‹ Histoire complète de la révolution françaiseChapitre 112 sur 125 · BARBAROUX · texte numérisé non relu

BARBAROUX

baroux s'écrie : « Sans doute Paris ne veut pas opposer sa volonté à la volonté de quatre-vingt-deux départemens. Il n'y a plus de capitale dans la république , et tous les moiivemens des sections de Paris , ces arrêtés insolens , ces menaces coupables (violens murmures dans une partie de la salle et des tribunes), ces menaces, dis-je, ont moins d'influence sur nous que la paisible pétition du plus petit village. »

En ce moment, l'orateur, après avoir reproché aux agitateurs de n'avoir pris ^ucune part au plan de la conspiration du 10 août , revient avec acharnement sur tous les crimes entassés contre Robespierre dans le roman diffamatoire de Louvet, dont il épouse et surpasse l'esprit de vengeance passionnée avec cette chaleur méridionale qui donne aux actions comme aux paroles le caractère de l'exagération. Il énumère les violations de la loi commises par les sections, et veut que le conseil général de la Commune rende sur-le-champ ses comptes. Mais, dit-il, en finissant , si dans ce moment le tocsin sonnait, vous êtes à votre poste ; mais quel moyen auriez- vous pour ramener l'ordre, et prévenir les attentats? Le pouvoir exécutif? il est sans force , et peut-être encore exposé à des mandats d'amener. Le département? on ne reconnaît pas son autorité. La Commune? elle est composée en majeure partie d*hommes que vous devez poursuivre. Le commandant général? on l'accuse d'avoir des liaisons avec les triumvirs. La force publique? il n'en existe point. Les bons citoyens? ils n'osent se lever. Les méchans ? oui , ceux-là vous entourent, et c'est Catilina qui les commande.

« Représentai, écoutez les mesures que je vous propose :

Premier projet de décret.

Art. 1er. La Convention nationale déclare qu'elle reste à Paris ( nombreux applaudissemens des Jribunes ) -,

2. Lorsque la représentation nationale aura été aviKc dans la ville où le corps législatif tient ses séanees , cette ville perdra le droit de posséder le corps législatif et tous les établissemens qui en dépendent ;

5. Le présent décret sera envoyé sur-le-champ à la sanction du peuple.

Deuxième projet de décret.

La Convention nationale décrète que les bataillons de fédérés , les dragons de la république , les gendarmes nationaux et d'autres corps de troupes de ligne et de volontaires qui se trouvent soit dans Paris , soit dans le voisinage , feront concurremment avec la garde nationale de Paris , le service de Paris et de tous les établissemens publics.

Troisième projet de décret.

La Convention nationale, en vertu des pouvoirs qui lui ont été donnés par le peuple, se constitue en cour de justice pour le jugement des conspirateurs.

Quatrième projet de décret.

Art. i« r . La Convention nationale casse la municipalité et le conseil général de la Commune de Paris, et ordonne que le directoire du département nommera des commissaires pris parmi les administrateurs pour exercer provisoirement les fonctions municipales ;

2. Les sections de Paris cesseront dès aujourd'hui d'être permanentes (une très grande partie de l'assemblée applaudit , les tribunes murmurent ).

Plus tard , lorsque la Convention aura établi son pouvoir sur la ruine de tous les autres, elle adoptera au moment même des propositions encore plus graves et plus décisives que celles de Barbaroux ; mais, quoique les projets

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de décrète continssent les élémens du salut de la représentation nationale et des garanties pour sa légitime influence , ils furent ajournés et renvoyés à unediscnssionprocbaîne sur la demande même de Pétion qui pensait sans doute que la Gironde osait ici plus qu'elle^ne pouvait. La délibération, ramenée à son objet, se termina par un décret qui appelait & la barre dix membres du conseil général de la Commune. Le lendemain, 51 octobre, AnaxagorasChauntet, à la tête de la députation de la Commune se présente, et, aussi humble que nous le verrons ardent et emporté dans d'antres circonstances , demande d abord , au nom du salut public, à être entendu jusqu'au bout : « Il faut, dit-il, vous rappeler ce qu'est aujourd'hui le conseil général de la Commune. Au 10 août , il était composé d'hommes vigoureusement patriotes et fermes dans les principes. Quelque temps après, le conseil changea de face. Eh bien ! la face de ce conseil est encore changée-, le petit nombre d hommes qui le composent aujourd'hui est bien décidé à faire cesser cette lutte d'anarchistes. Les lâches seuls, toujours cruels, ont quitté leur poste ; ceux qui sont restés, se sont écriés : périsse le conseil de la Commune, plutôt que la tranquillité publique soit troublée , que le salut du peuple soit compromis. Voilà la vérité. Pendant la dernière quinzaine , tous les jours on a cherché à jeter des semences d'insurrection. Hier encore, des agitateurs provoquaient le peuple. Il y a eu des prévaricateurs dans la Commune , oui, il y en a eu , il faut qu'ils soient punis ; et le petit nombre d'hommes purs qui siègent dans ce conseil les mettra sous la hache de la loi. Oui , mais tout le conseil n'est pas coupable. Ah ! vous ne confondrez pas les innocens avec les coupables. Nous voulons sortir pars du conseil général ; nous voulons que la loi soit respectée ; nous dénoncerons nous-mêmes ceux d'entre nous qui seraient des prévaricateurs. Nous sommes chargés d'un dépôt précieux. Si malheureusement on altère la confiance des citoyens en nous,

comment voulez-vous que nous arrêtions les provocations an meurtre? »

Ce langage si différent de celui qu'elle avait coutume d entendre dans la bouche des interprètes du conseil de la Commune , les explications données par Chaumet , désarment la Convention, qui passe à Tordre du jour sur le délit de cette même Commune , ot accorde à la députation les honneurs de la séance. On ne peut guère expliquer la soumission de la Commune que par une inspiration de la prudence que tous les partis écoutent dans le danger; en effet, l'accusation de Louvet était pendante devant la Convention -, personne ne pouvait en prévoir l'issue -, personne ne pouvait dire si Robespierre lui-môme ne serait pas précipité du haut de sa prétendue dictature , comme Manlius du haut du Capitole. Robespierre tombé, la Commune ou du moins un certain nombre de ses membres étaient perdus-, il fallait bien paciGer avec l'ennemi.

Mais si les magistrats tremblaient , les autres révolutionnaires n'en étaient pas moins audacieux, ni Paris moins agité : des querelles graves s'élevaient chaque jour entre les fédérés, arrivés dans la capitale sur les instances des Girondins, et les citoyens de Paris. Les uns parcouraient les rues en criant : à la guillotine Robespierre , Danton ctMarat ! les autres : à la mort Roland, Guadèt et Lasource ! Au milieu de ce tumulte, une députation de fédérés vint dire à l'assemblée, entre autres choses remarquables : « Si nous voulions vous entretenir de nos intérêts particuliers, nous vous dirions que nous sommes menacés d'être égorgés dans nos casernes. Nous savons aussi que le plus grand nombre d'entre vous est désigné aux' poignards des proscriptions tribunitiennes ; mais vous ne craignez pas la mort. On dit que nous voulons emmener la Convention hors de Paris , tandis que ce sont les agitateurs qui veulent expulser la Convention nationale : ils préparent par tous les moyens une insurrection; mais qu'ils trem-

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