‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 110 sur 125 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Louis XYI transféré à la tour du Temple. — Les Jacobins. — Pélion. — Chabot. — Pétition des sections de Paris contre la réunion des forces départementales. — Députation des fédérés. — Réponse de Robespierre à Louvet. — Barrère. — Discours que Pélion fait imprimer. — Entrevue confidentielle de Robespierre arec Gant. — Réflexions.

Le même jour où Louvet se portait avec tant d'emportement l'accusateur de Robespierre, la Commune s'occupait de faire transférer Louis XYI dans ta grande tour du Temple, où il allait être privé de toutes armes offensives et défensives, et même de plumes, d'encre et de papier , mesure ombrageuse et sévère , rigueur de funeste présage, qui toutefois affligea moins le malheureux captif que sa séparation d'avec sa famille. Louis XYI, quoique instruit d'avance par Cléry de l'arrêté de la Commune & ce sujet , eut la plus grande peine & supporter la scène de ces premiers adieux , qui en annonçait une autre plus cruelle encore.

Le soir, il y eut aux Jacobins une agitation presque aussi violente que celle de la veille de quelque grande insurrection \ toute la société se trouvait attaquée dans Robespierre, et ne se trompait pas -, car ce n'était pas seulement pour renverser le prétendu dictateur que Louvet

avait pris la parole, c était pour abattre les Jacobins, et surtout cette Commune, objet des véhémentes accusations de Roland, conjuré avec les Girondins pour la ruine de leurs adversaires. Le Gendre ne manqua pas de signaler la coïncidence du discours de Louvet avec le rapport du ministre , qui était venu lui préparer les voies , en cherchant à enflammer la Convention nationale contre les patriotes auxquels l'interprète du parti espérait ensuite porter) le coup mortel : « Oui , s'écrièrent à la fois plusieurs voix qui avaient des échos dans toute la salle , Louvet a calomnié la société pour la perdre -, il a demandé un décret d'accusation contre Marat; il a déclaré une guerre à mort au vertueux Robespierre , pour arriver ensuite à Danton , que Ton immolera le lendemain de la chute de son ami. Jugeons de ce qu'on nous prépare, en voyant les décrets liberticides proposés par le héraut du fédéralisme; car il ne faut pas s'y tromper, ceux qui détestent les meilleurs patriotes n'aiment pas plus la ville qui les a nommés; et , si le malheur voulait que leur parti triomphât, on les verrait bientôt déserter le berceau de la liberté , comme ils en avaient conçu le projet dès long-temps, comme leurs faibles réponses à ce reproche ne l'ont que trop prouvé. Fabre d'Églantine partage ces alarmes; il se plaint de ce qu'on abreuve Paris et les patriotes de calomnies, de ce qu'on fait pour les faibles un épouvantait d'une vaste conspiration dont les élémens et les acteurs ne se trouvent nulle part. « Il y a ici, dit-il, un homme qui, par sa position , par son caractère, a pu tout voir et tout apprécier dans l'un et l'autre parti : cet homme est Pétion , eh bien ! donnez-lui la parole, en l'invitant à prononcer sur les crimes imputés aux patriotes. Certes Pétion n'eût pas joué le rôle d'accusateur ; certes il n'aurait pas commis la faute de sanctionner les folles accusations de Louvet ; cependant Merlin de Thionville , sous le prétexte que l'on violerait l'égalité en instituant ainsi un citoyen le juge suprême

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