‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 74 sur 93 · CHAPITRE LXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXIV

L'Autriche refuse de signer les préliminaires. — Pi/rtugal et Espagne. — Russie. — Letti'e du comte de Lille (Louis XVIII) à Bonaparte. — Rétablissement des rapporu avec VAmérique du Nord. — Démission de Carnot. — Conspiration de Topino^Lebrnn, Aréna, Ceracchi, Demerville. — Us sont exécutés. — Victoires de Moreau. — Machine infernale. — Mesures contre les Jacobins. — Péril de Fouché. — Son rapport sur Tattentat dé nivôse. — Mort des coupables.

Après la yictoire de Marengo et la capitulation d'Alexandrie, il était permis de croire que TAutriche, instruite par le malheur , allait enfin consentir à traiter franchement de la paix. Cependant , le 6 messidor, le cabinet de Vienne signait un traité secret de subsides avec la Grande- Bretagne^ mais en même temps, pour gagner du délai , cette puissance envoyait, muni de pleins pouvoirs, le comte de Saint-Julien qui arriva à Paris le 2 thermidor pour s'aboucher avec Talleyrand. On négocia sur les bases du traité de Gampo-Formio , qui fut en quelque sorte renouvelé. Bonaparte ratifia les préliminaires, et Duroc repartit avec le comte Saint- Julien. Parvenu au camp autrichien, le général français apprit que l'empereur refusait de signer les préliminaires. Thugut annonça que la cour d'Autriche ne pouvait traiter séparément de l'Angleterre; que du reste, le cabinet de Saint -James était prêt à écouter les propositions de la France. Aussitôt Bonaparte ordonna aux armées de la république de dénoncer l'armistice.

PORTUGAL, ESPAGNE, LE CZiiR. oll

Jetons maintenaDt un regard sur le midi de TEurope. Après Taffreux désastre d'Aboukir, cinq vaisseaux de guerre portugais étaient venus croiser devant Alexandrie , Bonaparte, souriante la nouvelle de cet outrage, avait dit : (c C'est le coup de pied de Tâne , mais le lion n'est pas mort , et une année ne se passera pas sans que cette ridicule croisière ne coûte des larmes de sang à la reine et aux grands de Portugal! de Paris pour aller à Lbbonne^ il n'y a point d'Océan à traverser. » A cette époque, Berthier partit pour Madrid , afin d'obtenir de TËspagne l'invasion du Portugal, que Bonaparte était résolu de châtier comme une colonie anglaise. Il espérait rencontrer d'autant moins d'obstacle dans l'exécution de ce projet, que Paul I«r se détachait de jour en jour davantage de l'alliance qu'il avait contractée avec toutes les royautés malheureuses du midi de TEurope. Le czar accusait en même temps les Autrichiens^assez mal conseillés pour in^ sulter son pavillon flottant sur les murs d'Ancône , et les Anglais , qui ne voulaient pas que la cour de Naples remît Gaëte entre les mains des Russes. D'ailleurs, ce prince se trouvait à la tête de la coalition des puissances maritimes du nord , qui contestaient à l'Angleterre le droit de visiter tous les vaisseaux en mer. Le cabinet de Saint-James , pour toute réponse aux prétentions du czar, envoya devant le Sund l'amiral Dickinson , avec une flotte de vingt- cinq vaisseaux. De son côté, Paul, qui ne retardait pas d'un moment les résolutions de sa colère , fit séquestrer les propriétés des Anglais établis en Russie , ainsi que les bâtimens qui se trouvaient dans ses ports \ il annonça en outre que toute visite d'un navire russe par un bâtiment anglais serait considérée comme une déclaration de guerre.

