LES JACOBINS , PETION , CHABOT
des autres , s'oppose à la distinction dont on veut honorer Pétion , auquel il fait d'ailleurs un crime de ses liaisons avec Brissot, Roland , Lasource, Vergniaud et Barbaroux, enfin avec tous les intrigans qni , suivant lui , compromettent la liberté. » Pétion, quoique encore environné de beaucoup d'estime., était en butte à une certaine défaveur, que les violences de ses amis ne faisaient qu'augmenter ; on ne consentit point à le prendre pour témoin et pour arbitre entre les Girondins et Robespierre « Celui-ci ne parut point à la séance des Jacobins, mais son frère y témoigna les plus vives alarmes : « 11 serait possible, s'écriat il , que l'innocence succombât lundi , car la Convention a entendu le long mensonge de Louvet. Citoyens , j'ai un grand effroi ; il me semblait que des assassins allaient poignarder mon frère. J'ai entendu des hommes dire qu'il ne périrait que de leurs mains; un autre m'a dit qu'il voulait être son bourreau. » A ces mots , plusieurs membres se lèvent, et déclarent qu'eux aussi ont été menacés, et qu'ils l'ont été par Barbaroux, par Rebecqui et par plusieurs citoyens des tribunes, qui annonçaient la résolution de se débarrasser de Marat et de Robespierre. Toutes ces menaces étaient vraies , et n'avaient rien d'étonnant, dans l'état d'exaltation où se trouvaient les têtes méridionales des amis et des défenseurs de la Gironde*, et certes Robespierre ou un autre pouvait tomber sous les coups de quelque séide de ce parti : mais leurs adversaires n'étaient guère dans des dispositions plus modérées, et leurs discours n'annonçaient que trop des hommes qui pouvaient se porter aux dernières extrémités ; mais , dans la querelle du jour, ils n'étaient point les aggresseurs, et paraissaient menacés d'un assez grand péril. Cette position et l'accent de l'amitié fraternelle qui respirait dans les paroles de Robespierre jeune prêtèrent de la puissance à ses paroles : on lui promit de veiller sur son frère. On devait en outre écrire dans les départemens pour éclairer
l'opinion, et les empocher d'être surpris par les mensonges de Louvet, ou abattus par son triomphe, s'il parvenait à obtenir de la Convention nationale des arrêts de proscription contre les plus purs défenseurs de la liberté. Chabot, qui succède à Robespîere jeune , s'indigne surfont de ce que Louvet s'attribuait , à lui et à ses amis, le 10 août, tandis que la veille ayant proposé l'insurrection à messieurs du côté droit ( la Gironde avait pris ce côté dès la première séance de la Convention ) , il les avait trouvés incertains et presque moqueurs, « Quant an 2 septembre, ajoute-t-il, c'est le peuple qui Ta fait, comme il a fait le 10 août malgré eux, et qui s'est vengé après la victoire. Louvet dit qu'il n'y avait pas deux cents assassins : moi , j'affirme que j'ai passé avec les commissaires de l'Assemblée législative sous une voûte de dis mille sabres. J'ai reconnu plus de cent cinquante fédérés. Il n'y a point de crimes en révolution. On accuse aujourd'hui Marat , Danton , Robespierre -, demain ce sera Santé rre, Merlin, Chabot. » Le fongueux capucin avait raison, et, pour peu que les Girondins eussent eu de sagesse et de prévoyance , ils auraient reculé avant d'entrer dans la route que s'ouvrait leur imprudente fureur*, en effet, il leur fallait immoler toute la tête du parti jacobin, ou périr avec la douloureuse conviction d'avoir amené soi-même les choses à cette funeste alternative.
