JEMMAPES
ordres du général d'Har vil le, devait partir de Maubeugeet marcher sur Charleroi. Dumouriez, à la tète du centre \ était décidé à passer dessus le corps des Autrichiens , postés devant lions, pour arriver à Bruxelles , tandis que* laile gauche aux ordres de Làhourdouaaye , et composée d'à peu près dix-huit mille soldats, avait la mission d'empécber le corps autrichien de Tournai de se porter sur Mous, pour renforcer les troupes, que. Dumouriez devait;, battre. Dumouriez reçut une partie de ses troupes le 88 octobre,. entre Quarouble et Quievrain. Le général fit le tnême jour des démonstrations contre Ath et Leuze, dans b vue d'engager le général en chef ennemi à dégarnir les positions de lions et de Tournai. Beurnonville commandant 1 avant-garde, se porta à Quievrain , témoin, il y a quelques mois, dune panique si étrange. Labourdonnaye fit aussi un mouvement en avant sur Tournai et Ypres , garda le pont de Bouvine , et envoya à Pont-à-Tressin le général Duval. D'Harville vint camper à Hons, près du bois de Sar, à la droite de l'armée. / ^
Le duc Albert avec quinze à. vingt mille hommes , était en avant de Hons. Beaulieu commandait la gauche sur les hauteurs de Bethmont ; la droite sur celles de Jemmapes et deCuesmes, obéissait à Clairfàyt. Ces positions avaient été fortifiées avec un soin extrême* Aussi , les généraux autrichiens s'attendaientàls peu à une attaque sur ce point, où Ton avait entassé redoutes sur redoutes. Quatorze de ces redoutes se trouvaient élevées et garnies de pièces de trente* six. Outre cette artillerie , le parc de réserve contenait dix-huit bouches i feu de gros calibre; les nombreuses pièces attachées aux différens corps étaient répandues sur le front de la ligne.
Les villages de Jemmapes, de Guesmes et le taillis de Blenu couvraient le centre de l'armée ennemie. Le général autrichien avait fait barricader ces hameaux ; il avait aussi jeté dans le taillis quelques compagnies de chasseurs tyro-
408 RÉVOLUTION française:.
liens, aussi bons tireurs que braves soldats. Pourtant, fa formidable position des Autrichiens offrait un grand désavantage, elle ne présentait qu'une seule route, qu'une seule issue en cas' de défaite, c'était Mons; et le moindre pas rétrograde de la gauche mettait Clairfay t dans l'impossibilité de regagner les portes de cette ville.
En avant de cette ligne de bataille , plusieurs postes étaient occupés par les Autrichiens. La position de Boussu que protégeait le bois qui s'étend de Frameries à Vasme , fut attaquée le 5 par trois bataillons de patriotes Belges , qui s'étaient réunis à l'approche des républicain», et qui faisaient partie de l'armée française. Enlevée au premier choc, cette hauteur fut reprise sur les assaHlans ; par suite du mauvais succès de cette attaque , Beurnonville crut devoir se replier jusqu'à Quievrain. Ne voulant pas laisser l'armée sous l'impression d'un échec , Dumouriez ordonne à six bataillons d'attaquer Thulin et Boussu. Les Autrichiens à l 1 aspect de ce déploiement de forces se replièrent, en sorte que lavant -garde française occupa la plaine de Jemmapes , Yasme , Frameries \ le gros de l'armée s'établit entre Elonge etHesnin. Le S, le général français termina ses préparatifs d'attaque. Sa droite renforcée par lavant -garde, fut placée entre Frameries et Pâturage. Le centre composé d'infanterie , était aux ordres du duc de Chartres^ le général d'Harville prit position en face de Siply.
