GARAT
une démarche nécessitée par d'impérieuses circonstances, et demander la solution législative de plusieurs graves questions qu'avait fait naître la condition des condamnés que le peuple avait mis en liberté , comme n'étant pas des prisonniers politiques.
Garât, quia toujours considéré sa nomination au ministère de la justjce comme la conséquence d'un dessein formé de le compromettre, était un homme de mœurs douces, d'un commerce agréable et sûr, d'un cœur excellent. On ne lui connaissait que des penchans honnêtes et des sentimens élevés. Personne ne poussait plus loin le désintéressement , la probité , la délicatesse : chez lui , ces qualités, à la fois naturelles et réfléchies, se montraient sans aucun faste. Appelé à la culture des lettres par une vocation réelle ; déjà connu par d'assez brillans succès , il appartenait à toutes les écoles philosophiques, et particulièrement à celle du dix-huitième siècle. Platon, Aristote , Montaigne, Bacon, Locke, Voltaire, mais surtout Montesquieu et Rousseau, obtenaient de sa raison un culte auquel son imagination méridionale donnait le caractère de la passion. Il éprouvait des ravissemens en parlant de ces grands écrivains, qui inspiraient une certaine éloquence à leur habile panégyriste.
Habitant presque toujours les hautes régions de l'intelligence, rêveur continuel , susceptible de toutes les illusions , Garât ne connaissait point les hommes, et ne pouvait jamais apprendre à les connaître : aussi le vit-on presque toujours en danger de devenir leur dupe. Il était né avec du. courage, capable de mourir comme Gondorcet, son ami ; mais l'irrésolution du caractère , le doute philosophique qui a donné tant d'inconstance aux opinions de Montaigne, une faiblesse quelquefois extrême , unie 1 l'ardent désir de l'amélioration de l'espèce humaine , l'exposaient à subir presque sans défense l'ascendant de la révolution et celui des hommes qui paraissaient lui imprimer le mou*
vement. Garai adorait le talent et chérissait la personne de Vergniaud; il avait une hante estime pour Robespierre, et se senlait subjugué par le génie de la révolution ; mais l'admiration le tenait surtout prosterné devant la puissance irrésistible du peuple reconquérant ses droits à la Bastille, et renversant le trône au 10 août. Voilà dans quelles dispositions d'esprit et de cœur se trouvait Garât , lorsqu'il vint faire à la Convention nationale , sur des questions législatives soulevées par les événemens de septembre, ce rapport qui fit tant de bruit dans le temps.
L'orateur exprima hautement son horreur pour les barbaries commises ; mais , en présentant le 2 septembre comme une suite du 10 août , et une conséquence de l'insurrection qui durait encore, il courut le risque de paraître assurer l'impunité aux auteurs de ces barbaries, qu'il détestait ^ et, quoiqu'il eût raison de penser avec Roland que l'intérêt public demandait qu'on ensevelît un si affreux passé dans les ténèbres de l'oubli , il souleva contre lot une violente opposition. En ce moment, les coupables présens semblaient apparaître derrière l'orateur y et lui inspirer un langage conforme à leur intérêt. Par ces imprudentes paroles, le ministre de la justice assumait sur lui une responsabilité dont il accrut encore la gravite par une théorie politique qui semblait au moins étrange dans sa bouche. En effet, il reconnaissait à la; cité où siège le gouvernement la faculté de représenter dans l'exercice du droit d'insurrection le peuple, qui., dissémine s îr un vaste territoire , pourrait être perdu avant d'avoir pu se réunir. Par cette théorie qui le mettait de niveau avec les chefe du parti révolutionnaire , l'aventureux on complaisant orateur prenait sur lui de sanctionner les audacieuses entreprises de la Commune , et de consacrer la souveraineté du peuple de Paris. On ne s'attendait point à cette levée de boucliers \ les principes connus de Garai ne promettaient rien de pareil : aussi excita-til la vivs