‹ Histoire complète de la révolution française (volume 2)Chapitre 84 sur 93 · MORT DE PICHEGRU. 57Ô · texte numérisé non relu

MORT DE PICHEGRU. 57Ô

aacane tlttreté dans le cœor. La fille da général Lajollais, &gée de treize à quatorze ans , s'était jetée aux pieds du consul. Les larmes» les supplications, la douleur éloquente de cette enfant qui s'attachait à lui avec mie sorte de violence, l'attendrirent et obtinrent la grâce du père. Murât alors gouvernenr de *Pàris , Mufat qui avait une folle tête, mais une générosité naturelle encore accrue par la bravoure héroïque d'un paladin de Gharlemagne , s'é^ tait efforcé d'arracher à l'échafand Georges Gadoudal, qu il regardait comme un homme d'honneur et d'un très gradd caractère. Bonaparte fut sur le point de céder; il révéla même sa pensée intime à cet égard au conseiller d'état Real , niais les nodibréux assassinats commis par Georges lui-même, et d'une manière si brutale hors du champ de bataille, et jusque sous le toit des victimes choisies par sahaine, empêchèrent l'effet de cette disposition favorable. Pendant le cours du procès , Pichegrn , désespérant de la clémence de Bonaparte , on la regardant comme un affront qu'il ne voulait pas subir, s'était étranglé au Temple, pendant la nuit du 6 au 6avril, dans sa prison. On trouva sur sa table un volume deSénèqne ouvert à la page où le philosophe raconte la mort deCaton. Les partis si prompts à saisir et à exploiter toutes les circonstances favorables à leurs intérêts, ne manquèrent pas d'imputer à Bonaparte la mort de Pichegrn , mais cette accusation est l'une de celles dont la raison publique a dès long-temps fait justice. Voltaire dit au sujet de Pierre i^^ accusé d'avoir empoisonné son Qls qu'il avait condamné la veille : a Veut-on se noir- 4;ir dans la postérité du titre d'empoisonneur, quand on peut si aisément ne se donner que celui d'un juge sévère.» Cette citation de M. Bignon s applique exactement i Bonaparte. En effet , Pichegru aurait vainement essayé de nier ses négociations avec les agens de Lonis XVIII et de l'Angleterre, en l'an III, l'an IV et l'an V. Les agens dd ce prince et ceux du ministère britannique^ avec lesquels Pi-

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chegra afait entreleoa de coupables iotelligences^ éUient détenus au Temple^ elles allaient être jaridiquement prooyées par lear» écrits et par leurs dépositions respectives, auxquels le coupable accablé sous le poids de la vérité, n*aurait su que répondre. D'ailleurs, ce général infidèle à la république , n'inspirait plus aucun intérêt » il inspirait même du mépris \ qu'on juge de sa position dans les débats, lorsque pressé par les preuves de son ancienne irabison , il aurait eu encore à se défendre contre Taccusalion de complicité avec Creorges Cadoudal , et les antres brigands accourus à Paris pour assassiner Bonaparle au profit des Bourbons et de TÀngleterre. Le premier consul avait donc le plus grand intérêt à ce que Picbegru parût au tribunal et subit la redoutable épreuve des débats. L'accusé sentit qu'il y avait bonté et péril extrême dans cette épreuve \ sa haine lui fit en outre profondément sentir Tinsupportable douleur de procurer un triomphe éclatant à celui dont il éuit devenu reonemi , et il chercha dans la mort on refuge pour éviter à la fois l'opprobre et TéchaCsud , car, dans sa propre conviction , sa condamnation était inévitable. Le premier consul était si loin de vouloir faire disparaître Pichegru, qu'à la nouvelle du suicide» il entra dans une violente colère qui dura pendant trois jours sans discontinuer -, il voyait presque une trahison dans le dé&ut de surveillance qui avait permis k Picbegru de se soustraire aux chances du procès^ à l'arrêt de la justice. Du reste Picbegru, trop vanté peut-être comme général, et n'ayant dû en partie sa fortune militaire qu'à l'injuste préférence que l'ombrageuse susceptibilité de Saint-Jnst lui accorda sur Hoche , le libérateur de l'Alsace, et doué des grandes qualités d'un homme d'avenir, s'était trompé en voulant jouer un premier rOle dans les affaires de la France *, même après le succès de l'attentat médité contre Bonaparte , Picbegru n'aurait pu opérer le retour et la restauration des Bourbons , et Mo-

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reaii lui-même, malgré raaréoie de gloire quileoTiroonait^ n'aorait rien osé de décisif et ne serait pas resté trois mois aa gouvernement y si toutefois on eût consenti à l'y placer provisoirement et comme une pierre d*attente.

La conspiration de Georges et de ses complices était un présent de TAngleterre , mais ce n'était pas assez, pour le cabinet britannique, des complots ourdis h Londres contre le premier consul -, ce cabinet avait encore sur le continent de nombreux foyers de' semblables machinations formées sous la protection de l'inviolabilité du caractère des ambassadeurs. Le 82 mars, le grand-juge vint signaler à la réprobation , en même temps qu'à la risée publiques, le nommé Drake, ministre anglais auprès de l'électeur de Bavière \ aussi vaniteux , aussi maladroit qu'il était impudent et immoral, cet homme, abusé par un agent de la police française qui se jouait de sa crédulité, lui avait confié des aveux écrits et des preuves irréfragables de la perversité de ses desseins. Les documens publiés se composaient principalement de dix lettres originales , écrites de la main du ministre , et d'une copie des instructions qu'il osait donner à ses agens. Outre tous les projets de renversement, M. Drake recommandait surtout de gagner des employés pour faire sauter des magasins à poudre. Quelques traits de ses lettres relativement aux coups i diriger contre le premier consul ^ étaient d'une atrocité de pensées qui n'avait d'égal que la révoltante grossièreté des expressions.

