POURSUITE PAR L ARMÉE FRANÇAISE
Kelfcrmattn penchait arec raison pour se diriger sur Clermont; et, quoiqu'il proposât de s'y rendre par des détours aussi longs qu'inutiles et dangereux, toujours doit-on reconnaître que son avis était bon et avantageux. Les divers ordres de Dumouriez arrivèrent tardivement : une partie, fut mal comprise , l'autre mal exécutée. De sa position de Vienne- le~Château , c'était Beurnonville qui devait frapper le plus grand coup; il ne poussa que quel* ques faibles détachemens au-delà de l'Aire, qui ne purent rien {tenter •,. ainsi les Prussiens eurent tous les moyens de repasser sans accident les défilés de l'Argonne., qui devaient être le tombeau des débris d'une armée naguère pleine d'espérance et d'illusions.
Le général Dampierre, avec une brigade d'infanterie, était venu occuper le camp de la Lune, si fatal aux troupes prussiennes; il le trouva plein de cadavres d'hommes et de chevaux , et fut obligé de l'abandonner, craignant pour ses soldats la terrible épidémie
Les alliés , après avoir séjourné un jour à Termes , marchèrent, le 4 octobre, à Beffu, Clairfayt versNouart Le corps des émigrés se porta surStenay-, il fut inquiété pendant son mouvement rétrograde par le corps de Miackrinsky, et perdit au village de Scyc tous ses équipages. Beurnonville suivit la direction de Grand-Pré; Dillon harcela les Autrichiens et les Hessois jusqu'à Sivry. .
Trois marches mirent l'armée prussienne en sûreté derrière la Meuse : Clairfayt se replia sur Stenay, Hohenlohe sous Verdun, et, au centre, les émigrés sur Longuyon et Marville. En voyant cette issue de la campagne , Frédéric-Guillaume fit de violens reproches aux princes et à leurs amis sur les fausses espérances qu'ils lui avaient données. Les frères de Louis XVI se séparèrent du roi de Prusse, avec toutes les apparences du plus violenl chagrin. Ce n'était là que le commencement des humi-
liatioDset des misères qui poursuivirent ces fils de France qui, dans toute l'Europe, promenèrent si long-temps leur infortune sans savoir la rendre respectable.
Le général en chef français, ne pouvant et ne voulant plus apporter d'obstacle au mouvement rétrograde des ennemis , résolut do se rendre à Paris , afin d'y combiner avec le pouvoir exécutif la reprise de son plan favori, c'est-à-dire la conquête de la Belgique. Avant de partir, il dirigea sur l'armée du Nord à peu près trente mille hommes, aux ordres de Beurnonville, de Sparre et d'Harville ; il en laissa près de quarante mille à Kellermann , avec Tordre de ne pas s'arrêter devant Verdun , de se porter rapidement sur Etain , pour disputer le passage de la Ghiers à l'armée malade, que Dillon harcelait. La situation désolante de l'armée prussienne , que l'on pouvait suivre à la trace des cadavres qu'elle laissait après elle ; le départ de Clairfayt , qui était allé en Belgique rejoindre le duc Albert, pouvaient faire espérer de cette manoeuvre un grand succès; mais Kellermann ne voulut pas tenter, avec quarante mille hommes , une chose que Dumouriez n avait pas essayée avec soixanteet-dix mille.
La première place forte occupée par l'ennemi était Verdun. Là , devaient se prononcer ses déterminations , soit pour effectuer sa retraite définitive, soit pour prendre des quartiers d'hiver en France. Les différens corps qui avaient poursuivi les Prussiens à travers la forêt de L'Argonne s'étaient réunis à Domballe, sous les ordres de Kcllermann. Dillon se trouvait, le octobre, avec lavant-garde, à Sivry-la-Perche , à une lieue du camp ennemi. Labarelière, par une manœuvre adroite, força tous les avant-postes prussiens à se replier jusque dans le camp. Le général français eut sur le terrain même une entrevue avec le duc de Brunswick : il ne s'agissait que de l'occupation de quelques postes. Etonne des exprès*