LETTRE DE ROLAND
une loi nouvelle et supérieure à la volonté encore douteuse des électeurs d'un seul département. J'y reste , parce qu'il y a des dangers; je les brave, parce que je . n'en crains aucun > dès qu'il s'agit de servir ma patrie. Sans doute beaucoup de citoyens pouvaient aussi bien, et mieux peut-être, remplir les mêmes fonctions; mais la confiance m'a désigné, elle me retient : j'obéis à sa voix, et je serai digne d'elle. Je sacrifie l'honneur, bien grand à mes yeux; de coopérer à la formation d'un gouvernement qui doit être le code du monde; je rénonce au repos que j'ai pu mériter, et qui serait doux à ma vieillesse. J'achève le sacrifice, je me consacre tout entier, je me dévoue jusqu'à la mort. Je sais quelles tempêtes vont se former... Des hommes ardens, peut-être égarés, prenant leurs passions pour des vertus , sèment les défiances contre toutes les autorités qu'ils n'ont pas créées, ne parlent que de trahison , ne veulent que des mouvemens , para* lysent le glaive de la loi , pour y substituer le poignard des proscriptions ; ils se font un droit de leur audace , un rempart de la terreur qu'ils essaient d'inspirer ; ils veulent de l'autorité , du pouvoir, dont seuls ils se croient capables de bien user; ils mèneraient à l'anarchie , à la dissolution l'empire assez malheureux pour n'avoir pas de citoyens capables de les reconnaître et de les arrêter : telle a été la marche des usurpatenrs depuis Sylla jusqu'à Rienzi. »
Cette lettre, dans laquelle Roland, d'accord avec sesamis, désigne si ouvertement Robespierre et Danton; et qui fut couverte d'applaudissemens, offensa profondément le parti montagnard, les Jacobins, les Cordeliers, surtout la Commune de Paris. Leurs tribunes et leurs journaux retentirent des cris de leur colère ; jamais ils ne furent plus véhémens. Le comité de surveillance, à son tour, irrité de tous les décrets rendus contre la Commune, parce qu'il seaiait bien que c 1 était lui qu'on poursuivait , ne voulut
pas garder an silence qui semblait le montrer lui-même comme convaincu de tontes les choses qu'on lui imputait ; mais, au lien de répondre â ces accusations, il résolut de diriger de nouvelles attaques contre cette Gironde, qui! fallait arrêter 1 tout prix dans ses témérités. Toutefois, à cette époque, malgré l'opposition des clubs, les hostilités des journalistes, la persévérance de la haine des Jacobins, la violence des Gordeliers, Paris ne s'était pas encore séparé des Girondins, qu'il estimait-, Pétion , tombé dans la disgrâce des révolutionnaires, mais cher encore à la masse des citoyens, fat réélu maire de Paris, quoique cette nomination parût être contraire, sinon à la lettre, au moins à l'esprit du décret delà Convention, sur l'incompatibilité des fonctions de député avec toutes les autres fonctions. Roland donnait la loi au conseil exécutif, et par conséquent ses amis y avaient beaucoup d'influence ; elle ne pouvait leur être disputée par Garât , qui , malgré un rapport que nous verrons bientôt sur les journées de septembre , était loin de l'audace et de l'énergie révolutionnaires qui bouillonnaient au cœur de l'idole des Gordeliers. Dans l'assemblée, toutes les commissions les pins impertantes avaient été remises, par le vœu de la majorité, à des membres du parti girondin. On les trouve en majorité dans le comité de constitution, où siégeaient réunis , Brissot r Pétion , Danton , Barrère, Gensonné, Fergniaud, Sieyès, et Thomas Payne, illustré, aux yeux de la France, par son immortel partphlet, qui avait tant contribué à soulever l'Amérique , et à soutenir son courage dans la lutte avec une orgueilleuse et injuste métropole. Robespierre fut vivement blessé de ne pas faire partie de cet important comité; il s'indigna de se voir préférer Danton, pour des travaux de législateur auxquels il se croyait bien plus propre que son fougueux collègue. Ce fut alors que le nouveau ministre de la justice Garât, élu par l'assemblée à la place de Danton , démissionnaire , vint faire à la baire