DUMOURIEZ A PARIS
dont les plus ombrageux et les plus clairvoy ans lui gardèrent une profonde rancune, et parce qu'ils lisaient au fond de son cœur et de sa pensée tout ce qui pouvait en sortir de dangereux pour la république; ils le regardaient dès lors comme un Monck en espérance.
Toutefois , et c'est l'avis de tous les hommes qui ont bien connu cette époque , Dumouriez avait donné un sage conseil aux Girondins, en les avertissant de rallier Danton i leur cause*, leur mauvais génie, un amour-propre excessif, un défaut de sympathie avec le peuple, dont ils ne savaient pas s'emparer, le désir de remporter seuls la victoire qu'ils espéraient, une jalousie effrénée contre Danton et surtout contre Robespierre, la crainte de porter dans l'avenir la responsabilité des massacres de septembre , pensée généreuse , mais qui procédait pourtant d'une certaine faiblesse et d'un égoïsme qui leur faisait mettre leur gloire personnelle au-dessus des intérêts de la patrie , dont ils auraient dû entendre la voix , les entraînèrent à rejeter tous les projets de conciliation. Ils en avaient une sorte d'horreur : aussi , résolurent-ils de jeter le glaive hors du fourreau , et de tenter une démarche décisive contre les Montagnards *, cette résolution amena les accusations de Louvet, qui ouvrent le récit de la séance que nous avons interrompue pour raconter le séjour de Dumouriez à Paris.
Le rapport de Roland venait d'être achevé, les Giron - •dins ^'empressèrent d'en demander l'envoi dans les départemens; Robespierre s'y opposa hautement, en soutenant que ce rapport n'était qu'un roman diffamatoire dont Paris appellerait , et qu'il fallait au moins attendre que la ville calomniée se justifiât*, qu'alors seulement on pourrait donner de la publicité au mensonge, car la réponse serait là, prête et victorieuse. Après ces phrases générales, l'orateur, abordant la question qui lui est personnelle , se plaint avec douleur de ce que l'on calomnie la Commune, dans l'unique but de l'attaquer lui seul. Une ruiii. *x\
meur s élève , la voix de Danlon.la domine : « Continue , crie-t-il , Robespierre , les bons citoyens sont là qui t'entendent ! » Cet appui imposant redouble l'audace du tribun ; il presse , il attaque à son tour ses accpsateors , auxquels il porte en face le défi d'articuler contre lui des faits positifs et certains , et d'ouvrir une discussion froide et sérieuse ! A ces mots, Louvet s'élance au pied de la tribune ', la colère anime sa figure fine et ses yeux perçans -, il regarde un instant fixement Robespierre , puis prononce ces mots avec force : « Je m offre, moi, je m'offre , moi, contre toi. » Un silence profond succède à ce mouvement inattendu. Louvet et Robespierre se mesurent des yeux \ l'un est rempli de fureur, et l'autre fait de vains efforts pour réprimer la profonde émotion qu'il éprouve. « Oui, Robespierre, c'est moi qui t'accuse , s'écrie l'orateur. » Le jeune et violent Barbaroux , le marseillais Rebecqui, joignent leurs voix à celle de Louvet , qui poursuit ainsi : «Oui, j'ai une conjuration publique à découvrir. » A ces mots, reprenant son sang-froid, et promenant ses regards sur l'assemblée flottante et émue, Robespierre demande que son calomniateur soit d'abord entendu ; il s'engage à répondre ensuite. Danton signale de sa place un étrange système de calomnie, qui lui paraît dirigé contre les plus ardens amis de la liberté , et déclare que tous ceux qui prétendent qu'il existe une faction Robespierre sont ou des gens prévenus, ou des ennemis de la constitution : Danton se vengeait de l'acharnement de la Gironde, et défendait sa tête en protégeant Robespierre. <( Quant à Marat , je l'abandonne , dit-il; j'ai fait l'expérience de son tempérament, il est volcanique, acariâtre et insociable. Mais pourquoi chercher dans ce qu'il écrit le langage d'une faction? L'agitation générale a-t-elle une autre cause que le mouvement même de la révolution ? Quand un trône est renversé , il est inévitable que les éclats en rejaillissent quelque part. Sans doute il est beau
