T. VI
ttSO BÉVOLUnON nUUIÇAlJBB.
lutte inégale et sanglante « traversa TAdige le 11 nivôse an IX (!•' janvier )| occapa Vérone, Vicence, et se porta au-delà de la Brenta. Les généraux autrichiens ayant demandé une trêve, Brune Taccorda, mais le premier consul refusa de la ratifier, et fit annoncer à l'ambassadeur autrichien que les hostilités allaient recommencer, si les troupes autrichiennes n'évacuaient sur-le-champ Mantoue, Peschiera, Porto -Legnago, Ferrare» Ancône. Cobentiel accoutumé i ployer devant la volonté du général, consentit, le 6 pluviôse, à ces impérieuses conditions.
Effrayé de Fascendant de Bonaparte et de la marche des événemens, Pitt n'osa garder le portefeuille*, mais il le livra à ses amis, chargés de soutenir son ouvrage. Le cabinet de Saint- James fut composé des lords Saint- Vincent, Ha^kesbury, Hobart, Eldon, du duc dePortland et d'Àddington chef de cette nouvelle administration. Blalgré leurs efforts, le traité de LunéviUe , basé sur celui de Gampo-Formio, fut signé le 20 pluviôse. Il ne restait plus à la France qu'à châtier la folle conduite de la reine de Naples , souveraine d'un fantôme de roi et d'un peuple ignorant et fimatique. Les imprudences de la cour rendirent tout pardon impossible. Murât força l'armée napolitaine conmiandée par l'émigré Damas, qui occupait les Etats Romains, à se replier^ déjà nous étions parvenus sur les frontières de Naples, lorsque le général républicain consentit, par égard pour la Russie, à signer à Foligno un armistice de trente jours. Le pape accueillit avec beaucoup de &veur les troupes républicaines, circonstance qui dut contribuer à redoubler les alarmes de Caroline. Des instructions du premier consul ordonnèrent à Murât de ne consentir à signer la paix avec Ferdinand qu'aux conditions suivantes :
Le roi devait fermer les ports du royaume de Naples et de la Sicile aux Anglais, mettre l'embargo sur les bàtimens
MOAÏ IMS PAUL l^f. KSI
do cette nation , rendre le sayant DoJooùea et d'antres français de Tannée d'Orient arrêtés en Sicile , restituer à la France tons les objets d*art qui loi appartenaient et que les troupes napolitaines avaient pris à Rome^ remettre aux soldats de la république Tar^te, Gallipoli^ Otrante, Brendisi^ Ghietiy Âquila. Justement puni de toutes ses dé*» loyautés, le roi de Naples signa un traité de paix sur ces bases onéreuses* II payait cher un moment de folie et de belliqueuse exaltation ; il renonça en outre h la possession de rile d*Elbe, qui deviendra dans quelques années Tunique asile de Napoléon dépossédé de la souTeraineté de TEurope.
Pendant que tout secondait ainsi les efforts du premier consul > la Suède , le Danemarck, la Russie, la Prusse, unis ensemble déclarèrent la guerre & la Grande-Breta* gne , orgueilleuse violatrice des franchises du commerce et de la liberté du pavillon. Mais les amiraux Parker et Nelson franchirent bientôt le Sund ; les redoutes danoises* contre lesquels vint s'embosser le second de ces amiraux, , furent en partie réduites au silence *, à la suite de cet échec^ une convention particulière paralysa pour quelque temps la bonne volonté du Danemarck, sans porter atteinte k la fédération des puissances du nord. Un crime trop favorable à ses intérêts pour ne pas lui être imputé, vint rompre cette ligue , et délivrer notre plus violente ennemie des alarmes qui la troublaient à si juste titre. L'empereur Paul l«v, qui resserrait chacpie jour plus étroitement les nœuds de son alliance avec Bonaparte , fut assassiné. En apprenant cette fatale nouvelle, le premier consul s'écria : « Ils m*ont manqué au 3 nivôse, ils ne m'ont pas manqué à Saint-Pétersbourg. » Ce fut lui qui rédigea de sa propre main, et ea ces termes, la note du Moniteur relative au fatal événement :
a Paul I«r est mort dans la nuit du 84 au Stt mars II!
