LE TRIBUNAT
eu même temps qu'il plaçait à la tète de la coar de cassation^ Horaire, homme de mérite et considéré alors, mais d'un caractère enclin à Tobéissanee , il ne craignait plus de traiter U tribunat d'institution désorgant" satrice, et de dire t/ue la discussion des lois devait être secrète, et qiiil ne fallait pas d'opposition. La transition . était hardie , la proposition devait offenser Topinion de beaucoup d'hommes éclairés , mais il avait résolu de passer outre. Enfin on en vint à discuter dans le sénat le mode de renouvellement du tribunat et du corps-législatif. Les conseillers d'état favorables à la liberté proposaient la voie du sort qui du moins n'écarterait pas par complaisance ou par système les membres de l'opposition v cet avis sage et bien motivé ne prévalut pas. Le sénat adopta le mode d'un'terutin électif. Par ce moyen conforme aux volontés de Bonaparte , on élimina dii tribnnat, Ghénier, Damioii', B. Constant, Ganilh , Thiessé, Chazal, Thibaut, Garat-MaiUa, Bailleul , Isnard. Parmi les membres de ceiribunat qui avait tant alarmé le pouvoir, on ne comptait plus que deuxopposans célèbres, Lucien Bonaparte et Garnot. Seuls ils combattirent une résolution qui ne ressemblait que trop aux coups d*état que le prénrier consul avait tant reprochés au Directoire et aux deux conseils. Toute résistance périt alors dans le tribunat, et avec elle s'évanouit l'ombre même du gouvernement représentatif. Une libre discussion ne fut plus permise que dans le sein du conseil-d'état où Bonaparte la souffrait sans peine, et même avec un^ certaine complaisance, parce qu'il voulait être éclairé par une discussion dans laqueïles on pouvoir n'était pas mis en jeu. G'està cette époque que fut rendue la fameuse loi sur la conscription. Elle apportait de grandes améliorations à la législation qui avait réglé jnsque-là cette partie du service publique; elle faisait intervenir les conseils de départQmens,d'arr on* dissemens et de communes, dans les opérations de la:
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leyéc. Elle ordonnai! leUblisseinent des cafiitamea de recratemeai , la réomon des conscrits da même dépariement dans le même corps. Beadant cette session » celle de Tan X, le gouyeroement propoâa d'antres lois importantes reUtives an régime des colonies, an coiœordat, et à rétablissement de la (<égion*d'Honneac, qui , comme on y^ le iroir, alarma beaucoup les amis de la liberté*
A li( séance du 14 floréal an X, Rqederer fit son rapport au consçild'état -, Berlier «'enmontrA l'énergique adversaire. li'Qrdre proposé» dit-il, cqnduiti Taristooratie., i^ croix et les rubans sont les bpckcts de la monarchie. Bonaparte répondit à Beflier avec beaucoup d'hum^nr^ le docile Portalis appuja l'opinion ^n pre^i^r consul, qw combattit à spn tour Ji^ibaudew arec iine franchise digne d éloge. La proposition passa au conseil à la n^jorité de quatorze yoix coptre dix. Farmi les opposans il faut placier Bérenger, Lacuée, DefermoQt. Au Tribunal, Lucien propos^ Tadoption du projet présenté par le conseil-d'état, Savoye-BoUin et Cbauyeljn repoussèrent rigoureusement Ta vis du rapporteur. Les tribuns Tadoptèrent à la majorité de ciqquante-six ypix contrp trente-huit. Le corps-législatif vota fie la mfime manière > mais Bonaparte vit, avec m(§ç.onteQ(ement , une minorité de centrdix voix rejeter la nouvelle création , comme contraire au dogme de Tegalité et 9^^. principes de la révolution. Ce fut peut- 4trp la jl^Tf^i^f^ opposition un peu vive que rencontra Bonap^tç pendant le cours de ses prospérités. Dans Voirigine son com^ordat avait aussi rencontré sinon des obstacles^ au moins de graves censures. Le peuple avait paru m^conjtisnt , l'armée avait murmuré ^ et le général Ddlmas n'^v^it pas craint de dire au premier consul : (( ÇfssX unç belle capnctnade ^ il n'y manque qu'un million d'homipips ti^és pour défendre ce que vous rétablissez. » Bopapa^te croyait gouverner facilement le corps do clergé^ mais bientôt ceux qiii s'appelaient eux-mêmes les fidèles^
FINANCES. âSt
parce qu'ils avaient refusé le sermeiit , se montrèrent intoiérans envers les prêtres eonstitutionnels ^ il ne tarda point à être obligé de sévir contre une partie de sa nouvelle église*, et d'enjoindre au légat de contenir on de réprimer les ecclésiastiques assez imprudens pour oublier le bienfait du rétablissement de la religion, et Tobligation d'être des ministres de paix , au lieu de se montrer comn^e des inistrumens de colère et de T^qgt^ance.