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que la philantropie, que le] sentiment de l'humanité fassent gémir Roland et tous les bons citoyens, sur les malheurs inséparables d'une révolution -, mais comment se Fait-il que ce ministre, qui ne peut ignorer les circonstances qui ont amené les événement dont il tous a entretenus ( le massacre des prisons ) , oublie les principes et les vérités qu'un antre ministre (Garât) vous a développés sur ces mêmes événemens! »
Danton demandait que l'assemblée prît jour pour discuter le rapport de Roland; il écartait ainsi l'accusation intentée contre Robespierre. Mais Louvet lui succéda surle-champ à la tribune. Que l'on nous pardonne la longueur des extraits que nous allons donner: nous avons pensé qu'il était utile de retracer, dans toute sa violence, l'accusation de Louvet , et dans toute son énergie la réponse de Robespierre: en effet, les deux discours peignent les deux hommes, et le débat représente fidèlement la situation des deux partis, également acharnés à se détruire l'un l'autre. En thèse générale , la brutale énergie des paroles dans un certain nombre des Montagnards, est peut-être, encore plus que les faits eux-mêmes, la cause des terribles reproches adressés au parti jacobin ; mais il ne faut pas oublier qu'il y avait de l'échafaud dans les paroles dorées des Girondins , comme dans les menaces plus franches de leurs adversaires , qui ne savaient rien dissimuler.
« Une grande conjuration publique , dit Louvet , avait un instant menacé de peser sur toute la France ; vous arrivâtes, et nous crûmes que votre présence mettrait un terme aux fureurs des ambitieux. L'état où nous sommes annonce que les complots n'étaient qu'interrompus.
« Quand vous arrivâtes, l'Assemblée nationale était avilie, foulée aux pieds, méconnue. Aujourd'hui on s'attache de même à décrier cette assemblée , on prêche l'insurrection contre vous, contre les représentais du peuple en Gon-
af.
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vention. Il est temps de savoir si cette faction turbulente est daos sept ou huit membres de cette assemblée , ou dans les sept cent trente autres qui la combattent. Il faut que de cette lutte insolente vous sortiez vainqueurs ou avilis; il faut que vous rendiez compte à la France des raisons qui vous font conserver dans votre sein cet homme sur lequel l'opinion publique se développe avec horreur ; il faut, et je ne crains pas de le dire, ou nous délivrer de sa présence , ou, par un décret solennel, insultera la raison publique , et le proclamer innocent.
« Il n'est pas moins pressant que vous preniez des mesures contre cette Commune désorganisatrice qui prolonge une autorité usurpée... On vous a dit que c'était accuser la ville de Paris. . . Un sentiment contraire m'anime : ceuxlà ont calomnié le peuple de Paris qui lui ont attribué les horreurs commises par quelques personnes couvertes de son masque et de son nom. Leur masque, je l'arracherai ; leur nom, je le dirai : je vais rendre à chacun ce qui lui appartient. Dans une de vos premières séances, on vous dénonça des tentatives criminelles faites par quelques ambitieux ; je vais donc aujourd'hui révéler leurs complots ! Je les prouverai non par des pièces, mais par des faits : les pièces sont au comité de surveillance -, elles sont partout: Paris tout entier sera témoin.
« Avant d'entrer en matière, je m'étonne que Danton, que personne n'attaquait, se soit élancé à la tribune , pour déclarer qu'il est inattaquable ; qu'il soit venu désavouer un collègue, comme si l'on ne s'en était pas servi pour quelque chose dans cette combinaison vaste d'un complot qui a existé.