« L'escadre anglaise a passé le Sund le 91 !!!
a L'histoire nous apprendra les rapports qui pcuTent exister entre ces deux événemens!!! »
lléritier de la couronne , Alexandre souffrit à sa coar les assassins de son père , et se jeta par frayeur peut-être dans Ja politique anglaise. La chute de Bonaparte viendra de la nécessité d'une guerre avec la Russie que le gouvernement anglais forcera une iseconde fois à rompre son alliance avec nous après les sermens les plussolennels d'une amitié durable. Bonaparte ne put pas deviner ce grand malheur encore caché dans les épaisses ténèbres de l'avenir y mais il sentit profondément que la mort de Paul portait un coup terrible à la France et à son chef.
Occupé sans cesse du soin d'assurer la paix extérieure , Bonaparte n'avait pas moins à cœur de réformer la justice, de protéger l'agriculture , de favoriser l'industrie , et de constituer Tordre public sur des bases solides; mais pour parvenir à ce but, il ne voyait guère de moyen plus efficace que d'affermir et de concentrer le pouvoir entre ses mains. Sa politique à cet égard, en effrayant les amis de la liberté , lui suscita plus d'une fois d'énergiques résistances parmi les membres du tribunat, Daunou, Ghénier, Andrieux, Benjamin Constant, se couvrirent de gloire en repoussant avec l'éloquence de la raison , la création de tribunaux criminels spéciaux , si effrayans pour la liberté. Non content de demander une pareille institution , le gouvernement voulait qu'on réduisit le nombre des juges-de^paix et qu'on leur ôtât la police jadiciaire, pour donner cette attribution à des magistrats particuliers. Dès l'ouverture de la discussion sur ces projets, l'opinion du tnbunat ne parut pas favorable au gouvernement , qui fut forcé de les retirer et d'en présenter d'autres avec quelques améliorations. On combattit encore énergiquement les nouvelles lois proposées , que les patriotes repoussaient comme inconstitutionnelles , obscures, capables d'anéantir l'institution du jury, de
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livrer les acèusés à l'arbitraire, menaçant la liberté de tous les citoyens les plus inoffcnsifs y et ne laissant aucun recours contre une violation de formes dans la procédure. La victoire resta enfin au gouvernement, triomphe funeste et obtenu à grande peine par des efforts qui exaspérèrent Bonaparte. Dans une audience accordée au sénat , le premier magistrat s'oublia jusqu'au point de dire : Ils sont douze ou quinze métaphysiciens bons à jeter à l'eau \ c'est une vermine qne j'ai sur mes habits. Quelle grande faute dans un chef de gouvernement que de prononcer de semblables paroles , et de violer ainsi toutes les bienséances ! Gèt(e faute commise plus d'une fois a souvent coûté bien cher à Bonaparte.
Non content de toutes ces idées de réforme judiciaire^ Bonaparte proposait encore de diminuer les cas de recours en cassation^ de laisser une sorte de pouvoir discrétionnaire à la cour suprême *, et de décider que le verdictdu jury serait rendu à la majorité des cinq sixièmes des voix. La commission du tribunat se décida contre cet étrange projet, qui fut rejeté par cent quatre-vingt-quinze voix , c'est-àdire à une majorité de cent quinze. Justement arrêté dans ses vues d'envahissement du pouvoir judiciaire, le gouvernement consulaire ne méritait que des éloges sous le rapport des finances. Le trésor public avait en valeur réelle 300,000,000. Les contribuables en retard furent déchargés de leur arriéré, grâce à une loi rejetée d'abord, adoptée ensuite, surla dette publique, et sur les domaines nationaux estimés à la valeur de 68,000>000. L'exercice des finances, pour l'an IX, se trouva fixé à 415^000,000^ non compris une somme de 87,000,000 que le ministre de la guerre fut autorisé à ordonnancer. En comptant les frais de perception et de négociation , le budget des dépenses s'élevait au total de 545,000,000* Les recettes ne donnant que 500,000,000^ on parvint à couvrir le déficit par la vente des biens nationaux et le rachat des rentes {oncièrea^
iSad rAvolutio!! française.
Le gooternameiil ayant propoaé, pour Tan X, la ptongsi* tion des oontribnUon* de Tan IX robiint, ainsi qu'un crédit pfoyisoire extraordinaire de 1100,000,000. La loi ds fil yentose , qui accordait cette exception , fit r^e par la •uite-, ainsi fut éludée' la constitution qui voulait qu'une kn annuelle déterminfttle montant des recetteset dès déprases. Ainsi tandis qu'il metUit l'ordre dans les finances, Bonaparte violait la loi fondamentale en établissant des précédens funestes, et capables d'amener le retourdes désordres qui avaient perdu la monarchie dégagée des obstades et des barrières capables de l'arrêter dans la voie des dilapidations, qui s'élargit chaque jour sous un gouvernement libre de disposer des finances de l'état sans contrôle périodique et sans règles invariables.
