CHAPITRE LXXVII
Erection de Pempire. — Conclusion de Ton vi âge.
Presque toujours les conspirations avortent, presque toujours aussi en perdant leurs auteurs elles favorisent Fambition des gouTemans-, le 3 nivOse a fait Bonaparte consul à vie ; Georges Gadoudal et Pichegru , Wickam, Drake et Spencer Smith, lui serviront de marche-pied pour monter sur le trône. En réponse à la communication des documens relatifs au complot odieux de Drake, le sénat, qui avait reçu secrètement le mot d'ordre, ou qui avait pris de lui-même l'initiative d'une proposition si agréable au pouvoir, le sénat présenta au premier consul une adresse par laquelle on l'invitait à établir le gouvernement sur des bases inébranlables, a Citoyen premier consul, disMt le président François de Néufchftteau , vous fondez une ère nouvelle, mais vous devez -rétemiser. L'éclat n'est rien sans la durée. Nous ne saurions douter que cette grande idée ne vous ait occupé^ car votre génie créateur embrasse tout et n'oublie rien. Mais , ne différez
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point ) Yoas êtes pressé par le temps , par les éyénemens , par les conspirateurs, par les ambitieux, vous l'êtes, dans un autre sens , par Tinquiétude qui agite les Françits. Vous pouvez enchaîner le temps^ maîtriser les événemens, désarmer les ambitieux, tranquilliser la France entière, en lui donnant des institutions qui cimentent votre édifice , et prolongent pour les en&ns ce que que vous faites pour les pères... Dans les villes , dans les campagnes , si vous pouviez interroger tous les Français, Tun après l'autre, il n'y en a aucun qui ne vous dit, ainsi que nous : « Grand homme, achevez votre ouvrage en le rendant immortel comme votre gloire -, vous nous avez tirés du chaos du passé -, vous nous faites bénir les bienfaits du présent , assurez-nous Tavenir. »
Le sénat , par un reste de pudeur, ou par l'un de ces vains ménagemens à l'usage des cours , n'avait osé parler de trOne et d'hérédité , Napoléon , venant au secours de la réticence calculée de ses flatteurs , découvrit , dans leur adresse , ce qai n^y était pas , et , révélant leur intention enveloppée d*un nuage assez léger tOMtefois , ii répondit de Saint-Gloud , le VS avril : « Sénateurs , votre adresse n'a pas cessé d'être présente à ma pensée : elle a été l'objet de mes méditations les plus constantes, Yoos ayez jugé l'hérédité de U suprême magistrature nécessaiire pour mettre le peuple à l'abri des complots de nos e^iewis et des agitations qui naîtraient d'ambitions rii^des. Pinaieun de nos institutions vous ont en même temps paru devoir être perfectionnées pour assurer, sans retour, le triomphe de l'égalité et de la liberté publique» et offrir i la nation et au gouvernement , la double garantie dont ils ont besoitti Nous avons été , (^outait-^il , cqastamiiieiit guidés par cette grande vérité, que la souveraineté réside dans le peuple fian^ , en ce sens que toat, tout sans exception , doit êgre fait pour son bonheur et pour «a gloire. C'est afin d'atteindre ee but que la suprême magistrature , le
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sénat y le conseil d'état , le corps législatif , les collèges électoraux étales dWerses branches de l'administration, doi* Tent être institués. Amesure que j'ai arrêté mon attention sar ces grands objets , j'ai senti de plus en pins que, dana une circonstance aussi nouvelle qu'importante, les conseils de votre sagesse et de TOtre expérience m'étaient nécessaires pour fixer toutes mes idées. Je tous invite donc à me faire connaître votre pensée tout entière. » Plus généreux ou mieux avisé que les sénateurs, Bonaparte n'omettait pas t comme eux , les mots de liberté et d'égalité, mais on voit comme il entendait alors la souveraineté du peuple, et quelle dérision véritable cachait sa nouvelle explication de ce dogme politique. Pour ceux qui connaissaient le caractère du maître , la haute opinion qu'il avait de lui-même , et le peu de cas qu'il faisait des assemblées délibérantes , cet appel à la sagesse des séna-* teûrs était une comédie qui ne pouvait faire de dupes.
Pendant le temps de la prétendue délibération sur la réponse du sénat an premier consul, on répandait le bfuit qu'à une prochaine revue les troupes proclameraient Bo* naparte empereur *, que Blurat pouvait à peine les contenir. Le sénat ne méritait pas même l'honneur de cette démonstration pour le contraindre ^ il était prêt i se précipiter dans la servitude comme les patriciens du temps de Tibère. Le 4 mai , il se hâtait de déclarer sa pensée tont entière , et voici dans quel langage il s'exprimait au nom de la nation qui n'avait rien dit : a Les Français ont conquis la liberté, ils veulent conserver leur conquête ^ ils veulent le repos après la victoire. Ce repos , ils le devront au gouvernement héréditaire d'un seul qui , élevé; au-dessus de tous , investi d'une grande piôssaiice , en^ vironné d'éclat , de gloire et de m^esté , défendra la liberté publique, maintiendra l'égalité, et baissera ses £adscQ^ux devant la volonté souveraine du peuple qui l'aura proclamé. G est q^ gouvernement que voulait se donner la»
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nation française dans ces beaax jours de 1789 , dont le
souvenir est à jamais cher aux amis de la patrie Le
sénat pense, citoyen premier consnl, qu'il est da plus grand intérêt du peuple français de confier le gouvernement de la république à Napoléon Bonaparte , empereur héréditaire. » A travers les Iftchetés de cette adresse y on ne peut s'empêcher de remarquer l'inconséquence qui confie la garde de la liberté à un homme, et l'étrange allusioa aux sentimens de 1789. A cette époque, la France entière aurait été transportée d'indignation au seul soapçon de la tentative de reconstituer aussi effrontément le pouvoir absolu qu'elle venait de briser. Cette même France aurait accueilli avec une amère ironie le ridicule aroali;ame de la république avec un empereur héréditaire.
Ces conununications avaient lieu secrètement entre le sénat et le premier consul ; mais bientôt un membre de cetribunat, si suspecta Bonaparte, Curée, sortant de son obscurité par ce coup d*éclat , s'avise d'émettre à la tril^line la pensée du sénat qu'il convertit en motion positive \ le Siméon de la convention , celui que la réaction nous avait toujours fait^ accuser de royalisme , malgré le voile républicain dont il couvrait son opinion , développa la proposition de Curée , en sacrifiant ainsi , sans réserve , ' la cause à laquelle on le croyait attaché : « Opposeraiton , disait-il , la possession longue, mais si solennellement renversée de l'ancienne dynastie ? Les principes et les faits répondent : Le peuple , propriétaire et dispensateur de la souverainté, peut changer son gouvernement , et par conséquent destituer , dans cette grande occasion , ceux auxquels il l'a confié. L'Europe l'a reconnu en reconnaissant notre indépendance , ses suites et notre nouveau gouvernement. La maison qui règne en Angleterre n'a pas eu d'autres droits pour exclure les Stuarts que le principe que je rappelle ici. Chez nous, quand Pépin fut couronné, dit Montesquieu , ce ne fut qu'une cérémonie de plus et