Leduc Albert comprit alors là faute qu'il avait faite; H eût bien désiré rappeler à lui toutes ses troupes, mais il ne lui en restait ni le temps ni les moyens : il devait ou recevoir l'attaque des Français avec un nombre de troupes très inférieur , ou battre en retraite et perdre ainsi les
Le 6, le général d'Harville reçut Tordre de déborder la gauche des Autrichiens par Bethmont , de les canoaner \ il lui était encore prescrit , dans le cas où iL ver-
raôt les Ae4rschaens mire mi aaevvenieiA i^AM|tfM^ > w w porter sur les kmtero 4a Meeft-Pafcct , pete d* Mo** * pour les empêcher dTcffectner lenr retrait* «wr Bttftxeltau En même temps BeoiMnviUe fat chargé de I* promftw attaque contre k gauche dn doc Albert , en avant tto Cuesmes. Le général Femnd devait emporter Quareiguon • et le jeune Égalité avait à se rendre mettre de Jemmapes dès que les deux ailes ennemies seraient battues, hinti par Beurnonville, l'autre par Ferrand.
La canonnade commença à huit heures sur le dtalltt d'une manière terrible. Ferrand se porta on avant, lit occuper le village de Quareignon, dont il ohaisa quelque compagnies de tirailleurs, et commença à envoyer, main de loin, des volées de canon sur lo village! et la position de Jemmapes. Ciairfayt lui répondit avec vigueur j alors Ferrand fit ses dispositions pour attaquer de front Jemmapes, tandis que le général Rosière le prendrait en fiW avec quatre bataillons. Mais Rosière qui avait rencontra un terrain fangeux et coupé, n exécutait pas le mofJVflment prescrit-, de son côté, Beurnonville voyait sa mUmm sillonnée par le feu continuel des redoutes qui fournil m face de lui; et cTHarrille au Heu de parvenir k UMfiwt Tannée ennemie, s'était trouvé Isee k fisee *im Je rstrp* de Beaolieo, qs» occupait le» hmAmr* d* Hti t miMl, DHarvifleetrfjeaiia n'aient pe», aV y*f\ ******* AYecviçuemr:ïkiecaiÊ0mmkre*l4 e fm m tfm^ïmif^pH^m soir, sas» amesm atfaaia^epemr les ém% Umpm, tM*U#* f
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de nos colonnes d'attaque. Son cheval tombe, il marche i pied à côté de ses grenadiers. Plein d'une vigueur sem- Mablo à celle de la jeunesse , le Vieux général enlevé ainsi la partie do village dé Jémmapes qui lui faisait face. Dnmouriez qui attendait ce mouvement, serre ses troupes en colonne et (es lance sur la position déjà à moitié conquise, en ayant soin de Sûre masquer la trouée par sept ou huit escadrons de dragons et dé hussards. Tout à coup , dans ce moment critique, une brigade voyant déboucher de la cavalerie ennemie, se jette à droite et laisse imprudemment un espace par où les escadrons autrichiens pouvaient pénétrer; la colonne flotte indécise ; le -succès de l'attaque est compromis, lorsque tout à coup on domestique du général en chef, le jeune BaptisteRenard, agrandi par une de ces inspirations soudaines du courage et du génie, se précipite vers le commandant delà malheureuse brigade , le gourmande , remet Tordre dans les rangs , bouche ainsi la trouée, et entratne, après lui, les escadrons français que l'hésitation de la colonne d'infanterie avait retenu en arrière.
Pendant que ce brave rétablissait l'action sur ce point , la brigade à la gauche de celle qui avait commis la faute que venait de réparer Renard, avait fait halte ; elle tourbillonnait sur elle-même , et restait exposée à un feu meurtrier. Le duc de Chartres, Égalité, rallie ces soldats, les serre, en forme une massé prête à vaincre, qu'il baptise gafment du nom de Bataillon de Jémmapes. Alors la furie française s élance sur les redoutes; en vain elles tonnent, rien ne peut arrêter nos jeunes volontaires , on se bat avec acharnement. Thouvenôt, qui avançait par la droite du village, met les impériaux entre deux feux, et bientôt s'élève une immense clameur dé joie, à laquelle répondent les gémissemens des blessés et des mourans de l'ennemi. Les soldats de notre jeune liberté plantent le drapeau tricolore sur les redoutes , en criant : Fivc la République !
tandis qae plas de qeatre cent» Autrichiens se noient en fuyant dans l'Haine.