Huit mille Russes habitaient alors la France , comme prisonniers de guerre; le premier consul, après avoir adouci leur position par tous les moyens possibles , avait

proposé vainement à TAngleterre de les comprendre dans les cartels d'échange. C'est à propos de cet étrange refus^ qu'on lit dans ses mémoires : « A tant d'injustice on s'indigne, dit le premier c:;nsul ; je rendrai sans échange des braves à la Russie ! » Aussitôt, des ordres furent donnés pour réunir les prisonniers russes à Aix-la-Chapelle, d'où ils partirent bientôt arraés et équipés par la générosité de la France A ce trait d'une si noble politique, Paul écrivit à Bonaparte : ce Citoyen premier consul, je ne vous écris point pour entrer en discussion sur les droits de Thomme et du citoyen : chaque pays se gouverne comme il Tentend. Partout où je vois k la tête d'un pays un homme qui sait gouverner et se battre , mon cœur se porte vers lui ; je vous écris pour vous faire connaître le mécontentement que j'ai contre l'Angleterre , qui viole tous les droits des nations , et n'est jamais guidée que par son égoïsme et son intérêt \ je veux m'unir à vous pour mettre on terme aux injustices de ce gouvernement. »

En même temps que Bonaparte cherchait par tous les moyens h étendre son influence au-dehôrs, il achevait d'effacer en France non seulement la trace des idées de la révolution, mais encore il s'appliquait à ruiner la liberté de la presse, avec laquelle une nation^ne peut jamais redevenir esclave. Le nombre des journaux delà capitale fut réduit à treize, et le Moniteur déclaré seul journal officiel. En attendant le moment d'oser censurer ces mêmes journaux, dont le premier consul effrayait l'audace par une mesure arbitraire, on accorda au ministre de l'intérieur la censure des pièces de théâtre , dernier asile dans lequel aurait pu se réfugier la liberté. Du reste, connaissant bien le peuple auquel il avait à faire, il continuait de flatter l'orgueil national, en décorant la grande galerie des Tuileries avec les bustes des hommes illustres des vieilles républiques, parmi lesquels il jetait hardiment les illustrations des temps modernes et celles de la république *, mais cette politique ne

DEMAR€II£S DU GdUTE DE LILLIS. S15

calmait pas les inquiétudes des palriçtûs sur la protection déclarée qu*il accordait aux émigrés. Celle prolcction, en relevant les espérances des autres nobles, qu il paraissait vouloir rallier à son gouyernement, ne faisait que les enhardir à de nouvelles trames. Le comité royaliste de Paris était toujours en communication avec les Anglais, qui espéraient qu'on allait leur livrer le part de Brest , comme lavaient promis les folles têtes du parti. Bonaparte ajant eu bientôt avis de ce qui se passait, prit des mesures contre ses imprudens ennemis. Hyde, prévenu à temps^ put s'enfuir \ Duperron, moins heureux^ fut arrêté à Calais et enfermé au Temple.* En même temps le général anglaiis Maitland essaya, dans la péninsule de Quiberon^ de petits débarquemens qui ne purent engager la Vendée à reprendre les armes. L'autorité était sur ses gardes et en mesure de déjouer tous les complots du royalisme -, alors le prétendant n'espérant pins rien sans le concours de Bonaparte , essaya de gagner ce cbef de l'état en lui offrant de partager en quelque sorte les honneurs du trône avec un descendant de saint Louis. Dès le 22 frimaire ( 19 décembre 1789), le comte de Lille envoya, de Mittau, l'undesesaffidés, investi de pleins pouvoirs pour traiter avec Bonaparte. EuGn^ après avoir encore délégué la même mission à Clermont'Gallerande , il résolut de s'adresser lui-même au premier magistrat de la république *, il lui écrivit en conséquence : « Quelle que soit leur conduite apparente , des hommes tels que vous > monsieur , n'inspirent jamais d'inquiétudes. Vous. avez accepté une place éminente, et je vous en sais gré. Mieux que personne vous savez ce qu'il faut de force et de puissance pour faire le bonbeur d'une grande nation. Sauvez la France de ses propres fureurs^ et vous aurez rempli le vœu de mon cœur. Rendezlui son roi , et les générations futures béniront votre mémoire. Vous serez trop nécessaire à Tétat pour que je VI. 33

514 mivoLimoN raANÇAi8£.

songe à acquitter par des places importantes la dette de mon agent et la mienne. »

Cette première lettre fut bientôt soitie d*nne seconde, conçne dans les termes snivans :

