‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 99 sur 125 · NÉGOCIATIONS · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS

et les compUmens les plus flatteurs, « Colonel, lui avait répondu le général français , vous m'avez dit que Ton m'estimait dans l'armée prussienne*, je crpirais qu'il n'en est rien, si vous continuiez à me proposer des choses qui me déshonoreraient. Je désire témoigner au roi de Prusse mon respect 5 je désire vous revoir, je désire cultiver votre amitié-, ainsi ne parlons plus de pareilles propositions. » Manstein et Heymann offrirent enfin de faire cesser les tirailleries sur le front du camp, en spécifiant bien euxmêmes que ce ne serait que sur le front du camp. Du- . mouriez reconnut que des coups de fusil n'aboutissaient à rien et n'amenaient aucun résultat ; et , dès le 24 , par suite d'une convention sur parole, la suspension d'armes fut proclamée sur les deux lignes des deux camps.

Le colonel Manstein avait voulu faire comprendre dans le cartel d'échange les émigrés -, il lui fut représenté que c'étaient des Français armés contre leur patrie , faisant la guerre en leur propre nom , avec des dénominations de troupes entièrement françaises, et que par conséquent ce qui les regardait ne concernait pas les Prussiens. Le colonel ayant abandonné cette cause, on convint d'un cartel seulement pour les troupes hessoises, prussiennes et autrichiennes. Les conférences furent suivies pour la discussion des articles du traité à intervenir.

Dumouriez, en homme habile, prouva facilement à l'officier prussien que l'intérêt bien entendu de Frédéric n'était pas de faire la guerre à la France; que l'alliance entre les deux peuples leur deviendrait mutuellement aussi profitable qu'elle était aisée à faire. Le colonel Manstein déclara que le roi dé Prusse ne désirait pas s'immiscer dans la constitution et le gouvernement de la république. En même temps, il remit au général français des propositions , en six articles , dont le premier portait que le roi serait délivré de prison s qu'on lui rendrait son autorité, comme elle existait avant le 10 août.

342 OÉVOUJTION FRANÇAISE.

Pour toute réponse, Dumouriez lai remil le bulletiit qu'il Tenait de recevoir officiellement. Ce bulletin: contenait le décret de la Convention nationale, qui changeait ta monarchie en république. Le lendemain , Thouvenot se rendit au quartier-général du roi de Prusse*, il y fut très bien reçu, et se tira avec beaucoup d'adresse des questions que lui adressa Lucchésini. Pendant que Thouvenot était au camp prussien, Dumouriez fit un mémoire dans lequel il rejetait tous les torts de la guerre sur la maison d'Autriche , et cherchait à persuader au roi de Prusse que son intérêt était de $e détacher d une alliance qui n'était ni naturelle ni avantageuse. Il envoya ce mémoire au colonel Manstein , en le priant, pour l'intérêt des deux nations, de le faûre lire au roi. Manstein .le. promit; mais il manda en même temps que ce mémoire, qu'il désapprouvait , ne produirait aucune sensation (i). Le 28 au matin , un aidede-camp, prussien vint confirmer cette opinion, et remettre, de la part du duc de Brunswick, un nouveau manifeste aussi ridicule et aussi insolent que le premier. Le général français, indigné , répondit avec le plus grand sang-froid : « Monsieur, j'ai pris la liberté de faire passer un mémoire au roi de Prusse \ je ne me suis pas adressé au duc de Brunswick ; il me prend sans doute pour un bourgmestre d'Amsterdam. Dites-lui que, dès ce moment, la trêve <esse, et que j'en donne Tordre devant vous! »

Dans ce manifeste , le général prussien avait l'imprudente maladresse de rappeler ses précédentes déclarations des 95 et 27 juillet -, il improuvait avec la plus vive indignation l'emprisonnement du roi et de sa famille $ enfin , oubliant sans doute sa défaite et le mauvais état de son armée , il déclarait que l'empereur et le roi de Prusse , invariablement, attachés au principe de ne point s'immiscer dans le gouvernement intérieur de la France >

(i) Voyez la noie 5 à la fin de ce volume. Ex Irak des Mémoires de Dumouriez.

Page 1