Beornon ville n'avait pas le môme bonheur : son artillerie n'avait pn faire taire le fea des redoutes ennemies. S'étant avancé avec trop de témérité, ayant sur son flanc six bataillons autrichiens, il devait songer à se replier, lors* que Dampierre prit une résolution énergique et décisive.
A la tête du régiment de Flandre et des bataillons volontaires de Paris, il attaque le corps ennemi qui menaçait Beurnonville , le dégage ainsi, se précipite tète baissée dans les redoutes, en enlève, à deux reprises différentes, quinze cents prisonniers, rend à Beurnonville la liberté de ses monvemens, tourne les canons qu'il vient de prendre et décide la victoire. Electrisés par le courage de ce général auquel Tarmée devait un si grand service , nos blessés , oubliant leurs souffrances , se soulevaient sur le champ de bataille pour demander si Dampierre vivait encore après cette périlleuse entreprise. Pourtant le feu qui part des redoutes est toujours si terrible que Beurnonville ne peut parvenir aies aborder. Les ennemis tentait one charge; elle est repoussée. Profitant de ce succès, les escadrons français s'élancent alors sur les Autrichiens, les sabrent et les refoulent sur la routé de Mous; Beurnonville appuie ce mouvement de Dumonriez; les troupes qui venaient de repousser la cavalerie allemande marchent aux dernières redoutes défendues par des grenadiers hongrois, adversaires courageux de nos braves soldats.; on peut se joindre à la baïonnette, cette arme favorite des Français, parce qu'elle laisse le sort des combats tout entier à la décision du courage ; les redoutes se remplissent de morts ; malgré ce désastre , les Hongrois se défendent encore en désespérés; mais enfin, ces braves, dignes de toute l'admiration de leurs vainqueurs, cèdent , accablés par le nombre , et abandonnent les redoutes d'où ils nous ont fait tant de mal : le champ de
bataille reste ainsi aux Français, tandis que les débris de l'armée autrichienne s enfuient en désordre dans la direction de Mons. Les soldats français étaient tellement fatigués que Dumouriez leur accorda quelques heures de repos sur le théâtre de leur victoire. La bataille de Jemmapes , dont le nom devint tout à coup immortel , était une de ces épreuves terribles qui vieillissent vite une jeune armée, mais qui lui coûtent des flots de sang : la nôtre compta beaucoup de morts et de blessés : les généraux Duhoux , Fcrrand et plusieurs autres officiers supérieurs reçurent de graves blessures qui les mirent hors de combat. L'ennemi perdit cinq mille hommes tant tués que blessés-, à peu près autant de prisonniers et huit pièces de canon ; plusieurs corps autrichiens furent anéantis , et plusieurs officiers généraux de leur côté tombèrent mortellement frappés.
Le lendemain , notre armée se trouva en face de Mons. On sait ce que peuvent oser des Français victorieux ; les soldats de Jemmapes demandaient à grands cris l'escalade ; déjà Dumouriez préparait Ses batteries, lorsque les habitans vinrent le prévenir que la ville était évacuée ; Dumouriez fit ouvrir les portes. Par suite de la reddition de cette importante place, un matérieiimmense tomba entre nos mains; le 8, on s'empara de Tournai. Dumouriez , commettant une nouvelle faute, perdit à Mons un temps précieux , et donna le temps au duc Albert de se rallier à Tubise, en rappelant à lui différens détachemens , entre autres, le corps du prince de Wurtemberg qui avait quitté Tournai ; l'armée allemande se trouva alors forte de vingt huit mille hommes.
L'effet de notre victoire fut immense en Europe. Les étrangers n'avaient pas voulu avouer qu'ils avaient été battus à Valmy ; ils se trouvaient bien forcés de convenir que Jemmapes avait vu leur défaite, et, qu'en ce moment, aucun moyen ne leur restait d'empêcher la conquête des Pays-Bas.