« Depuis long-temps, général, tous devez savoir que mon estime vous est acquise. Si tous doutiez que je fiisse susceptible de reconnaissance , marquez yotre place , fixei le sort de tos amis. Qaant à mes principes, je suis Français : clément par earactère, je le serai encore par raison. Non, le rainquenr de Lodi, de GastigDone et d'Arcole, le conquérant de Tltalie, ne peut pas préférer i la gloire une vaine célébrité ; cependant tous perdez un temps précieux : nous pouvons assurer la gloire de la France , je dis noitr , parce que j'aurai besoin de Bonaparte pour cela , et qu'il ne le pourrait pas sans moi. Générai , l'Europe vous observe , la gloire vous attend , et je suis impatient de rendre la paix à mon pays. ^

Voici la réponse de Bonaparte , datée du 90 fructidor : « rai reçu, monsieur, votre lettre*, je vous remercie des choses aimables que vous m'y dited. Tons ne deve^ plus souhaiter votre retour en France... *, Il roua faudrait mar^ cher sur cetit mille cadavres. Sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France, Thistoire vocis en tiendra compte. Je ne suis pas insensible au malhenr de votre famille*, je cotitribuerai avec plaisir à là douceur et à la tranquillité de votre retraite, n

La lettre que le comte de Lille avait adressée à Lebrun reçut ntie réponse attssi ferme et peut-être moins flatteuse, précisément parce que le troisième consul, étant royaliste au fond du o«>^ur, n'osa pas s'exprimer avec tous les égards que lui aurait suggérés son penchant. Doe nouvelle tentative de la duchesse de Guiche , etivoyée par le comte d'Artois auprès de Bonaparte , fut assez sévèrement repouBsée , et dès lors les Bourbons ne durent plus

ÉTATS-UNIS. — CAKNOT. |||{|

s'aUeadre à Iroarer oa Monck dans l'homme du 18 brnmairc.

Les rcJaUons des ÉlalsUnis avec le Directoire avakat ete wlertompiMss, comme non» Tavons dit plus biiut- Bonaparte ne tarda pas à rétablir la bonne àarmonie entré deux peuples faits pour s'estimer. Les plénipotentiaires anaéncatos s'entendirent facilement avec |. Bonaparte Rœderer et Flwiieu, qui signèrent an traité de paix et d« commerce. Le 8 rendémiairean IX (80 septembre 1800) le premier consnl, dans one ftte donnée ans enToyés du Nouveau-Monde, leur témoigna le dérir et l'espérance de voir la paix et la concorde régner 1 jamai» entre h Krance et l'Union américaine.

A cette môme époque, Carnot, qui avait déjà offert sa démission , parvint i la foire accepter. Aimant l'indéptendattce au point de ne se ployer jamais à l'allure d'un «utre honune, redoutant de loin l'autorité sans bornes qui allait s'élever^il ne voulut point servir sons un mettre. Bonaparte d'ailleurs aimait pen Carnot, il vouUit autour de lui des caradères flexibles, des hommes prompts & comprendre , plus prompts à obéir, sans jamaU interposer un obstacle entre les ordres donnés et leur exécudon. Carnot quittant le poavoir avec empressement, rentra pauvre dans sa famille , an sdn de laquelle il vécut modeste et sans bruit, qnoiqa'avec ni> nom connu de l'Europe entière»

Le premier consul marchait à pas de géant vers le pouvoir absola , au grand déplaisir des républicains , qai l'accusmeni de déipientirson origine révolutionnaire. De le, le eorapbt que formèrent c<mtre lui quelques uns d'entré eox, exalta par la haine que leur inspirait sa conduite, «t pleios de l'espoir de relever la liberté en France. Les conjarés étaient Demcrville, ex- employé du comité de saint pnl^, et cousin de Barrère; le Corse Arena, issu d'une &mUle opposée aux Bon^rtes ; le Bomain Diaiw, enthousiaste de la liberté ; l'Italien Cerachi, sculpteur de

516 msTOLUTiON raAVfÇAise.