« Ce fat dès le mois de janvier que, dans un lieu où se rassemblaient mille i quinze cents hommes, jugés les meilleurs ou les plus ardens patriotes de Paris, dans un lieu qu'à cause du respect qu'il faut porter pour d'immenses services antérieurement rendus à la patrie, je vous prie de me
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dispenser de nommer... » Unevoiv : « Point de ménagemens indignes d'un républicain ! » Plusieurs autres : « Oui, nommez ! nommez ! » Danton : « Je prie Louvet de toucher le mal, et de mettre le doigt dans la blessure \ cela est important. » Louvet : « Oui , Danton , oui , je vais le toucher du doigt.... Mais ne criez donc pas d'avance!... Ce fut aux Jacobins qu'on remarqua un parti faible de nombre , mais fort d'audace et de toute espèce d'immoralité , un parti qui est venu se jeter au milieu de nous pour couvrir de notre nom glorieux un nom justement suspect ! » Quelques murmures se font entendre. Henri Larivièrç s'écrie : « Silence, les blessés! »
« Ce fut alors qu'à des débats grave» et sérieux succédèrent des inculpations vagues, et des insultes à la majesté nationale, représentée par l'assemblée législative. « Nous nous bornions alors à gémir ; mais après la fameuse journée du 10 mars, Delessart ayant été frappé d'accusation, et les patriotes se trouvant saisis des rênes du gouvernement, quel fut notre surprise d entendre les hommes que nous accusons déclamer avec dix fois plus de force contre le ministère jacobin qu'ils n'avaient fait contre un ministre conspirateur. On ne permit plus alors de parler à la tri* bune des Jacobins qu'à celui qui calomniait le plus, qu'à cet usurpateur superbe de qui déjà sa faction disait presque qu'il était un Dieu , et qui lui-même , répétant l'éternelle énumération des mérites , des perfections, des vertus sans nombre dont il se reconnaissait pourvu, ne manquait jamais, après avoir vingt fois attesté la force, la grandeur, la bonté, la souveraineté du peuple, de protester qu'il était peuple aussi! Ruse grossière, mais qu'on ne doit pas, quelque méprisable qu'elle soit, repousser par le seul mépris -, car on sait trop que c'est elle qui a réussi à tous les usurpateurs, depuis César jusqu'à Cromwell, depuis Sylla jusqu'à Mazaniello !.. . Certes, et pourquoi le nierai-jc? ils ont, dans la journée du 10 août, contribué pour quel-
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que choee i la chute de celui qu'Us comptaient remplacer; mais Futilité de leurs secours suffirait-elle pour effacer an crime? Une journée à jamais glorieuse , celle du 10 août, venait de sauver la France. Deux jours s étaient écoulés : membre du conseil général provisoire , j'étais à mes fonctions; un homme entre tout à coup, il se fait un grand mouvement dans l'assemblée. Je regarde , et j en crois à peine mes yeux , c'était lui ! c'était lui-même ! Et moi , dans une stupeur profonde , je m'interroge sur cet événement imprévu, je l'avoue. Quoi! Robespierre! qui a déserté son poste aux jours du péril , qui a déclaré ne vouloir accepter aucune fonction, se commet au point do devenir comme nous un officier municipal? La révolution du 10 août est l'ouvrage de tous; elle appartient à tous , à nos faubourgs , qui se levèrent tout entiers; à ces braves fédérés qu'il ne tint pas aux cbefe des agitateurs qu'on ne reçût point dans nos murs. . . » Une voir : « Cela n'est pas vrai ! — Gela est si vrai, que, pendant deux séances consécutives aux Jacobins , Robespierre a déclamé contre le camp de vingt mille hommes ; je Fai entendu. La révolution du 10 août appartient à tous.
