jusque parmi des généraux, tels que Dugua et Dumas, atteints de la maladie du pays. Leurs correspondances, surprises et publiées par les Anglais, donnèrent au premier consul, qui avait déjà reçu un duplicata de la lettre de Kléber sur la situation de notre colonie, des éclaircissemens qui Taffligèrent; mais il lut avec indignation une lettre de Poussielgue , intendant générât des finances de Tannée d^Orient, qui, trahissant la plus honorable confiance, écrivait que le général en chef venait de s^évader avec deux millions ravis au trésor de Tannée. Le mensonge était d'une rare effronterie^ en effet, les comptes de ce même payeur, joints à sa dépêche, attestaient que Bonaparte n'avait pas même touché la totalité de son traitement. Toutes ces révélations ne faisaient que démontrer plus fortement à Bonaparte la nécessité d^envoyer des secours en Egypte \ mais soit qu'il prévit une fâcheuse issue , soit que Timmensité des préparatifs à laire pour la guerre qui allait se rallumer en Europe, absorbât toutes les forces de son esprit , on ne crut pas reconnaître , dans ses efforts pour soutenir l'armée d'Orient, cette sollicitude do tous les momens, cette activité, cette persévérance •victorieuse auxquelles il nous avait accoutumé. Les prodiges semblaient réservés pour Tltalîe et pour le Rhin.