génie ^ Topino-Lebron , peintre , élève de Datid. On a rangé ce complot parmi les fables dont les gooyernemeDS profitent en exploitant la crédulité publique ; mais je puis certifier qu'il a vraiment existé. Ses auteurs, qui en voalaient mortellement à Bonaparte, avaient résolu d'attenter à sa vie. Gerachi, Demerville> Topino-Lebrun , suppliés par des amis sincères de ne pas donner suite k leurs projets, repoussèrent toutes les instances qu'on lear fit à cet égard. Topino -Lebrun surtout était inébranlable ; il voulait la ruine de Bonaparte comme Brutus voulut autrefois celle de César, On ne put pas Tarreter, même parla certitude que des agens de T^tranger le poussaient, ainsi que ses compagnons. Hais en même temps la vérité ordonne d'avouer qu'il n'y eut jamais de conspirateurs plus imprudens et moins dangereux que ces trois bommes. Leurs projets furent éventés dès l'origine, et, d'un autre cftté, Fouché, qu ils croyaient avec eux, connaissait leurs moindres démarches. C'est devant un de ses affidés, dans un comité secret, que le propos suivant fut tenu par l'un des conjurés : « Nous savons bien que Fouché n'est pas sûr, mais quand il nous aura servis > nous nous débarrasserons de lui. » Suivant la tradition constante du temps, Fouché, averti de ce propos, aurait dit : « Nous verrons qui l'emportera de ces messieurs ou de moi. » Ces deux anecdotes sont vraies > mais on a eu tort de conclure que Fouché avait en conséquence assuré la perte de ses complices. H ne fit qu'exécuter Tordre d'une volonté supérieure. En examinant le procès, on ne saurait s'empêcher de remarquer, non seulement que le projet n'avait point eu de commencement d'exécution, mais encore que tout s'était passé en propos rapportés par un délateur qui joua dans toute cette affaire un rôle infâme. Quelques citoyens , qui craignaient avec raison de voir Bonaparte mettre les mains dans le sang, firent valoir, auprès de lui , le défaut de preuves. « Fort bien, répondit- il, je vois qu'on voudrait que j'eusse

MOftT DE fOPIliO/LSBRUli 9 GEMGHI^ ETC. ttl7

le coateaa dans le cœur poar ayoir la certitude de rexistence du crime.» Il ignorait alors, et la police de Fooché paraît n'avoir pas su que d'autres conspirateurs, armés de poignards fabriqués par un certain réyolutionnaire, s'étaient trouvés deux fois sur les pas du consul avec la résolution de Timaioler. Tout les favorisait ^ ils n'exécutèrent pas leur dessein ^ mais ils auraient pu être pris la seconde fois sur le fût , car la garde du poignard que Tun d'eux portait sons son habit, parut assez longtemps au-debors. Cependant, ému par une pétition des élèves de David en faveur de leur ancien eamarade , et par les vives sollicitations d'un écrivain du plus noble caractère > Bonaparte avait promis d'être clément. Il éluda celte promesse en se rendant inaccessible pour cet écrivain j auquel il dit ensuite pour excuse : « Il fallait un exemple. » Demerville, Gerachi, Àréna^ Topino- Lebrun, furent exécutés le 11 pluviôse. Je ne sais pourquoi on avait fait crier, dès sept heures du matin, longtemps avant l'exécution, leur sentence dans les rues. Leur mort, pour un crime de la pensée, ne parut, à beaucoup de personnes, ni juste, ni nécessaire. Mais le sang coula, parce que Bonaparte, endoctriné par les réacteurs dont il était entouré , avait peur des hommes de la révolution. « Le royalisme^ la chouannerie, taristocra» tie sont, disait-il, des maladies de la peau ; /e. terrorisme est une maladie du cœur, » Par suite de cette idée, Bonaparte allégeait sans relftche le sort des royalistes, et diminuait de plus de moitié, par un arrêté des consuls, le nombre des personnes portéessur les listes de l'émigration. Cambacérès s'opposa vivement & ces mesures, qu'il regardait comme propres à inquiéter les patriotes et k rendre aux royalistes une dangereuse influence. « Vous verrez ce qui arrivera , dit-il. » De même, en entendant le chef du gouvernement laisser éclater son penchant pour l'aneienne noblesse, le second consul témoigna aussi qu'il

818 ftéVOLUTtOH BAANÇA18B.

regardait cette politfqae wmin^ uno faiMesse qui eaaaeratt oii jour iiea Mibarrai et des repentirs. Le premier ooiisal, disail-^tty ne sait pas ee qne c'est qu'un feutlUioiiiiiie français ] il l'apprendra vu jour à sesdépens. Mais, oolte sa propension natmelle, Bonaparte croyait peotoir effacer toutes les traees des secousses révolutionnaires.