« Mais celle du 2 septembre , conjurés barbares ! elle est à vous, elle n'est qu'à vous ! Vous vous en êtes glorifiés, vous voup appelez les patriotes de septembre ; gardez ce nom pour notre justification durable et peur votre long opprobre. On a voulu rejeter ces massacres sur le peuple de Paris , on lui a fait le plus mortel outrage : je le connais, il est brave , mais, comme les braves , il est bon; il est faux qu'on Tait vu dans les prisons du 2 septembre; dans l'intérieur de ces prisons, combien de bourreaux étaient-ils: 1 Deux cents ; pas deux cents peut-être ! niez si vous avez quelques doutes sur ces faits; interrogez la vertu, interrogez Pction ! Mais alors pourquoi n^a-t-on pas arrête te bras des meurtriers? Pourquoi ? parce que l'autorité tutélaire de Potion était enchaînée, parce que Roland parlai)
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en vain, parce que le ministre de la justice , Danton , ne parlai! pas ! parce que les officiers municipaux, couverts de leur écharpe, présidaient & ces atroces exécutions (mouvement d horreur), mais l'assemblée législative !... Vous la vengerez ! elle était journellement tourmentée , méconnue, avilie par un insolent démagogue qui venait à la barre lui ordonner des décrets , qui ne retournait au conseil général que pour les dénoncer, et qui revenait , jusque dans la commission des Si , menacer du tocsin! » A cette phrase , rassemblée se soulève. Une rumeur de colère long-temps maintenue éelate , plusieurs membres désignent du geste Robespierre , et crient : cest vrai ! Billaud Varrennc veut interrompre l'orateur , mais il ne peut se- faire en-* tendre. Gambon se distingue entre tous par son exaspération. « Misérable ! s'écrie-t-il, voilà (en montrant son bras) l'arrêt de mort des dictateurs! » Lacroix : « Je demande la parole pour exposer le fait que Louvet n'a fait qu'indiquer.
« Quelques jours après le 10 août, Robespierre vint à rassemblée législative, à la tête d'une députatkm du conseil général de la Commune pour lui demander de confirmer l'anéantissement que ce conseil venait de prononcer du directoire du département.
« J'eus le courage de combattre cette proposition, et l'assemblée celui de passer à l'ordre du jour (i). Alors Robespierre me dit que, si l'assemblée ne l'adoptait pas de bonne volonté, on saurait le lui faire adopter avec le tocsin. » L'agitation la plus violente règne dans l'assemblée \ Robespierre et son frère s'élancent à la tribune. Lacroix persiste $ il conserve la parole , il continue , et l'accusé l'écoute immobile : « Je dois à l'assemblée législative la justice de dire que , malgré ces horribles menaces , elle passa une seconde fois à l'ordre du jour. Robespierre retourna à la
(1) Il y a i<i, flans les paroles de Lacroix , une inexactitude» de peu d'importance.
Commune dénoncer l'assemblée nationale. Deux heures après , plusieurs de mes collègues vinrent m avertir de ne point passer par la cour des Feuillans , parce qu'on m'y attendait pour m'égorger. » Alors une clameur s'élève : « A la barre, Robespierre ! à la barre, Robespierre ! s'écriet-on de toutes parts. » L'accusé demande la parole ; mais L'assemblée consultée la maintient à Louvet, qui reprend le passage interrompu , et continue , en dénonçant les menées de la municipalité, et cette Commune, où Ton désignait a comme traîtres les nouveaux ministres , un seul excepté, un seul et toujours le môme.... Ah! puisse-tu, Danton, te justifier de cette exception devant la postérité ! » {AppkuidissemensS)
« C'est alors que Ton vit reparaître avec effroi un homme unique jusqu'ici dans les fastes du crime.... (Mouvement} et n'espérez pas donner le change sur cet enfant perdu de l'assassinat ! s'il n'appartenait point à votre faction ; qui donc donna tout à coup à ce monstre la hardiesse de sortir vivant du sépulcre auquel lui-même il s'était condamné..., pourquoi le produisîtes- vous dans cette assemblée électorale que vous dominiez par l'intrigue et par l'effroi, à qui vous ordonnâtes les suffrages pour lui, et du sein de laquelle vous le jetâtes au milieu de nous» ou il est encore , mais où il ne restera pas, s'il y a quelque justice sur la terre?. . .
