PREMIÈRES OPÉRATIONS MILITAIRES
cinq mille hommes, enlever cette position et attendre l'effet du mouvement principal. Un corps de trois mille six cents hommes avait aussi reça l'ordre de sortir de Lille, de s'emparer de Tournay, d'y laisser garnison s'il ne trouvait pas de résistance, et de rejoindre ensuite Biron avec le reste de ses troupes. En même temps, Carie maréchal de camp, parti de Dunkerque avec douze cents hommes, marcherait sur Fumes pour sonder les dispositions des Flamands, et se conduire suivant les espérances d'insurrection et les progrès qu'auraient faits les trois autres corps.
Ce plan était bien conçu; le ministère comptait sur un premier succès eapable d'électriser une nation toute d'élan • d'après les dispositions arrêtées par le ministre, les p re I miers corps engagés devaient être promptement soutenus par trente mille hommes de troupes et par des bâtai!- Ions de gardes nationaux qui s'organisaient en toute hâte dans le nord et l'ouest de la France. Ce aouveau renfort de troupes fraîches était destiné à favoriser le succès de la seconde campagne.
Biron, suivant les ordres qull avait reçus, se mit en marche le 87 avril, attaqua le 98 Quiévrain. Après avoir chassé de ce poste un faible détachement aux ordres de Beaulieu , les Français s'avancèrent sur Mons ; mais aucune insurrection n'ayant éclaté dans cette ville, comme on l'espérait, le général se replia jusqu'à Baisieu. Tout était tranquille dans le camp lorsqu'une terreur panique s'empare des soldats. On crie à la trahison, on fuit dans toutes les directions; en vain Biron veut retenir ses soldats, Beaulieu paraît bientôt, attaque les fuyards, en tue deux cent cinquante, et s'empare de quelques pièces d'artil- «sie. Les Français, que rien ne saurait retenir dans ces •jomens imprévus et désordonnés, ne s'arrêtèrent qu'à Quiévrain! De son côté Théobald DiUon, conformément a » plan que nous avons indiqué , sort de Lille ; il encontre
sur les hauteurs de Marquin les troupes autrichiennes ; au premier coup de canon ses soldats prennent la fuite , frappés d'une terreur inexplicable comme celle des troupes de Biron à Baisieu. Dillon veut reformer ses colonnes, elles continuent à fuir jusqu'à Lille ! Les hommes qui venaient de se conduire d'une manière si indigne poussent la violence jusqu'à pendre aux créneaux de la place le colonel du génie Berthois. Le malheureux Dillon rentrait blessé dans la ville , les soldats mutinés se saisissent de lui, le déchirent de leurs mains et le traînent en lambeaux dans les rues de Lille. En apprenant les désastres de Quiévrain et de Marquin , Lafayette , parti de Metz , s'arrêta à Givet , extrême frontière , où il était parvenu avec la plus grande peine ; il s'établit dans le camp de Meusenne, le 1 er mai.
Ce début déplorable , mais facile à prévoir dans l'état des choses , démoralisa l'armée française > la réduisit à se tenir sur la défensive , et ferma pour long- temps les Pays-Bas à l'invasion révolutionnaire. Les patriotes de ce pays, assez sages pour attendre l'événement avant de se compromettre , ne furent pas tentés de résister après cette déroute -, ils ajournèrent leurs espérances et leur nouvelle insurrection. Dans tout notre mouvement offensif, une seule opération avait réussi. Luckner, commandant de l'armée d'Alsace , avait établi son camp entre Lauterbourg, Landau et Weissembourg ; il détacha une partie de ses troupes , et ordonna à Gustine de s'emparer de Porentruy. Quatre cents Autrichiens occupaient cette place-, mais le prince-évêque ne voulut pas courir la chance des armes, et se retira avec eux à Brienne en Suisse. Gustine , de son côté, fit élever des retranchemens sur le mont Laumont pour commander les défilés de Fribourg, Brienne, Bâleet Soleure.
Les désastres de nos armes retentirent avec fracas à Paris. Le peuple criait à la trahison ; il accusait les mi-