Maintenant i nous allons parler des yietoîres de t'armée dé Moreao , victoires ^ut contribuèrent au traité de paix de Lunétilte:

Après une continuité de revers ^ Kfay, écrasé aux combats de Biberacb et de Memmingen, ne vH d'antre refiige ponr hii que dans la position d'tJkn. Hais , défendu par son nouveau camp retranché^ il craignit d'être Coupé de f Àutoiclie, et fit, en conséquence» dlncrojables efforts pour reprendl^ rofiensive, en se jetant audacieusement sur notre tUe gauche. Séparé du centre de ràhttée par i'iUer, le général Sainte-Suzanne ^ assaiUî avec fureiir, se défendit avec la plus grande énergie \ ao milieu du plus présBant péril, son sang^froid ne l'abandonna pas un seul instant. Bientôt , au bruit do canon de SMnt-Gyr, qui accourait à son secours, il reprit Follbnsive et fit éprouver une perte assez forte k son adversaire.

Kra; concentra alore toutes ses troupes devant Dlm, qne Bioreàu voulut reconnaître. Feignant de songer à investir la place , Moreau porta cinq de ses divisions sur ta rivé ga^e, «t cinq sur la rive droite*, mais il ne par- Tint pas à engager le vieux Kraj, qui montra beaucoup dliabileté dans cette circonstance (1) , k quitter sa béRe ot Carte peirîtion. Appuyant son aile gauche au Micheb- Berg «t nu coniuent de la Blau et du Danube, Farmée autridvîenne s'étendait pM* la droite jusqu'i Elchingen, et couimmak toutes les hautedrs ao pied desquelles le fleuve a awsé (^ lit. Le général français vit du premier coup

0 MaUiif a Dumat*

HAMOBUVKES DE MOAEAU. &19

d^osil que la pû»tji«A des AiHlicbienii éWt iiie^pagnable, U se eoi^te&ta 4oiio de manœuvrer poinr les foreeir à IV bandooner. Par suite de ses combinaisons stratégique, Moreau se dirigea sur la Bayière, et après de nombreux coaibats, qui n'amendent point une action g4ni§rale» rannifo républicaine entra, le 28 mai (9 prairial), dans Àug^urg. Malgré ce mouyement, l'ennemi , fidèle à la résolution de De point évacuer la Souabe » prit la double précaution de reuforeer de cinq bataillons et dedoui:e escadrons , te corps de Starray, sarlaMindel, et d'augmenter les troupes d'ob* servatioa qui se tenaient snr la frontière de la Ba?ière.

Bientôt, redoutant q«e k Fabius aiOrieluen ne tombtt sur les forces que nousafions laissées derant lui, Morea» Tijit reprendre, ayec toute Tarmée, sa position entre la Qnntz et la Kamlacb, en occupant Mindetbeim» et en veijytant snr les déboucb^s d'Àugsbourg et de Burgau. Kray, qai ne seyait pas les nouyeiles dispositions de son prudent adversaire > assaillit ayeo résolution l'aile gaacbe de l'armée commandée par le général Bichepanse, qui fut déposl4, mais en cwseryant 40utefois le pont de KeMmuntz* Malgré la vigueur de sa résistance, ce gé«néral était- pris de succomber, lorsque Grenier, averti par le bi-nijt ij^eanon, fit m«rcber une de ses divisions, sous les ordres de f intrépide Ney, qui, du premier cboe, repoussa «ne ^(donne aobricbienne jus^'à Diétenbeim. Le reste des troupes ennemies s'eTançant toujours, Ney, yictori^u^ , les prit i^e^ersi les culbuta à Kircbberg, dégagea Riçhepanse qui, reprenant enfin foflfensive, causa une p^te assez considérable auj]^ Impérjaast. Kray, ayant échoué iu» PHe «opération Iris bien conçue d'ailleurs^ se bftta de replier iea corps qu'il avait engagés, et imnpit ensuite tous les ponts dn DanubCf