Une belle institution allait faire un heureux contraste avec ce système d'empiétement, je veux pEarler du Code civil. D'abord préparé par une commission des plus célèbres » jurisconsultes, discuté avec une admirable liberté, avec un talent supérieur dans le conseil-d'état , ce code donna lieu an premier consul de faire éclater non seulement les lumières d'un esprit supérieur , mais encore des connaissances qu'on ne lui supposait pas. Plus d'une fois, an grand étonnement de tous, il éclaira singulièrement des questions qui semblaient enveloppées de doutes et d'obscurités, et il trancha nettement des difficultés qoi embarrassaient les plus vieux jurisconsultes. Le code civil, empreint presque partout de son génie , restera comme un des plus beaux mo-^ numens de la civilisation. La vérité ne permet pas d'accorder le même éloge à son Gode criminel, créé par des Jbommes encore remplis des souvenirs des rigueurs du système révolutionnaire , et trop occupés de la nécessité d'une grande sévérité pour la répression des délits politiques, dans un pays oti les passions étaient encore si ardentes et avaient brisé tant de fois tous les liens de l'obéissance etpour respect de Iakn. Un pareil code ne convient
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qae trop au pouyoir absolu \ ausai Aonaparte, qui s'était montré très libéral dans la discussion des lois ciTiles , se gardera bien de vouloir affaiblir Farme que des impmdens Youiaient remettre entre ses mains. Le Gode de commerce au contraire porte le cachet de la sagesse.
Bonaparte ne pouvait danssonsystème de gouvernement oublier Tinstruction publique -, elle avait reçu de la Convention une direction libérale et conforme aux besoins de la société. Sous le Directoire, les écoles centrales avaient rétabli l'amour de Fétude, et donné aux élèves un enseignement varié qui produisait déjà d'heureux fruits^, mais entouré d'hommes que leurs opinions portaient vers les choses d'autrefoisi et enclin lui-même à les rétablir sous plusieurs rapports p ne trouvant pas d'ailleurs dans les maisons d'éducation iin régime assez sévère pour contenir la jeunesse, il résolut de porter la réforme dans cette partie. Pendant la discussion sur la nouvelle université qu'il voulait créer, onFentendit» avec une certaine surprise et mâme avec une certaine inquiétude, faire plusieurs fois l'éloge des jésuites ; peut-être sans l'assujétissement des membres de ce corps à une puissance étrangère, les aurait-il rétablis. Le projet adopté créait vingt-trois mille écoles municipales primaires , deux cent cinquante écoles communales on collèges avec pensionnat, et deux mille bourses gratuites -, le consul voulait, en supprimant les écoles centrales, consep ver la variété de leur enseignement où les langues modernes et les sciences occupaient une grande place-, mais la pente des choses et l'opposition constante , quoique déguisée , des hommes qu'il mit à la tête de son université ramenèrent presque malgré lui la mauvaise habitude de consacrer sept à huit années de la vie des élèves à l'étude de deux langues mortes. Le consul porta aussi ses attentifs sur les écoles militaires , particulièrement sur l'école poly^* technique qu'il trouvait trop républicaine, et dont il ne put jamais changer l'écrit d'indépendance. Il attaquait souvent
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snr ce sujet Texcellcnt M onge^ qai défendaitscs chers élèves avec une chaleur toute paternelle. On n'explique pas pourquoi en voulant aussi toucher & l'Institut; Bonaparte courut le risque de déplaire à des personnes considérables et influentes ; par la suppression de la classe des sciences morales et politiques. Mais, Frédéric n^aimait pas les philosophes quoiqu'il leur fit la cour *, Bonaparte encore plus prévenu contre ces hommes qu'il traitait aussi de rêveurs, craignait en eux des esprits préoccupés de dangereused utopies, et encore susceptibles de se laisser entraîner à des tentatives révolutionnaires ; le ibnd de cette dernière pensée était vrai, mais il faut ajouter que rien n'était moins redoutable que ies Garât, les Destutt de Tracj et les autres écrivains de celte