Chabot n'était pas ce qu'on appelle un homme éloquent *, mais , outre que son langage avait des formes populaires, et sa voix des accens incisifs et déchirans, qui remuaient les entrailles , il entraînait par sa véhémence. On ne l'entendait pas de sang-froid : aussi un fédéré présent, et sans doute transporté hors de lui-même par l'audace de l'orateur , se laissa emporter jusqu'à déclarer qu'il avait cru avec un grand nombre de ses camarades , n'égorger aux prisons que des conspirateurs et des fabricateurs de faux assignats, et sauver Paris du massacre et de Ira-
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ccndie. L'imprudent orateur ajouta qu'il remerciait la société de la bienveillance qu elle leur avait témoigné à tous, qu'ils partaient le lendemain pour Yarennes, et n avaient qu'un regret, celui de laisser les patriotes en d aussi grands périls. Cette déclaration , qui n a point été suggérée , est bien précieuse ; elle atteste les intentions qui dirigeaient les exécuteurs des massacres , mais ceux qui leur avaient désigné les victimes sous le nom de conspirateurs et de fabricateurs de faux assignats , ceux qui, comme Tallien, avaient eu l'audace de venir assurer à l'assemblée que Ton n avait égorgé aux prisons que ces deux classes d'hommes, étaient, et doivent rester cent fois plus odieux que les as* sassins eux-mêmes. Un jour le même homme voudra se donner pour un apôtre et un vengeur de l'humanité t tandis quil n'aura fait que sauver sa tête menacée, en envoyant à la mort en un seul jour, non seulement les membres du comité de salut public, mais encore soixantedix membres de la Commune de Paris, dont la plupart n'avaient commis d'autres crimes que de signer leurs noms sur le registre de présence.
La querelle à mort entre la Gironde et les Montagnards» Tune représentée par Roland et Louvet , les autres par Danton et Robespierre, n'agitait pas moins les sections et le peuple de Paris, que la société des Jacobins- De toutes parts on attaquait de nouveau Vergpiaud et les siens , pour leur projet d'une république fédérative > imputation à laquelle une phrase du discours de Louvet avait donné un nouveau crédit ; onValarmait d'un projet qui menaçait doter le titre de capitale à la ville centrale de la révolution , à la ville qui, en faisant le 14 juillet cl le 10 août , avait donné au peuple tout entier le bienfait de la liberté, dont il était digne. La proposition d'appeler à Paris une garde composée de citoyens des quatre-vingt-trois départemens était surtout regardée comme une injure à la grande cité , comme un moyen de soumettre 1 énergie des
Parisiens au joug d un parti qui voulait dominer la Convention et détruire tous les bons effets de l'heureuse influence des patriotes, sans lesquels rassemblée législative, incapable d'oser le 10 août, aurait par impuissance et par faiblesse cédé la victoire au tyran et à ses complices.
Sur ces entrefaites > le ministre de l'intérieur , ayant écrit à l'assemblée pour l'informer que le conseil de la Commune se disposait à envoyer aux départemens une pétition des quarante-huit sections de la capitale , contre le projet d'une réunion de la force départementale à Paris, fut appelé pour donner des explications plus précises. Malgré la faveur dont il jouissait , le ministre eut peine à défendre la résolution qu'il avait prise de suspendre à la poste l'envoi de celte circulaire. On lui reprochait d'avoir porté atteinte à l'inviolabilité des correspondances , et l'assemblée, en passant à l'ordre du jour sur la conduite du ministre, au lieu de l'approuver , comme il avait lieu de l'espérer, sembla incliner à absoudre la Commune, dont Barrère avait cependant demandé la suspension. Cette dernière proposition sert en quelque sorte d'introduction à un rapport de Barbaroux , qui vient résumer avec énergie l'accusation de Louvet. L'orateur se plaint de ce qu'on voyait le crime siéger à côté de la vertu dans la Convention , et les dictateurs respirer le même air que les hommes du 14 juillet. Il réfute ensuite l'accusation de fédéralisme , et se demande si, dans la Convention nationale, si dans les départemens, si dans les sociétés populaires, quelqu'un avait présenté ce système de désorganisation. Les hommes auxquels on l'attribue, sont ceux même qui le combattent depuis deux ans. Les habitans du Midi, à qui l'on suppose le projet du fédéralisme , nous ont précisément donné des mandats contraires , et nous ont fait jurer que nous voterions pour une république unique, ou que nous porterions notre tête sur 1 echafaud. À propos du décret de la force départementale , qu'il promet de soutenir de toutes ses forces, Bar-