Si le premier consul obéissait aux mouyemens d'une ambition toujours croissante , il ayait du moins la plus haute idée des devoirs d'un prince, et comme Frédéric II, il les remplissait avec une religiense exactitude y avec une constance qui ne se démentit jamais; comme Frédéric II, il veillait aussi avec la plus^ jalouse attention sur le pouvoir militaire > si epclin à brider toutes les barrières qu'on lui oppose ; comme Frédéric encore , il voyait dans la probité de l'administration , et dans l'ordre des finances des condition^ d'existence pour les gouvernemens, et un moyen de prévenir ces niurn^pres publics qui finissent par amener des tempêtes et des bouleyerseipens. Gardien du trésor public , il le défendait sans ces%e \ il se faisait rendre des comptes qu'il yéfifiait Iqi-même avec l'attention la pluç redouta^nU pouf tous les c^efs^ de services ; sans cesse il s'appliquait à maintenir l'équilibre entre les recettei^ et les dépenses , et à se ménager des ressources pour pouvoir suffire à ses vastes ei^treprises et à tous les besoins de l'état. Il s'obstinait a^lors ^ €|t s'obstina toute sa vie, à ne poipt invoquer les secpurs et Teptremise des banquiers, il craignait 4e se voir ifpposer (a loi parles hommes de finaqp^.
C'était par tous c^s moyens dq capter l'opinion publique , et par une suite de combinaisons tantôt secrètes , coi^me des intentions enfermées dans le c(Bur, tantôt manifestées par des actes, que Bonaparte marchait & l'autorité absolue, sans laquelle il ne croyait pouvoir régner
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en paix, ni accomplir tontes les idées qu'il concevirit pour la grandeur et la prospérité de la France. Yoili comment Tint à éclore dans le sénat conservateur la pensée de proroger le consulat pour dix ans. Le 'premier consul accepta ce qu'il avait inspiré lui-même , et répondit aax complaisans interprètes dé ses vœux : «r L'intérêt de ma gloire et celui de mon bonheur Semblerait avoir marqué le terme de ma vie politique au moment où la paix do monde est proclamée. Mais vous jugez que je dois au peuple un nouveau sacrifice *, je le ferai si le bien du peuple me commande ce que votre suffrage autorise. » Tout à coup le conseil-d'état est convoqué pour une séance extraordinaire *, Rœderer y demande que l'on soumette au peuple la question de savoir si le premier consul sera nommé à vie, et aura le droit de désigner son successeur. Bonaparte eut la pudeur de repousser cette dernière prérogative. Le tribunat, le corps législatif et le sénat, approuvèrent la résohition du conseil'-d'état favorable à la demande de Rœderer, et se rendirent chez le premier consul , pour le remercier d'avoir bien voula se sacrifier au vœu et aux besoins de la France. Cependant au milieu de toutes ces adulations , Chabot de rAllîer fit entendre an futur empereur des paroles plus sages et plus sévères ; mais la nation ne les écoutait pas. Dans Ions les départemens de la France , des registres furent caverts pour recevoir des votes sur cette question : « Napoléon Bonaparte sera*t-il nommé premier consul à vie? » Lsfayette qui devait sa liberté au vainqueur de l'Italie , donna son vote en ces termes : « Je ne puis voter une telle magistrature jusqu'à ce que la liberté politique soit suffisamment garantie ; alors je donne ma voix à Napoléon Bonaparte. » Dans le tribunat, Camot, dans Tarmée, Drouot , et plusieurs autres , imitèrent ce noble exemple* Mais la France fut favorable à Tbomme dont elle avait besoin. Sur 5, S&7;885 citoyens, qui avait voté libremeat,