catégorie. Plus sage, et sans aucun mélange de mauvaises considérations politiques , Bonaparte accordait auj^ beaux « arts une éclatante protection , et faisait ouvrir au public la belle galerie du Louvre, transformé en un mus^ enrichi par nos victoires. Il voulut alors renouveler l'un des beaux exemples du directoire en, ordonnant l'exposition des produits de l'industrie nationale, qu'il|eut bientôt le plaisir de visiter lui-même avec tlllustre Fox, surpris de se trouver chez nous à une pareille fête. On le voyait encore proposer des prix considérables aux auteurs des découvertes les plus utiles aux arts industriels et an commerce, maintenir la prohibition prononcée contre les produits des fabriques anglaises , créer le canal de Saint-Quentin, jeter une voie romaine sur le SimploQ, et encourager la propagation de lavaccine, admirable présent que l'anglais Jenner a fait à l'humanité ; tous ces travaux marchaient ensembles avec les soins de l'administration et les hautes pensées du gouvernement. Dès l'Italie, et sous les jeux du Directoire , Bonaparte avait laissé entrevoir son intention de rétablir le clergé *, on se rappelle qu'après la bataille de Marengo, il était allé, dans la cathédrale de Milan^
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faire consacrer sa victoire par des chants religieux , et assurer le pape da respect de la république pour le Saint* Siège ; il avait encore témoigné le désir de Toir réfleurir la religion en France j et engagé le pape à envoyer des négociateurs à Paris , pour qa'on s'entendit sur ce grand objet. Il est constant que Bonaparte croyait à Futilité de la religion pour le peuple et surtout pour le^pouvoir *, voilà les deux idées qui le poussèrent a la relever de sa ruine , et à oser ce que personne n'aurait osé ayant lui , sans courir le risque d'être précipité dans Tabîme. Le 18 thermidor, Portalis présenta au conseil-d'état la situatioa de la France sous le rapport religieux-, le projet de décret, qui suivait Texposé , créait cinquante évêqu.es recevant UD traitenient de S à 6000 francs, et six mille curés, un par canton. La communication du premier consul fut accueillie très froidement , les esprits n'étaient nullement disposés à la résurrection du culte qu'ils regardaient comme un retour vers l'ancien régime, et un danger pour l'état comme pour Bonaparte. Mais il était le maître , sa volonté faisait loi , il fallut céder^ Bientôt une bulle du pape datée du 15 août ratifia le nouveau concordat de la France avec le Saint-Siège , les églises se r'ouvrirent de toutes parts, et les prêtres reconnaissans célébrèrent dans le restaurateur du culte un autre Machabée, un second David, un nouveau Salomon, un élu du Dieu d'Israël. Les amis de la révolution , les philosophes de l'école voltairienne désapprouvèrent beaucoup la politique de Bonaparte^ mais en le blâmant d'avoir rendu une dangereuse influence aux ministres de la religion , ils ne purent s'empêcher d'applaudir à la fermeté avec laquelle il sut maintenir le clergé dans de justes bornes , par une extrême attention à réprimer les entreprises de l'ambition sacerdotale. Les gens sages louaient aussi Bonaparte de la sévérité qu'il déployait contre les hommes indignes du nom français qui , après avoir combattu dans les guerres
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dTiles, avainit oonsenré lears armes pour déyaUser les diligences, Toler et assassiner les particuliers *, tout le monde regarda comme autant d'actes de justice et de garanties pour la société, les arrêts de morts prononcés par des commissions militaires, contre le marquis de Loys, Bemaad , Goyon, Matignon, Lojanté, et beaucoup d^anciens nobles, punis comme assassins ou comme voleurs. Au milieu de tant de travaux, de tant de luttes, Bonaparte épuiaé de frtigues, tourmenté en outre par la gale rçntrée dont il avait pris le germe i Toulon , semblait tomber dans le marasme •, une toux obstinée ne lui laissait pdnt de repos ; le célèbre Gorvisart parvint à le guérir par de sages prescriptions^ la nouvelle situation des affaires de France et la haute fortune du malade contribuèrent beaucoup an saccès du médecin.
