SECTIONS DE PARIS
blent ! nous sommes là. » On décréta l'impression de cotte adresse, et son renvoi an comité militaire.
A peine les fédérés quittaient la barre, qu'une autre députât ion, composée de commissaires des sections de Paris, fit entendre ces paroles : « Quel est le motif de ces rassemble* mens artnés autour de la Convention? pourquoi ne pas s'en reposer sur les citoyens de Paris? Quoi ! les représentans du peuple ne sont-ils pas assez gardés par la confiance du peuple? préférez-vous les baïonnettes à son amour? Àuriez-vous la crainte des despotes? Entourez-vous d'estime, ci vous serez en sûreté. . . Nous nous sommes dépouillés de nos armes pour les donner aux volontaires. Le ministre de la guerre devait nous fournir des fusils , des canons ; depuis trois mois, il ne nous a rien fourni : nous sommes sans armes, et environnés de soldats armés. Craint-on qu en donnant des fusils et des canons aux hommes du tOaoût, ils n'en fassent mauvais usage ? Le temps presse , l'orage se forme; écoutez le vœu du peuple. » A ce langage, qui contrastait d'une manière si étrange avec celui de la Com- , mune, Rouhier répond en apostrophant ainsi les pétitionnaires : « Qu'avez-vous fait pour maintenir la tranquillité, pour réprimer les agitateurs? Rien. Tous les jours , dans les rues, on insulte la majesté nationale. Tant que les commissaires des sections de Paris parleront toujours au nom du peuple dont ils ne forment qu'une très petite fraction-, tant que vous-mêmes , citoyens de Paris , n'obéirez pas aux décrets rendus par les représentans de toute la république^ nous ne vous regarderons pas comme dignes de la liberté que vous avez conquise, m. En ce moment, Barrère, insultant dune manière assez déplacée à quelques dictateurs, qui n'auront pas, dit-il, l'honneur de voir leur nom inscrit sur les mémoires historiques de la révolution française , accuse tour à tour les fédérés et les autres agitateurs; il attaque surtout avec violence le monslredc l'anarchie, qu'il montre comme s'clevant du sein de la Commune de Paris.
Il conclut en demandant que le ministre de la guerre rende compte de ce qu'il a fak pour les fédérés, qui se plaignent d'injures graves , et pour les citoyens de Paris , qui réclament des armes. Dans le cours de sa harangue, Barrère combattait l'appel d'une force départementale comme une mesure impolitique et même impuissante. Legendre se plaint de quelques fédérés , que lui-même a entendus chanter sur les places publiques une chanson qui avait pour refrain : La tête de Marat, Robespierre et Danton, et de tous ceux qui les défendent ! et de tous ceux , etc. Tallien ajoute : « Je viens vous rendre compte de ce qui s'est passé bier et avant- bier dans Paris : de véritables provocations ont été faites. Hier un rassemblement considérable d'hommes armés , s'est porté dans les cafés des boulevards^ et ont chanté vive Roland ! point de procès au roi ! » Rouhier : « Tallien a oublié de vous dire qu'à la porte de la Convention, sur la terrasse des Feuillans , des scélérats provoquaient aussi le meurtre contre Guadet , Lasource et . Gensonné. » Gorsas fait la même déclaration au sujet de Louvet , menacé du poignard pour avoir dénoncé Robespierre. Tous ces débats n'amènent aucun résultat, pas même l'adoption de la proposition de Merlin , qui voulait un rapport du comité de sûreté générale sur les faits qui avaient eu lieu dans les derniers jours.
On peut juger d'après cette séance de l'agitation qui régnait parmi les Jacobins ; elle était portée à son comble : le projet de la force départementale , les menaces des fédérés , leur adresse à la Convention nationale , les menées de Roland , l'accusation de Louvet , excitaient des mouvemens de fureur -, mais il n'en résulta cependant aucune révolution. Tel était l'ensemble des circonstances, au milieu desquelle l'adversaire de Louvet vint prendre la parole à la tribune de la Convention nationale.