Celte guerre, dans laqudle s'usait l'armée fruiçaise, ne pouvait long-temps contenir i Moreau , qui résolut de fmneUr le fiannbe au-dessus de Douuwert; de éonper

890 IlÉVOLtJTlOIV FRANÇAISE.

la ligne d'opération de Tarmée autrichienne, et de la furçer, en lai enlevant ses magasins, à quitter enfin la formidable position dUlm. Horean commença par s'cm* parer des bords du Lech -, Leconrbe battit Heerfeid à Bachloé, à Landftberg, tandis qoe MoUtor, se dirigeant sur Nesselwangen , faisait essayer un grave échec an général Gruner.

Les ponts sur le Lech forent reconstruits , et les postes autrichiens battus sur tonte la ligne. Richepanse traversa riller-, bientôt Lecourbe franchit le Dannbe, opération habilement conçue, exécutée avec une intrépidité et un sang-froid pour lesquels il n'existe pas assez d*éloges. Kray voulut vainement nous disputer le terrein et même nous rejeter au-delà du fleuve. Les troupes françaises résistèrent vâillâmnient et piirvinrent même k repeusser les colonnes ennemies jusque sur Tautro rive de la Brentz. Ces combats d'Hochstett eurent pour Tarmée française d'immenses résultats. Ib entraînèrent Tévacuation de la Souabe, de la Franconie et de la Bavière.

JFLray; par une marche de flanc gauche, passa le Danube à l'embouchure du Lech , rallia le corps de Meesfeld et s'établit de manière à couvrir la Bavière. Ce mouvement difficile fut exécuté avea beaucoup de talent. La division Decaen , habilement détachée par Bforéau , entra dans Munich le 88 juin, et contraignit Kray à se diriger vers Test par le haut Palatinat.

Leeourbe eut avec Kray un engagement glorieux et meurtrier près de Neubourg h Oberhausen. Ce fut sur ce champ de bataille que tomba le preux Latour-d'Auvergne, le dernier rejeton de )a race de Turenne. Toute l'armée , à laquelle il servait d'exemple , porta pendant trois jours le deuil du premier grenadier de France.

Moreau prit la ligne du Lech pour. la base de ses opérations. Bientôt après l maître du cours de Tber , le général français força ie général Kray k longer setilêment

HVCmXE INFERNALE. SSI

les positions entre Braiman et Kaffcsteln. Alors Moreau , décidé à se rendre maître da Tyrol, s'empara de Fuessen , d'Immcnstadty du passage de Reichenau, de Goîpe, de Feldkireh vigoureusement défendu par Jeliachich. Lecourbe \ qui avait habilement dirigé tons les monvemens des divisions françaises, pendant Ce mouvement se préparait à pénétrer dans i'Engadin , an moment ou il apprit qa*itn armistice venait d'être signé entre Kraj et Moreau à Parsdorf le 18 juillet 1800 (27 messidor). Ulm/Pliiipsbourg f Ingolstadt furent remis aux Français comme places de sûreté. Ces gages étaient rassurans , on pouvait espérer encore une fois une paix longue et durable.

Au moment où la France se livrait à des espérances de bonheur, fondées sur la sagesse de son gouvernement et sur la cessation des hostilités, elle eut è trembler pour les jours du chef de la république. Le 34 décembre 1800 ( 3 nivôse an 9 ), il se rendait à TOpéra pour y entendre roralorio de Salil, lorsqu'une effroyable détonnation lui apprit qu'il venait d'échapper à un immense danger. Les assassins avaient posté une machine infernale dans la petite rue Saint-Nicaise embarrassée par une charrette. Le cocher du premier consul, homme très adroit, et, & ce qu'on prétend, rendu plus hardi encore par quelques verres de Tin, franchit au galop le petit espace dans lequel un autre n'aurait peut-être pas osé s'aventurer. La charrette , chargée de dix tonnelets de poudre et de balles, fit explo* sien quelques secondes après le passage du premier consul^ huit personnes amenées par le hasard sur le lieu de l'attentat furent tuées, et deux maisons & demi renversées. Hortense Beauhamais reçut une blessure légère dans la voiture de madame Bonaparte qui suivait celle de son mari : « Ces coquins-là, dit Bonaparte en entrant dans sa loge^ ont voulu me faire sauter !... » Il ajouta ensuite avec le même sang-froid : a Faites-moi apporter un imprimé dé l'oratorio. » De retour aux Tuileries

USi néVOLUTION FMANÇAISE.