Tranquille et prospère au**dedans, la France avait un grave sujet d'inquiétude » et cette inquiétude regardait notre colonie d'Egypte. Après la mort du vainqueur d'Héliopolis , Menou était devenu général en chef des troupes françaises. Il n'avait ^Iheureusement ni les talens, ni la force , ni l'adresse nécessaires pour imposer la loi i des hommes plus habiles que lui, et ménager des esprits que Bonaparte lui-même avait eu peine à se concilier. D'un autre côté, quoique fidèle aux principes de la probité, Henou ne sut pas empêcher le gaspillage et les déprédations , cette grande plaie de Tadministration militaire dans notre pays. Les Anglais surent bientôt que la discorde s'était glissée parmi les Français, et que le nouveau général en chef était incapable de gouverner sa position. En conséquence, excitésparl'espoirdele trouveraccessible, ils se hâtèrent de lui proposer, d'accord avec les Turcs, l'évacuation de l'Egyte suivant les bases stipulées par la capitulation dUl-Arich. Henou répondit que c'était à Paris que les négociateurs des deux puissances devaient s'adresser. Ce fat Inentôt après cette réponse qa'il reçut l'ar-
MOBT DB ROIZB ET d'aBBBCBOIIBIB. ISSQ
rClé des consub qai le confimiait dans le comoDandement de Tarmée. Le choix était d'autant plas ftcheuz, qae nous allions ayoir à combattre^ dans lord Abercromhiey envoyé contre nous avec des troupes anglaises qui étaient à Ma* hon» un général audacieux et expérimenté. Henou apprit bientôt l'apparition de la flotte ennemie devant la rade d'Aboukir. Le général français , concentrant son armée , aorait dû faire ce qu'ayait heureusement exécuté Bonaparte» lorsqu'il s'était si promptement débarrassé d'une armée turque. Morand, Régnier, tons les généraux avertirent Menou du danger qu'il courait en éparpillant ses troupes, il fut sourd à toutes les remontrances. Le 17 ventôse, l'armée anglaise exécuta son débarquement. Menou, après avoir perdu beaucoup de temps, et donné aux troupes britanniques le temps de prendre le fort d'Àboukir qui ne capitula que le 98, réunit enlBn dix mille soldats. Les Anglais ne comptaient que treize mille baïonnettes. Un instant la victoire sembla nous couronner à Nicopolis; mais Lanusse et Baudot tombèrent mortellement frappés, Destaing fat blessé. Rojze et Boussard , héroïques cavaliers qui pénétrèrent avec un escadron jusque dans te camp anglais , y laissèrent la vie. Dès lors , la bataille fat perdue y l'armée anglaise avaitessuyé des pertes considérables. Abercrombie périt dans l'action. Le véritable malheur de cette fatale journée, dans laquelle Menou aurait dû triompher s'il eût réuni toutes ses forces, fut surtout dans l'influence morale qu'elle exerça sur l'esprit du soldat français. L'àr* mée anglaise, ayant bientôt reçu un renfort de six mille Albanais , resserra Menou soas Alexandrie -, ce fut alors qu'aigri par l'adversité , le général français fit arrêter et partir pour la France Régnier, l'adjudant Boyer, Dumas, l'inspecteur Danre. Les Anglais saisirent le vaisseau' que montaient ces deux derniers citoyens , et s'emparèrent de la succession de Kléber^ elle montait à 72,000 francs t Menou ^ qui n'avait pas su conserver l'Egypte, défendit
avec conslance Alexandrie contre les Anglais et contre la famine ; Taincu surtout par le fléau , et cédant enfin à de sages conseils , il capitula le iO frnctidor, à condition que Tannée française serait transportée en France ayec armes et bagages, ainsi qu'avec dix pièces d'artillerie. Elle devait s'embarquer dans dix jours. Par nne indifTérence coupable» le général avait admis une clause qui imposait l'obligation de remettre aux Anglais les cartes, dessins, mémoires et collections de la commission des sciences et des arts. La courageuse menace faite par les possesseurs d'anéantir & l'instant toutes ces richesses intellectoelles désarma seule Texigence du général Hutchinson, qui craignit d'acquérir une triste célébrité , en réduisant les savans français à un pareil sacrifice. Nos soldats emportèrent aussi I avec eux^ les cendres de Kléber saluées, k leur départ d'Egypte, par l'arUUerie des Anglais et des Turcs. Ainsi se termina une expédition qui aurait pu changer la fiice du monde, mais à laquelle la défaite de notre armée navale d'Aboukir avait porté le coup mortel. Après ce désastre, le génie de Bonaparte lui-même ne pouvait que reculer la nécessité de la capitulation , et suivant toute apparence c'était sa conviction personnelle et profonde, lorsqu'il sortit d'Egypte pour venir conquérir la France. La victoire d'Héliopolis ne fit qu'éloigner la catastrophe, la mort de Eléber la rendit plus prochaine, Tincapacité de Ménou la précipita. Sans lui , et surtout sans les inconcevables fautes de l'amiral Gantheaume qui ^ trois fois parvenu dans les parages d'Egypte, manqua trois fois, par un excès^de prudence , l'occasion de déb^arquer dans le port d'Alexandrie les renforts envoyés par Bonaparte, nous serions peut-être encore en possession dé la plus importante des colonies.