‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 107 sur 125 · RAPPORT SUR LES MASSACRES DE SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

RAPPORT SUR LES MASSACRES DE SEPTEMBRE

reconnaissance des Jacobins et l'ardente colère des Giron* dins et de leur parti. Leur fureur était d'autant plus grande que Garât professait beaucoup d'estime et d'amitié pour la plupart d'entre eux. Us regardèrent son discours comme une trahison, et, dans la violence de leurs ressentimens, ils ne craignirent pas d'associer son nom au souvenir des journées de septembre, qu'il aurait voulu effacer de notre histoire au prix de tout son sang, mais qu'il aurait été impuissant à prévenir ou à empêcher, comme le furent les Girondins eux-mêmes et Roland , alors ministre. Dans le reste de son discours , Garât , rendu à luimême, et plaidant la cause des prisonniers ou des condamnés que la. fureur du peuple avait épargnés et mis en liberté , s'exprimait comme Beccaria ou Filangieri , et terminait par invoquer la suppression de la peine de mort , à laquelle il voulait substituer un grand système de déportation, conformé aux vœux de îhumanité aussi bien qu'aux intérêts bien entendus de la nation. Assurément c'était à la fois une belle et grande pensée et un acte de courage que de venir faire alors une telle proposition. Que de sang généreux son adoption eût épargné à la France! que de nobles victimes tombées, dés deux c(Vtés seraient restées debout pour «défendre la liberté contre kes ennemis, réduits à l'impuissance par l'accord et l'union de tous ses défenseurs !

Il faut placer ici les débots de la Convention nationale sur une question d'un intérêt capital qui avait déjà été résolue négativement par. la constituante : c'est de savoir si les représentant du peuple pouvaient être réélus. Gen-^ sonné ouvrit la discussion : son langage fut noble et gé^ néreox, son éloquence féconde en mouvemen&oratoires^ il finit par proposer un décret portant qu'aucun des membres de la Convention ne pourrait être réélu ., -et remplir une, fonction publique que; six, ans après: (établissement de la nouvelle constitution. Plusieurs feds interrompu par

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des applaudissemens, Gensonné n'avait pas encore quitté la tribune que l'assemblée , électrisée par ses paroles de désintéressement et de vertu , adopta (a proposition qu'il avait faite. Quelques membres , plus froids , plus méthodiques , demandèrent le rapport du décret rendu sans avoir été discuté. Garran-Coulon , homme d'une vaste instruction, éleva le premier la voix. « L'enthousiasme, dit-il, peut produire de belles actions, mais il ne peut produire de bonnes lois ; il interdit l'usage de la faculté la plus essentielle du législateur, celle dune raison calme. Ce décret, ajouta t«il, borne le choix du peuple, et est attentatoire à sa souveraineté. » Billaud-Varennes , Mathieu Mailhe , soutinrent l'opinion de Gensonné -, mais Barrèrc se présenta pour la combattre , et le fit avec des raisons d'homme d'état qui devaient frapper l'assemblée, tant elles prouvaient que les principes et l'intérêt public demandaient qu'on laissât au peuple le droit de continuer sa confiance aux hommes qui l'avaient servi avec talent et fidélité. Chabot s'opposa au rapport du décret j enfin , après des discussions qui durèrent plusieurs jours, malgré une nouvelle attaque de Rewbel , le décret fut maintenu par l'ordre du jour.

Le lendemain de cette discussion , c'est-à-dire le 89 , Roland , citoyen intrépide et vertueux , mais ministre audessous des circonstances , et trop enclin à enflammer ses ressentimens par la violence , au lieu de calmer les esprits par la haute prudence d'un homme qui sait gouverner même ses passions les plus généreuses, se présenta pour faire à la Convention le rapport qu'elle avait demandé sur la situation de Paris. Dans ce rapport, l'ami des Girondins célébrait d'abord avec une sorte d'enthousiasme la journée du 10 août, accordait, par nécessité, quelques éloges à la Commune révolutionnaire, effleurait à peine les événemens de septembre , qu'il ne nommait pas, ne rappelait qu en pat» tant la fameuse circulaire Marat , envoyée partout et pré-

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