EGYPTE
Cependaiii Kléber acheyaot la conquête, ne laissait point de relâche à Moarad-Bey, poursuiyi par Boyer et par Desaix lui-même. Après avoir fait éprouver de graves échecs à ce bey infatigable , mais en'core capable de nous nuire en excitant les Arabes à la révolte, Desaix , suivant l'ordre du général en chef, descendit vers le Caire pour se mettre à la tête d'une division destinée à agir contre le grand-visir, qui se trouvait sur les frontières de la Syrie. Dans le même temps, Sidney-Smith, avec cinquante vaisseaux turcs, s'empara de l'entrée du Nil, à la bouche de Damiette. Yerdier se jeta intrépidement sur les Musulmans débarqués, et. prit ou tua tout ce qui se trouvait & terre.
Kléber, cependant, tout en se préparante combattre le grand-visir, avait ouvert avec lui des négociations dans le but de restituer à la Porte la possession de TÉgypte, à la condition que les Français resteraient dans le pays, occuperaient les places et les forts , percevraient des impôts et des droits de douanes jusqu'à la conclusion de la paix avec l'Angleterre. Le visir semblait consentir à cet arrangement, lorsque Sidney-Smith intervint dans le trailé comme ministre plénipotentiaire de sa majesté bri^ tannique auprès de la sublime Porte. Il proposa de laisser la mer libre à l'armée française , si elle voulait évacuer l'Egypte. (( Peut-être, disait-il dans sa correspondance avec Kléber, la politique actuelle de TEurope exigerait la ré* tractation de cette offre , mais la politique des Anglais est de tenir leur parole, quand même leur ténacité pourrait nuire à leur intérêt du jour. »
Kléber répondit avec dignité & cette lettre; mais consentit à envoyer, à bord du Tigre^ Desaix et Poussielgue^» pour voir si Ton pouvait s'entendre avec l'amiral auquel le grand visir avait délégué ses pouvoirs. Kléber instruisit le gouvernement de toutes ces circonstances.
Quoique la situation des Français dans leur nouvelle
tl04 REVOLUTION FRANÇAISE.
colonie ne fût rien moins que désespérée ^ qoe le pays monirftt de bonnes dispositions , que la défaite des janissaires & Damiette , après la bataille d'Àboukir, eût inspiré une grande confiance à l'armée, Kléber, toujours obstiné au malheureux projet de Tévacuation , continuait à négocier. Il avait 9 en conséquence, suspendu les hostilités. Malgré cette espèce d'armistice, Témigré Tromclin, possesseur des ordres du colonel John Douglas , présent au quartier-général des Turcs à Gaza, vint sommer le commandant d'El-Arich de lui remettre la place ; ce brave officier répondit par un refus. Le 2 nivûse, un coq)s de troupes turques, sous le commandement de John Douglas, attaque la forteresse. Par une lâcheté inexplicable , des grenadiers refusèrent de la défendre, et introduisirent euxmêmes les ennemis qui les égorgèrent. Une partie de la garnison et le commandant, qui avaient montré beaucoup de valeur, furent sauvés par le colonel anglais, au milieu d'un carnage horrible des deux côtés. En apprenant la conduite de Tennemi , qui s'était procuré la victoire par tant de déloyauté , l'armée entière éleva un cri de vengeance ; mais au lieu de courir aux armes , comme il l'aurait fait en d'autre temps, Kléber se contenta de réclamer, sans indignation comme sans fierté, contre une affreuse violation du droit des gens , et continua les négociation». Sidney insistait pour l'évacuation pure et simple. Un conseil de guerre eut lieu, et comme le général en chef avait laissé percer ses idées de découragement, tout le monde, à l'exception du général Davoust, de Menou et de Desaix, opina pour l'abandon de notre conquête. La capitulation fut signée le iO pluviôse. Elle était honorable, sinon avantageuse pour la France.
Le 9 ventôse, au moment où Kléber faisait ses dispositions pour le départ, il apprit, par l'aviso VOsiris , la révolution du 18 brumaire et les préparatifs qu'allait faire Bonaparte pour secourir l'armée d'expédition. Sans doute