Bon^rte causa tranquiUement de c^ qoi s*éùiit passé. Si j^avais été tué » dit-il , Bernadotto aurait ^ coioine Aatoine f maotri aa peuple la robe ensanglantée de César ! Le lendemain le MoniCear publia un article des plus yiolens contre les septembriseurs; et s'appnjant sar U découverte d'une autre machine infernale trouvée chez un nommé ChevaUer, qai avait fait des essais de ce genre au bois de YincenneSi il accusa hautement les révol4itionnaires d*avoir été à la tête do complot qui avait foiUi lui enlever la TÎe par un crime exécrable. Fouché^ ministre de la police, soutenait que les royalistes et les agens de FAngleterre étaient les vrais, les seuls coupables. Bons* parte repoussa cette supposition avec colère *, les conseillers d'état, à Teieeption de deux ou trois, partageaient l'opinion du premier consul, accablaient Foucbé d'invectives et de aonpçon* Le sénat et le tribunat enflammés df la même conviction et de la même haine contre les Jacobins, et persuadés que la législation n'était pas suffisante pour préserver les dépositaires du pouvoir, s'^empressèreut d'annoncer à Bo^ neparte qu'ils étaient prêts & lui donner dans une ioi de puissuis mojens de répression , qui seraient antant de garanties de sécurité, JEaeité par sa propre irritation^ et par les instances des premiers corps politiques qoi vou^ laient à tout prix ae défaire de Leuns teiTeoi» en aconsamt le parti jacobin , le (uremier consul , an sein 4» conseil d'état, lédaraa hautement et avec colèi^ la faculté de faire un grand exemple et de se débsrrasser « des scélérats, em ks jugeant par aecumulaUandt crimes. » D'après ces paroles étranges, il ne s'agirait plus de pu^ir légale^ ment, mais de fusiUer et de déporter les individus suivant les craintes on les soupçons du pouvoir* Xruguet résista wnement à Timpérieux emportement du dictateur, qui leva la sàmce jans que rien f&t déddé. Le 6 dans la matinée , les sections de législation et 4e l'intérieor se réunirent encore ] Rcederer, eattamt acharné 4e Fouché »

fit passer sous les jew de seç ç<^gaes une déclarfttioa daii9 laquelle il acenBaU le miaistre de la police de s^entoarerdeterroristes. Ce dernier, depuis rérénemeiit ^ n'avait pas perdu un seul instant, et il commençait à Toir clairement que ses pressentimens ne TaTaientpas trompé ; seulement il ne roulait pM s'expliquer avant d'avoir en main des preuTes matérielles irréalisables. Ce fut dans la réunion dont nous Tenons de parler qu'on arrêta le projet relatif aux pou?<Hrs extraordinaires exigés par le premier consul, qui, persistant dans ses idées, fit enfin proposer à la dâibération de deux |des sections du conseil é'état , les points suiyans*

lo Une commission militaire pour juger -, 5^ Une commission spéciale pour déporter; La seule modification apportée & ce s]fstème de rigoenr, âait dans la nécessité de consulter le sénat ayant l'exécution des arrêts ou des décisions rendus contre les coupables. Après une longue délibération , ks sections votèrent une commission militaire pour juger, mats rrfu* seront d'étalilir «ne conmission spéciale ponr déporter, snvf au gonTemement i prononcer lui-mfâsie cette peine> •OQS la condition de communiquer après l'exécution , an Corps*Législatifet an Tribunat, les arrêts de proscription qall aurait rendus sonyeraiaement et sans appd. Bien de phs dangereux, de phis tyrannique que de remettre en même temps h faculÛK d'accuser, de condamner et de pinâr, entre les mains d'un senl homme *, car e£fectiYemenl Bonaparte était tout le gouTemement. Bonapsole exploi* tait ici de la manière la phu odieuse ^attentat du 3 ni*vose, en le fidsant retomber sur des hommes dont aucun n'y avait trempé. Le secret de cette injustice et de cette violence était dans les craintes que lui inspii^tient les républicains , comme on l'a tu pk» haut. Un jour il dit , en cansant, à sesaffidés : <y Avec nne compagnie de gr^adier^i Je mfettrais en fake tout le ftrabourg ISàint-Aermain ^ les

tt24 RÉVOLIlTIOfl PBAIIÇAISE.