Muni de ces pièces de conviction , M. de Talleyrand , dans une note adressée à tous les ambassadeurs et ministres étrangers accrédité, à Paris, fit connaître la conduite de M. Drake. L'honneur du corpls diplomatique ne lui permettait pas de garder le silence. Tous ses membres manifestèrent avec plus ou moins de force le sentiment que cette communication leur avait fait éprouver. Ce n'était pas pour la position^ comme pour la politique du pre-

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mîer consul an incid«nt d'une médiocre importance , que ce concert unanime de tous les souverains frappant d'aT nathème les attentats de l'Angleterre contre lui. Une manifestation plus sigoificatife eut lieu en Bavière \ M. de Mongelas, principal ministre» notifia sur-le-champ à H. Drake, que dès ce moment , il était impossible à Télccteur d*ayoir aucune communication avec lui et de le recevoir à sa cour. La même réprobation s'attacha en Europe aux Spencer Smith, aux Taylor, également convaincus d'avoir déshonoré, par les plus odieuses manœuvres , un caractère jusqu'alors sacré parmi les nations. Un gouvernement qui n'avait trouvé dPautre moyen que l'assassinat de Paul fer pour rompre l'alliance de ce prince avec la France , un gouvernement qui avait applaudi i l'invention de la machine infernale, et adopté la pensée de faire sauter un quartier pour détruire Bonaparte \ un gouvernement pris en flagrant délit'dans la conspiration de Georges Cadoudal et des autres sicaires venus à Paris avec lui , ne pouvait renier des ageos qui; n'avaient fait qu*exécuter les ordres du ministère -, il prit audacieusement le parti d'avouer les faits dont l'Europe venait d'être instruite , et de chercher à justifier des pratiques atroces par des doctrines plus atroces encore. Cet étrange courage éclata dans une note adressée par lord Hawkesbury à tous les ministres étrangers près la cour de Saint -James. Le ministre disait sans détour : « C'est un droit reconnu des puissances belligérantes de profiter de tout mécontentement qui existe dans les pays avec lesquels elles peuvent se trouver en guerre.... lés membres du gouvernement de S. M. seraient inexcusables de négliger le droit de soutenir, autant quç cela s'accorde avec les principes du droit des gens que tous les gouvernemens civilisés ont reconnus jusqu'à présent, les efforts de ceux des habitans de la France qui font profession de sentimens hostiles contre son présent gouvernement. » Comme le ministère bri-

DRAKB, WIKAM» SPSll€£R-âlUTn. 883

tanniqae, au lieu de désavouer Todieuse correspoQdanee de Drake, des Wikam, des Spencer^Smilhr s'appliquait à les justifier- par des maximes générales » il ét^t évident pour toute l'Europe que la provocation h la guerre civile^ les projeta d'assassinats » les incendies de magasins à pou<> drc, les machines infernales entraient dans le système d'attaque des Anglais contre le premier consul dont ils voulaient la mort comme ils n'avaient cessé de VQuloir la ruine de la France^ et remarquei; bien que c'était après avoir reconnu Bonaparte après avoir traité avec lui, quon mettait ce grand homme hors la loi des nations, et qu on ordonnait en quelque sorter de loi courir sus comme à un ennemi du genre humain, qu'il faut détruire- par tous les moyens que la haine peut inventer. Les argnmens du ministère anglais n'étaient pas difficiles à pulvériser, aussi M. de Talleyrand triompha-t-il dans la circulaire adressée à tous les agens français accrédités auprès des puissances étrangères. Il fit ressortir dans toute leur horreur les conséquences des doctrines de Tennemi , en les présentant comme l'aveu d'un projet conçu depuis un demi-siècle par le gouvernement anglais ,-, d'abolir graduellement au profit de son ambition désordonnée , le système totélaire du droit public qui unit éi engage toutes les nations policées. De là , passant à l'exposition de tous les attentats de TAngleterre, le ministre en appelle à la mémoire de l'Europe si souvent offensée dans ses droits les plus chers, et surprise par des violences inouïes. M. de Talleyrand flétrit ensuite comme il le devait , Tindigne rôle que TAngleterre imposait à ses agens diplomatiques transformés de son aveu en vils espions, en lâches embaucheurs, chargés de troubler la paix des états, de provoquer et de payer des assassinats. Il ajoute, au sujet de toutes ces infamies cachées sous une sophistique distinction : a De pareilles maximes sont le comble de l'audace et de Thypoerisie^ jamais on ne se joua avec aussi peu de p.udeur de

l'opinion des cabinets et de la conseience des peoples. Sa majesté l'empereur pense qu'il est temps de. mettre un terme à ce cours désastreux de principes subverûb de toute sociabilité. En conséquence , tous ayez Tordre, de déclarer an gouyemement près duquel yous résidez, que sa majesté ne reconnaUra pas le corps diplomatique en Europe , tant que le ministère britannique ne s'abstiendra pas de charger ses envoyés d'aucune agence de guerre, et ne les contiendra pas dans les limites de leurs fonctions. »

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