ROBESPIERRE
amis du bon ordre, pour tremper dans de telles conspirations. Ici Robespierre trace avec les faits révolutionnaires Téloge de la conduite de la Commune de Paris avant et après cette immortelle journée. « Là, s'écrie-t-il , siégeaient les héros de la liberté; là, étaient ces hommes que la bassesse monarchique dédaigne, parce qu'ils n'ont que des âmes fortes et sublimes ; là ,' nous avons vu , chez les citoyens et les magistrats nouveaux , des traits d'héroïsme que Fincivisme et l'imposture s'efforceront en vain de ravir à l'histoire ! . . . .
« Les intrigues disparaissent avec les passions qui les ont enfantées -, les grandes actions et les grands caractères restent seuls ; nous ignorons les noms des vils factieux qui assaillaient Gaton de pierres dans la tribune du peuple romain , et les regards de la postérité ne se reposent que sur limage sacrée de ce grand homme. {Applaudissemens .)
« Citoyens, le peuple qui vous a envoyés a tout ratifié $ votre présence en est la preuve. Il ne vous a point chargés de porter l'œil sévère de l'inquisition sur les faits qui tiennent à l'insurrection , mais de cimenter par des lois justes la liberté qu'elle lui a rendue. Messieurs , la postérité ne verra dans ces événemens que leur cause sacrée et leur sublime résultat. Vous devez les voir comme elle , vous devejj les juger en hommes d'état et en législateurs du monde.. »
Après ces hautes considérations, l'orateur, en rejetant loin de lui toute participation aux événemens du 2 septembre , explique la catastrophe de cette journée par des raisons fortes et vraies , et oppose au tableau des excès que personne n'a pu empêcher, parce que le peuple était en fureur, quarante mille soldats rassemblés, armés, équipés et lancés aux frontières en quelques jours par la Commune de Paris, que Danton avait pénétrés de son audace. Alors Robespierre s'empare habilement d'un aveu de Roland lui-même, qui, en blâmant les exécutions populaires , na
pas craint de parler de l'esprit de prudence et de justice que le peuple avait montré dans cette conduite illégale. Il cite ensuite une phrase de Louvct, qui avait dit dans la Sentinelle : Honneur au conseil général ! il a fait sonner le tocsin , il a sauvé la pairie.
On assure, ajoute l'orateur, qu'un innocent a péri : on s est plu à en exagérer le nombre, mais un seul, c'est beaucoup trop sans doute! Citoyens, pleurez cette méprise cruelle ! nous l'avons pleurée dès long-temps : c'était un bon citoyen ; c'était donc un de vos amis. Pleurez même les victimes coupables réservées à la vengeance des lois, qui ont tombé sous le glaive de la justice populaire; mais que votre douleur ait un terme comme toutes les choses humaines.
« Gardez quelques larmes pour des calamités plus touchantes ; pleurez cent mille patriotes immolés par la tyrannie-, pleurez nos citoyens expirans sous leurs toits embrasés! La famille des législateurs français, c'est la patrie, c'est le genre humain tout entier, moins les tyrans et leurs complices
« La sensibilité qui gémit presque exclusivement sur les ennemis de la liberté , m'est suspecte : cessez d'agiter sous nos yeux la robe sanglante du tyran , ou je croirai que vous voulez remettre Rome dans les fers. » (applaudissemens.) Robespierre nia qu'il eût parlé de tocsin à Louvct, et qu'il eût dénoncé la législature à son rétour à la Commune , et il termina ainsi : « Que me reste-t-il à dire contre des accusateurs qui s'accusent eux-mêmes ? Ensevelissons, s'il est possible, ces méprisables manœuvres dans un éternel oubli. Puissions-nous dérober aux regards de la postérité ces jours peu glorieux de notre histoire où des représentai du peuple , égarés par de lâches intrigues , ont paru oublier les grandes destinées auxquelles ils étaient appelés ! Pour moi je ne prendrai aucune conclusion personnelle : j'ai renonce au facile avantage de répondre aux