lacoUos 'dKfhi des gens délermioés , qu'il n'est pas facile de faire reculer. » Les paroles el les actions du consul c^xcitaient de Tives alarmes , et même dea marmures que Topinion répétait, mais, après quelques jours , la i^olonté du chef suprême fit taire toute résistance*, enfin, le 14, parut an arrêté portant la mise en surreillance spéciale, hors du territoire européen de la république, de cent trente individus , dont neuf désignés par la qualité de septembriseurs. Dans cette pièce il était dit : Le conseil if état entendu , quoiqu'il n'eût pas été consulté , et qu'il eût précédemment reconnu son incapacité pour appliquer une peine. Le sénat, qui commençait le cours de ses fatales complaisances envers le pouvoir, osa bien déclarer, devant toute la France , qiie l'arrêt illégal, arbitraire, injuste , despotique , prononcé par le consul , était une mesure conservatrice de la constitution *, c'est assurément le cas de répéter avec Mirabeau, que l'esclave est encore plus coupable que lé tjran.

La liste fatale nommait Ghoudicu, Destrem, Marquer y ,Talot, Félix Lepelletier, Charles de Hesse, Rossignol , Bouin , Vanec, Fournier l'Américain, Lebois, Ceyrat, et cent autres individus -, tons ces hommes étaient étrangers à l'attentat ; un très petitn6mbred*entre eux, toutefois, couverts par Famnislie, avaient des reproches graves à se faire-, dans le reste se trouvaient d'exceilens citoyens; qui n'a-» vaient pas même figuré au nombre des plus ardens révolutionnaires. Après cette mesure de violence et d'ii^ustice, le 11 pluviôse, Fouché vint enfin faire un nouveau rapport sur l'attentat. Le ministre déclarait qu'il tenait deux des coupables ; et que Ton ne devait plus douter du rêle qu'avaient joué les royalistes dans cette affaire \ effectivement des preuves irrécusables attestèrent que le crime av^t été conçu dans le sein de ce parti, la maïQhine infernale construite par des ordres supérieurs > et l'exécution de rhorrible assassinat, confiée à des agens sobal-

DÉPORTATION DB CENT TRENTE JACOBINS. tfftB

ternes par des chefs royalistes Sar vingt 'deux personnes de cette opinion traduites en jugement , sept contumaces ne furent point jugés , quelques unes se virent frappées de peines légères. Deux antres » Saint-Régent dit Pierrat, ancien officier de marine, ex-chouan amnistié, Carbon, dit le Petit-Francois> autre ex -chouan et domestique de Limolean de Beaumont, ex*chef de chouans, subirent la peine capitale à laquelle ils avaient été condamnés. Fouché, triomphant enfin de la prévention générale et des ressentimens du premier consul, cessa de craindre une éclatante disgrftce* Biais par une affreuse injustice, personne ne voulut rétracter les horribles accusations portées contre les Jacobins, et la déportation prononcée contre eu:L fut maintenue malgré leur innocence reconnue. Presque tous ont péri > les uns sur les côtes d'Afrique , les autres sur les côtes d'Asie , sans qu'un combat glorieux , dans lequel ils contribuèrent à sauver l'honneur des armes françaises , et le bâtiment qui les portait , attaqué par les Anglais, ait même inspiréau gouvernement la pensée d'adoucir leur sort. Bonaparte fut bien coupable dans cette circonstance, mais les hommes qui méritent surtout la réprobation, sont ceux qui saisirent cette occasion de se délivrer d'an certain nombre de révolutionnaires, auxquels ils avaient tant de fois donné la main en signe d'alliance ou de complicité.

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