« Citoyens délégués du peuple , dit Robespierre , une accusation sinon très redoutable , du moins très solennelle^
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a été intentée contre moi devant la Convention nationale : j'y répondrai, parce que je ne dois pas consulter ce qui convient le mieux à moi-même , mais ce que tout mandataire doit à l'intérêt public; j'y répondrai, parce qu'il faut qu'en ce moment disparaisse cet échafaudage monstrueux de la calomnie
« De quoi suis-je accusé ?
« L'opinion de mes adversaires ne paraît pas bien fixée -, traduisons toutes ces idées romaines un peu disparates par le mot de pouvoir suprême que mon accusateur a employé ailleurs. Or, on conviendra que, pour l'exécuter, il fallait non seulement renverser le trône , mais anéantir la législature, et surtout empêcher qu'elle ne fût remplacée par une Convention. Alors comment se fait-il que j'aie le premier dans mes discours publics et dans mes écrits, appelé la Convention nationale comme le seul remède des maux de la patrie? Mais pour arriver à la dictature, il fallait non seulement dominer Paris, mais asservir les quatre-vingtdeux autres départemens ? où étaient mes trésors , mes armées, les grandes places dont j'étais pourvu ? « Mais venons aux preuves positives.
« Un des reproches les plus terribles que Ton m ait faits , je ne le dissimule point, c'est le nom de Marat. » Ici l'orateur, expliquant nettement ses rapports avec Marat, qu'il n'avait vu qu'une fois en particulier, dans une conférence dont celui-ci sortit fort mécontent , et en accusant son collègue de n'avoir ni les vues , ni l'audace d'un révolutionnaire, ajoute : « Je n'ai présenté aucun candidat; seulement, à l'exemple de quelques uns de mes collègues, je crus faire une chose utile en proposant des observations générales qui pouvaient éclairer les corps électoraux dans l'exercice de leurs fonctions. Je ne désignais pas Marat plus particulièrement que les écrivains courageux qui avaient combattu ou souffert pour la cause de la révolution.
« Voulez-vous juger le conseil général révolutionnaire de la Commune de Paris ? commencez par vous placer au sein de cette immortelle révolution qui l'a créé, et dont vous êtes vous-mêmes l'ouvrage!
« Citoyens, vouliez-vous une révolution sans révolution? qui peut marquer après couple point précis où devaient se briser les flots de l'insurrection populaire?
« A ce prix quel peuple pourrait jamais secouer le joug du despotisme? car il est vrai qu'une grande nation ne peut se lever par un mouvement simultané, et que la tyrannie ne peut être frappée que par la portion de citoyens qui est plus près d'elle. Comment ceux-ci oseront-ils l'attaquer, si, après la victoire, des' délégués venant des parties éloignées de l'État peuvent les rendre responsables de la durée ou dé la violence de la tourmente politique qui a sauvé la patrie.
« Aux Jacobins j'exerçais , si Ton en croit Louvet , an despotisme d opinion qui ne pouvait être regardé que comme lavant-coureur de la dictature. D'abord je ne sais pas ce que c'est que le despotisme de l'opinion, surtout dans une société d'hommes libres, composée, comme vous le dites vous-mêmes, de quinze cents citoyens réputés les plus ardens révolutionnaires... L'expérience approuvé , en dépit de Louis XVI et de ses alliés, que l'opinion des Jacobins et des sociétés populaires était celle du peuple français^ aucun citoyen ne l'a créée ni dominée; je n'ai fait que la partager. A quelle époque rapportez-vous les torts que vous me reprochez ? Est-ce aux temps postérieurs au 10 août? depuis cette époque jusqu'au moment où je parlé, je n'ai pas assisté plus de six fois à cette société. » Ici l'orateur, en défendant les Jacobins avec la plus pressante argumentation , les représente comme les victimes désignées par la fureur de l'Autriche et de la Prusse , comme les préparateurs de la sainte insurrection du iCk août , tandis que Louvet et ses amis étaient trop sages, trop*