‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 11 sur 125 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Premières opérations militaires. — Déroutes de Quiéyrain et de Marquin. — Royoa et Marat. — Décret de déportation contre les prêtres» — Dissolution de la garde constitutionnelle.—- Projet d'un camp sous Paris. — Lettre de Roland. — Renvoi des trois ministres girondins. — Dumouriez à rassemblée. — Mauvaise foi de Louis. — Renvoi du ministère. — Comité autrichien. — Craintes des patriotes. — Lettre de Lafayette. — Veto du roi* — ao juin.

Les trois armées de l'Alsace, de la Moselle et de la Sambre, commandées par Luckner, Lafayette et Rochambeau, étaient composées de cent vingt bataillons et de soixante escadrons formés du mélange d'anciens régimens, d'enrôlés volontaires et de gardes nationaux, braves, mais peu exercés au maniement des armes. La droite de ces trois armées s'appuyait à Besançon. Elles faisaient un grand coude pour couvrir la Lorraine et une partie de l'Alsace ; elles occupaient Thionville , Mézières, le Quesnoy , Lille et Dunkerque, qui appuyaient leur gauche. Ce développement de terrain était trop étendu pour que des troupes si peu nombreuses pussent le défendre et le préserver. Mais la stratégie n'avait pas atteint parmi nous le degré auquel Frédéric lavait élevée en Prusse, et Ton croyait encore tout devoir garder. La guerre si décisive des masses n'entrait pas dans les têtes des trois généraux auxquels la patrie confiait sa défense.

Dumouriez avait des talens militaires, et malgré le nombre de capitaines illustres que la guerre de la révolution a produits , il a conservé et conservera un nom dans nos fastes. Au milieu de toutes les autres pensées qui assiégeaient son esprit , la guerre était l'objet spécial de ses méditations. Bien avant la déclaration du 20 avril , dès la fin de l'Assemblée constituante, il avait jugé qu'une rupture était inévitable entre nous et l'Europe ; un pressentiment secret lui donnait l'espoir de trouver enfin une occasion de se mettre au premier rang parmi les hommes de l'époque : il avait donc dirigé toute son attention du côté de la guerre , et s'était appliqué à étudier le terrain sur lequel l'armée française devait manœuvrer-, il avait aussi dressé un plan d'attaque et de défense.

Ce plan , proposé d'abord à Narbonne , et adopté ensuite par le ministre Degrave, consistait à faire porter les troupes en avant sur toute la ligne, tandis qu'un corps de vingtcinq mille hommes devait se jeter tête baissée sur les Pays- Bas, les révolutionner, et placer ainsi l'armée allemande dans la nécessité d'établir sa ligne d'opérations au-delà du Rhin, limite naturelle que Dumouriez voulait reconquérir d'abord pour la France. Dans le principe, Rochambeau commandait le corps chargé de frapper ce grand coup} il devait suivre la Meuse, se rendre maître de Liège, et occuper ainsi les Pays-Bas 5 mais ce maréchal , toujours malade, crut que Lafayette, plus jeune, et surtout plus porté à sympathiser avec les peuples , réussirait mieux que lui. Il avait dit à la fin du ministère Narbonne : « Il s'agit de faire une révolution -, ce n'est pas mon fait , comme celui de Lafayette , c'est son métier à lui de faire des révolutions! »

Pendant le mouvement de Lafayette, fixé du 30 avril au 2 mai , le lieutenant-général Biron devait déboucher de Yalenciennes avec dix mille hommes et se porter sur Mous , occupé par le général autrichien Beaulieu , avec

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