NÉGOCIATIONS
persistaient néanmoins à exiger que l'on remit en liberté le roi et les siens -, que ce prince fût rétabli dans la dignité de ses prédécesseurs , et qu'il se trouvât désormais à l'abri des avanies dont on l'avait abreuvé. Cette triple proposition était la condition sine qud non de la suspension des hostilités. Nous avons nous-mêmes expliqué la fyute immense de la publication du premier manifeste de Brunswick , en avouant que , trompé par les émigrés , il regardait les révolutionnaires comme une poignée de misérables qui ne voulaient que le pillage, le meurtre et l'incendie; mais rien ne peut excuser le général battu à Valmy de s'être exposé à augmenter encore l'exaltation d'une nation belliqueuse qu'il avait si témérairement offensée. Un seul regard, jeté autour de lui , aurait dû lui inspirer plus de retenue : son armée périssait , celle de la France se gros* sissait à tout moment. L'Autriche , qui a toujours des arrière-pensées, l'Autriche , qui ne connaît d'autre loi que les intérêts d'une ambition aussi ardente qu'invariable dansle but, ménageait ses forces plus qu'il ne convenait peutêtre à son honneur ; d'un autre côté , la population de la Prusse n'était pas assez florissante pour qu'on dût s'exposer à perdre, dans des expéditions lointaines, des soldats qu'on aurait beaucoup de peine à remplacer; en6n, le généralissime ne pouvait se dissimuler l'impérieuse nécessité qui le forçait à sortir de France.
On a fait beaucoup de conjectures et répandu beaucoup de versions différentes sur les causes de la défection du roi de Prusse. Plusieurs écrivains disent que Pétion , Manuel et Kersaint forent envoyés au Temple , et que , joignant les menaces aux promesses, ils obtinrent une lettre de Louis XVI au roi de Prusse, pour l'inviter à évacuer le territoire français. Les émigrés adoptèrent et répandirent avec soin la nouvelle de cette démarche, qui consolait leur amour-propre, en même temps qu'elle excitait leur fureur ; car ils se regardaient comme trahis par les d,eux
monarques. Tout, au contraire, porte 1 penser que Louis n'a jamais écrit la lettre qui , suivant ses accusateurs , aurait amené une résolution aussi grave et aussi funeste pour la cause royale que la retraite de Frédéric-Guillaume. Les personnes initiées dans les secrets de la conduite du prisonnier du Temple, à cette époque, sont d'accord pour confirmer sa dénégation positive du fait à M. de Malesherbes» Voici un dernier témoignage qui mérite la plus grande confiance. Le valet de chambre du roi, le fidèle Cléry, l'un des hommes les plus honnêtes que j aie connus r dit, dans son Journal : « Je puis affirmer que Manuel n'est venu au Temple que le 5 septembre et le 7 octobre; que, chaque fois, il fut accompagné d'un grand nombre de municipaux, et qu'il ne parla point au roi en particulier. » On peut donc regarder comme apocryphe le fait tant de fois répété par les historiens de la révolution. Suivant d'autres bruits du temps, des sommes considérables auraient été données au roi de Prusse, par rentremise des commissaires de la Convention , qui auraient ainsi payé la rançon de la France; mais il ne se trouve aucune trace de ce honteux marché. On a prétendu encore que Carra avait dû remettre au même prinee quelques diamaos qui furent acceptés comme des marques de politesse. Au reste , la mission de Champagne deviendra doublement funeste à ce député. En effet, soupçonné d'infidélité dans la remise des diamans (fait absolument improbable), et ensuite accusé d'être entré dans un complot tendant à mettre le due de Brunswick sur le trône, il portera sa tête sur l'écha&ud. Robespierre, imbu de cette prévention , croyait aussi Brissot vendu aux intérêts du prince étranger. Il faut reléguer cette imputation parmi les fables que les partis adoptent avec une crédulité aveugle, et soutiennent avec une espèce de fureur qui donne au mensonge la consistance de la vérité. Carra ni personne alors ne formait le chimérique projet d'imposer un roi à la