« Robespierre , je t'accuse d'avoir , depuis long-temps, dénoncé les plus purs , les meilleurs patriotes , je t'en accuse; car je pense que l'honneur des bons citoyens et des représentai du peuple ne t'appartient pas.
« Je t'accuse d'avoir calomnié les mêmes hommes avec plus de fureur à l'époque des premiers jours de septembre, c'est-à-dire , dans un temps où tes calomnies étaient des proscriptions !
« Je t'accuse d'avoir, autant qu'il était en toi, méconnu, persécuté , avili la représentation nationale , et de l'avoir fait méconnaître , persécuter, avilir!
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« Je t'accuse de t'être continuellement prodoit comme un objet d'idolâtrie ; d'avoir souffert que , devant toi , Ion dit que tu étais le seul homme vertueux de la France , le seul qui pût sauver la patrie , et de lavoir vingt fois donné à entendre toi-même l
« Je t'accuse enfin d'avoir évidemment marché au suprême pouvoir, ce qui est démontré et par les faits que j'ai indiqués , et par toute ta conduite, qui , pour t'accuser, parlera plus haut que moi-même !
« Je t'accuse d'avoir tyrannisé l'assemblée électorale de Paris par tous les moyens d'intrigue et d'effroi ! » Puis, s'adressant à l'assemblée, il termine en ces mots la plus violente des harangues politiques : « Je demande que vous chargiez un comité d'examiner la conduite de Robespierre. « Il est au milieu de vous un autre homme dont le nom ne souillera pas ma bouche , un homme que je n'ai pas besoin d'accuser, qui a dit que son opinion est qu'il faut faire tomber encore deux cent soixante mille têtes. Je demande contre lui un décret d'accusation....
« Je demande que vous vous occupiez incessamment du ' projet de loi contre les provocateurs au meurtre.... J'insiste surtout pour qu'à l'instant vous prononciez sur un homme de sang , dont les crimes sont prouvés. Que si quelqu'un a le courage de le défendre qu'il monte à la tribune, et croyez-moi, pour votre gloire, pour l'honneur de la patrie , ne nous séparons pas sans l'avoir jugé. Jedemande sur l'heure un décret d'accusation contre Marat. Dieu ! je l'ai nommé ! »
Louvet descendit de la tribune au milieu des applaudissemens de toute l'assemblée ; l'impression de son discours fut ordonnée. Cette Robespierride , nom que lui donnèrent les Girondins , renferme* comme morceau d'éloquence, des beautés du premier ordre. Le débit de l'orateur fut, à ce qu'il paraît, digne de ses paroles, mais lorsque, considérant le discours dans toutes ses parties , on le
dépouiHe du luxe des phrases et de l'emportement des déclamations, pour te réduire aux faits, on n'y trouve rien de positif, rien qui pût motiver contre Robespierre une accusation capitale ; car c'est la seule expression pour caractériser le réquisitoire de Louvet. L'attaque dirigée contre Marat avait plus de force , et méritait de la part de l'assemblée une sérieuse attention -, on doit dire même que le plus grand des reproches adressés à Robespierre était celui d'avoir soutenu la candidature de ce démagogue forcené 5 et cnjrérité on ne conçoit pas comment le parti jacobin , qu'il ne pouvait que compromettre et souiller , avait pu lui accorder ses suffrages. Mais dans les révolutions le danger commun , la violence du parti contraire, l'intérêt inspiré par des persécutions auxquelles on peut soi-même être exposé , enfin des emportemens pareils à la fureur qui s'empare tout à coup du soldat sur le champ de bataille, entraînent les plus gens de bien à des associations qui les feraient frémir en d'autres temps : j'ai vu plus tard des adorateurs de Marat.
Robespierre parut à la' tribune -, mais , sentant combien l'assemblée était peu disposée en ce moment à lui accorder l'attention nécessaire, et pensant, avec raison, que gagner du temps était se sauver de tout péril , appuyé comme il Tétait par la partie la plus énergique du peuple, il réclama l'ajournement à huitaine. Sur sa demande la convention décréta qu'il serait entendu le S novembre.